LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KATINKA HOSSZU, FEMME DE PASSION, FEMME DE FER, FEMMES D’AFFAIRES (3)

COMMENT KATINKA HOSSZU A-T-ELLE MIS LE GOUVERNEMENT HONGROIS DE SON CÔTE.

Eric LAHMY

Dimanche 21 Octobre 2018

Troisième volet de notre article. Les deux premiers sont paris le 28 Septembre dernier.

Une révolte des nageurs menée et remportée par Katinka Hosszu, contre l’inamovible président de la fédération hongroise, Tamas Gyarfas (23 ans de règne), a montré au début de l’année olympique l’influence que pouvait avoir la nageuse dans son pays.

Entre-temps, Hosszu s’était également attaquée à l’entraîneur national de natation, Laszlo Kiss, coach de Krisztina Egerszegi et d’une tripotée de grands nageurs hongrois. Coïncidence troublante, les journaux ressortirent au même moment une affaire de viol collectif, vieille de plus d’un demi-siècle, l’agression d’une nageuse auquel Kiss, adolescent, aurait participé et à la suite duquel il aurait fait vingt mois de prison, ayant eu lieu en 1961. La Fédération eut beau clamer sa solidarité avec le vieil entraîneur, celui-ci fut forcé à la démission.

Comment Hosszu a-t-elle réussi à inverser le rapport de force avec ses dirigeants ? Très simplement, Katinka Hosszu est parvenue à faire du gouvernement hongrois son principal allié.

Et pas seulement un allié. Mais aussi un commanditaire. Avec son époux, né américain, Shane Tusup, et peut-être sous son inspiration, on l’a accusée d’avoir « mené cette affaire avec un esprit mercantile très US. »

Quand elle ne s’entraîne pas et ne règle pas ses comptes avec ceux qui lui barrent la route, Hosszu monte ses affaires. Dans un environnement sportif dominé par de larges corporations, le couple Hosszu-Tusup a réussi à imposer sa propre marque de produits de sports en court-circuitant les Arena, Diana, Speedo, Tyr et tutti quanti. Pour ce faire, appuyée sur ses résultats olympiques, il lui aurait fallu s’assurer des bonnes grâces du gouvernement Orban. Quand Katinka ne pourra plus nager aussi bien qu’aujourd’hui, elle sera alors sortie d’affaire.

En 2014, Katinka et Shane ont monté leur corporation, Iron Aquatics, une académie de natation. Forte de 30 employés, l’entreprise a vite dégagé des bénéfices.

Mais parmi les projets du couple, il y avait l’enseignement de la natation. Pour cela, où se poser ? Il lui fallait une piscine. Malgré ses richesses dans ce domaine, Budapest ne dispose pas d’assez de piscines olympiques pour des athlètes qui passent le plus clair de leur temps plongés dans l’eau. Juste avant la fin des championnats du monde de Budapest, en août 2017, il apparut qu’Iron Aquatics louerait l’espace flambant neuf de la piscine Duna Arena.

KATINKA HOSSZU DEVRAIT BIENTÔT DISPOSER DE SA PISCINE

Un site de nouvelles Internet hongrois, 24.hu, avait tenté de savoir combien le couple Hosszu-Tusup payait pour un tel privilège. « Nous avons visité les bureaux, des sous-sols aux terrasses, mais le gouvernement refusa mordicus de nous révéler quel était l’arrangement. Mais on apprit qu’il était entendu qu’Hosszu utiliserait ces installations avant même l’ouverture de l’édifice. Dans le site de Katinka, on put apprendre qu’outre les nageurs de haut niveau, Iron Aquatics enseignerait les enfants, chose assez peu conventionnelle vu que Duna Arena était a priori interdit à toute entreprise commerciale. »

Mais nul besoin de parler d’illégalité. L’arrangement pris avec Duna Arena n’est que temporaire, puisque l’Iron Lady, annonçait-on, se faisait construire son propre complexe nautique à Csillebérc, sur 46 hectares qui furent utilisés au temps des régimes de Rákosi et de Kadar de lieu de camp des pionniers. Le gouvernement l’aurait acheté en 2016 pour « une somme exorbitante d’argent ».

L’information selon laquelle Katinka Hosszu pouvait disposer de Csillebérc risquant de déplaire, Tunde Szabo, la vice-championne olympique du 100 mètres dos en 1992 devenue sous-secrétaire en charge des sports du ministère des ressources humaines, fit savoir pendant les championnats du monde de Budapest qu’Hosszu en ferait l’un des quatre centres que le gouvernement avait décidé de construire afin de produire des champions. Mais, ajoutait-elle, l’académie resterait la propriété de l’état hongrois et les champions, qui sont des modèles de rôle, y auraient l’opportunité de transmettre leur savoir aux jeunes.

Ces explications n’ont pas empêché l’opinion de traduire ainsi les faits : Katinka Hosszu avait convaincu le gouvernement de construire un centre sportif luxueux pour Iron Aquatics. Le Premier ministre, le tout puissant Viktor Mihaly Orban, a fait dépenser des sommes très importantes pour des stades de football, et il s’intéressait par le biais d’Hosszu à la natation, mais aussi au kayak et à la gymnastique (Budapest) ainsi qu’au pentathlon (Székesfehérvár). Le même Orban n’a jamais caché que son « sportif préféré » des Katinka Hosszu.

SHANE TUSUP POUR LES HONGROIS ETAIT UN AMERICAIN

Entre-temps Katinka et son époux ont commence à s’en prendre l’un à l’autre et leurs batailles domestiques ont été observées avec satisfaction par tous ceux en Hongrie qu’exaspérait par le personnage haut en couleurs de Shane Tusup.

Il semble que ceux-ci soient fort nombreux. Les Hongrois sont d’un nationalisme exacerbé et cela s’est un peu vu à travers leurs positions vis-à-vis des questions d’immigration en Europe. Leur haine de l’étranger est un sentiment violemment marqué.

J’ai lu un entretien, publié dans une revue hongroise, sur une célébrité ukrainienne, née en Russie et vivant en Hongrie depuis un quart de siècle. Tout le début de l’interview était une suite de remarques du journaliste sur l’accent « étranger » de la célébrité en question, et de reproches sur le fait qu’il ne semblait pas prendre à cœur de parler avec un « bon accent hongrois », etc.

Shane Tusup, pour les Hongrois, reste un américain, et il semble bien que le terme est employé pour ce qui le regarde de façon péjorative. Il y a aussi que le personnage se fait beaucoup remarquer. Plusieurs medias occidentaux se sont exprimés à son égard, et Rebecca Adlington, la double championne olympique de Pékin, a fait connaître son faible goût pour les simagrées et hurlements que produisait l’époux quand sa femme de nageuse se produisait en compétitions !

MISSION : GAGNER POUR PROUVER QUELLE PEUT LE FAIRE SANS SON ANCIEN MARI

Magyar Idők, une revue conservatrice, au lendemain des championnats du monde de Windsor, où Katinka avait enlevé sept médailles d’or, avait publié un article inattendu, en ce que l’auteur avait cherché à minimiser la performance de la nageuse, et reprenait toute la grande histoire de la prééminence hongroise en natation depuis qu’Alfred Hajos avait gagné le premier sprint de l’histoire olympique

(1). Il est vrai que la petite Hongrie est assez remarquable sous cet angle. Mais d’aucuns affirment en Hongrie que le rappel de ce glorieux passé était destiné à représenter Katinka Hosszu non pas sous les traits d’une héroïne unique en son genre — ce qu’elle est quand même à certains égards — mais comme une continuatrice de la tradition nationale, et donc comme un maillon de la chaîne…

La détestation assez générale en Hongrie de Shane Tusup fit que lors de la cérémonie officielle de fin d’année de la Fédération hongroise de natation, on eut un malin plaisir d’ « oublier » d’évoquer l’ « entraîneur de l’année » qui lui avait été attribué. On n’avait pas pu éviter de le distinguer en raison des triomphes de son épouse, mais on s’était plu à occulter son nom lors de la cérémonie elle-même.

Si le personnage avait fait la une du Forbes hongrois, une revue d’affaires, à travers les entreprises de son épouse, en général, la presse ne l’épargnait pas.

Ce qu’on lui reproche ? Tusup est un extraverti qui perd vite son sang-froid et prend souvent les gens de haut. Il a accumulé pas mal de rancœurs en expliquant de façon assez maladroite tout le mal qu’il pensait de la scène hongroise en termes de natation. Sa volonté, par ses critiques, était sans doute de valoriser son propre travail avec Katinka, mais sa comportement à blessé les uns, irrité les autres, et mis pas mal de monde contre lui.

Une revue à sensations de Budapest, Origo, à publié deux longs articles d’attaques à son sujet, et Nemzeti Sport, le journal de sports favori du Premier ministre, M. Orban, a exprimé ses inquiétudes au sujet de la marque Hosszu-Tusup. L’auteur de l’article expliquait que le gouvernement allait investir des milliards de forints (1€=322Forints) dans son académie de nage ce qui fait que l’empire Iron n’est pas en danger, mais, ajoutait-on, qu’adviendra-t-il de Katinka, s’inquiétait l’auteur ?

Katinka a-t-elle alors compris que son époux devenait gênant et a-t-elle décidé de s’en séparer ?

Or la présence de l’entraîneur de la « meilleure nageuse du monde « ou au moins d’Europe était l’un des éléments de l’école de natation de Katinka Hosszu. Le départ de Tusup change la donne.

Hosszu doit donc gagner à nouveau de belles courses pour deux raisons : la première est de montrer que ce n’était pas tant grâce à Tusup qu’elle nageait vite, et donc d’aider à discréditer les succès de son ex-époux. La deuxième est de lancer un nouvel entraîneur, lequel pourrait reprendre la part technique du projet. Et pour l’instant, ce nouvel entraîneur est Arpad Petrov.

(1). L’ironie est que le nom d’Hajos ouvre le palmares de la natation olympique hongroise. Or Hajos que l’on utilise contre Tusup était certes hongrois, mais juif. Son vrai nom était Guttmann et il avait adopté le nom d’Hajos pour éviter les remarques désobligeantes sur sa “nationalité”, en Hongrie meme. Opposer Hajos à Tusup sous cet angle est assez farce.


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