PRÉSIDENT DU COMITÉ OLYMPIQUE CONTRE PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION C’EST LA NOUVELLE FARCE À L’ITALIENNE

Éric LAHMY

Dimanche 19 Juin 2016

Réélu triomphalement (75% des voix) président de la Ligue Européenne de Natation –un de ses vice-présidents s’appelle Francis Luyce, connaissez peut-être ? — Paolo Barelli, président de la Fédération Italienne de Natation, fait plutôt parler de lui, dans son pays, l’Italie, par l’embrouille juridique qui l’oppose au président du Comité olympique italien (CONI — prière de noter qu’il ne s’agit pas d’un gros mot), Giovanni Malago’.

Barelli, un ancien nageur de papillon, puis dirigeant, a touché à la politique, été sénateur dans le groupe Forza Italia de Berlusconi. Une carrière à rebondissements. Accusé d’avoir utilisé les locaux de la Fédération pour mener campagne électorale. L’homme est surtout madré et fin tacticien. « Ila transformé la fédération la plus riche après le foot en une forteresse blindée », peut-on lire à son sujet dans La Repubblica. Zéro instruction, formation sur le tas, il fonctionne en bande, avec son frère cadet Luigi Barelli et un radiologue, médecin attaché à la présidence italienne, Antonio De Pascale. Il possède Punto Sport (gestion d’équipements sportifs). Barelli a fondé en 1976 Aurelia Nuoto, dirige une agence immobilière, C.i.r. Aur, et appartient au Flaminio Sporting Club…

Malago’, sa biographie mérite quelques secondes d’attention. Né en 1959, la famille de ce Romain (mais Cubain par sa mère, parents mariés à La Havane, enfuie de l’île à la prise de pouvoir de Fidel Castro,) comprend un gouverneur de la Banque d’Italie et un ministre démocrate chrétien ( treize reprises !). Collège, diplômé en économie et commerce, c’est aussi un séducteur. On lui prête d’innombrables aventures amoureuses, Monica Bellucci, Carla Bruni, Anna Falchi entre autres (il prétend modestement qu’on a en beaucoup rajouté). On ne prête qu’aux riches. Beau, jeune, friqué, mondain. Mais ceux qui connaissent bien les Malago’ désignent son père, Vincenzo, comme la vraie star de la famille, bosseur doublé d’ « un charme absolu, inventeur du commerce du business de l’automobile. » Giovanni, c’est autre chose. Gianni Agnelli le surnomme « le Porfirio Rubirosa des Parioli » (Pariolo, un quartier de Rome — Porfirio Rubirosa, figure du play-boy absolu des années 1950). Un autre Agnelli l’a rebaptisé « Megalo’ ». Avant la crise, il vend jusqu’à huit mille voitures par an, Rolls, Bentley, Maserati, Ferrari, et serait le plus gros vendeur de BMW au monde. C’est aussi un marieur impénitent. Il réunit chez lui des couples qu’il estime fonctionnels et ça marche : c’est ainsi qu’il organise la rencontre de sa propre secrétaire avec Luca Cordero De Montezemolo, le patron de Fiat, qui se marieront. « Une intuition, explique-t-il, des personnalités, pôles positif et négatif, m’indique si les gens sont faits pour s’entendre. »

En plus de tout ça, ce charmeur un sportif, joueur de football à sept. Devenu président du Reale Circolo Canottieri Aniene, un club d’aviron décadent créé en 1892 sur une boucle du Tibre, il en fait en peu d’années, raconte le journaliste Alberto Statera, « la plus formidable concentration upper class de la capitale, une sorte de chambre de compensation des pouvoirs bourgeois, des rôles et de la richesse, le melting-pot parfait des marchands et des professionnels, des constructeurs et de la haute bureaucratie, des personnages du sport, du spectacle et des entrepreneurs. » Alors que les grands clubs français (voir le Lagardère et le Stade) se désengagent de la compétition, le Canottieri est tourné vers l’excellence. En natation, le Canottieri Aniene règne sur l’Italie, qui dispose des champions du monde Filippo Magnini, Federica Pellegrini, et triomphe dans la plupart des relais des championnats…

Malago’ c’est aussi un instinct politique. Montezemolo lui a appris qu’il n’y a ni gauche, ni centre, ni droite, mais un lobby transversal dans lequel les rapports se nourrissent d’amitié, de liens profonds.

Elu triomphalement président du CONI le 19 février 2013, ce personnage de roman a trouvé son talon d’Achille avec Paolo Barelli. Le bras de fer des deux hommes dure depuis des années. Il oppose deux types d’hommes le patricien et le plébéien, et les conceptions qui en découlent: le mécène contre le manager, le bénévole contre l’affairiste… Ce qui crée une situation inextricable, puisque président du Circolo Aniene et du CONI, Malago’, est à la fois situé hiérarchiquement en-dessous et au-dessus de Barelli. En septembre 2014, la Commission disciplinaire de la Federnuoto disqualifie pour seize mois Malago’en sa qualité de président du Circole Conottieri Aniene. Les raisons ? « Absence de loyauté » et « déclarations nuisant à la réputation » du président Barelli. De quoi s’agit-il ? Malago’ a fait partie du Comité d’organisation des championnats du monde 2009 de natation, à Rome. De là, il disposait d’un point de vue imprenable sur la préparation des mondiaux. Le président de d’Aniene n’a pu admettre que la Fédération Italienne présentait les mêmes factures correspondant aux frais de rénovation de la piscine du Foro Italico à la fois au Ministère et au Comité Olympique. Faux, répond Barelli. Il n’y a pas eu double facturation, car si le CONI a réglé des factures, il s’agissait, de la part du ministère, d’une dotation, un paiement forfaitaire de l’Etat.

Non content de défendre ce point de vue, Barelli a sanctionné le président du Circolo Aniene pour une action du président du Comité olympique. Puisqu’il s’agit du même homme ! Bref, on ne sort pas de cette comédie à l’italienne, de cette farce dans le style Vittorio Gassman contre Alberto Sordide !

Disqualifié par la Commission disciplinaire, Malago’ obtient l’annulation de cette décision par la juridiction suprême du sport italien, « Il Collegio di Garanzia, » présidé par un ancien ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini (commandeur de la Légion d’honneur française). Immédiatement Barelli a réagi en présentant un recours devant le tribunal administratif. Hors-jeu, dit maintenant Malago’, pour qui, en cas de controverse judiciaire contre le CONI, menace Barelli de lui ôter son éligibilité et le déchoir de sa présidence. C’est prévu par les statuts fédéraux, insiste-t-il. Entre-temps, ce 18 juin, le tribunal administratif a décidé de reporter sa discussion du recours de Barelli contre le CONI au 25 octobre prochain. D’ici là, qui sait, Federica Pellegrini et Gabriele Paltrinieri auront eu leurs médailles olympiques ?


Originally published at Galaxie Natation.

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