QUAND IL Y A DE L’ABUS A PARLER D’ABUS

Éric LAHMY

Lundi 26 Février 2018

Ça y est, c’est lancé, il parait que la natation américaine va essuyer un scandale équivalent à celui qui a sali la gymnastique des cinquante Etats. USA Swimming aurait ignoré ou couvert des centaines de cas d’abus sexuels. Pour l’instant, disons le, l’info du mois n’est que le témoignage direct, d’une bonne nageuse, championne du monde du 200 mètres quatre nages à Rome en 2009 (avec deux records mondiaux, un en demi-finale, l’autre en finale), Ariana Kukors.

A son cas s’ajoute une enquête journalistique…

Ma source d’information est une récente livraison d’Huffington Post, dont la journaliste, Alanna Vagianos, se contente en fait de reprendre l’enquête menée pour le compte de la Southern California News Group (SCNG) et publiée vendredi dernier par l’Orange County Register.

A en croire l’investigation de ces distingués confrères, USA Swimming aurait, au cours des décennies passées, laissé sans suite des centaines de cas d’abus sexuels.

Après le scandale Nassar [ce docteur de l’équipe et pédophile qui profitait de son statut de médecin fédéral de la gymnastique pour « séduire » (appelons ça comme ça) un certain nombre de petites gymnastes], on pouvait se demander ce qu’il en était de la natation, autre sport qui implique une pratique très précoce…

Dans le cas de la gymnastique, les dirigeants auraient tenté, mauvais réflexe, de « sauvegarder » l’image de leur sport, ce qui était revenu à protéger celui qui avait abusé ces toutes jeunes athlètes. On n’est pas souvent gagnant, au final, lorsque le scandale éclabousse, quand on utilise ce genre de stratégies, même si cela permet de gagner du temps et parfois même d’éviter l’orage…

Citant des documents juridiques et des communications internes, les confrères du SCNG affirment donc qu’USA Swimming (l’équivalent de notre fédération), a, selon la formulation de Vagianos, « laissé la voie libre de centaines de prédateurs, coaches pour la plupart, et permis une culture de la maltraitance dans laquelle des coaches plus âgés pouvaient entretenir des relations sexuelles avec des athlètes mineures. L’article se concentre sur Chuck Wielgus, l’ancien directeur exécutif d’USA Swimming, qui disparut en avril des suites d’un cancer du colon. »

Dans les conclusion de l’Orange County Register, « la F. de natation des USA a manqué de façon répétée les opportunités qui lui étaient données de refondre une culture dans laquelle l’abus sexuel de nageuses mineures par leurs coaches ou par d’autres personnes en position de pouvoir à l’intérieur de leur ressort était un fait banalement commun voire accepté par les dirigeants et les entraîneurs en place, selon les documents issus d’entretiens avec les personnes abusées, anciens olympiens, dirigeants d’USA Swimming, défenseurs d’un sport sans danger et de quelques membres bienfaiteurs d’USA Swimming. »

USA Swimming n’a pas daigné répondre aux demandes d’entretiens de la SCNG ou d’Huffington Post. Selon un ancien membre du Comité directeur de l’institution, Mike Saltzstein, l’attitude d’USA Swimming était d’arranger le coup et de cacher les faits, et sa stratégie de sauvegarder son image à tout prix. Après avoir plongé dans des milliers de mémos, de courriels, de décisions judiciaires, d’entretiens concernant l’application de la loi, de rapports de réunions, les reporters en ont déduit que l’organisation n’avait aucun désir de prendre à rebrousse-poil sa « base de pouvoir », essentiellement les coaches, et s’était montrée obsédée avant tout par la protection de son image et sa marque.

Les conclusions de leur article, assez sévères, se résument en trois points :

  1. Pendant des années, les dirigeants, officiels et entraîneurs savaient que de nombreux prédateurs sexuels se trouvaient dans des positions d’entraîneurs, et n’avaient pas sévi.
  2. Depuis 1997, plus de 590 victimes d’abus sexuels avaient été identifiées dans la natation US. Au moins 252 coaches avaient été arrêtés, accusés ou disciplinés par USA Swimming pour agression ou inconduite sexuelle contre des athlètes de moins de dix-huit ans. Pendant quatre des six dernières années, plus de vingt coaches ont été arrêtés, accusés ou convaincus de délits sexuels divers, viols, agression sexuelle sur enfants de trois et huit ans, détournement de mineur, pornographie enfantine et pédophile ou vidéos volées de jeunes nageurs-nageuses dans leurs vestiaires. Tout un programme.
  3. Au moins trente coaches où officiels, signalés à USA Swimming après avoir été accusés ou arrêtés pour agression sexuelle ou pornographie infantile par l’application de la loi, une fois convaincus d’avoir fauté ont pu continuer à travailler dans la natation. Certains dirigeants également condamnés ne furent pas plus écartés du sport.

Entre 2006 et 2016, USA Swimming aurait dépensé 7.450.000 dollars en frais légaux. Sans trop savoir quelle part de cet argent a été dépensé pour stopper des actions en justice liées à des agressions sexuelles, la SCNG relève que la fédération « a arrangé des accords dans au moins trois états avec des victimes d’agressions sexuelles supposées par des coaches de natation avant que ces affaires n’arrivent en justice. »

590 CAS D’ABUS, C’EST 590 CAS DE TROP, CERTES, MAIS CELA REPRÉSENTE UN RATIO DE 0,3/1000, SOIT UN INCIDENT POUR 3300 NAGEURS. JE NE SAIS DÈS LORS SI L’ON PEUT PARLER DE « CULTURE DE L’ABUS SEXUEL ».

La fédération aurait payé 75.000$ à des lobbys chargés d’empêcher l’adoption d’un projet de loi californien censé faciliter les actions en justice civile de victimes d’agressions sexuelles contre leurs agresseurs et les organisations qui les emploient, continuent les enquêteurs.

Si USA Swimming, comme il apparait et comme des affaires récentes l’ont peut-être démontré, ne s’est pas comportée comme l’aurait dû une institution chargée d’une mission d’éducation, il faut se dire cependant que le phénomène, qui semble prendre d’effrayantes proportions notamment avec des 590 cas non traités d’abus sexuels, est beaucoup moins dramatique qu’il n’y parait. Dans les dix années que couvre l’enquête, USA Swimming, qui compte 400.000 nageurs, fidélise 62% des 12 ans et 90% des 13 ans. Il accueille donc entre 25 et 30% de nouveaux membres chaque année, ce qui fait que 1.500.000 nageurs ont appartenu à l’institution.

Alors ? Alors doit-on céder à ce terrorisme statistique ? 590 cas d’abus, c’est 590 cas de trop, certes, mais cela représente un ratio de 0,3/1000, soit un incident pour 3300 nageurs. Je ne sais dès lors si l’on peut parler de « culture de l’abus sexuel ». Mes expériences de la natation américaines commencent à dater, certes, mais chaque fois que, journaliste, je tentai de communiquer avec une nageuse en déplacement, je tombais sur une cerbère fédérale qui se présenterait comme un chaperon (mais ressemblait plutôt au loup de la fable). Les filles étaient bien gardées!

Par ailleurs, quand je lis que ces entraîneurs ont été arrêtés, accusés ou convaincus et disciplinés par USA Swimming, je pense que cette institution, même si elle n’a pas bien fait son travail, n’est pas restée aussi inerte qu’il ne parait à la lecture des gros titres qui accompagnent l’article.

Le témoignage récent le plus dérangeant reste celui d’une nageuse de haut niveau, championne et recordwoman du monde, Ariana Kukors, née le 1er juin 1989. Kukors raconte que son entraîneur, Sean Hutchinson, abusa d’elle pendant presqu’une décennie.

Hutchinson aurait commencé ses approches alors qu’elle n’avait que treize ans, quand il devint son entraîneur dans un club de Seattle, le King Aquatic. « Je n’aurais jamais imaginé que je raconterais un jour mon histoire, a-t-elle expliqué. J’ai réussi à quitter un horrible monstre et construire une vie que je n’avais jamais imaginée pour moi-même. Entre-temps j’ai compris que des histoires comme la mienne étaient trop importantes pour ne pas être écrites. »

Kukors a raconté qu’Hutchinson avait attendu ses dix-huit ans avant d’avoir des relations physiques, et qu’ils cohabitèrent deux ans après, quand elle eut vingt ans. Elle décrit le coach entreprenant comme un manipulateur, jaloux, adepte des violences verbales. Hutchinson a bien sûr nié.

Le Huffington Post cite ensuite Nancy Hogshead, championne olympique du 100 mètres aux Jeux olympiques de 1984. Il est commun, relève-t-elle, que des entraîneurs épousent des nageuses qu’ils ont entraînées. Puis ajoute qu’une telle « culture est diablement problématique. »

Selon Hogshead-Makar citée par les enquêteurs, « quand une organisation permet des mariages, quand elle permet à une petite fille de onze ans de voir son équipière de dix-huit ans qu’elle prend comme une égale — elles vont dans les mêmes meetings, restent dans le même hôtel, s’entraînent ensemble — puis quand elle voit la nageuse plus âgée épouser son entraîneur, elle croit que c’est un véritable amour et ne reconnait pas le caractère inapproprié de la situation. »

Donald Trump, le président des Etats-Unis, a signé début février un projet de loi dont on attend qu’il protège les sportifs amateurs des abus sexuels. Les responsables, coaches, dirigeants, sont sommés de rapporter toute allégation d’abus à la police dans une période de vingt-quatre heures, et étend le statut de limitation à dix années après qu’une personne ait réalisé qu’elle a été agressée. Le texte limite aussi la possibilité d’athlètes de moins de dix-huit ans de se trouver seul(e)s avec un adulte qui n’est pas leur parent.

Si les média US sont entrés dans cette saga avec délices, j’aimerais quand même relever quelques zones d’ombre.

Tout d’abord, je trouve très sympathique Nancy Hogshead, avec qui j’ai passé une superbe soirée de cérémonie de clôture olympique en 1996, dans le stade d’Atlanta, mais sa vision des choses n’emporte guère mon adhésion !

Plus sérieusement, dans l’ensemble, il est absolument impossible de dire si toutes les histoires relèvent réellement de l’abus sexuel, de l’abus de position de la part d’un entraîneur adulte vis-à-vis d’une nageuse (en l’occurrence), jeune et donc supposée naïve victime.

LE CARACTÈRE APPROPRIÉ DE LA RELATION AMOUREUSE DE DEUX ADULTES CONSENTANTS NE CONCERNE QU’EUX-MÊMES

Les propos de Nancy Hogshead ne me paraissent pas péremptoires, dans la mesure où le caractère approprié d’un mariage entre deux adultes consentants n’intéresse ni Nancy Hogshead, ni la petite équipière de onze ans, ni la police des mœurs qu’elle semble appeler de ses vœux, en fait personne d’autre que les deux personnes concernées. Quant à évoquer un quelconque caractère d’ « exemple » du mariage d’une aînée sur la fille de onze ans, cela me parait une absurdité. Je crois qu’une majorité des unions à notre époque se nouent sur le lieu d’activités. Est-il préférable d’aller sur des sites de rencontres ?

Il vaudrait mieux couper la télé lors des infos sur le Moyen-Orient et interdire la vente des armes lourdes aux citoyens que de développer de telles approximations.

La candeur d’Ariana Kukors peut difficilement être mise en doute, a priori, dans son affaire, parce que, quand une victime supposée accuse un supposé bourreau, on se trouve dans l’écoute et la commisération. Mais tout de même…

Je veux croire qu’elle souffre en revisitant son passé et sa relation… Mais on aimerait savoir si Ariana Kukors avait des parents — il parait que oui, elle avait même deux sœurs qui ont nagé en même temps qu’elle –, si sa famille s’en était détachée, l’abandonnant au club et au bon vouloir d’un jeune et pernicieux entraîneur ; elle-même n’avait-elle pas, de par son comportement, laissé au dit entraîneur une trop grande liberté de manœuvre ? On voudrait comprendre ce qu’elle signifie quand elle dit que le coach a commencé à la « draguer » quand elle avait treize ans, puisque, comme on le comprend bien, il n’y a pas eu, pendant les cinq années qui séparent cet âge de sa majorité, quoique ce soit de clairement répréhensible de la part de ce manipulateur.

On aimerait aussi demander si le fait que l’entraîneur ait attendu les dix-huit ans de la jeune fille pour passer à l’acte relève de l’agression sexuelle, étant entendu que cet acte ne peut constituer un détournement de mineur ; et si le fait que ces deux, Ariana et son coach, se soient mis en ménage deux ans plus tard, puisse être est la résultante d’une action prédatrice d’un homme « manipulateur, jaloux et verbalement violent » ou la concrétisation d’une rencontre — même si déséquilibrée — entre deux êtres. En lisant son témoignage me revient cette phrase de Jean-Paul Sartre : « à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde ».

KUKORS: COMMENT J’AI TOUT À COUP PERDU LE FIL D’ARIANE…

La biographie d’Ariana par Wikipedia indique en effet qu’en 2009, l’année de ses vingt ans et de son titre mondial, ayant nagé la saison précédente à l’Université de Washington, dont les programmes de natation furent interrompus par des mesures d’économie du département athlétique, Kukors alla s’installer chez Hutchinson. Toute cette année, ils vécurent en couple. Il avait 37 ans, elle 20.

On peut certes croire que Kukors a aujourd’hui l’impression d’avoir été entre les mains d’un être « éminemment puissant et manipulateur », mais peut-elle se dédouaner d’être retournée, jeune adulte de 20 ans, chez ce monstre qui venait d’être bombardé entraîneur en chef du club FAST ? Et, si Hutchinson dit vrai, dans sa défense, est-il plausible que non seulement elle partagea la demeure du coach, mais la sœur de la nageuse vint vivre avec le couple et ses parents leur rendirent visite ? Peut-on croire, si ces détails sont avérés, en dehors d’un maraboutage en règle, d’un envoutement, à cette version diabolique qu’elle nous présente dix ans après de sa relation ?

Pour finir, j’aimerais être sûr que l’accusation d’Ariana Kukors ne constitue pas un tardif règlement de compte d’amoureuse pour châtier l’homme qui l’a séduite et peut-être abandonnée. Brutalement dit, je ne trouve pas autant de certitudes que j’aimerais dans l’histoire que raconte cette charmante personne. Au point où je me trouve, Ariane, j’ai le regret de vous dire que j’ai perdu le fil.

De la même façon, le fait qu’Hutchinson ait poursuivi une relation sept années de suite sans qu’il n’y ait (jusqu’ici) rien d’autre à lui reprocher, ne démontre-t-il pas de sa part une fidélité et un attachement ? Si l’Hutchinson en question s’est attaché à poursuivre une seule et même nageuse pendant cette malheureuse décennie, je ne puis en rien l’accabler au même titre que ce dérangé d’Harvey Weinstein.

Je me demande si l’on ne nous sert pas là, nolens volens, un triste panaché de Portier de Nuit et de Lolita.

APRÈS AVOIR ACCUEILLI AVEC UNE CERTAINE SYMPATHIE CETTE TENDANCE À DIRE LES CHOSES, JE COMMENCE À M’AGACER DES EXCÈS DU MOUVEMENT ME TOO

Mais on devrait en savoir un peu plus, bientôt. Homeland, l’organisme de la sécurité intérieure des USA, s’est emparé de l’affaire… Ils cherchent chez Hutchinson des « preuves. »

Les doutes qui me viennent en lisant cette saga me conduisent à d’autres considérations. On a tous une ou plusieurs histoires à raconter dans le domaine du sexe non consenti, on peut tous avoir vécu des moments désagréables en ce domaine, on n’a peut-être pas toujours été parfait, ni glorieux, nous-mêmes, dans ce domaine. Il est très possible, aussi, que les fédérations sportives, au même titre que l’église catholique, que les campus d’université où l’on viole en moyenne une jeune fille par jour, ou n’importe quel lieu où les deux “genres” cohabitent, soient mal armées pour réagir dans des situations de ce genre, et je ne sais pas trop s’il est licite, hors certains cas limite, de se mêler de certaines affaires qui s’adressent d’une certaine façon à la liberté personnelle.

Je ne sais pas trop non plus si, après avoir accueilli avec sympathie cette tendance à afficher ses déboires née outre-Atlantique, je ne commence pas à m’agacer de ce qui me semble être des excès du mouvement ≠MeToo. La légende selon laquelle l’homme est toujours un prédateur et la femme toujours une victime ? Permettez-moi d’en douter. J’aurais tellement d’exemples inverses dans la natation, des exemples de tentatives de séduction et autres harcèlements opérés par des femmes sur des hommes (principalement), et plus spécialement par des jeunes nageuses sur leurs adultes d’entraîneurs, que je me décourage de les évoquer — d’autant qu’on ne peut citer les noms.

Je vous raconterai seulement que sachant à quelles oiselles il avait affaire, un entraîneur national prenait bien soin, quand il recevait une nageuse dont il avait la charge afin d’évoquer sa situation, d’ouvrir en grand la porte de son bureau situé au fond de la plage de la piscine.

LA DEMOISELLE ME CONVIA À L’ACCOMPAGNER DANS LE VESTIAIRE « POUR GAGNER DU TEMPS » ET À L’INTERROGER PENDANT QU’ELLE SE DÉSHABILLAIT DEVANT MOI, SE DOUCHAIT ET SE RHABILLAIT

Je vous raconterai aussi l’anecdote de ce conseiller technique qui avait prié son épouse de le rejoindre sur le lieu du stage où il se trouvait afin de calmer les tentatives de séductions des effrontées qu’il entraînait.

Je vous conterai aussi cette histoire vécue dans l’hôtel où je me trouvais à la veille d’un championnat de France, d’une nageuse de dix-huit ans qui exigeait de son quadragénaire entraîneur qu’il vienne dans sa chambre la border et lui faire la bise le soir quand elle était couchée — ce sans quoi elle prétendait ne pas pouvoir s’endormir.

Je vous conterai mon histoire personnelle, quand, étant allé à Créteil interviewer cette gamine de quinze ans, la demoiselle me convia à l’accompagner dans le vestiaire « pour gagner du temps » et à l’interroger pendant qu’elle se déshabillait complètement devant moi, se douchait et se rhabillait. Mais est-ce que j’aurais dû m’en plaindre ?

J’ai bien apprécié la position de Catherine Deneuve, qui revendiquait la liberté d’être importunée. Une position mal perçue, parce que ses adversaires, celles et ceux qui l’ont humiliée et insultée pour cette prise de position tellement fine et intelligente, ont feint de ne pas comprendre qu’elle désirait être « importunée » gentiment, vu qu’il y a trente-six façons d’ « importuner » une personne…

Bien sûr, il y a de désagréables personnages pour qui « non » n’est pas une réponse, et aussi de vilaines habitudes prises pendant les millénaires qui ont formé l’espèce humaine. Entre en compte aussi la différence de force physique entre le mâle et la femelle, qui peut conduire l’homme à en abuser. Il doit être cependant plus facile, il est vrai, d’en imposer à la petite Ariana Kukors qu’à Valerie Adams, la quadruple championne du monde de lancer de poids, 1,96m, 122kg !

L’ÊTRE HUMAIN PROCÈDE A LA FOIS DE LA NATURE ET DE LA CULTURE. LA NATURE EST LE DOMAINE DU LIBRE INSTINCT ; LA CULTURE CELUI DU SURMOI ET DE LA RÉPRESSION. PARFOIS, TROUVER LA BONNE FRÉQUENCE EST UN PEU DIFFICILE.

Bientôt, ces délatrices vont quand même devoir réfléchir à la portée de leurs accusations et admettre que, peut-être, les relations entre les sexes ne peuvent être aussi policées que la circulation en ville, ni réglées que les horaires de chemins de fer. L’être humain procède à la fois de la nature et de la culture. La nature est le domaine du libre instinct ; la culture celui du surmoi et de la répression. Parfois, trouver la bonne fréquence est un peu difficile.

Pour Anna Santamans, avec qui j’ai évoqué cette question, il n’est pas normal que dans la relation entraîneur-entraîné, entre une ambiguïté d’ordre amoureux. A son avis, une toute jeune fille peut avoir du mal à analyser ses émotions, et confondre le respect porté à l’entraîneur avec un émoi amoureux. Dès lors, dit-elle, c’est à l’adulte d’y mettre bon ordre.

Quand des relations de pouvoir s’en mêlent, cela devient plus compliqué. Le mois dernier, une certaine Cristina Garcia, puissante avocate californienne et porte-parole écoutée de ≠MeToo, s’est trouvée poursuivie par deux de ses aides pour tentatives de « relations inappropriées. » Cette zélée pourfendeuse de l’instinct mâle s’est découverte harceleuse, qui aimait mêler l’excès de boisson et ses plans Q. Retour de bâton !

Mais j’ai depuis longtemps compris que, chez les Américaines — du moins chez celles qui se trouvent en pointe dans ces combats — et chez celles qui admirent leurs façons, il ne s’agit pas de sexe, ou d’amour, ou appelez cela comme vous voulez, mais de rapports de force entre les deux « genres. »


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