Emile Zola

Suite à la sortie du film “Cézanne et moi”, il est intéressant de revenir sur la vie de l’un des protagonistes du film: le grand auteur, Emile Zola.

Émile Zola, né à Paris le 2 avril 1840, est le fils de François Zola, Italien né à Venise le 7 août 1795, et d’Émilie Zola, fille d’un artisan peintre. Son père est mort sans doute d’une pneumonie sur le chantier d’un canal et d’un barrage visant à alimenter Aix-en-Provence en eaux. La famille Zola emmène alors la société pour laquelle il travaillait en procès, qui sera perdu. Émile et sa mère se forcent à faire bonne figure et l’enfant est envoyé, en 1852, au collège Notre-Dame, collège accueillant les enfants de familles bourgeoises et de propriétaires des campagnes environnantes.

Au lycée, il monte à Paris rejoindre sa mère qui ne se sort pas du procès et de ses dettes. Ce départ est à la fois l’espoir d’une vie nouvelle et plus remplie mais aussi une séparation douloureuse avec ses meilleurs amis, Jean-Baptistin Baille et bien sûr, Paul Cézanne, qui lui font la promesse de le rejoindre à Paris. Cependant, les études ne lui réussisse pas, il échoue deux fois au bac et décide ensuite d’arrêter les cours. Il vit alors une vie de bohème durant deux ans. La jeunesse d’Émile Zola est bercée par ses lectures, notamment d’Alfred de Musset et de Victor Hugo. Il retourne à Aix pendant les vacances pour retrouver ses amis et vivre de folles aventures avec eux. Paris les fait rêver, Paris, la ville de la gloire et du succès, Paris, la ville de l’art et des poètes. Pour Émile, Paris est aussi une ville sinistre, dans laquelle on y croise la pauvreté, la misère et la prostitution mais tout cela ne le décourage pas, bien au contraire il saura ensuite en faire une force. C’est à ce moment-là qu’il découvre l’amour pour la première fois, elle se serait appelé Berthe et faisait partit des bas-fonds de Paris. Émile aurait aimé pouvoir l’aider à se sortir de là mais n’a pas réussi.

En 1862, il est embauché par Louis Hachette, c’est le tournant de sa carrière. Il fait toutes sortes de métiers autour du livre, il monte progressivement, il commence à se faire une place et un nom dans le monde littéraire. Il se détache alors peu à peu de son romantisme pour se tourner vers le domaine sociale. Le projet des Rougon-Macquart naît alors dans son esprit, sur le modèle de la fresque sociale « La Comédie humaine » de Balzac mais en étant encore au plus près de la classe sociale la plus basse de l’échelle. Arrive alors une grande période pour lui durant laquelle il monte chaque échelon jusqu’au statut d’auteur. Il commence d’abord par devenir journaliste pour différents journaux, Journal Populaire à Lille, Salut public à Lyon. Il commence également à se faire publier, d’abord pour « Les contes à Ninon » chez Hetzel, ami de Hachette, puis son premier roman, « Les confessions de Claude » chez Lacroix.

En quatre ans, Émile Zola fait parler de lui, ses œuvres choquent et créent des discussions, le naturalisme est en train de naître et bientôt, le nouvel auteur parlera de toutes les misères du bas peuple français, des conditions de vie inhumaine dénoncer, une œuvre d’art complètement nouvelle en soi. Il quitte alors Hachette, ce qui se révèle être une erreur, le moment était mal choisi et s’en suit quelques années de galère. Il continue d’écrire mais retombe tout de même dans la pauvreté, ses œuvres et ses articles ne lui rapporte pas assez pour le faire vivre, lui ainsi que sa mère et sa compagne Alexandrine Meley. Pendant ce temps, c’est grâce au dépannage ponctuel d’Édouard Manet qu’il pourra survivre.

Il sera sauvé par la loi du 11 mai 1868 qui libère la presse et permet à de nombreux journaux de se créer. Grâce à Manet, il est mis en contact avec Théodore Duret, l’un des fondateurs du journal La Tribune, ce qui permettra à Zola d’y entrer facilement. Le directeur du journal n’avait pas apprécié le roman de Zola « Thérèse Raquin » mais admirait l’insolence de l’homme qui continuait de refuser l’autocratie de Napoléon III et défendait la misère. Travailler dans un seul journal ne suffit tout de même pas à faire vivre une famille et Zola essaye donc de se faire publier dans d’autres journaux, comme Le Rappel fondé par les connaissances de Victor Hugo qui quant à lui est exilé. Il n’y restera pas longtemps, ses écrits n’étant pas assez conforme à la rédaction du journal. Il travaille pour plusieurs autres journaux, montrant ainsi son très grand talent littéraire et ses idéaux.

La publication de « Madeleine Ferrat » en 1868 marque la fin d’un cycle de roman sur la femme et l’amour. Il se consacre ensuite à sa fresque des Rougon-Macquart en dissociant sa vie d’auteur et sa vie de journaliste. Le premier roman est tout de même publier en feuilleton dans le journal Le Siècle, c’est « La Fortune des Rougon ». L’éditeur Lacroix signe alors l’édition du projet d’Émile Zola. Avec un avenir plus assuré pour chacun, toute la bande de peintre et de littéraire de quand ils avaient 20 ans se regroupent alors régulièrement. Ils parlent toujours d’art et de littérature, persuadés de créer l’art moderne. Émile et Alexandrine déménage dans un quartier de Paris où les loyers sont abordables et proches des bureaux des journaux.

La guerre contre la Prusse vient totalement bouleverser tous les projets en cours, mettant en péril l’avenir de tous ces jeunes artistes en herbe. Ils espèrent tout de même une société nouvelle à la fin de cette guerre car l’impérialisme disparaît. Émile espère alors pouvoir obtenir un bon poste, dans un ministère ou en tant que préfet. Il retourne quelques mois dans sa région mais ne parvient pas à y trouver un boulot digne de ce nom. Il crée alors un journal à Marseille qui ne survivra que quelques semaines. Il part alors pour Bordeaux où la chance est alors plus clémente, il se retrouve secrétaire de Glais-Bizouin, homme politique grâce à qui il assiste au première loge à la vie politique française.

De retour à Paris, c’est lui qui fait les compte-rendu des réunions parlementaires qui se tiennent à Versailles. Émile Zola reprend également l’écriture de son roman « La Curée » entre-voyant aussi la suite de sa fresque sous l’empire qui vient d’être détruit. Cependant, les événements parisien ne sont pas terminé et arrive alors la Commune. Paris est en ébullition, Zola quitte la capitale en mai, évitant ainsi les combats sanglants des utopistes communards qui en ressortiront perdant. Pour Zola, ce mouvement n’aura en rien été plus bénéfique au pauvre que l’impérialisme. La France retombe alors aux mains des ducs et des évêques qui, pour maintenir l’ordre, veille à la censure. Émile Zola est alors fiché à la préfecture et surveillé de près. La publication de « La Curée » est suspendue et les chroniques de Zola parfois interdite pour leur caractère trop provocateur. Émile ne se décourage pas, il continue de dénoncer la cruauté du pouvoir envers les pauvres dans ses œuvres, avec la famille des Rougon-Macquart. Sa façon d’écrire est innovante, il n’épargne personne faisant parfois même jusqu’à de la psychologie et de la psychanalyse. Sa méthode d’écriture ressemble de très près à une démarche scientifique : Il se documente, émet des hypothèses, répond à ses questions en expérimentant ses théories. Pour cela, il va sur le terrain, il note toutes ses observations, fait des plans, interroge les gens. On lui reconnaît tout de même un art indiscutable, un art que l’on compare à celui de ses amis peintres. Ses romans inspectent en profondeur tous les actes et les sentiments humains, sans barrière, sans tabou, jusqu’à choquer mais toujours avec un réalisme à toute épreuve. Certaines personnes s’offusquent à la lecture des romans d’Émile Zola, pourtant, il n’y a rien de plus vrai que ce que raconte sa plume sur cette époque.

Émile Zola devient alors un auteur très reconnu en France qu’on aime et qu’on haï en même temps. Il a alors un emploi du temps très complet, il emménage dans sa grande maison à Medan, là où il reçoit du monde tous les jeudis soirs. Il continue également d’écrire des chroniques pour certains journaux comme Le bien public ou le Voltaire.

Dans les années 1880, Zola quitte la presse après ses dernières apparitions dans Le Figaro pour se consacrer pleinement à l’écriture de ses romans. Il décide tout de même de prêter sa plume aux gens qui en ont besoin et c’est ainsi qu’il prendra, en 1885, la défense d’un jeune écrivain, Louis Desprez, pour un roman non conforme aux lois en vigueur. Cette période est pourtant très difficile pour l’écrivain qui commence à perdre des proches, emporté par la mort, dont Manet et sa mère, un 17 octobre, morte dans la souffrance. Son cercle amical s’éloigne de lui, certains vont jusqu’à être jaloux de l’écrivain. Seul Paul Cézanne vient encore le voir de temps en temps malgré leurs incompréhensions, leurs différents. On connaît alors un Zola qui doute de lui, qui n’est plus sûr de l’utilité d’écrire ses romans, sa fresque sociale. Un Zola proche de la mélancolie. C’est alors que paraît son roman « La joie de vivre » dans lequel nous retrouvons, paradoxalement au titre, les sentiments de l’écrivain pendant cette période.

Alors que la vie va son chemin, que la maison dans laquelle vit Zola est agrandit, qu’il vit de mieux en mieux, il fait à nouveau parler de lui : c’est la parution de « Germinal » en mars 1885. Un an auparavant, dans la région d’Anzin, des mineurs s’étaient mis en grève. Zola y voit l’occasion de prendre ses notes, d’observer comment cela se passe. Aucun écrivain avant lui n’avait été aussi près de ces gens. Plusieurs journaux socialistes publient le roman en feuilleton. Après l’écriture de « L’œuvre », un roman qui dépeint la vie d’un artiste qui vit difficilement de son métier, Zola s’intéresse alors à la vie des paysans et avec la même minutie que pour « Germinal », il écrit son roman « La Terre », un roman choque qui va au plus profond des actes humains. De quoi s’indigner, comme le font cinq auteurs en publiant un manifeste contre cette œuvre dans le Figaro. Émile ne s’en inquiète pas et continue de publier ses romans dont « Le rêve » dans lequel nous retrouvons les valeurs bourgeoises de l’époque, pour calmer les esprits qui s’étaient élevé contre lui.

En 1889 a lieu l’exposition universelle à laquelle se rend Émile Zola. Il se questionne alors sur l’avenir du progrès et le fait apparaître dans le prochain roman de sa fresque qui paraît en 1890, « La bête humaine ». C’est dans ce cadre qu’il avait eu l’occasion d’accompagner toute une équipe de technicien dans une locomotive sur un court trajet : Paris-Mantes. C’est aussi à cette époque que Zola décide d’entrer à l’académie française, choix à la fois soutenu et contesté par les auteurs de son époque, il ne pourra aller jusqu’au bout malgré ses 19 tentatives. Pour lot de consolation, il sera élu président de la Société des gens de lettre en 1891.

S’en suit alors la parution des 3 dernières œuvres des Rougon-Macquart. L’une de ces 3 œuvres, « La débâcle » fait à nouveau polémique. En effet, Zola décrit dedans les combats et défaites de Sedan entre 1870 et 1871 et fait un portrait pessimiste de l’armée française, ce qui lui vaut un nouvel article contre lui dans Le Figaro auquel il répond que pour lui, le reproche à faire et la non préparation au combat et positionne son roman comme un avertissement pour les futurs combats. Son dernier roman, « Docteur Pascal » met un point final à sa fresque. C’est grâce à cela que Zola voit également que sa jeunesse s’est envolée, ses amis encore en vie ne viennent pas célébrer la sortie de son roman et Maupassant vient de mourir.

On apprend par la suite qu’en 1888, Émile Zola avait fait de sa lingère, Jeanne Rozerot, sa maîtresse. Elle lui donnera alors deux enfants, Jacques et Denise. Pendant quelques années, la vie de couple de Zola fut difficile, entre la fureur d’Alexandrine et la solitude de Jeanne. Puis les rumeurs dans Paris vont bon train quant à la façon de vivre de l’écrivain.

Dans les années qui suivent, sa jeune femme et ses enfants sont installés sur Paris tandis que lui part régulièrement en voyage avec Alexandrine, ce qui lui inspire un nouveau cycle de roman, bien plus court que la fresque sociale, c’est le cycle des trois villes, Lourdes, Rome et enfin Paris dans lequel on retrouve toujours le personnage Pierre Froment. « Lourdes » fait polémique, Zola est baptisé le « crétin des Pyrénées » et l’Église l’interdit. Émile se rend alors à Rome qui était intervenue dans la polémique pour écrire le second roman y emmenant son protagoniste dans une ville moderne. Puis pour finir, il revient à Paris, un Paris qui doute de son avenir, autant sur le plan scientifique que politique, les anarchistes montent en puissance, ils sont accusés d’attentat et guillotinés, l’antisémitisme prend de plus en plus d’ampleur, le capitaine Dreyfus est fait prisonnier. C’est dans ce Paris qu’évolue à nouveau Pierre Froment pour le dernier roman du cycle.

Émile Zola publie un nouvel article dans Le Figaro qui s’appelle « Pour les Juifs », toujours aussi provoquant, toujours à l’encontre des discours dominants de l’époque. S’en suit alors le procès du capitaine Dreyfus à l’issu du quel Zola engage sa vie et son bonheur pour jurer que le jugés est innocent. Il s’engage alors dans un combat auquel il ne s’attendait pas. Il y a eu plusieurs articles publié dans Le Figaro signé de sa plume, pour la défense de ce qu’il appelle « l’iniquité » de cette affaire. Suite aux nombreux désabonnement au journal, la rédaction le prie de partir faire sa campagne de défense ailleurs. Il écrira deux brochures édité chez Frasquelle, « Lettre à la jeunesse » et « Lettre à la France ». Elles sont faites pour demander au peuple de se battre au côté de la vérité mais cela n’a pas l’effet escompté.

Le 13 janvier 1898 paraît dans L’Aurore l’article choque « J’accuse.. ! » dans lequel Émile Zola démonte chaque argument inculpant Alfred Dreyfus, prouvant qu’il est innocent et allant jusqu’à donner les noms des responsables des fausses accusations. Le gouvernement prend alors la décision de le poursuivre en justice pour diffamation. Il est condamné à un an de prison et 3000 francs d’amende. Cependant, durant le procès, les généraux accusé se trahissent donnant un document resté inconnu aux yeux des avocats et qui comme le dénonce l’article de Zola, a tout l’air d’un faux. Le huis clos est levé, l’affaire prend un nouveau tournant et devient un problème politique. Suite au suicide du général ayant falsifié les preuves en 1894, le procès est rouvert et Dreyfus est libéré. Zola, quant à lui est tout de même condamné à l’exil pendant une année. Il se rend alors à Londres, là ou ses deux femmes et ses enfants viendront lui rendre visite. Cet exil ridiculise le gouvernement, surtout suite à l’issue du procès.

Zola continue d’écrire, il se lance dans un dernier cycle de roman où il ne se place plus en observateur, il ne se contente plus de décrire la vie sociale au plus près de la réalité, il l’invente, il en fait une utopie sans abandonner sa manière de procéder pour écrire un roman. Le cycle est appelé « Les quatre évangiles » mais seulement trois œuvres sortiront dont une à titre posthume, la dernière est restée au stade de recherche, il n’eut même pas le temps d’en faire une ébauche.

La première œuvre de ce dernier cycle, « Fécondité » fait l’éloge de la femme féconde, la naissance de ses deux enfants ayant changé sa façon de voir la fécondité. Le second roman s’appelle « Travail » et décrit une société idéale, dans laquelle la lutte des classes n’a plus sa place. Le dernier, largement inspiré de l’affaire Dreyfus, raconte l’histoire d’une erreur judiciaire. On y trouve alors une France laïque et libératrice, très utopique. Contrairement à certains de ses confrères, ses œuvres n’apparaîtront pas comme prédicatrice, la réalité s’éloignant largement de ses écrits.

Une réalité qu’il ne pourra voir de ses propres yeux, ayant rendu son derniers souffles le 29 septembre 1902 après avoir inhalé la fumée d’un feu de cheminée de l’appartement au-dessus du leur, à Émile et à Alexandrine, ne s’évacuant pas car la cheminée était bouchée. On conclut à une mort accidentelle, le dossier est très vite fermé, il l’était de plusieurs années quand l’hypothèse de l’assassinat fut évoquée. Après tout, l’auteur de l’article « J’accuse.. ! » était tout de même détesté et menacé par les pro-Dreyfus.