La “Science For Good”, maillon essentiel de l’entrepreneuriat à impact positif

Programme Science for Good — Soscience

By Mélanie Marcel, fondatrice et présidente de SoScience, lauréate du “Echoing Green Fellowship” 2017 et du “Grinnell College Innovator for Social Justice Prize” 2018, administratrice de FEST (France Eco-Sociale Tech).

Si l’écosystème des “Tech for Good” commence à se structurer, comme l’atteste l’enthousiasme généré par FEST dès ses débuts (plus de 100 structures membres en quelques mois), il ne faut pas oublier que la recherche scientifique a également un rôle important à jouer dans cette dynamique entrepreneuriale en faveur du bien commun.

Au même titre que le numérique, la science offre un formidable moyen d’action dont une nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux — les entrepreneurs sociaux scientifiques — s’empare, afin de développer des solutions innovantes ayant un fort impact positif.

Science For Good : pour une troisième voie de la recherche au service du bien commun.

Dans le système actuel, deux voies de recherche sont généralement distinguées : la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Si la recherche fondamentale consiste à explorer, comprendre et expliquer le monde, la recherche appliquée quant à elle consiste à en transformer les résultats en produits et en services. A ce jour, la recherche appliquée est largement tournée vers une logique de profit. 65% du budget de la recherche en France est financée par les entreprises privées. Une recherche financée principalement dans le cadre d’intérêts privés axés sur un bénéfice économique majeur est-elle la plus à même de répondre aux grands enjeux de société ?

Aujourd’hui, alors que ces derniers vont croissants et deviennent urgents à résoudre — changement climatique, disparition des espèces, fortes inégalités sociales, pollution croissante et problèmes de santé majeurs, raréfaction des ressources, … — la science n’est que trop peu exploitée dans son potentiel d’action pour répondre à ces enjeux.

Au-delà d’une activité purement désintéressée, dont le seul but serait l’avancée de la connaissance objective, ou d’une activité purement économique, fondée sur le principe de retours sur investissements financiers, il y a urgence à redonner une place forte à la science et la recherche au service de la société, et à faire émerger une « valorisation sociale » au service de l’intérêt général. Loin d’être la solution à tous les problèmes — et de verser naïvement dans le mythe de la science salvatrice — la recherche scientifique peut et doit contribuer à la résolution de ces enjeux complexes et mondiaux.

Les entrepreneurs sociaux scientifiques, ambassadeurs de la “Science For Good”

Les entrepreneurs sociaux, de par leur volonté d’impact, sont à l’avant-garde de cette dynamique et incarnent cette vision de la « Science for Good » !

A la croisée de deux mondes, celui de la recherche scientifique et de l’entrepreneuriat social, ils utilisent la recherche scientifique pour développer des solutions pertinentes, efficaces et accessibles.

Chez SoScience, nous avons identifié trois types d’entrepreneurs sociaux scientifiques :

  • Les chercheurs qui deviennent entrepreneurs;
  • Les entrepreneurs sociaux qui s’emparent de la science;
  • Les collaborations entre scientifiques et entrepreneurs sociaux.

Découvrons-en quelques exemples dont certains lauréats du programme Science For Good.

Solution technique — Terraotherm

Terraotherm est une entreprise basée à Lille qui conçoit et fabrique des systèmes d’échanges thermiques eau-air innovants aux multiples applications. Il permet de recycler l’énergie thermique produit notamment par les activités industrielles, diminuant d’autant la production d’énergie, qu’elle soit d’origine fossile ou durable.

Dans une logique d’économie circulaire, récupérer les calories perdues dans l’air vicié permet à la fois de préserver les ressources naturelles et limiter le réchauffement climatique. Ce système peut également prévenir la pollution car l’air, en passant dans l’eau, subit un lavage de ses poussières et de certains de ses polluants gazeux, redirigés vers les systèmes de traitement des eaux.

Le dispositif réduit en moyenne les consommations d’énergie fossile (gaz ou électricité) de 50% tandis que son application dépolluante traite plus de 95% des particules fines. La start-up est déjà partenaire avec Dalkia EDF, la branche énergies renouvelables du groupe pour le recyclage de l’énergie et la région Ile-de-France et la RATP pour la capture des polluants de l’air du métro parisien.

L’inventeur de cette technologie innovante est le scientifique Jaouad Zemmouri, enseignant-chercheur en physique, professeur à l’université de Lille, spécialiste en dynamique des systèmes complexes. Dans le cadre d’un programme interne de R&D dans l’entreprise, les connaissances du Professeur Zemmouri ont permis de concevoir une nouvelle façon d’échanger la chaleur (ou le froid) entre l’air et l’eau, et ce quasiment sans perte thermique!

Éclairage de la ville de demain ? — Glowee

Glowee est l’exemple typique des entrepreneurs sociaux qui s’emparent de la science pour développer leur solution à impact. Glowee est une entreprise sociale fondée en 2014 qui développe une solution d’éclairage inspirée des animaux marins qui produisent efficacement de la lumière biologique. Grâce à la biologie de synthèse, l’équipe de Glowee a réussi à développer une matière première vivante bioluminescente avec l’ambition sur le long terme d’éclairer nos villes de façon durable (l’éclairage urbain représente près de 20% de la consommation d’électricité mondiale).

A l’origine, ce projet n’est pas porté par des scientifiques, mais des étudiants en école de design, dont Sandra Rey, aujourd’hui à la tête de l’entreprise. Pour développer la partie scientifique du projet, Sandra a alors constituée une équipe R&D en interne (deux tiers des 17 personnes dans l’équipe aujourd’hui ont un profil scientifique) permettant à l’entreprise sociale de créer un savoir-faire scientifique unique sur la thématique de la bioluminescence.

Phytotière de spiruline — Alg & You

Le projet d’entreprise d’Alg & You, basée à Toulouse, est née de la rencontre entre l’entrepreneur Georges Garcia et le scientifique Pierre Mollo, enseignant-chercheur en biologie et spécialiste du plancton. Convaincus du potentiel des microalgues pour contribuer au développement d’une alimentation saine, durable et accessible à tous, ensemble ils lancent les premières fondations du projet.

L’ambition de l’entreprise se concentre rapidement sur le transformation de l’usage de la spiruline depuis un complément alimentaire à un ingrédient courant et accessible, source notamment de protéines durable. L’entreprise décide alors de développer une phytotière ou yaourtière de spiruline fraîche dénommée Bloom, qui permet de produire de façon locale, en consommant peu d’espace, d’eau et d’énergie. Dans 3,5 litres, BLOOM produit 40g de spiruline fraîche chaque semaine soit un peu plus de 2kg par an.

Pour mener à bien le projet, l’équipe d’Alg & You monte un consortium de recherche (baptisé PLAISIR) avec le Laboratoire d’Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés (LISBP) de l’INSA Toulouse, l’Ifremer Nantes ainsi que les groupes industriels SEB et Prayon.

Accélérer l’émergence et le développement de ces entrepreneurs

Des entrepreneurs sociaux scientifiques comme ces trois exemples, nous en connaissons des centaines chez SoScience, que nous souhaitons révéler et mettre en avant à travers notre campagne de communication Science for Good, lancée en novembre 2018.

Mettre en lumière cette nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux est un premier levier d’action pour dynamiser ce secteur.

Mais pour aller au-delà, fédérer un écosystème, en rassemblant à la fois les acteurs publics et les acteurs privés de la recherche, et en les réunissant autour de sujets clefs pour résoudre les Objectifs de Développement Durable est l’étape suivante pour favoriser les synergies entre le monde de la recherche scientifique et celui de l’entrepreneuriat social, sous la forme de collaborations de recherche multi-acteurs.

Enfin, et surtout, adapter le système de la recherche scientifique est nécessaire pour renforcer l’occurrence et assurer la pérennité de ces applications de recherche à visée sociétale : adapter le système d’évaluation des chercheurs, la définition et les critères des appels à projets de recherche, l’octroi des financements, les programmes d’accompagnement, etc. pour inclure ces nouveaux acteurs et cette nouvelle vision de la “science for good”.