YANNICK AGNEL OU COMMENT ENRHUMER UN RELAIS ET PLANTER SES COPAINS

Éric LAHMY

Samedi 13 août 2016

Toute cette salade autour du relais quatre fois 200 mètres français de Rio, ça vous fait songer à quoi ? Pothain, 1’46s56, Mallet, 1’47s60, Bourelly, 1’48s62 et Joly, 1’50s93, totalisent un faible 7’13s71, à 4s57 de l’accession en finale. Certes, la non-participation de Stravius et de Mignon, retenus par d’autres obligations, a considérablement affaibli l’équipe. Et Agnel ? Il n’était pas là. Absent, non excusé. Les relayeurs lui sont tombés sur le paletot après la course, et ont parlé d’abandon, c’est-à-dire de trahison du relais. Dans une insolite conférence de presse, « 40° de fièvre », plaide Yannick ; il était au lit, trop mal, la veille au soir, quand « la DTN a décidé » de le remplacer par un Joly pris de court, pas rasé, mal concentré. Lui, il était prêt à nager. Vous êtes convaincus ?

J’aime bien ce côté Ponce Pilate d’Agnel. C’est pas moi, dit-il en l’espèce, « c’est la DTN, ils ont décidé, j’étais pris de court, c’était trop tard, quand je l’ai appris, le matin de l’épreuve. J’étais prêt à nager ! » Vous croyez ce roman, vous ?

Son absence en séries a, donc, été des plus mal ressenties par ses équipiers, dont la colère a fait des étincelles. Il n’est pas sûr que la présence d’Agnel aurait changé le résultat final, mais qui sait ?

Pothain, Mignon, Stravius et Agnel se seraient sans doute qualifiés. La faute, vue sous cet angle, est donc moins celle d’Agnel que du choix de la DTN qui croit que la France peut comme les USA se qualifier avec des remplaçants. D’un autre côté, Stravius nageait ce jour là le 100 mètres papillon, fort mal, et Mignon était mis au repos. Mauvais calcul.

Mais il n’y a pas que ça. Il n’est pas clair sur ce coup, Yannick. Cela fait quelque temps d’ailleurs qu’on ne reconnait pas le garçon, qu’on croyait intelligent, mais qui parait prendre un malin plaisir à mettre ses capacités intellectuelles au service de manipulations qui arrangent ses affaires. Agnel développerait-il un côté retors ?

D’aucuns avaient déjà ressenti avec agacement l’affaire du classement du 200 mètres des France à Montpellier. Je crois qu’il aurait alors dû refuser de remplacer Pothain, Agnel. On ne lui en aurait pas trop voulu d’accepter la généreuse proposition de Pothain, son vainqueur, de lui offrir sa place, s’il ne s’était pas agi de l’aboutissement d’un de ces mouvements sinueux dont est coutumier son clan.

Cet abandon par Pothain de ses prérogatives lui avait été extorqué sur le vif aux championnats de France par la façon dont on a présenté les choses (« on » étant le groupe des Mulhousiens autour de Lionel Horter, épaulé par Jacques Favre, et appuyé par la télévision, dont la commentatrice, Kamoun, est ne l’oublions pas, également, l’agent d’Agnel).

Bref, la totale. Cette chère Sophie avait joué un jeu très « astucieux » en l’affaire sans paraître se rendre compte du conflit d’intérêt que représentait sa suggestion à l’antenne qu’Agnel avait fini deuxième et non troisième de la course et le fait qu’elle prenait des commissions d’agent sur les contrats du nageur, dont les montants sont liés à ses résultats. S’en est suivi un siège en règle de Pothain, lequel, bien embobiné, a fini par abandonner comme il n’était pas du tout obligé de le faire sa place aux vestiges du champion olympique de Londres.

Après les France, Agnel a fait quelque chose de très remarquable, dans la ligne, d’ailleurs, de son baratin de ces trois dernières années. Il a positivé à tous crins. Une performance de merde ? « Super. Tout va bien ». Il se traîne ? « On a bien travaillé. » Une course totalement ratée : « c’est bon, je sens que ça approche. » Il frôle la trentième ou cinquantième place dans le monde ? « L’important, c’est que je me régale à l’entraînement. » Et pour finir, juste avant les Jeux : « je vais essayer de ramener une ou pourquoi pas deux médailles des Jeux. » C’est demain on rase gratis, version les pieds dans l’eau.

Monsieur vend du vent !

LE MEDIA TRAINING OU L’ART DE SE MOQUER DU MONDE

Je crois qu’Agnel n’a pas arrêté pas de nous prendre pour ce que je vais finir par penser qu’il est en train de devenir à grande vitesse. Ça s’écrit en trois lettres et c’est de l’excellent français. A preuve ces dernières conférences de presse. Il la joue calme, serein, style dompteur de media, et devant mon écran télé, en l’écoutant, je sens naître de vagues envies de meurtre. Un confrère lui demande un peu sèchement de s’expliquer. « Tu as vu le ton que tu emploies », rétorque l’impétrant ? Ça a deux avantages. Un, il s’exerce à dominer l’auditoire, deux il ne répond pas. On le met devant ses responsabilités et ses incohérences ? Il se rebelle : « eh, les gars, aujourd’hui, il y a cent personnes qui ont été tuées en Afghanistan. » Encore un propos sans aucun rapport avec ce qu’on lui demande et une question à la trappe. Il se fiche vraiment du monde, avec son art de se défiler. Poisson dans l’eau, et sur terre une anguille. C’est quoi cette attitude ? Cette non réponse, cette façon d’agiter un foulard rouge ailleurs pour détourner l’attention, comme Camille Lacourt l’a si bien fait au sortir de son 100 mètres dos, quand il a feint de péter les plombs au sujet du dopage des Russes et des Chinois dont il n’avait jamais soufflé mot de toute sa carrière, vu qu’il n’en avait rien à cirer ? Mais voilà, sa sortie, son ton scandalisé, ça lui a quand même permis de ne pas expliquer sa contre-performance…

Favre appelle ça du media training. Favre a trouvé que les relayeurs avaient besoin de media training ! Ça veut dire quoi ? Que Favre a trouvé lui aussi la réponse à côté pour zapper la question qui fâche. C’est comme le président de la FINA, quand on lui demande des comptes sur les dopés de la natation : la commission de l’anti-dopage a outrepassé ses droits en publiant ce rapport, répond-il. C’est toute cette gymnastique du dilatoire et du mensonge qui enseigne à noyer le poisson, et où l’interview se réduit à un art, décevant, de l’esquive. Favre est un champion dans cette façon de se poser toujours à côté de son discours, et de produire des phrases creuses autant que verbeuses accolées d’épithètes vides. Et ça se croit malin alors que ça pue à trois kilomètres !

L’ART DE VIVRE SUR LE POGNON DES SPONSORS EN RATANT DEUX COURSES PAR AN

Quand à côté de cela j’entends Melissa Franklin, sa pureté, son authenticité, alors qu’elle vit une étonnante humiliation de championne, je ressens une telle admiration pour cette belle personne, cet être d’élite pétrie d’élégance morale, et tant de gène vis-à-vis de ces roublards si fiers de nous enfumer ! Heureusement, on a aussi Jérémie, on a Florent, ou Fabien, et Coralie, et Charlotte, comme on a eu Alain Bernard ou Frank Esposito pour nous aider à mieux respirer.

Maintenant, pourquoi font-ils cela ? Par vice ? Ou par nécessité de désinformer ? Un peu les deux. Vivre tordu devient un métier. Quand vous avez des poètes comme Horter et Kamoun dans le coup, il faut chercher l’intérêt. Il est très simple. Dire que tout va bien quand tout va mal, faire croire qu’on est dans le plan alors qu’en fait on va dans le mur, c’est une lèpre qui s’appelle communiquer ; ça interdit d’être spontané, de dire la vérité, d’émettre un sentiment authentique, comme Pothain et ses copains l’ont fait. Ça s’adresse essentiellement aux sponsors privés et publics, qui crachent au bassinet, très cher, pour nos valeureux champions.

Ces affreux sponsors ont monté des contrats sous condition. Ils veulent bien payer (un Agnel gagne des centaines de milliers d’euros pour rater deux courses par an), mais à géométrie variable. Être sélectionné pour une épreuve individuelle donne droit à beaucoup plus que si l’on n’est retenu qu’en relais. On comprend avec ces contrats gigognes, dès lors, l’importance, pour la galaxie Agnel en l’occurrence, et pour les autres, qu’il nage l’épreuve olympique individuelle, car il y a de la galette en jeu, les sponsors crachent, le nageur touche plus, l’agent touche plus, le club qui a monté l’opération Agnel à Mulhouse sur de l’argent public touche plus.

COMMENT VOLER SA SELECTION A POTHAIN, PUIS LE LAISSER TOMBER DANS LE RELAIS

Alors, à l’arrivée de ce malheureux 200 mètres des France de Montpellier où Agnel est devant mais touche derrière, on hurle au scandale, au jamais vu, parce qu’il y a des milliers d’euros qui s’envolent, on passe donc des images télé sous des angles difficiles, on montre à Pothain « tu vois, tu es troisième », le brave garçon n’y voit que de l’eau et en toute bonne foi offre sa place. La DTN, comme par hasard, qui a accompagné le mouvement, applaudit et on se trouve dès lors dans le processus espéré : le champion olympique de Londres va défendre son titre à Rio ! Chouette !!

Une fois à Rio, Agnel montre qu’il est toujours à plat. Sa performance des séries du 200 mètres étonne ceux qui ont cru à ses constantes rodomontades. Or elle est dans sa moyenne de l’année. Mais il peut encore sauver sa sortie. Se battre. Pour le relais. Mais monsieur Agnel ne veut pas nager ce relais qui l’ennuie. Il veut achever Rio en mode touriste. Donc il invente une énorme fatigue née d’une terrifiante rhino-pharyngite. C’est en effet une maladie d’une férocité rare, qu’on appelle plus communément un rhume.

Donc voilà Agnel, victime d’un rhume, malade imaginaire, au lit avec 40 de fièvre. Deux degrés de plus, il était mort ! Pauvre garçon, il l’a échappée belle.

Alors, bien sûr, dans un contexte aussi douloureux, il se tâte. « Je ne nagerai pas. » « Oui, peut-être » « Après tout, non », jusqu’à ce que la veille au soir du relais, la DTN décide en catastrophe de désigner un remplaçant. Joly, convoqué à toute blinde, et qui flingue sans doute ses chances sur 1500 mètres, effectue un rasage dans la nuit. Merci Agnel…

Pothain rappellera justement, lui, qu’il a nagé aux Europe avec une mononucléose, dont le rapport, à l’échelle de Richter des maladies et surtout des séquelles, doit représenter une centaine de rhino-pharyngites empilées !

Quand les copains le désignent, Agnel, en conférence de presse, prend son air indigné : « je n’ai jamais lâché un relais. »

Si, il en a lâché un. A Rio.

Bon, tout ça pour vous dire que Yannick Agnel a raté sa sortie…

Ah ! J’oubliais, cher Jordan Pothain, essayez d’éviter tout media training, ça vous rendrait décevant


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