Cas pratique : La négociation du salaire en sortie du V.I.E :

Considéré par certains comme le saint Graal ou bien comme option parmi d’autres, la poursuite du VIE sur le pays d’affectation fait rêver bon nombre de V.I.

Afin de donner quelques conseils à notre communauté j’ai décidé de m’appuyer sur le cas d’un ancien VIE que nous allons nommer Guillaume, venant de terminer sa mission sur les Emirats et qui a eu l’opportunité de poursuivre son expatriation avec un contrat local.

La société pour laquelle travaille Guillaume a des bureaux en France et en Espagne, une usine et un commercial en Roumanie ainsi que quelques commerciaux multi-cartes en Guadeloupe et en Amérique du sud. Elle est toujours dans une phase d’appréhension du marché international.

La mission de Guillaume a duré 2 ans. Succédant au V.I précédent, il avait deux distributeurs et deux clients actifs sur la région, lui générant un chiffre d’affaires annuel de 200.000€.

Négocier ou renégocier dès que possible :

Malgré le fait que sa société ait déjà eu un V.I sur la zone, la situation et le cout de la vie sur place évoluent vite et Guillaume a dû tenter de renégocier tous les points les uns après les autres.

« La voiture de fonction était déjà négociée ! Un peu chère tout de même car 2300 AED par mois pour une Mitsubishi Lancer ce n’est pas donné. On a pris le premier loueur disponible, sans négocier les prix ». Pas évident en effet de connaître les bons prix quand on vient d’arriver surtout pour les V.I qui doivent avancer les frais mais je prévois de poster un court article à ce sujet.

L’étape suivante était le logement : « J’ai commencé en collocation à mon arrivée mais mon but était de prendre un studio sur la Marina. Il a fallu que je rencontre mon CEO et que j’argumente en lui faisant comprendre qu’ici aux Emirats, les collocations sont plus que borderline, surtout lorsque c’est mixte. Cette justification a suffi à lui faire comprendre que ma demande était fondée. »

Mais il peut aussi y avoir des ratés : « Je ne connaissais pas bien la procédure, donc je n’ai pas pu bénéficier des 150Kg de bagages ni même de l’équivalent en Euro. J’aurai dû insister avec les termes du contrat mais je n’ai pas osé, je venais juste de démarrer ma mission, je ne voulais pas donner une mauvaise impression. Cependant, certains points qu’on aurait oubliés ou négligés peuvent se rattraper en cours de route : « C’est au bout de six mois que j’ai appris que le DEWA était en partie payé par la société, j’ai dû regrouper mes anciennes factures et tout envoyer à ma société qui a accepté de me rembourser ». Il conseille aux autres V.I de ne pas hésiter à mentionner la partie contractuelle liée à ces points, afin de rassurer sa société mais surtout prouver sa bonne foi.

Dernière astuce : Lors de la prolongation du contrat de V.I.E Guillaume en a profité pour demander un aller-retour vers la France par an, afin de voir ses proches. Pourquoi par an alors que sa mission ne dure que deux ans ? Il a simplement anticipé le potentiel contrat local suite à cette mission et commencé à négocier des éléments pour lesquels il n’aura pas à argumenter plus tard.

Anticiper :

Sachant que les processus de recrutement aux Emirats sont parfois très lents, il vaut mieux s’y prendre bien à l’avance, sur un V.I.E de 2 ans, il est bon d’aborder le sujet de la prolongation dès les 6 derniers mois afin d’éviter de se retrouver pris au dépourvu. Pour sa part Guillaume n’a pas eu à le faire, comme certains V.I, il a effectué un travail remarquable et sa direction lui proposé de rentrer en France présenter ses résultats au siège. Le déclencheur selon Guillaume : « Mon boss a par-dessus tout apprécié la relation que j’avais avec les interlocuteurs sur place, les clients et les distributeurs, c’est ce qui l’a impressionné et convaincu de continuer avec moi. Suite à cette présentation mon manager m’a demandé de préparer une proposition de salaire pour le poste que j’allais occuper sur les Emirats ».

Prendre son temps :

Cette réponse, Guillaume a mis deux semaines à la formuler et l’envoyer. Tournant et retournant les différents aspects à prendre en compte.

Tout d’abord il a choisi de faire une proposition sous forme de package incluant les différents éléments en décomposant ce dernier de manière exhaustive. Découpé en 4 catégories, son package comprend :

· Le Basic: Salaire et Allowance.

· La partie Benefits : Assurance maladie, retraite, complémentaire, cotisation chômage, équivalent tickets restaurants et compensation (13e mois ou participation).

· Une section déplacements : Véhicule de fonction / téléphone portable mais surtout un voyage aller-retour annuel.

· La partie congés où il est parti sur un équivalent France, c’est-à-dire 40 jours annuels (tout compris).

Mis à part le salaire demandé, que je ne citerai pas, vous pouvez facilement imaginer la qualité de ce package.

Bien entendu, le maître mot de Guillaume est de rester factuel dans sa proposition. Il a donc ajouté une estimation des salaires aux Emirats en 2015, tous domaines confondus, rendue public par Morgan McKinley l’an dernier ainsi qu’un récapitulatif de ses résultats sous forme de tableau : +35% de CA sur la zone et le nombre de clients multiplié par deux.

Bien entendu, comme avec tout management qui se respecte, son offre a reçu une contre-proposition, largement inférieure. Seulement, Guillaume ne s’est pas laissé faire et a démonté les contre-arguments les uns après les autres, de manière rationnelle et argumentée, toujours en prenant son temps pour réfléchir et y répondre, quitte à proposer à son manager de raccrocher et d’en reparler trois heures plus tard.

En fin de compte, sa proposition est passée avec le salaire auquel il s’attendait ainsi qu’une légère variable, 216 jours travaillés par an comme en France mais également les félicitations et le respect du CEO qui admet qu’il aurait été déçu que Guillaume ne se batte pas un minimum pour son poste.

Guillaume conclue lui, par cette phrase : « Chacun doit trouver ses axes de négociation, que ce soit le coût de la vie locale, votre valeur sur le marché de l’emploi ou le rôle clé que vous jouez pour votre société aux Emirats ». Aujourd’hui il est toujours basé dans les bureaux du FBC pour l’ambiance de travail et la qualité des échanges quotidiens avec les autres expatriés.

Jean-Luc