SELON DICK POUND, LA RÉUNION DU CIO SUR LE DOPAGE SERA UNE ASSEMBLÉE DES « SUSPECTS HABITUELS »

Éric LAHMY

Samedi 1er octobre 2016

Richard « Dick » Pound, l’ancien nageur olympique canadien devenu juriste et l’un des dirigeants influents de la communauté sportive, a répondu sans ambages à ceux qui critiquent l’agence mondiale anti-dopage (AMA), critiques sans valeur, ajoute-t-il, car ces gens là n’ont pas de connexion avec l’agence, et, donc, ne savent pas ce dont ils parlent.

Il a aussi affirmé nourrir une « confiance limitée » dans la valeur des recommandations qui seront faites au prochain sommet de Lausanne, en raison du manque de « diversité » de ses participants.

Pour Pound, président fondateur canadien de l’AMA (acronyme anglais : WADA), les invités de ce sommet de Lausanne sont les « suspects habituels », lesquels, « clairement, ne pensent pas différemment au sujet d’une large palette de questions. » Pound répliquait à une affirmation du Russe Sergei Bubka, l’ancien champion de perche devenu un membre influent du bureau exécutif du CIO, selon qui une revue minutieuse de l’AMA était dans l’ordre des choses afin de garantir un fonctionnement valable et de restaurer la confiance des athlètes propres…

Bubka a affirmé avec l’aplomb d’un représentant du cartel de Medellin exigeant une réforme d’Interpol, que la réponse, à son avis beaucoup trop lente, de l’AMA aux premières accusations de dopage organisé d’Etat en Russie, datant de 2010, ainsi que le récent piratage par le groupe des « Fancy Bears », a démontré que les politiques et la gouvernance de l’AMA « doivent être changées » pour en accroître l’efficience.

Un membre argentin du CIO, le banquier et assureur Gerhard Werthein a aussi proposé une révision minutieuse et une restructuration majeure de l’AMA qu’il estime être « plus soucieuse de publicité et de self-promotion que je jouer son rôle de régulateur. » Selon Pound, qui a présidé la première investigation indépendante sur les accusations de dopage en Russie l’an dernier, il était impossible à l’AMA d’agir plus tôt, en raison pour l’essentiel du comportement des fédérations internationale et des parties prenantes.

« Cela m’apparait comme une tentative orchestrée de distraire l’attention, une diversion chargée d’éloigner de la Russie et de la réponse des Russes aux accusations de dopage », a affirmé M. Pound au site internet anglophone Inside The Games, d’où son extraites ces informations.

« Ni Werthein ni Bubka n’ont eu de connexions avec l’AMA ou ses opérations. Le problème n’est pas dans une maltraitance de l’AMA, mais dans le fait que les parties prenantes ont résisté à l’opportunité de donner à l’AMA des ressources financières à long terme. Nous n’avons pas eu les pleins pouvoirs d’investiguer avant les révisions du code mondial antidopage de 2015. Dès que nous l’eûmes, nous conduisîmes l’enquête que je présidais, puis celle de Richard McLaren.

Affirmer que l’AMA aurait dû commencer son enquête en 2010 est une absurdité. Nous n’avions en 2010 aucune information, aussi enquêter aurait constitué de gros risques pour ceux qui se seraient avancés. »

LA BANDE DES RIPOUX VA REMODELER LE CODE PÉNAL

Pound a aussi rejeté les accusations de Bubka selon qui l’AMA coûte cher en termes de qualité-prix dans la mesure où seulement 0,5% des 300.000 tests de dopage conduits à travers le monde sont positifs. « L’AMA conduit seulement entre 3000 et 4000 tests par an, vu que nous sommes un régulateur, et non pas une agence de tests. De nombreux tests sont conduits par les organisations nationales antidopage, lesquelles ne sont pas toutes très robustes. Donc s’il y a faute, les vrais coupables sont ces organisations qui n’ont pas trouvé de cas positifs parce que, comme l’a conclu et fait connaître l’AMA voici deux ans, elles n’ont aucun intérêt à attraper les tricheurs. Vous pouvez tester chaque jour, vous ne prendrez personne s’ils savent comment éviter les tests. Aussi, dans ce cas, les vrais coupables sont les fédérations internationales et les autres organisations internationales, lesquelles ne trouvent pas de cas positifs parce qu’elles n’ont aucun intérêt à découvrir qui sont les tricheurs. Par ailleurs, se colleter à 206 nations avec un budget de moins de 30 millions de dollars, est franchement ridicule. Nous ne pouvons pas faire le job. »

Le sommet olympique de Lausanne, ce 8 octobre, est censé paver la route en direction d’un système antidopage mondial « plus robuste, plus efficace et plus indépendant. Les discussions se concentreront sur la protection des athlètes propres et de façon plus spécifique sur une révision du système antidopage de l’AMA » a-t-on pu lire dans un communiqué du CIO. L’ancien directeur général de l’AMA, David Howman a suggéré que le but de cette réunion est plus de contrôler que d’assurer une quelconque indépendance de l’AMA.

La rumeur évoque des plans d’une « unité d’intégrité » qui administrerait de façon collective l’antidopage et les paris sportifs truqués. Le CIO a récusé de tels bruits, comme étant « totalement fabriqués. »

La réunion fermée aux media, présidée par Thomas Bach, entourée par ses quatre vice-présidents et d’autres membres du bureau exécutif qui représentent « les Fédération internationales et les athlètes. »

Également invités, les présidents des FI de football, de natation, de gymnastique, d’athlétisme, de ski et de bobsleigh, de SportAccord et des représentants des Fédérations olympiques d’hiver et d’été. Le président des comités nationaux olympiques, le Sheikh Ahmed Al-Fahad Al-Sabah est attendu, ainsi que les présidents des comités olympiques US, russe et chinois.

Avec le sens caustique qui ne le quitte pas, Pound a qualifié cette réunion d’ « assemblée des suspects habituels plutôt que des tendances diverses. Aussi, a-t-il ajouté, j’accorderai peu de foi à la profondeur des discussions comme en la valeur de toute recommandation » qui en sortira. « Le groupe de réflexion de l’AMA et les divers ateliers de la semaine passée à Lausanne auront été bien plus utiles. »

A la réunion du CIO, participeront seulement trois personnalités dont les attitudes et les prises de position ont été rigoureuses, différentes de la tendance générale de clémence, pour ne pas dire d’abdication, représentée par le Comité International Olympique et ses complices, les Fédérations internationales : ces incorruptibles sont Sir Craig Reedle, actuel président de l’AMA, Sir Philip Craven, président du Comité Paralympique et Sebastian Coe, président de l’athlétisme mondial. Trois anglo-saxons, pas étonnant, car traditionnellement très attachés à la valeur éducative du sport. Tout le reste, président Bach, parait être plus intéressé par le fonds de commerce olympique que par la propreté les lieux.

Encore un beau progrès du sport en perspective vers sa propre décadence.


Originally published at Galaxie Natation.

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