MERCATO À TOUS LES ÉTAGES (3) : QUI AU SOMMET D’ALP’38, DE GUY LA ROCCA OU D’ARKADY VYATCHANIN?

Éric LAHMY

Mercredi 12 Septembre 2018

Je trouve ennuyeux que Guy LA ROCCA ait été écarté par son club pour mettre à sa place un géant (2,03m) du dos russe, qui, après une expérience d’apatride où il tenta en vain de nager pour la Serbie, est devenu citoyen américain. Arkady VYATCHANIN, c’est son nom, attend le feu vert de l’immigration.

N’y voyez aucun mauvais vouloir vis-à-vis de VYATCHANIN qui n’a rien d’un usurpateur. Dans ses déambulations passées, il a entraîné auprès de Gregg TROY, le coach qu’il s’était choisi outre-Atlantique, avec les Gators tout en nageant pour le New York Athletic Club, après avoir claqué la porte avec un certain courage à sa fédération dont il n’appréciait pas certaines méthodes.

En se baladant sur le net, on s’aperçoit que Vyatchanin est un garçon réfléchi. Il a de l’étoffe, du potentiel, une grosse expérience, une vision, des idées sur la diététique, sur l’alimentation des sportifs. Je le soupçonne de tenter un retour sur le vieux continent parce qu’il préfère le mode de vie européen à celui de sa nouvelle nationalité.

VYATCHANIN vers le mois de mai dernier, a envoyé depuis Gainesville en Floride des offres d’emploi en Europe (ainsi en Italie où sa proposition a été relayée par le site Nuotomeet) :
 « Après plus de quinze ans de natation en professionnel et plus de cinq ans d’expérience d’entraîneur (leçons privées, enseignement en groupe, travail avec des athlètes étudiants, je sui très intéressé à devenir entraîneur. Depuis six ans aux Etats-Unis, j’ai eu le privilège d’être entraîné par un des meilleurs coaches au monde, Gregg Troy. Je l’ai aussi assisté pendant quelques années auprès de nageurs étudiants et professionnels. Cette expérience m’a enseigné comment créer et coordonner un programme d’entraînement à succès.

Avant cela j’ai été pendant une décennie l’un des meilleurs nageurs d’Europe et cette double expérience m’a donné une vision unique sur ce beau sport. Ma connaissance de la nutrition et de la diététique peut aider ceux qu’un mode de vie sain intéresse… »

Apparemment, le message a intéressé le président du club grenoblois, Antoine JOURY, qui avait dû s’agacer de la tournure qu’avait prise la saga de Jordan POTHAIN, dont les malheurs ont fini par être imputés à LA ROCCA.

JOURY n’a jamais caché ses ambitions : amener plusieurs nageurs aux Jeux, voire aux finales, voire encore aux médailles olympiques. « Virer » LA ROCCA et appeler VYATCHANIN, c’est sans doute la façon qu’il a eu de marquer son impatience… Bien entendu, on a un peu charrié l’immodestie de son projet, mais enfin, que peut-on faire aujourd’hui dans le sport de haute compétition en ayant une attitude modeste ? Le conquérant modeste n’existe pas…

D’ailleurs, je vois dans de tels propos la marque de l’ambition plus que d’un orgueil mal placé.

Une réponse excédée, émotionnelle, des nageurs, parmi lesquels Auréane DEVALUEZ, et l’actuel blocage de VYATCHANIN hors de France a pu faire croire que l’affaire allait se tasser, mais pour l’instant rien n’est moins sûr.

Ôter La ROCCA du haut niveau si peu de temps après qu’il ait perdu son nageur vedette, n’en a pas moins tout l’air d’un blâme. Comme les principaux intéressés paraissent respecter une loi du silence, on ne sait si les formes ont été respectées, si Guy La ROCCA a souhaité se retirer de l’entraînement élite (ça n’a pas l’air).

Il paie les ennuis à répétition de son nageur vedette : incapacité à suivre en parallèle, comme il l’avait souhaité, des études de kinésithérapie et la natation, ensuite ennuis cardiaques nécessitant une opération, enfin départ du club, direction Nice…

En tout cas, sans se prononcer sur le fond, faute d’infos, se pose la question : un garçon qui a pu fabriquer plusieurs bons nageurs dont, récemment, un finaliste olympique de 400 mètres nage libre doit-il être écarté de la grande compétition ? La réponse me parait être négative. Ne pas trouver une solution honorable pour LA ROCCA serait très dommage humainement et contre-productive, vis-à-vis à la natation française…

Hier soir, à une demande d’informations concernant sa situation, Arkady VYATCHANIN (qui ne doit rien savoir de ce qui se trame chez nous) m’a répondu, depuis la Floride où il réside : « Je ne suis pas encore à Grenoble. J’attends toujours mon visa de travail. Aussi mon arrivée en France dépend seulement du bureau d’immigration.

Mon but est d’offrir un plan d’approche qui reflètera mon expérience personnelle en travaillant dans deux environnements différents : celui de l’Est et de l’Ouest. J’ai la certitude qu’en combinant les meilleurs éléments de ces deux systèmes, il puisse y avoir de significatifs progrès pour les nageurs d’ALP’38. »

Aux USA, VYATCHANIN a été interviewé par le Dr Joseph MERCOLA, chantre un peu sulfureux d’une approche naturelle de la vie et de l’alimentation. On peut entendre l’ancien recordman du monde du 200 mètres dos en petit bassin (en 1’46s11, du 15 novembre 2009 au 27 novembre 2015) donner des avis de bon sens sur la question sans trop se mouiller…


Originally published at .

Like what you read? Give Eric Lahmy a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.