TRIALS US À INDIANAPOLIS (3) NAGE LIBRE DAMES : MALLORY COMERFORD (VOUS CONNAISSEZ?) SE FAIT UNE PLACE ENTRE SIMONE MANUEL ET KATIE LEDECKY

Éric LAHMY

Dimanche 2 juillet 2017

À force de créer des surprises, Mallory COMERFORD va finir par être prise au sérieux. Cet hiver, elle avait fait jeu égale, sur 200 yards, avec Katie LEDECKY. Mais sincèrement, j’avais oublié son existence. Mais la voici qui revient, comme l’assassin sur le lieu de son crime, et devance Simone MANUEL et casse par-dessus le marché les 53 secondes au 100 libre, un truc que seules SJÖSTRÖM et deux sœurs CAMPBELL ont réussi cette saison.

Et LEDECKY ? Que dire de nouveau sur elle? Rien si ce n’est qu’aux Etats-Unis tout au moins personne ne relève le défi que représente cette nageuse intimidante, puissante, qui martèle ses efforts avec une conviction terrible et à laquelle, entre 200 et 1500 mètres, rien ne résiste…

Ah ! si, quand même. Elle a décidé de ne pas nager la qualification sur 1500 mètres, estimant que son programme était suffisamment étoffé. Outre ses victoires sur les courses dont elle est la championne olympique, elle a fini 6e du 100 mètres. Elle l’a nagé moins vite que l’an dernier (54s35 contre 53s75). Au fond, c’est rassurant : après tout, Katie LEDECKY est un être humain.

DAMES.- 50 libre (1er juillet): 1. Simone MANUEL, 24s27 ; 2. Abbey WEITZEIL, 24s74; 3. Lia NEAL, 24s77; 4. Kelsi WORRELL, 24s79; 5. Olivia SMOLIGA, 24s84; 6. Mallory COMERFORD, 24s93 (en séries, 24s88); 7. Madison KENNEDY, 24s95; 8. Grace ARIOLA, 25s03.

***MANUEL gagne quatre dixièmes sur son temps de l’année, ce qui lui donne une certaine crédibilité dans la longueur de bassin, sans lui assurer pourtant rang de favorite, avec la nouvelle terreur du sprint suédois, Sarah SJÖSTRÖM, bien sûr, mais aussi la championne olympique danoise Pernilla BLUME et l’ex championne olympique hollandaise Ranomi KROMOWIDJOJO dans le coup. Abbey WEITZEIL passe Lia NEAL d’un rien, pour arracher un aller-retour pour Budapest, mais à distance respectueuse ; depuis ses soucis cardiaques, qui ne l’empêchent pourtant pas de continuer à concourir, elle a un peu perdu de sa superbe…

100 libre (27 juin): 1. Mallory COMERFORD, 52s81; 2. Simone MANUEL, 53s05; 3. Lia NEAL, 53s59; 4. Kelsi WORRELL, 53s99 (en séries, 53s87); 5. Olivia SMOLIGA, 54s31; 6. Katie LEDECKY, 54s35; 7. Veronica BURCHILL, 54s92. Finale B: Courtney CALDWELL, 54s80. En série, Caroline BALDWIN, 54s91.

***Surprise avec la victoire de Mallory COMERFORD. Simone MANUEL a tant donné l’impression de dominer son sujet, autant sur 50 que sur 100m, dans les cinquante Etats, qu’on voit la co-championne olympique de Rio imbattable. Mais la jeune native de Kalamazoo, dans le Michigan, qui étudie à Louisville, a renversé l’idole. C’est une sacrée compétitrice que la petite (1,75m, c’est pas nul, mais sur la photo à côté de MANUEL ou LEDECKY, elle est un peu frêle) COMERFORD qui avait fait ex-aequo cet hiver, au 200 yards NCAA, avec Katie LEDECKY, ceci, dans une course terrible, train emmené par MANUEL. Elle avait démontré qu’elle pouvait s’accrocher au point de, qualité rare, finir une course plus vite que LEDECKY!

Ici, à Indianapolis, elle passait devant tout le monde, 25s54 contre 25s51 à MANUEL, et ne lâchait rien ensuite, revenait en 27s27 contre 27s44 à MANUEL. Lia NEAL, record personnel, et Kelsi WORRELL, complétaient un relais qui, sur le papier, SERA champion du monde.

MANUEL était un peu déconfite, après la course : « je me suis un peu trop mis la pression », avouait-elle. Difficile de trouver l’état psychologique qui convient, j’imagine, entre le trop tendu et le trop détendu ! Et jamais sûr de retrouver ses marques, la preuve, MANUEL est championne olympique. La compétition, de nos jours, est un diablement dur métier… Sauf quand on s’appelle Katie LEDECKY ?

200 libre (28 juin) : 1. Katie LEDECKY, 1’54s84 ; 2. Leah SMITH, 1’56s63; 3. Melanie MARGALIS, 1’56s90; 4. Mallory COMERFORD, 1’56s95; 5. Simone MANUEL, 1’57s11; 6. Cierra RUNGE, 1’57s71; 7. Claire RASMUS, 1’57s92; 8. Katie DRABOT, 1’58s58. Finale B: 1. Katie McLAUGHLIN, 1’58s57; 2. Gaby DELOOF, 1’58s58; 3. Brooke FORDE, 1’58s85

***Ce que COMERFORD avait réussi sur 200 yards cet hiver — égaler LEDECKY — elle a été assez loin de le réaliser ici à Indianapolis. Sur 200 mètres, il y a dix-sept mètres douze centimètres (ou dix huit yards vingt-neuf pouces) de plus à nager et quatre virages de moins qu’en petit bassin, ce qui rend l’exercice moins favorable aux sprinteurs et autres experts des coulées. Si vous préférez, le 200 yards petit bassin est une sorte de sprint et demi, alors que le 200 mètres grand bassin n’échappe pas au demi-fond. Ça a donc été LEDECKY de bout en bout, et pas qu’un peu. Le lendemain de son triomphe sur 100, COMERFORD ne tenta rien d’excessif et je ne crois pas qu’une seule fille, en finale, n’avait les tripes de ne pas laisser partir LEDECKY.

Pourtant, Leah SMITH s’efforça de la contenir, mais sans jamais parvenir à rejoindre le niveau. Elle fut contrainte de laisser filer, de subir la fin de course de la championne olympique. Melanie MARGALIS revint bien, elle, après un départ précautionneux, mais échoua dans sa tentative de reprendre SMITH. LEDECKY est maintenant n° 1 mondiale et bien entendu favorite de Budapest. Il ne vous étonnera pas plus d’apprendre que le relais US sera très fort, quoique les Chinoises pourraient lui donner du fil à retordre.

400 libre (30 juin) : 1. Katie LEDECKY, 3’58s44; 2. Leah SMITH, 4’3s77; 3. Sierra SCHMIDT, 4’7s92; 4. Kaersten MEITZ, 4’8s38; 5. Cierra RUNGE, 4’8s43; 6. Hannah MOORE, 4’9s55 (en séries, 4’9s30); 7. Katie DRABOT, 4’11s54. Finale B: 1. Stephanie PETERS, 4’11s39; 2. Katie McLAUGHLIN, 4’11s62. En série, Ashley NEIDIGH, 4’11s63.

***A deux secondes de son record du monde (3’56s46), LEDECKY est intouchable aux USA, et pas seulement qu’aux USA, d’ailleurs. Elle nage 57s39, 1’57s57 (1’0s18), 2’58s25 (1’0s68), 3’58s44 (1’0s19). Leah SMITH qui montrait des velléités de rébellion l’an passée, se situe cinq secondes derrière. Un monde. Et quatre secondes devant la 3e, un autre monde ! Pour le titre mondial, on n’envisage pas d’ex-aequo ! Et seule une jeune Chinoise, LI BingJie, 15 ans, 4’2s52, s’approche d’elle pour l’instant.

800 libre (27 juin) : 1. Katie LEDECKY, 8’11s50; 2. Leah SMITH, 8’20s46; 3. Hannah MOORE, 8’27s58; 4. Cierra RUNGE, 8’32s16; 5. Joy FIELD, 8’33s95; 6. Kaersten MEITZ, 8’34s30.

***Une seconde d’avance par section de 100 mètres, c’est le tarif qu’inflige LEDECKY à sa première “rivale”, j’allais dire: victime. Son temps de passage au 400 mètres, 4’3s21, lui aurait donné la victoire, trois jours plus tard, devant Leah SMITH, et sa 2e moitié de course en 4’7s29, aurait été suffisante pour se qualifier sur 400, ici même, pour les mondiaux de Budapest. Les temps de passage de ce rouleau compresseur : 58s27, 1’59s39, 3’1s43, 4’3s21, 5’4s76, 6’7s69, 7’10s58, 8’11s50… Leah SMITH et LI Bingjie (8’20s89) sont celles qui approchent de plus près ce monstre sacré, sans vraiment la tutoyer.

1500 libre (1 er juillet): 1. Leah SMITH, 16’1s02; 2. Hannah MOORE, 16’8s38; 3. Ashley TWICHELL, 16’10s63; 4. Ally McHUGH, 16’16s20.

***LEDECKY ne se confond pas avec Katinka HOSSZU. La Hongroise fait ventre de toute pitance, LEDECKY choisit son programme… Elle pourrait gagner ce 1500 avec les pieds attachés, mais imagine sans doute qu’à Budapest, elle aura de quoi ne pas s’ennuyer entre trois 200, deux 400, deux 800, et un ou deux relais ! Donc elle ne s’engage pas dans une épreuve qu’elle domine d’une demi-minute cette saison. Une chance inespérée pour Hannah MOORE, qui devrait accompagner Leah SMITH à Budapest.


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