STRAVIUS ET WATTEL, WATTEL ET STRAVIUS, CÔTÉ FRANÇAIS, LE MEETING DE SARCELLES N’EST PAS SORTI DE LÀ

Éric LAHMY

Lundi 12 Mars 2018

Jeremy Stravius, vainqueur du 50 mètres, a dû ne rien lâcher pour l’emporter devant un Turc, Yalim Acimis, et un de ses jeunes équipiers d’Amiens, Maxime Grousset. Les temps paraissent corrects, pour un meeting, respectivement 22s87, 22s95 et 22s99. Et ce 50 mètres me pose dix questions. D’abord, je ne savais pas que la natation turque existait au point d’intercaler un nageur entre Stravius et Grousset. Eh ! bien voilà, maintenant je le sais. A force d’abriter un haut lieu d’entraînement et de stage d’Energy Standard, à Belek, ça finit par produire par osmose ? Ou est-ce l’effet de cette Ukrainienne Victoria Soinceva, devenue Turque et rebaptisée Zeynep Gunes qui démolit en 2015 les records mondiaux juniors, qui a fini par faire tâche ?

Toujours est-il qu’Ackimis, pour en revenir à lui, est sorti en tête des qualifs du 50 mètres avec 22s87, et qu’en finale, Stravius a réussi à lui damer le pion d’un rien mais n’a pas battu le temps du Turc…

La question suivante que nourrit ce 50 mètres concerne Jeremy, et c’ est la suivante : les nageurs d’Amiens, retour d’un stage en altitude, ont tous eu du mal. Pas lui, qui s’en est mieux sorti. Pourquoi ? « Je crois que ça vient de l’habitude. Le nombre de stages en altitude que j’ai pu faire dans ma vie, font qu’avec le temps, je me suis adapté, et je les encaisse mieux. » Il est souvent intéressant de voir l’incroyable plasticité de l’organisme, la faculté qu’il a de répondre à un stress en prévenant les effets de la reproduction de ce stress. Travailler sur du vivant, c’est toujours être en risque de se confronter à des adaptations parfois imprévisibles…

C’est comme ça, l’an passé, qu’une partie de l’équipe marseillaise est partie dans le décor aux championnats de France de Montpellier, pour avoir programmé le retour de ses jeunes nageurs d’un stage en altitude en se fiant aux réponses à ses questions des Japonais et de Mireia Belmonte, lesquels nagent en haute montagne depuis jusqu’à dix saisons et ont fini par avoir des réactions de montagnard !

De là vient ma troisième question, à Maxime Grousset. Samedi, il est mal sur 100 mètres. Et dimanche, il monte sur le podium du 50 mètres. Ques aco ? « D’abord, me dit-il, je suis toujours un peu meilleur sur 50 mètres que sur 100. Ensuite, nous sommes redescendus de Font-Romeu jeudi, et je crois que chaque jour qui passe, je gagne un peu sur le plan de l’adaptation physiologique. »

Voilà pour ce 50 mètres, qui clôturait un meeting que les Français ont un peu (beaucoup ?) snobé et qui a surtout été riche de nageurs venus parfois de loin, parfois d’un voisinage proche comme le Danemark ou la Grande-Bretagne.

Plus tôt dans l’après-midi, Stravius avait devancé sur 100 papillon le Danois Viktor Bromer, tandis que le Néerlandais Arno Kamminga achevait un quasi-monopole sur la brasse, vainqueur du 50, du 100 et 2e du 200… Newen Tomac, Amiénois de 17 ans et demi (il est né le 11 septembre 2001), devançait sur 200 dos David Verraszto soi-même, ce qui est quand même une satisfaction.

C’est la Grande-Bretagne, un petit peu, d’ailleurs, qui nous offrait la chance de voir Marie Wattel en action, puisqu’elle nous venait de son université du coeur de l’Angleterre. La Montpelliéraine de Loughborough avait a priori un dimanche très occupé, avec deux 100 mètres, nage libre et papillon. Mais elle préféra s’en tenir à une seule course et choisit la papillon, où elle estimait sans doute — à juste titre — avoir une meilleure chance de l’emporter.

Dès les séries, elle sut qu’elle aurait fort à faire, car la Grecque Anna Ntountounaki (record de Grèce, 58s27 en 2016) y sortit une performance plus qu’honorable, 58s73. Marie, elle, qui aime le confort matinal, pointait en quatrième position. Il est heureux que Ntountounaki n’ait pas pu reproduire en finale son temps des séries, car il n’est pas sur que Wattel eut pu répondre. Mais rien n’est sûr, car le premier 50 ambitieux de la Française (cette fois tout à fait éveillée) avec passage en 26s89 était digne d’en crisper quelques-unes, réduites, au sortir du virage, à admirer ses ondulations au niveau des orteils. Mais après, il fallait tenir. Le temps, à l’arrivée, 59s25, est seulement correct, au niveau de ce qu’elle produisait l’an passé à la même époque, mais il clôturait me semble-t-il un week-end très satisfaisant.

PERNILLA BLUME, LA PETITE QUI N’A PAS PEUR DES GRANDES, CE N’EST PAS QUE DU 50 METRES

La grande course de la journée fut produite par Pernilla Blume. La Danoise, cataloguée, on comprend pourquoi, nageuse de 50 mètres, en raison de son titre olympique de Rio, n’est pas que cela. Elle le prouva avec un aller (25s86) retour (27s87) qui donnait à l’arrivée 53s73. Dès les séries, Blume, en 54s44, avait convaincu son monde qu’elle avait la classe à part. Sa suivante, la jeune compatriote Julie-Kepp Jensen, se retrouvait une grosse longueur derrière.

Blume fait partie d’une phalange de nageurs(euses) qui illustre la complexité et le caractère multiple et pas toujours évident du talent en natation. Si le gabarit est un élément du succès, il ne l’est pas de façon absolue. Blume est en fait avec la Canadienne Masse, par exemple (recordwoman du monde du 100 mètres dos), et avec quelques autres dont Katinka Hosszu, la preuve qu’il n’est pas besoin de mesurer 1,87m pour réussir en natation. Hier, avant son 100 mètres, Blume mesurait 1,71m, mais je vous assure qu’une fois dans l’eau, sa taille approche les deux mètres !

Ça s’était un peu vu aux mondiaux de Budapest, où Pernilla s’était sacrément bien tenue dans le 100 mètres : 53s13, record du Danemark le 27 juillet au matin en séries, 52s99 en demi-finales l’après-midi, et 52s69, médaille de bronze, le 28 au soir en finales. Sur le podium, Simone Manuel et Sarah Sjöström lui prenaient une demi-tête…

RETENEZ SON NOM: KATRIN VILLESEN

…Autre ondine devant l’Eternel, Jazmin Carlin, la championne d’Europe de demi-fond, qui opérait un come-back après une saison off (oui, je parle franglais) était tombée sur une noix dure à craquer dans le 400 mètres, où, encore assez loin de sa forme maximale ( en français : top shape) elle était confrontée à Katrin Bukh Villesen, qui, charmante gamine enjouée et surdouée, qui se peint les ongles aux couleurs du Danemark, rafraichit depuis quelques années une quantité de records nordiques de catégories d’âge et remporté ici 200 papillon et 400 quatre nages. Elle se concentre ces derniers temps sur la nage papillon, où elle estime avoir le plus de potentiel. Avec Nielsen en dos, elle en papillon et Blume en crawl, le Danemark a les trois quarts d’un beau relais quatre nages !

Même si le crawl n’est pas sa priorité, Villesen a fait parler le talent sur ce 400 et mené la vie dure à la Britannique, laquelle, embusquée, a attendu la dernière longueur pour mettre en pratique ce fameux finish britannique et l’ajuster de pas grand’chose.

Villesen a nagé au départ à Nykobing Morse, 9600 habitants, la ville principale de l’île de Morse, jusqu’à la fermeture de la piscine locale, puis avec sa sœur pendant neuf ans à vingt kilomètres de là, à Durup, ville du continent, passant chaque jour le pont suspendu de Sallingsundbroen… A 13 ans elle a nagé à Thisted, où son entraînement a presque doublé, et depuis ses seize ans à Aalborg, où elle a trouvé un environnement « plus professionnel », et un entraîneur d’expérience, Ezleifur Johannesson. Un étalement de ses études sur quatre au lieu de trois ans permet d’apaiser l’éternel conflit du sport et des études à l’intérieur de ce que d’aucuns appellent le « double projet ». Villesen rêve d’être, je vous le donne en mille, pilote de chasse (toujours la vitesse). Au Danemark, cela va être dur. Au Danemark c’est des vieux Fokker du milieu du dernier siècle…

…En attendant, ses ailes de papillon déployées, miss Villesen vole au ras de l’eau…


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