LE MATCH LUYCE — SEZIONALE OPPOSE HÉLÈNE TACHET DES COMBES ET JIMMY PERSIGANT

Éric LAHMY

Jeudi 16 Février 2017

La volonté affirmée de Francis LUYCE de se voir reconduit au poste présidentiel qu’il occupe depuis un quart de siècle (il a parfois exprimé, si Paris obtenait l’organisation des Jeux olympiques de 2024, le vœu de se représenter encore en 2020 pour se maintenir au poste jusqu’à cette date… et comme il naura alors que 77 ans…), cette volonté donc a donné aux élections dans les nouvelles régions le profil marquant qui est le leur : chaque candidat à la présidence de région est étiqueté pro LUYCE ou pro SEZIONALE (son rival déclaré à la responsabilité présidentielle). Il en est ainsi pour à peu près toutes les élections dans les régions.

Ce samedi, à Artigues, le découpage qui unit désormais l’Aquitaine au Poitou-Charentes et au Limousin ne permettra pas à la consultation de la grande région atlantique d’échapper à ce scénario, aussi réducteur semblera-t-il, et Hélène TACHET DES COMBES, pour tous, sera celle qui « roule » pour Gilles SEZIONALE, tandis que Jimmy PERSIGANT plaira aux sectaires de Francis LUYCE.

PERSIGANT ? On le présente ici et là un peu à l’image de son prédécesseur au poste en Poitou-Charentes, le regretté Louis VENZI (1940–2010), Loulou pour les copains, président historique des Canards Rochelais et selon d’aucuns « le Denis CADON de son époque », car juge arbitre à cinq championnats d’Europe, deux championnats du monde, et une fois aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992.

PERSIGANT, directeur de la piscine de La Rochelle, a hérité de Loulou sa verve et son côté bon enfant. Il n’a guère défrayé la chronique, sauf quand, alerté par Michel ROUSSEAU, il ouvrit les portes de la piscine à Philippe LUCAS, lequel, en rupture de point d’ancrage, passait un mauvais quart d’heure.

Son côté bon enfant, sa capacité, me dit-on, de se montrer gentil, aimable et de ne faire de peine à personne, l’a rendu populaire et constituera son arme majeure dans ce suffrage (il s’est déclaré candidat à la présidence de la nouvelle région), car pour le reste, le départ en retraite d’un grand entraîneur, Robert MENAUD (57 internationaux dans sa carrière) a en quelque sorte effacé Poitiers de la carte de la natation d’élite. Personne n’est indispensable, dit-on, mais un bon entraîneur n’est pas loin de l’être…

L’Aquitaine n’est d’ailleurs pas en bien meilleure position : grande par la surface, la nouvelle région demeure réduite en termes d’élite.

UNE CARRIÈRE VÉCUE COMME UNE « SUITE DE COÏNCIDENCES »

Hélène TACHET DES COMBES, dans les années 1970, a été une nageuse de niveau national ; à seize ans, en 1971, elle a fini 5e sur 200 mètres brasse aux critériums nationaux français. Présidente du département de la Gironde de 1996 à 2008, trésorière de l’Aquitaine de 1999 à 2008, elle quitte cette année ci le poste pour raisons professionnelles mais récupère celui de la Fédération. C’est une femme qui n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. « Elle a de bons côtés, n’est pas bête, mais louvoie », prétend une autre personnalité de sa région, qui, par ailleurs, se lamente de l’évolution de ce sport : « quand je vois ce qui se passe, je ne reconnais plus ma natation. »

Hélène présente sa carrière dans l’administration du sport comme une suite de coïncidences. « Il y a que j’aime faire des choses, et je me suis trouvée impliquée par Jean Boiteux et Michel Salles. Je cherchais de l’argent pour mon comité et je suis montée à la fédération. C’est là que j’ai rencontré Francis (LUYCE). Elue à la Fédération, je me suis retrouvée trésorière adjointe auprès de Paulette Fernez ; cela m’allait car j’étais à l’origine inspecteur des impôts. C’est là que Paulette a eu une dépression et il a fallu la remplacer : je suis donc devenue la trésorière, et je n’aime pas faire les choses à moitié.

Avant les élections suivantes, LUYCE m’a demandé quels étaient mes projets, je lui ai dit que je souhaitais continuer et il m’a répondu qu’il n’en serait pas ainsi, vu qu’il avait promis le poste à Jean-Paul Vidor, le trésorier de sa région. Je suis passée d’une fonction concrète à un autre poste vaguement honorifique, sans projet, de vice-présidente. »

S’il l’a bombardée trésorière adjointe de la Fédération, c’est que LUYCE n’a pas toujours considéré Hélène TACHET DES COMBES comme une adversaire, une « femme à abattre. »

Alors, que s’est-il passé pour que, tout à coup, il lui coupe les ailes ? Peut-être pas grand’ chose. Peut-être ne sentait-il plus en Hélène le type d’allégeance qui lui plait tant, au confluent de l’admiration soumise et de la complicité ? Et le poste de trésorier pouvait révéler certains détails de sa gestion qu’il préférait ne laisser contempler qu’à un gars de sa région ? L’inspection, actuelle, de la Fédération par la Cour des comptes, diligentée, susurrent les bonnes langues, par le Ministre Thierry Braillard, désireux de se débarrasser du Phare de Dunkerque, pourra peut-être nous en dire plus.

On conçoit qu’on ne peut gouverner une entité, en l’occurrence une fédération, sans un appui. C’est légitime. Et inévitable : impossible de faire sans. Ce qui ne laisse pas d’étonner, dans le cas de la natation française, c’est l’effort de déstabilisation constant, systématique, appuyé, névrotique, que consent l’actuel président, qui manœuvre pour conserver sa place, lance des hommes à lui dans toutes les régions, déstabilise ses opposants potentiels. Luyce ? On dirait en petit tout petit un Mao Tse Toung dirigeant depuis le sommet de l’Etat la révolution culturelle pour garder la main. Une exceptionnelle capacité de nuisance…

Son mode de fonctionnement (ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi, et ceux qui sont une fois contre moi le sont à jamais) a fini, à travers les années par cristalliser les hostilités en un bloc contestataire, par souder une équipe, autour de chefs de file de qualité, comme Bernard DALMONT (Midi-Pyrénées), Jean-Jacques BEURRIER, qui devrait conserver son poste en Île-de-France, le 25 février; David WAGNER, qui a conquis le Grand Est ; Denis CADON, battu chez lui aux élections mais qui pourrait rester le maître du jeu ; Christiane GUÉRIN, battue par Daniel PLANCHE ; d’autres encore, tous fédérés autour de Gilles SEZIONALE, depuis longtemps très apprécié de Claude FAUQUET, et dont la légitimité a grandi à partir de la Côte d’Azur. Gilles a joué sa partition dans le triomphe des nageurs niçois en 2012 !

COMMENT LE COMITÉ DIRECTEUR DE LA FÉDÉRATION EST DEVENU UNE GÉRONTOCRATIE

Aujourd’hui, les élections dans les régions ont pris l’allure d’un affrontement entre ceux qui n’en ont pas assez d’un quart de siècle de Francis Luyce, et ceux qui trouvent qu’il a fait son temps et qu’il est temps de donner sa chance à une autre génération de décideurs.

« Le dernier mandat de Luyce a tout gâché, c’est du n’importe quoi », explique Hélène TACHET DES COMBES. Elle n’est pas la seule à le penser. Jusque là, l’homme avait capitalisé sur les progrès de la natation, mais les résultats de moins en moins brillants de l’après Christian DONZÉ, à partir de 2013, ont noirci le tableau.

Les années ont accru la propension de LUYCE à s’entourer de féaux aux dépens s’il le faut des compétences. Tendance déjà marquée dans le passé. Il vit de façon tellement émotionnelle un désaccord qu’il parait ne pouvoir souffrir une façon de voir différente de la sienne. Il y a un côté excessif, tyrannique dans son personnage ; de ce fait, il n’a jamais cherché à attirer dans le comité directeur des personnalités, des créatifs, personnes souvent difficiles parce qu’exigeantes. Bien entendu, il n’a pu écarter tous ceux qui travaillaient bien, et devait parfois faire avec des gens assez brillants issus de l’élection dans leurs régions, qu’il supportait comme un moindre mal. Parfois aussi, certains de ceux qui l’ont accompagné n’étaient pas dénués de qualités, et des dirigeants comme Paulette FERNEZ, Henri WACHTER ou Michel SAUGET, d’autres encore ont beaucoup et bien travaillé.

Avec le temps, à sa préférence pour des personnalités rassurantes parce que sans aspérités, s’est ajouté un refus du rajeunissement des cadres. Tout le comité directeur s’est donc mis à vieillir en même temps que son chef. On imagine qu’une bonne assemblée devrait être un maillage de hardiesse et de prudence et donc d’expérience et de jeunesse, mais la jeunesse était devenue avec le temps un autre adversaire du président qu’il lui fallait conjurer car elle marquait son âge, par comparaison. Luyce a ainsi oblitéré, au niveau du comité directeur de la fédé, une génération entière. La Fédé est devenue une gérontocratie.

Cette entrave a déteint sur les héritiers présomptifs, contraints de se dessécher sur pied pendant que le président fermait les écoutilles de son club du troisième âge. Ceux qui essaient de prendre le relais admettent qu’ils ne sont plus très pimpants, et SEZIONALE, 59 ans, se désole d’avoir perdu quatre années en accordant foi aux propos de LUYCE quand, la main sur le cœur, il lui promettait carte blanche. Le président eut tôt fait de retrouver son côté « dictateur » quand il imposa par deux fois, avec Lionel HORTER et Jacques FAVRE, l’identité d’un directeur technique national qui ne faisait pas du tout l’unanimité…

LUYCE, GIROUETTE À TÊTE DE COCHON, UN VRAI PHÉNOMENE DE CIRQUE.

En général, les personnalités, ceux qui travaillent, les créatifs, finissent toujours par indisposer ce type de chef, parce que la vie en général et la vie associative en particulier, rendent pratiquement impossible un accord parfait, constant, de deux personnes de caractère sur les dossiers, la conception, la politique. Il faut alors savoir réfléchir ensemble, respecter le point de vue d’en face…

Il est certains points sur lesquels LUYCE parait ne pouvoir concevoir qu’on puisse nourrir sur un dossier une idée différente de la sienne. L’homme fait de toute remarque une affaire personnelle, comme si on remettait son statut en jeu alors qu’on cherchait à exposer une idée. Il prend alors une divergence d’idées pour une inconvenance, une insulte, ou une déclaration de guerre. Si en face de lui, l’autre s’appelle SEZIONALE, il biaise ou s’écrase, vu que le rapport de force l’impressionne ou l’inquiète. S’il s’agit d’un membre moins redoutable (et une femme fait souvent l’affaire) il passe en force et peut déterrer la hache de guerre.

Mais selon Hélène, LUYCE le soi-disant homme fort agace aussi par ses indécisions, ses tergiversations : « vous êtes avec lui, vous parlez de votre projet, vous tombez d’accord. Puis il retourne voir son cercle, et vous vous retrouvez à zéro. » Une girouette à tête de cochon, un vrai phénomène de cirque.

« Mais il y a aussi qu’avec le temps, il s’est totalement déconnecté du bassin. » Certes, il continue de fréquenter les piscines de ses hôtels cinq étoiles.

L’une des caractéristiques les plus éprouvantes du personnage, pour ceux qui l’ont servi, est « qu’une fois qu’il n’a plus besoin de vous, vous n’êtes plus rien pour lui », commente un de ceux qui l’ont longuement accompagné. Ce sentiment de n’être plus qu’une chaussette trouée provoque, on l’imagine, des perplexités et parfois des rancunes tenaces.

Hélène date le début de ses ennuis avec LUYCE de son peu d’enthousiasme à applaudir l’achat du siège fédéral de Pantin, qu’il présente toujours comme un de ses hauts faits. « Bien entendu, on ne pouvait demeurer au 148 avenue Gambetta, admet-elle. Mais je n’étais pas séduite par ces deux étages séparés par trois niveaux dans une tour, l’un au 14e et l’autre au 18e. Cela a d’ailleurs fini par scinder la fédération en deux… Il me semblait préférable d’avoir un lieu à nous, qui aurait son unité. On m’a depuis toujours rappelé mon ‘’opposition’’ à cette ‘’excellente affaire’’, la plus-value qu’ont pris ces deux étages. Mais je ne m’opposais pas, je proposais de mieux réfléchir. Et la plus value n’est pas si remarquable. Quand on ajoute au prix d’achat les gros investissements consentis pour mettre à neuf le siège fédéral, dans ce vieil immeuble, en réfection constante, aux sous-sols vétustes, dont les charges sont très élevées, je ne crois pas qu’on a tellement gagné. »

UNE RÉGION GÉANTE BIEN DIFFICILE IMPROBABLE À GÉRER

Hélène a convié à sa dernière assemblée régionale Claude FAUQUET, et l’ancien directeur technique ne s’est pas fait prier. Dans son allocution, ayant précisé que c’était la première fois qu’il était invité dans un événement de la natation, il s’est mis en mesure de « découper à la tronçonneuse » LUYCE et sa politique.

Toute saine analyse démontre que les temps sont devenus plus durs pour la natation française. La gouvernance est-elle totalement innocente de cette déshérence ? L’emploi que le patron fait de son pouvoir, à distribuer promesses et prébendes dans le but de se maintenir au détriment des forces vives du sport, l’amène à encourager et susciter l’arrivée en tête des régions toutes personnes qui voteraient en sa faveur à l’élection de la Fédération du 2 avril prochain. A force de se concentrer sur sa propre réélection, il néglige tout le reste… Or, après un directeur technique moins occupé à travailler qu’à récupérer Yannick AGNEL et un maximum de stages nationaux très rémunérateurs pour son fief de Mulhouse, et un deuxième directeur technique inexpérimenté, impréparé pour le job, et porté vers le dilettantisme, l’avenir ne pouvait être préparé : la soudure entre une équipe de France qui finissait son aventure et une jeune vague assez fragile n’a pas été faite, les ponts ont été coupés.

Hélène affirme avoir « longtemps hésité » à se présenter dans la nouvelle région. « C’est un grand territoire, avec des zones géographiques hétérogènes, traversé de déserts de natation, pas tellement facile à faire vivre ; organiser sur une distance si grande des formation de nageurs de 14 ans, qu’on ne peut pas déplacer, est complexe. Sur tout cet ensemble, on ne trouve pas une piscine capable de recevoir les championnats de France, si ce n’est Limoges. Mais Limoges demande 8.000 € pour recevoir une telle organisation. Ou plus exactement, ils contraignent à prendre Megatek, qui a le monopole du chronométrage électronique, et facture 8.000 € pour les championnats (1). Autre exemple des problèmes, Agen — dans le passé, nous avions la piscine gratuitement pour le week-end ; maintenant, elle c’est 1.500 € par jour. Il existe bien un projet à Mérignac, mais il ne sera pas finalisé avant quatre ou cinq ans. A Bordeaux, les piscines ne cessent de fermer. »

CANDIDATS FANTÔMES LOIN DES SENTIERS BATTUS

Hélène s’est trouvée incriminée dans une lettre anonyme qui a circulé dans son interrégion, derrière laquelle elle affirme deviner la patte de Marc DEBERGHES ; lettre l’accusant d’avoir sollicité trop de candidatures, 64 pour 32 places au Comité directeur ; de ce fait, il ne pouvait s’agir que de « candidats fantômes ». Hélène est vexée d’une attaque qui la vise.

Multiplier les candidatures permet certes, en faisant bloc, à une majorité assise d’empêcher son opposition de passer, mais le truc est aussi vieux que… le jeu démocratique ! Elle se défend d’avoir agi de façon perfide. « J’ai voulu élargir le champ des candidatures, et c’est ainsi par exemple que j’ai sollicité la présence d’une dame du rural. Il n’y a pas de manœuvre derrière cela, seulement un souci de réorganiser le terrain, et sortir des sentiers battus me parait intéressant. » Avoir 64 candidats pour 32 places, ça veut dire quoi ? Que 32 ne passeront pas, la belle affaire ! Mais il y en a que ça dérange…

DEBERGHES, un gaillard qui aime user de sa stature et donner de la voix, vient d’annoncer sa candidature, et évoque un « accord » entre Poitou-Charentes et Limousin. Luyce l’a-t-il délégué pour donner un style musclé, « casseur », à l’élection ? Ce serait charmant. A suivre…

(1). Encore un de ces tripotages cosignés LUYCE pour pomper encore plus les clubs.


Originally published at Galaxie Natation.

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