MEETING DE HONG-KONG : SARAH SJÖSTRÖM BALAIE TOUT SUR SON PASSAGE — Éric LAHMY

Éric LAHMY

Samedi 30 Septembre 2017

Sarah SJÖSTRÖM semble s’être entichée de la Coupe du monde. Dès le premier jour de la compétition qui se tient à Hong-Kong, nouvelle étape de la Coupe, la Suédoise a remporté 50 et 200 libre et 100 papillon, avec de grosses performances et sans adversaires à sa mesure alors qu’il y avait du beau monde. Katinka HOSSZU n’est pas venue tenter de la chatouiller sur aucune de ces deux distances. D’habitude, elle affectionne le 200 mètres, mais SJÖSTRÖM et son 1,86m représentent un trop gros morceau à avaler. Et les règlements de la Cup interdisent désormais l’Iron Lady de se prêter à son jeu favori qui est de tout nager. Il faut choisir dans quatre épreuves, point final !

Et sur 100 papillon, distance dont SJÖSTRÖM est à la fois la championne olympique et la recordwoman du monde, HOSSZU se serait bien sûr cassé les dents. Dans cette épreuve, le profil de course de la Suédoise correspondait très exactement à ce qui fait de cette grande fille toute simple une forteresse imprenable. Non seulement elle dynamitait la course d’entrée, laissant au virage de mi-course la Chinoise Yufei ZHANG à près d’un mètre (25s88 contre 26s35), mais elle en remettait une couche (et quelle couche) dans la seconde moitié, seule sous les trente secondes, largement d’ailleurs (29s44) ; ZHANG, l’une des meilleures spécialistes du monde, devenait, en face et par comparaison, aussi démunie qu’une nageuse de seconde zone.

Et pourtant elle-même précédait Ranomi KROMOWIDJOJO. Laquelle subissait encore la loi de SJÖSTRÖM sur 50 mètres libre !

HOSSZU RESTE HOSSZU, SHIELDS DEVANCE LE CLOS

HOSSZU, bien qu’éloignée de ses monopolisations passées, restait HOSSZU. C’est ainsi qu’en séries, sur 200 mètres quatre nages, elle se qualifiait avec un temps de 2’5s64, six secondes plus vite que la seconde meilleure qualifiée, Femke HEEMSKERK, 2’11s83, et alors qu’un temps de moins de 2’18s98 l’aurait amenée en finale.

Tom SHIELDS s’est qualifié brillamment pour la finale du 200 mètres papillon (1’52s11) où il rencontrait Chad LE CLOS, lequel s’y présentait directement, en fonction de résultats précédents (champion du monde à Budapest), selon le règlement (rétrograde et antisportif) de la FINA, et lui a infligé une défaite retentissante, en 1’49s62 contre 1’50s28. Pour ce faire, l’Américain avait décidé pour une stratégie d’attaque : même en petit bassin, un passage en 24s72 aux 50 mètres, cela s’appelle prendre des risques, et la plupart des participants, contraints de suivre un tel rythme, se seraient retournés sur le dos en appelant leur maman.

SHIELDS, lui, traçait sans faiblir. Devancé de deux coudées, Yuya YAJIMA, un Japonais doté d’une technique de papillon très originale, très « serpentée », longuement disséquée par Tony CARROLL dans le site SWIM SWAM du 7 juillet 2015 (https://swimswam.com/the-evolution-of-butterfly-is-yuyas-dolphin-diving-the-next-big-thing/ ), passait en 25s18, devant LE CLOS. Lequel revenait sur YAJIMA dans la sixième longueur. Le Japonais asphyxié terminait à la dérive, et LE CLOS, devancé d’une longueur, tentait de recoller sur l’Américain. Il lui manqua un mètre à l’arrivée.

Passages:

SHIELDS, 24s72 ; 52s51 (27s79) ; 1’20s88 (28s37) ; 1’49s62 (28s74).

LE CLOS, 25s44 ; 53s84 (28s40) ; 1’22s28 (28s44) ; 1’50s28 (28s).

YAJIMA, 25s18 ; 53s45 (28s47) ; 1’22s36 (28s91) ; 1’52s64 (30s28).

CUP: SARAH SJÖSTRÖM DEVANT KATINKA HOSSZU

Peu de temps avant la reprise, la FINA avait publié une nouvelle liste de prix. On augmente les ristournes aux nageurs. La FINA est une étonnante institution. Elle ne cesse de changer ses règles, sans trop se soucier du fait qu’elle les piétine. Elle avait trituré le programme, ses règles, pratiquement en même temps que l’annonce du début de la compétition 2017. Cette fois, nul ne va se plaindre de l’augmentation des prix. Le règlement précédent avait chamboulé sans préavis les règles précédentes, réduit le nombre d’épreuves disputées par meeting, ces messieurs de la FINA s’apercevant (enfin) que l’enflure de leur programme l’a rendu impraticable ; ces tripatouillages avaient provoqué l’ire de Katinka Hosszu et la naissance d’une association de nageurs pros.

Les trois premiers dames et messieurs se partageront désormais 600.000 dollars (511.000€) : 128.000€ aux premiers, 85.000 aux seconds, 42.000 aux troisièmes. Dans le passé, seuls les premiers du classement avaient accès au prix à hauteur de 100.000$ en 2016–17, Katinka Hosszú et Vladimir Morozov.

Les huit premiers de chaque sexe recevront des prix en argent (les 6 premiers jusqu’ici). La distribution de prix en argent atteindra 942.000$ (802.000€). Les premiers recevront 50.000$, les huitièmes 3000$ (2500€).

La FINA tente, me semble-t-il, d’augmenter l’attractivité de la Coupe du monde, collection de meetings en petit bassin étalés ou plutôt compressés à des dates aussi peu naturelles que possible (de l’indoor en été, par exemple, aberration), emmêlés sous forme de « bouquets ». En effet, ainsi triturée, la formule ne fait pas recette. Les augmentations de dotations font l’effet d’emplâtres sur une jambe de bois. Ce n’est pas les gains qu’il faut augmenter, c’est tout qu’il faut repenser.

Mais la FINA est incapable de se sortir du nœud gordien de ses créations, parce qu’elle n’a jamais répondu qu’à une logique mercantile. Sa façon d’embrasse son sport conduit à l’étouffer. Son programme est farci d’épreuves qui se suivent sans aucune cohérence. Son calendrier est un bazar. Les apprentis sorciers sont à bout de souffle.

D’ailleurs, il faudrait que cette fichue World Cup disparaisse, et que soit rendue toute liberté aux différents organisateurs de meetings de s’aménager à leur façon, quitte à ce que l’international vienne y distribuer ses prix. La professionnalisation de la natation vue par la FINA est impraticable. Ce sport ne sera jamais professionnel comme le tennis, sauf bien entendu lorsqu’il attirera quinze mille spectateurs payants à chaque session. Sortir la natation du cirque pour lui rendre son statut de sport éducatif majeur!

Cela n’empêchera pas, certes, HOSSZU, SJÖSTRÖM, MOROZOV et autre LE CLOS de ramasser leurs jackpots ! Avant Hong-Kong, les classements World Cup étaient les suivants : Femmes, 1. SJÖSTRÖM, 266 points ; 2. HOSSZU, 176pts ; 3. KROMOWIDJOJO et BELMONTE, 122pts.

Messieurs : 1. LE CLOS, 159pts ; 2. PRIGODA et MOROZOV, 93pts. ; 4. SHIELDS, 72pts.

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 45s91 (21s83 + 24s08) ; 2. Chad LE CLOS, Af. Sud, 46s10 (22s14 + 23s96) ; 3. Kenneth TO, Hong-Kong, 47s28.

400 libre : 1. Gabriele DETTI, Italie, 3’43s11 ; 2. Wojciech WOJDAK, Pologne, 3’43s23 ; 3. Ziao QIU, Chine, 3’43s87; 4. Filip ZABOROWSKI, Pologne, 3’43s89.

50 brasse : 1. Cameron van der BURGH, Af. Sud, 25s80 ; 2. Kirill PRIGODA, Russie, 26s16; 3. Ilya SHYMANOVICH, Russie, 26s23; 4. Renato PRONO, Paraguay, 26s53

100 dos : 1. Christian DIENER, Allemagne 51s44 ; 2. Radoslaw KAWECKI, Pologne, 51s58.

200 brasse : 1. Kirill PRIGODA, Russie, 2’4s02 ; 2. Ilya SHYMANOVICH, Biélorussie, 2’5s02; 3. Arno KAMMINGA, Pays-Bas, 2’5s28.

50 papillon : 1. Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 22s52 ; 2. Tom SHIELDS, USA, 22s99.

100 4 nages : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 51s64 ; 2. Kenneth TO, Hong-Kong, 52s22 ; 3. Tom SHIELDS, USA, 52s85.

400 4 nages : 1. Ayrton SWEENEY, Afrique du Sud, 4’7s76.

DAMES.- 50 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 23s42 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24s12 ; 3. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 24s56

200 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 1’51s77 ; 2. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 1’53s14 ; 3. Duo SHEN, Chine, 1’55s69.

800 libre : 1. BingJie LI, Chine, 8’27s89

50 dos : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 26s24; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 26s32; 3. Hoi-Shun Stephanie AU, Hong-Kong, et Maaike DE WAARD, Pays-Bas, 26s95.

200 dos : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’3s14; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 2’5s90.

100 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 1’4s09 ; 2. Rikke PEDERSEN, Danemark, 1’5s28; 3. Kiera SMITH, Canada, 1’5s65.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 55s32; 2. Yufei ZHANG, Chine, 57s26.

200 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’5s29; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 2’7s54; 3. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 2’9s79.


Originally published at Galaxie Natation.

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