MICHEL PEDROLETTI TOUS AZIMUTS (2) : L’ÉCOLE DE LA NATATION FRANÇAISE, UNE USINE À GAZ NOCIVE POUR L’AVENIR DE NOTRE NATATION

Michel PEDROLETTI

Samedi 3 Mars 2018

DANS UNE « PETITE NOTE DE RÉFLEXION POUR LA NATATION FRANÇAISE À L’ATTENTION DE MR. JULIEN ISSOULIÉ, DTN, » MICHEL PEDROLETTI, EN SEPTEMBRE DERNIER, PROPOSAIT LES CHANGEMENTS POLITIQUES ET INSTITUTIONNELS SUIVANTS POUR LA NATATION FRANÇAISE. MICHEL PEDROLETTI A ÉTÉ ENTRAINEUR NATIONAL ENTRE 1977 ET 1992, ET IL A ENTRAÎNÉ AVEC FRÉDÉRIC DELCOURT ET CATHERINE POIROT DEUX MÉDAILLÉS OLYMPIQUES DE LOS ANGELES EN 1984.

Cinq points me semblent importants pour notre natation dans une optique d’avenir et pour les JO de 2024 à Paris :

  1. Adaptation pragmatique de l’ENF afin de ne pas perdre de licenciés et de ne pas voir nos jeunes nageurs partir vers d’autres horizons !
  2. Proposition de la suppression de nos catégories d’âges jusqu’aux championnats de France minimes pour une natation de niveau !
  3. Proposition d’uniformisation des calendriers sportifs départementaux, régionaux et nationaux autour d’une compétition toutes les 4 semaines !
  4. Recherche des talents et parrainage/tutorats de ces talents pour la meilleure évolution et la meilleure compétitivité possible dans une optique Olympique !
  5. Avoir une politique spécifique de développement pour les DOM TOM qui sont une source très riche de talents !

Je voudrais préciser que toutes ces propositions ont été faites en leur temps à Lionel Horter qui m’avait demandé de réfléchir sur les carences de la natation française, et furent transmises ensuite à Jacques Favre.

1. Adaptation de l’Ecole de la Natation Française.

De mon point de vue l’ENF est une usine à gaz nocive pour l‘avenir de notre natation. Empêcher un nageur de s’amuser en pratiquant la compétition avant d’avoir réussi un « 3ème niveau » et un 100 mètres quatre nages, c’est le meilleur moyen de perdre des nageurs, des licences et de faire en sorte que nous restions ridicules en quatre nages au plan international comme c’est le cas depuis de nombreuses années ! C’est un peu à l’image de nos intellectuels de l’Éducation Nationale qui préconisent la méthode globale avec les résultats qu’on sait au détriment de ce qui a toujours bien marché la syllabique !

Sachant qu’on ne peut rien y changer (ce qui me semble un comble !), je préconise une adaptation au 2ème niveau de L’ENF :

  1. En permettant la pratique de la compétition sur 50 mètres,
  2. 50 mètres crawl (et non pas nage libre !), 50 mètres dos, 50 mètres brasse, à partir du moment où le nageur est capable de faire ces distances en moins de 50’’, les nageurs nageant plus lentement ne pouvant être classés,
  3. 50 mètres auquel on adjoint un 25 mètres technique noté avec une grille de jugement :
  • 5 points sur le départ avec élan des bras, détente, entrée dans l’eau, glisse et reprise de nage,
  • 10 points sur la nage, placement de la respiration, expiration dans l’eau, placement de l’inspiration, retour relâché du coude haut, enchaînement des appuis sans temps d’arrêt devant coordination bras jambes,
  1. Un classement prenant à la fois en compte le temps réalisé et la note du 25m technique imposé permettant le classement des nageurs, temps plus la différence entre la note obtenue et la note maximum de 20. Exemple 36’’ plus 15/20 donnant 41 et, par contre 32’’ et 10/20, 42, donc derrière le premier !

Une telle démarche nous permettrait :

  • De ne pas perdre nos jeunes nageurs, de les intéresser et de les motiver !
  • Elle aurait un impact important sur les éducateurs mais aussi sur les enfants pour la pratique d’une bonne technique et d’une bonne maitrise des fondamentaux des différentes nages !
  • Elle donnerait du pouvoir et des outils à la formation en renforçant son importance, et cela tant auprès des enfants que des éducateurs !
  • De plus les discussions et les « polémiques » que cela induirait seraient une source de progrès pour nos nageurs et nos clubs en sortant d’un consensus mou, source de stagnation et de régression !

2. Suppression des catégories d’âges jusqu’aux championnats de France minimes et mise en place d’une natation de niveaux.

Les différentes catégories d’âges et les programmes qui s’y rapportent à chacun des niveaux ne sont :

  1. En aucun cas adaptés au développement physique des nageurs à qui ils s’adressent !
  2. Et encore moins à leur niveau technique !
  3. Nous fabriquons une natation de petits gabarits ! En effet les petits sont bien coordonnés et, de ce fait, progressent ! Dans le même temps nous perdons les futurs grands gabarits de talents qui, à cet âge, ne sont pas coordonnés ! Ils éprouvent des difficultés à acquérir une bonne technique, à progresser ! Ils s’écœurent de voir les petits leur tourner autour et abandonnent la natation, pensant n’y avoir aucun avenir ! Ils vont renforcer d’autres sports alors que c’est nous qui les avons en main au départ ! Nos nageurs de talents et de grands gabarits ont tous commencés dans de petits clubs, pour finir, plus tard dans les grands clubs !
  4. Les axes de formation de ces catégories d’âges sont basés sur les quatre nages et le demi-fond depuis plus de 40ans ! C’est sur ces épreuves que nous sommes le moins compétitifs au plan international depuis lors !
  5. De plus, imposer le quatre nages sur la base d’une mauvaise technique comme un 400 ou un 800 mètres avec une technique de « nage plus ou moins libre qui n’a que de lointains rapports avec le crawl » ne peut qu’être source de dégradation techniques et d’abandon de ces distances !
  6. Enfin, il n’y aucune place dans nos programmes et donc dans nos clubs pour des nageurs, peut-être beaucoup plus doués, mais un peu plus âgés de 10 à 14 ans qui souhaiteraient pratiquer la natation ! Si je prends mon exemple, j’ai commencé la natation à 14ans et j’ai été Champion de France et en Equipe de France, cela n’est plus possible actuellement !

Au vue de ces constations, il me semble important de proposer une natation de niveau, locale, départementale, régionale et nationale commençant à partir des propositions faites ci-dessus pour le 2ème niveau de l’ENF :

  • Des 50m, en crawl, en dos et en brasse dans la mesure où ils sont nagés à moins de 50’’ et un 50m papillon quand on est capable de nager moins de 45’’
  • A partir de 35’’ sur chacun des 50m, on ne propose que des 100m avec obligation de nager moins de 1’30’’ en crawl, en dos, en brasse et en quatre nages.
  • Puis on peut offrir la pratique des 200m à partir de 3’ en crawl, en dos, en brasse et en 4N et 2’45s en papillon.
  • Des 400m à 5’45’’ en crawl mais aussi en 4 nages, des 800m à 11’ et des 1500m à moins de 20’ !

Ces limites de temps peuvent faire l’objet d’une discussion ou d’une réflexion plus approfondie mais, dans tous les cas, le cadre doit être simple et compréhensible !

Le principe de cette réflexion repose sur le fait qu’un niveau de performance doit correspondre à la fois un niveau technique et un niveau d’entraînement. On commence par le plus simple, le 50m crawl pour aller progressivement vers le plus complexe le 4 nages et les longues distances qui demandent à la fois une bonne technique et un bon niveau d’entraînement ! Ce qui est l’exact opposé de ce qu’on propose depuis plus de 40 ans avec le succès que l’on sait !

3. Organiser les différents calendriers sportifs autour d’une compétition toutes les 4 semaines.

Il me semble important que le calendrier sportif, qu’il soit départemental, régional ou national, soit un outil et une aide pour la préparation, pour le développement des capacités et non pas le contraire !

  1. Il est important de donner du temps à la préparation et bien fixer l’objectif de compétition qui va permettre d’évaluer les progrès acquis à l’entraînement.
  2. Il est important d’amener le nageur et bien entendu l’éducateur/entraîneur à répondre présents à un moment donné. C’est l’éducation vers le haut niveau et il faut le commencer le plus rapidement possible.
  3. Un cycle d’une compétition toutes les 4 semaines permet d’avoir 3 semaines d’entraînement pour le développement des capacités qu’elles soient techniques, physiques ou physiologiques, avec une semaine de même volume avec une intensité moindre, un test éventuel en milieu de semaine et la compétition le week-end.
  4. Cette organisation a le mérite de bien fixer les choses tant sur le plan de l’entraînement, de la compétition ou de la détente qu’il ne faut pas oublier et cela pour le nageur comme pour l’entraîneur.

4. Recherche des talents et accompagnement de ceux-ci vers le haut niveau.

Il me semble indispensable d’aller à la recherche des talents ! Pour cela :

  1. Il faut bien comprendre qu’un bon brasseur a un bon ciseau, un bon nageur de dos a un bon battement de dos, un bon crawleur un bon battement de jambes et le bon papillonneur un bon dauphin !
  2. Il faut demander un test sur un 100m battement de jambes à la planche, dans des conditions biens réglementés pour les :
  • 10 ans et moins,
  • 12 ans et moins,
  • 14 ans et moins.
  1. Ce test doit être fait dans un premier temps dans les clubs, puis au plan départemental, régional et national relativement à une grille de temps ou à un nombre de places !
  2. Les meilleurs au plan régional puis national étant regroupés, des observateurs Fédéraux, ayant « l’œil », se rendraient sur place pour les observer et ainsi évaluer leurs capacités et leurs développements physiques.
  3. Il faut rechercher les nageurs ayant la « glisse », le gabarit et une bonne flottabilité pour le meilleur rapport poids puissance.
  4. Les nageurs identifiés, il faut mettre en place un suivi sur le temps :
  • Pour observer leurs évolutions physiques notamment chez les jeunes filles ;
  • Pour prendre contact avec les clubs et les entraîneurs pour leur préconiser des types d’entraînement dans une optique de haut niveau:
  • tant sur le plan technique,
  • que physique (renforcement musculaire, assouplissements, relâchement, travail de concentration et de relaxation…)
  • sans oublier la dimension de l’entraînement : nombre de séances, durée, volume, plan de séance, séries de nage, de jambes et de bras (eh ! oui, ces données me semblent importantes et je crois qu’on les oublie un peu trop actuellement)…
  1. On peut également imaginer mettre en place une évaluation de la puissance au travers d’un 100m de nage avec des plaquettes adaptées (Plaquettes/jambes) en crawl, en dos, en brasse pour tout le monde et en papillon pour les 12ans et moins !

Remettre les jambes au centre des choses me semble dans tous les cas, tant au point de vue de l’apprentissage que de l’entraînement être une chose indispensable !

Le mérite de cette proposition est qu’elle aussi est simple et compréhensible par tous.

5. Une politique spécifique pour les DOM TOM doit être mise en place.

Les DODM TOM sont une ressource de talents dont on ne se sert pas assez dans tous les sports en France mais en natation en particulier.

Si j’en juge par les résultats obtenus en très peu de temps par les nageurs guadeloupéens à la suite de la politique que j’ai pu mettre en place entre 2006 et 2011 sur les principes édictés ci-dessus, je pense que nous ne nous intéressons pas suffisamment à ces territoires qui méritent notre attention et une spécificité liée au climat et à l’éloignement et qu’un copié collé de notre programme ne saurait être suffisant !

J’ai fait en leur temps dans ce domaine également de nombreuses propositions au travers de notes que j’ai pu envoyer à nos différents DTN.


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