LE P.P.F. NATATION, CETTE INQUIÉTANTE FEUILLE DE DÉROUTE

Éric LAHMY

ericlahmy@yahoo.com

Je ne sais quel inculte gratte-papier de cabinet ministériel a baptisé PPF le projet qui jalonne le « parcours sportif ». Le souci de marquer son empreinte de l’individu dictait-il le choix de cet anonyme de rebaptiser ce qui était le PES (parcours d’excellence sportive)?

Ce faisant, il a accouché d’un redoutable acronyme. Le PPF était un rassemblement de toutes les raclures fascistes, qui, dans la première moitié du siècle passé, conduisirent la France à la collaboration active avec l’Allemagne hitlérienne et son chef, l’ignoble Jacques Doriot, à se faire mitrailler en 1945 par un avion anglais sur une route allemande.

Ces derniers mois, chaque fois que j’entendais un membre de la Fédération, du ministère ou du Comité Olympique, voie un copain de la natation, me parler du PPF, je m’attendais à ce qu’il me sorte un salut fasciste !

Bon, je pousse un peu. Et j’ai compris : il ne s’agit pas ici du Parti Populaire Français, mais du Projet de Performance Fédérale. Expression vasouillarde, beaucoup moins directe et tonique qu’Excellence Sportive et qui doit donc complaire aux larves administratives qui peuplent les obscures officines où se pondent les directives du sport assis de demain.

Or dès que je lis, je m’inquiète. Ce PPF, dans sa version aquatique, il n’est pas fasciste. Il n’est pas nazi. Il est naze, et je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Qu’est-ce que je lis d’entrée ? Que la natation française vise des médailles « dans les cinq disciplines ». Ah ! Bravo. Moi je veux bien, mais en attendant les lendemains qui chantent, va falloir sacrément bosser.

Ce n’est pas bien grave, me direz-vous ? Ce volontarisme inscrit sur un bout de papier ou un fond d’ordinateur qui clame la soif de médailler dans les CINQ disciplines, oh, c’est pas très important. Ce n’est qu’une déclaration. Un peu cucul la praline, mais ça ne mange pas de pain !

Moi, ce que je crains, c’est qu’on y croie. Parce que je trouve au contraire que si on doit donner des objectifs clairs et de longue portée à un sport, ou en l’occurrence aux cinq disciplines, ces objectifs clairs et de longue portée doivent être inscrits dans un cadre à la fois réaliste et efficace. Et là, on n’y est pas du tout.

Bref, le PPF natation se situe entre le fantasme et la stérilité.

En natation de course comme en eau libre, les coaches disposent, me semble-t-il, sinon d’as, du moins de quelques rois, valets et dames sans oublier les jokers. En plongeon, toute petite activité, rapetassée par la disparition de la plupart des plongeoirs et par la quasi-impossibilité d’en faire une activité de masses, mais peuplée de dirigeants merveilleux et passionnés, on sort régulièrement les deux ou trois éléments qui peuvent se médailler. Les plongeurs n’ont cessé de nous étonner par leur capacité de renouvellement.

LE WATER-POLO FRANÇAIS ? UN JEU DE BALLE AU BOIS DORMANT

En water-polo, je sais bien, comme disait Marcuse, que c’est pour et par les sans espoir que l’espoir nous est donné, mais enfin comment une équipe de France, issue d’un championnat national cathartique, et suite à ses plus récents résultats, pourrait-elle rivaliser avec la Hongrie, l’Espagne, l’Italie, la Russie, la Croatie, la Serbie, le Monténégro ?

Bien entendu, il est toujours aléatoire de prédire ce que demain sera, il est conforme à la compétition de viser la montée et les renversements de tendance sont toujours possibles, mais il est moins réaliste de viser une prochaine médaille olympique en water-polo que pour le relais quatre fois 100 quatre nages messieurs, qui est aujourd’hui notre dernier de la classe natation.

Pourquoi ? Parce que le plus faible relais de natation français, le quatre nages, part de plus haut. Ce n’est encore qu’une moitié de relais, avec Metella et Stravius (en attendant les Grousset, Derache et Guth) mais on peut compter sur des progrès de dossistes ou de brasseurs… Il n’a pas été envoyé aux championnats d’Europe où il aurait pu aller en finale.

On s’est un peu trop émerveillé dans le milieu de la fameuse qualification olympique des poloïste Français aux Jeux de Rio, mais y avait-il de quoi s’accrocher aux rideaux ? La France a terminé 11e sur 12 au Brésil devant le Japon (qui sera chez lui à Tokyo en 2020), 6e de son tableau. Elle n’a pas accédé à la finale (la fameuse compétition knock-out)…

Aux championnats du monde de Budapest, un an plus tard, le bref parcours des Français a été ponctué par une défaite et deux raclées retentissantes. Ah ! On était là, pour le plus grand bonheur des Italiens, des Hongrois, qui les avoisinaient dans le même tableau, les rencontrèrent, et eurent quelque mal à rester concentrés pendant leurs rencontres.

Au 3e quart-temps, l’Italie a cessé de jouer à je n’y suis pour personne, et a infligé un 7–1 net et précis qui assomma nos tricolores, avant de se rendormir. La Hongrie, elle, elle, préféra ôter l’espoir d’entrée ; elle matraqua notre sept 6 à 1. A la fin du premier quart, le match était fini. Un quart temps de jeu, les trois autres quarts à s’amuser… Seule l’Australie a eu quelque mal à devancer nos joueurs.

Alors, la résurgence tant chantée du water-polo français ? Une de ces erreurs de parallaxe, communes dans les courses de natation, par lesquelles vous voyez gagner le dernier de la course, ou perdre le premier, en fonction de la ligne d’eau où il se trouve et le point d’où vous regardez. Si vous regardez mieux, vous voyez que la situation n’a pas changé.

Il y a autre chose. Alors que les nageurs français ont été régulièrement tamisés par des critères de sélection implacables, le water-polo et la natation synchronisée se sont qualifiés à l’économie, par la FINA, soucieuse de présenter des tableaux assez fournis pour pouvoir faire disputer un certain nombre de matches.

Mais autant aux Jeux olympiques qu’aux mondiaux, la France a été la Cendrillon des compétitions. Une Cendrillon sympathique, courageuse, volontaire, j’en conviens, mais méchamment battue par sa marâtre !!

Du 16 au 28 juillet, aux championnats d’Europe de water-polo qui se sont tenus à Barcelone, malgré un sacré marqueur, malheureusement trop seul, Ugo Crousillat, la France a dégringolé encore de quelques places. Elle est passée de 12e mondiale à 12e Européenne. Juste pour comprendre son niveau, nous dirons que dans sa poule, elle devança Malte. Dans le parcours knock-out, elle fut battue 12–9 par la Russie. La Russie fut ensuite battue 11–1 par l’Italie. L’Italie fut après ça battue 8–7 par l’Espagne. Laquelle Espagne fut dominée 12–10 par la Serbie.

Tout ça pour vous dire dans quel marais se situe notre sept tricolore, rebattu en play-offs par la Russie. 12e de la compétition, la France devançait la Turquie et Malte

ET LE BONNET D’ÂNE DE LA CLASSE NATATION VA A LA NATATION ARTISTIQUE

Passons à la natation synchronisée, ou la natation artistique, ou le ballet nautique, faudrait qu’elles se mettent d’accord sur leur dénomination, ces chéries. Bon, parlons-en. Depuis le départ de Virginie DEDIEU, voici deux olympiades, les responsables de la synchro crient au miracle chaque fois que l’équipe de France descend d’un cran dans la compétition.

Les raisons de cette invraisemblable médiocrité, je ne la connais pas. Mais elle est là. Alors que la réussite nécessite de conserver ses éléments afin qu’ils puissent s’installer dans les hiérarchies et monter en puissance, notre équipe perd systématiquement ses ondines…

Ce qui est intéressant, et qui démontre à mes yeux que le discours fédéral de l’artistique est du bluff permanent, c’est cette faculté, à chaque faux départ, de raconter que cette fois, c’est bon. Non, cette fois ce n’est pas bon, et ça ne le sera jamais. Quand Françoise SCHULER trouva une certaine Muriel HERMINE, elle ne la lâcha plus, et la fille fut championne d’Europe.

Un coup d’œil sur la part dédié à cette activité sur le site ExtraNat convainc d’ailleurs du peu de cas que l’artistique fait de l’histoire de sa pratique. C’est avec le plongeon, la seule qui ne tient pas à jour les résultats de ses championnats. Si je veux savoir les résultats des championnats de France d’eau libre, je puis remonter à 2002. En synchro, que dalle, l’activité se situe dans un éternel présent. Hier n’existe pas, et demain, on épile gratis…

Water-polo et natation synchronisée valent ce qu’ils valent, certains dirigeants du water-polo sont des personnes de valeur, et ne méritent pas que leur sport ne grimpe pas plus à l’échelle de l’excellence ; et j’en suis navré pour Arnaud Bouët et Jean-Paul Clemençon, qui sont des amis, Richard Papazian, que je connais depuis quarante ans, Marc Crousillat et ceux qui avec eux montrent une passion et un désir incroyables, mais je ne vois pas là le début du commencement de l’initiation du départ de l’amorce du starting-block qui amène aux médailles olympiques dans ces deux disciplines.

BALLERINES ET POLOISTES ONT TOUJOURS ETE CHOYES PAR LA FEDERATION

Mais, dirons d’aucuns, ces deux sports n’ont pas réussi parce qu’ils sont délaissés. Francis Luyce s’en fichait un peu, c’est vrai. Mais à part ça ?

Les chiffres du rapport gouvernemental sur la Fédération démontrent très exactement de contraire : l’an dernier, on trouvait en nombre de CTS par discipline, 13 sur la natation course, 12 sur la natation synchronisée, 10 sur water-polo, 5 sur le plongeon et 4 sur l’eau libre (les autres CTS sont réputés transversaux).

Or, les derniers effectifs de la FFN distinguent 268.073 nageurs de piscine, 21.218 nageurs d’eau libre, 17.769 ballerines, 15.564 poloïstes et 571 plongeurs.

Ce qui signifie qu’on dispose d’un CTS pour 114 plongeurs, d’un CTS pour 1480 ballerines, d’un CTS pour 1556 poloïstes, d’un CTS, d’un CTS pour 5304 nageurs d’eau libre et d’un CTS pour 20.616 nageurs ! Le nageur dispose relativement de 13 fois moins de techniciens que le poloïste, 14 fois moins que la ballerine…

Rapporté aux effectifs, la natation de course est la discipline la moins lotie, l’artistique et water-polo les mieux dotés. Et tout ça avec les résultats qu’on sait. Ce que je retiens de tout cela, c’est que la synchro et le water-polo pleurent misère et ne performent pas.

Donc, refermez votre valise à PPF et ne revenez plus me casser les pieds avec ce baratin de marchands ambulants…

Les activités qui se plaignent le plus d’être méprisées sont seulement celles qui sont le plus aidées, mais aussi les plus mal tenues. Et ceux qui reprennent ce prêt à penser qu’on va gagner parce que les choses vont changer devraient la mettre en veilleuse.

LES GENIES DE LA NATATION FRANÇAISE SONT DANS LES LIGNES D’EAU ET LES CHAMPS D’EAU LIBRE

Les pourvoyeurs de médailles naturels, jusqu’ici, ce sont la natation et la natation. Je veux dire, le bassin et l’eau libre. Ce n’est pas qu’ils ont bénéficié de quoi que ce soit de spécial, ils ont eu ce qu’ils gagnaient et méritaient depuis toujours. Pour gagner à Tokyo, c’est sur la nage de course qu’il faut miser pour commencer. Toute autre stratégie, d’éparpillement et de saupoudrage, par exemple, est vouée à l’échec. Et après Tokyo, il sera toujours temps de voir pour Paris 2024…

L’eau libre est une spécialité neuve qui a été emmenée par un responsable national et des entraîneurs excessivement efficaces. La natation de course même en reconstruction ramène des titres européens sur 200 libre, 400 quatre nages et le relais quatre fois 100 dames.

Alors je vous donne mon sentiment. Si la Fédération française de natation cherche à détricoter la natation au profit de l’aventure burlesque de la synchro et de celle, peu convaincante, du water-polo, elle va s’encastrer tête la première dans le mur du virage.

J’ai encore beaucoup de choses à écrire, mais j’en laisse pour d’autres fois…


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