SWIM VORTEX DISTRIBUE SES OSCARS ET SES RAZZIE AWARDS

Eric LAHMY

Vendredi 22 Décembre 2017

Le 20 décembre, le site britannique de natation Swim Vortex a fait connaitre ses « readers awards », la liste des nageurs et des membres actifs de la communauté de la natation ayant été distinguée par ses lecteurs. Trois nageurs dominent au plan mondial : l’Américain Caeleb Dressel et le Britannique Peaty chez les hommes, et Sarah Sjöström chez les femmes. Le site, tenu par l’excellent Craig Lord, a aussi attribué la meilleure performance absolue de l’année à Sjöström, pour son 100 papillon record, 55s71, tandis que, aux points, ce sont les 25s95 de Peaty sur 50 brasse qui représentent le plus fort exploit à la table de cotation (laquelle ne saurait être parfaite). Ce sont bien entendu des performances exceptionnelles…

Dressel est un vainqueur incontestable, même si je ne considère pas qu’il ait gagné sept médailles aux championnats du monde. Seules les médailles individuelles devraient être prises en compte pour calibrer la valeur d’un nageur, on n’est pas au foot…

Avec la manie de multiplier les relais, un nageur de valeur des USA peut, sans gagner la moindre course individuelle, aujourd’hui, remporter cinq médailles d’or de relais grâce à la valeur d’ensemble de ses équipiers, et si Dressel a gagné 50 et 100 libre et 100 papillon avec des performances épatantes (et été étonnamment battu sur 50 papillon), je ne vois pas en quoi ses exploits dans les quatre relais auxquels il a participé, quatre fois 100, quatre fois 100 quatre nages et les deux relais mixtes), simples répétitions de son programme pourraient ajouter à sa valeur.

Cette dérive comptable n’est guère récente, et je me souviens, aux premiers Jeux olympiques que j’ai suivi, ceux de Tokyo en 1964, derrière Don Schollander et ses quatre médailles, le plus médaillé des Jeux était Steve Clark, avec trois médailles d’or, seulement dans les relais : il n’avait pris part à aucune course individuelle.

Pour atteindre au palmarès de Dressel, il n’a manqué à Sjöström, gagnante du 50 libre, du 50 et du 100 papillon et 2e du 100 libre, que quelques équipières à la hauteur de la tâche pour gagner les relais. Dans le quatre fois 100 quatre nages, elle a nagé le 100 papillon, lancée, en 55s03, entre une 1s27 3s26 plus vite que les autres finalistes mais elle n’a fini que 5e du relais avec la Suède ; en quoi les gagnantes américaines de ce relais doivent-elles obtenir un bonus par rapport à elle, au plan individuel, à partir de leur performance collective ?

La nomination d’Adam Peaty par un public britannique ne doit pas étonner. Peaty a révolutionné le sprint en brasse, qu’il domine de façon proprement phénoménale. A Budapest, le surpuissant Adam a devancé un costaud comme l’Américain Kevin Cordes d’une longueur de corps, sur 100 mètres : le seconde et trente-deux centièmes qui le séparait de l’Américain peut paraitre dérisoire à un public non averti, elle n’en équivaut pas moins à la distance qui séparait Cordes du vingtième nageur des mêmes mondiaux de Budapest, l’Australien Daniel Cave !

D’une certaine façon, Adam est donc incomparable…

Si quelqu’un d’autre aurait pu apparaître au rang des très grands nageurs de la saison, c’est bien le Chinois Yang SUN. Mais j’ai du mal à imaginer le nom de SUN surgir dans un texte de Craig Lord sans que celui-ci oublie l’astérisque qui suit le patronyme d’un nageur ayant connu un contrôle de dopage positif. Le couronner parait hors de propos. Le Chinois n’en a pas moins triomphé sur 200 mètres et 400 mètres libre des mondiaux de Budapest et comme je tiens la nage libre comme l’essentiel du programme de natation…

… SwimVortex distingue, comme c’est devenu la mode, une tripotée de champions dans diverses catégories : Aurélie Muller, France, et Ferry Weertman, Pays-Bas, sont nommés meilleurs nageurs d’eau libre de la saison, sur leurs titres mondiaux de 10 km, distance olympique ; les meilleurs juniors sont Kliment Kolesnikov (Russie) et Rikako Ikee (Japon).

Les courses de l’année ont été produites selon notre confrère par Anton Chupkov, Russie, sur 200 brasse, et par Federica Pellegrini, Italie, sur 200 libre. Les coaches de l’année sont Gregg Troy et Greg Mehan, en fonction, comme toujours de leurs nageurs, Caeleb Dressel pour celui-là à l’Université de Floride, Simone Manuel et Kathy Ledecky pour celui-ci à l’Université de Stanford. Je suis un peu sceptique sur les classements d’entraîneurs de cette façon, les coaches d’université US étant surtout des champions du mercato. Pour ma pomme, j’aurais mis Philippe Lucas pour son équipe d’eau libre.

Je vous fais grâce des meilleurs relais et d’autres classements que vous pourrez lire sur le site de Swim Vortex, mais je ne vous priverai pas, dans ma traduction non autorisée, des réflexions de Craig Lord qui clôturent (in cauda venenum) son article.

Ayant demandé à ses lecteurs des suggestions concernant « ceux qu’ils auraient aimé distinguer », il a obtenu des réponses intéressantes : ainsi les bénévoles danois qui ont aidé à l’organisation des championnats d’Europe petit bassin de Copenhague avec un sens du devoir souriant et de la courtoisie efficace qui a fait l’unanimité des nageurs (Adam Peaty, conquis, a offert une de ses médailles d’or à une jeune bénévole de 12 ans).

D’autres ont suggéré d’honorer un peu à l’image des Razzie Awards les pires acteurs de la natation. Bien entendu, comme les Britanniques ne connaissent pas Francis Luyce et sa bande, ce sont les nuisibles de la FINA, à Lausanne, qui ont été proposés avec insistance, aux titres de pires serviteurs du sport. Aucun nom n’a été cité, mais on les connait.


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