PAUL BEULQUE: QUAND LA CAPITALE DE LA NATATION FRANçAISE ETAIT TOURCOING

BEULQUE [Paul Louis Désiré] (Tourcoing, 29 avril 1877–1er novembre 1943). Son portrait a été tracé par Christian Dorvillé, qui, dans son ouvrage sur les Grandes figures sportives du Nord-Pas-de-Calais, reprend un texte de Patrick Pelayo : « De 14 à 21 ans, il occupe plusieurs emplois dans l’industrie textile florissante à cette époque à Tourcoing. Après les longues journées de travail, il fait de la gymnastique à la société locale « L’Union Tourquennoise » où il remporte de nombreux trophées individuels. Il fera même partie des dirigeants de cette société”, écrit cet auteur.

“Dès l’âge de quinze ans, avec ses amis Henri Papin, Paul Bossu (qui furent avec lui les fondateurs du club des Enfants de Neptune), il va se baigner dans les fossés de la « cense » (ferme) Montagne, où il devient le champion de la « patte de chien » qui devait devenir le crawl. Il se rend aussi le dimanche à la piscine des bains Roubaisiens, rue Pierre Motte ou mieux encore à l’école de natation du pont Morel.

Devenu un bon gymnaste, sachant lire, écrire et nager, il réussit à faire son service militaire aux Pompiers de Paris où il découvre la méthode suédoise et une gymnastique dite analytique. Libéré du service militaire en septembre 1901, rentré à Tourcoing, le voici qui fait partie des sapeurs-pompiers de la ville.

En 1902, il passe avec succès l’examen de professeur de gymnastique de l’école normale de Douai. Les programmes de formation sont basés sur la gymnastique suédoise et sur les travaux de Georges Demeny, originaire de Douai. Il se retrouve moniteur de gymnastique dans les écoles communales de Tourcoing.

En 1904, Paul Beulque fonde la société de natation des « Enfants de Neptune de Tourcoing.” L’assemblée générale du 24 juin de cette année relate la présence de vingt-quatre membres; Paul Beulque et son ami Florent Laporte sont désignés par acclamations comme moniteurs-chefs. Beulque conservera ce « grade » toute sa vie.

1904–1909 : les débuts sont laborieux mais l’environnement est favorable au water-polo. Les Pupilles Neptune de Lille sont les premiers champions de France en 1900; en Belgique, l’Antwerp Swem Club, jumeléaux Enfants de Neptune, joue au water-polo depuis longtemps.

Le 28 août 1909, les ENT sont champions de France. Beulque fait lui-même partie de cette équipe championne de France en 1910, 1911, 1912, 1913, et, encore en 1920 (il a alors 43 ans), après l’interruption provoquée par la guerre. Beulque est sept fois international de water-polo, capitaine de l’équipe de France en 1921 et deux fois international de natation en 1913.

En 1911, le députe-maire Gustave Dron, accompagné par son adjoint le docteur Lagache, visite la piscine et déclare : « la natation est obligatoire pour tous les élèves de la ville.” Dron, docteur en médecine et homme d’action, joue un rôle essentiel dans le développement du sport et des activités sociales de la ville. Paul Beulque, lui, se révèle un professeur infatigable et ingénieux. En octobre 1911, quelques classes sont convoquées et l’étude de la brasse élémentaire voit le jour. Paul Beulque aime l’efficacité, mais se trouve devant un problème compliqué. Prendre un élève à la fois, lui montrer les mouvements, les lui faire exécuter en se mettant au besoin à l’eau avec lui, c’est bon pour une leçon individuelle. Comme on va lui amener 40 à 60 élèves à la fois, il faut trouver autre chose. Il imagine de toutes pièces un appareillage collectif qui va, par suspension par câbles et poulies, permettre d’enseigner 60 élèves à l’heure, tous sanglés et maintenus de cette manière à la surface de l’eau.

Chaque année sortiront des écoles des centaines d’élèves, bons nageurs qui prendront le chemin de la piscine et dont l’élite viendra grossir les rangs des Enfants de Neptune. C’est en fait le but que vise de Paul Beulque.

UNE PEDAGOGIE A SOIXANTE A L’HEURE

Il se révèle un pédagogue né qui se fait craindre et aimer de tous. Sa devise « travail discipline camaraderie » et son slogan « l’heure c’est l’heure, avant l’heure de n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure » resteront ceux du cllub. Il instaure une présentation des résultats lors des fêtes scolaires de fin d’année.

Le 3 août 1914, Beulque est mobilisé, à quelques jours de la naissance de sa fille Paule, son seul enfant, laquelle épousera Vandeplanque, médaillé olympique de water-polo en 1928 à 17 ans. Il est fait prisonnier le 23 août, et le restera jusqu’en 1918. Revenu de la guerre, il se remet au travail, affine sa méthode et trouve en Armand Descarpentries, un instituteur et professeur de gymnastique, un collaborateur et un confident avec qui il publie en 1922 leur “méthode de natation”, influencée par sa connaissance de la gymnastique et des oeuvres de Demeny et Hébert, qui est immédiatement reconnue par la Fédération française de natation et de sauvetage. Lui-même, quand il officie, au bord du bassin, porte la blouse blanche, comme les contremaîtres dans les filatures.

En 1923, il publie une méthode de water-polo. Il travaille inlassablement au niveau scolaire et au club tant en natation qu’en water-polo. De nombreux champions de natation sont, à l’instar de Henri Padou, des tourquennois. Aucun titre de water-polo n’échappe à Tourcoing. C’est le fruit d’un entraînement quotidien, voire biquotidien basé sur une sélection large parmi la population scolaire.

En 1924, les Jeux se déroulent à Paris, et la France est championne olympique de water-polo, avec cinq de ses sept joueurs tourquennois. Paul Beulque en est l’entraîneur. Il reçoit les palmes académiques, la médaille d’or de la FFN, sera nommé chevalier de la légion d’honneur. Toujours entraînée par Beulque, la France sera 3e des Jeux d’Amsterdam (1928) et 4e aux Jeux de Berlin (1936). 31 joueurs des ENT porteront les couleurs nationales entre 1909 et 1943, et en 1930, le 7 national est cent pour cent tourquennois. Mais des ennuis de santé accablent Beulque. Il a formé des successeurs, Paul Lambret, Emile Bulteel, Alphone Casteur, prend sa retraite en 1941 mais reste président du club. Tourcoing, pendant ces années, est plus ou moins la capitale de la natation française. Le jour de la Toussaint 1943, il attend, alité, les résultats de l’équipe de water-polo. Il s’éteint à 23 heures.


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