Une “French Tech For Good” pour mettre l‘entrepreneuriat au service des défis sociaux et environnementaux de notre société

by Nicolas Celier, à l’initiative et administrateur de France Eco-Sociale Tech, cofondateur et administrateur de France Digitale.

En 2015 l’ONU a inscrit dans son agenda “Horizon 2030” 17 Objectifs de Développement Durable (ODD). Ces objectifs ambitieux recensent de grands enjeux pour les Etats membres tels que la réduction de la pauvreté, l’accès à une éducation de qualité pour tous, l’accès à une énergie propre à un coût abordable… Si les états se sont engagés à œuvrer pour atteindre ces objectifs quantifiés, ainsi que de nombreux acteurs privés, ces ODD rencontrent également un écho fort dans l’écosystème entrepreneurial. Regroupées sous l’appellation “Tech For Good”, ces entreprises et associations mettent leurs innovations technologiques et scientifiques au service des ODD.

La Tech For Good, vecteur d’innovation sociétale

Or ce phénomène est stratégique pour la société. Par les nouveaux services et usages qu’elle crée, l’innovation technologique et scientifique offre des outils puissants pour résoudre des enjeux sociétaux majeurs, sur des secteurs variés comme la santé, l’accès à l’énergie, la fracture numérique, l’aide aux seniors, la formation… Ces technologies sont de plus en plus accessibles pour les entrepreneurs: leur prix diminue, leur facilité de mise en place s’accroît, les formations nécessaires à leur compréhension se multiplient et se démocratisent. Les citoyens peuvent ainsi mettre en place rapidement des projets scalables et impactants à l’échelle de la société. Un projet européen intitulé DSI4EU (Digital Social Innovation for EU) a ainsi constaté que le nombre de projets tech à impact social a doublé en 2 ans pour atteindre 2000 projets en 2017. Ces acteurs conjuguent avec succès un modèle économique viable, une mission assumée et dans certains cas, un fort potentiel de croissance. En France il s’appellent Simplon, OpenClassrooms, Techfugees, Entourage, HelloAsso, AssoConnect, Microdon, Voxe, Fluicity…

Les initiatives citoyennes, associatives et entrepreneuriales s’emparent ainsi de la Tech For Good pour proposer des réponses innovantes. Ces initiatives permettent de compléter des actions publiques ou de les augmenter, d’améliorer les conditions de vie des citoyens et de diminuer les externalités négatives que doit prendre en charge la société. Par exemple l’association Bayes Impact se sert de la technologie dans le but d’aider, gratuitement, des demandeurs d’emploi à trouver le plus vite possible un poste qui leur convienne. Les données, entièrement accessibles sur leur site indiquent que 42% des utilisateurs ayant indiqué avoir retrouvé un emploi et ayant testé leur service, considèrent qu’il y a contribué. De la même manière Phénix est une start-up proposant aux distributeurs et industriels des solutions innovantes pour réduire leur gaspillage alimentaire et non-alimentaire en utilisant le potentiel des déchets (recyclage, valorisation, donations). L’entreprise a permis d’économiser depuis ses débuts plus de 15 mille tonnes de produits alimentaires, équivalent à 30 millions d’équivalents repas, et 1600 tonnes de matériel. Ces initiatives bénéficient aux populations en besoin, et viennent compléter des initiatives publiques ou associatives, tout en apportant une valeur ajoutée pour l’ensemble de leur parties prenantes.

Cette tendance Tech For Good est particulièrement développée en Europe, et notamment en Angleterre, en Allemagne et en France. En France de nombreux acteurs se sont positionnés pour apporter leur soutien à l’écosystème: des financeurs (Investir&+, XAnge, Citizen Capital, INCO, Alter Equity, Lita), des réseaux et communautés (OuiShare, GoodTechLab, Ashoka,…), des structures d’accompagnement (MakeSense, Share It, Live For Good, la Ruche Factory, Liberté Living Lab,…), des labels et concours (Esus, French Impact, FFE,…). La France, par son tissu entrepreneurial et associatif dense, a un rôle à prendre dans la tendance TechFor Good. Il nous est possible de prendre dès maintenant un rôle prépondérant et structurant sur ces sujets.

FEST, la voix des Tech For Good en France

Le phénomène est encore naissant et les initiatives se multiplient sans structuration spécifique. Pour offrir à la société le plein potentiel de ce nouveau mouvement commun, il est nécessaire de fédérer, identifier et outiller cet écosystème. C’est de ce constat qu’est né FEST (France Eco-Sociale Tech), constat partagé par les entrepreneurs à mission, qui ont ressenti le besoin d’un réseau transversal structurant. FEST a plusieurs vocations: rassembler, rayonner et mettre en œuvre. Abritée au sein de France Digitale, FEST fédère au delà des secteurs d’activités et des statuts, des entrepreneurs et des investisseurs.

Pour poser les premiers jalons de cette structuration, FEST a d’abord identifié l’écosystème s’organisant autour des entrepreneurs de la Tech For Good. Nous avons ainsi produit une cartographie de plus de 250 structures réparties en 16 catégories offrant des ressources dédiées à ces entrepreneurs.

Publiée en Mai 2018 pendant le salon VivaTech, elle est accessible en ligne (festech.org/cartographie). Ce référencement permet aux entrepreneurs d’avoir une vision d’ensemble des ressources et outils à leur disposition pour développer leur activité.

A la suite de cette première étude, FEST a publié vendredi dernier au Change Now Summit (Station F, Paris) une cartographie qui recense cette fois-ci les entrepreneurs Tech & Science For Good eux-mêmes, qui fondent le mouvement.

Avec plus de 300 entrepreneurs déjà identifiés, ce premier état des lieux, qui va s’étoffer dans les semaines et mois à venir, prouve que la Tech For Good est un secteur dynamique et en plein développement sur l’ensemble du territoire français.

FEST a cependant l’ambition plus large de construire avec ses membres des outils actionnables et constructifs pour son écosystème. En parallèle notre réseau a donc lancé plusieurs groupes de travail utilisant l’intelligence collective pour travailler sur les enjeux rencontrés par la communauté. Plusieurs thématiques émergent: financement, accès aux compétences technologiques, modèles juridiques, données publiques…

Par ailleurs FEST a pour mission de rayonner et de porter la voix de ces entrepreneurs inspirants et pragmatiques de la Tech For Good française. Les différents marchés européens Tech For Good se développent et il nous semble essentiel de créer un acteur référent pour porter la voix de la T4G à la française au delà de nos frontières. Nous travaillons ainsi main dans la main avec le Social Good Accelerator sur les sujets européens et sommes hébergés chez France Digitale pour profiter de ses réseaux européens et de sa renommée comme hub des start-up françaises. Les entrepreneurs et investisseurs ont ainsi constitué FEST pour être l’interlocuteur référent des Tech For Good pour les pouvoirs publics et les acteurs privés. Nous intervenons régulièrement pour faire connaître nos actions au plus grand nombre.

Gilles Babinet, champion digital de la France auprès de l’Union Européenne et ambassadeur de FEST depuis sa création précise : « il est temps que les enjeux d’impact par le digital soient convenablement pris en compte, s’il est faux de croire comme cela est souvent affirmé que les startups vont sauver le monde, il est tout irresponsable de ne pas voir le potentiel de transformation sociale qui existe dans les technologies. Or, cet enjeu continu de n’être que mal compris tout à la fois par les pouvoir publics, les grandes entreprises, les institutions à impact, etc.

Le rôle de FEST à cet égard est essentiel : expliquer et faire un travail pédagogique, mais aussi décrire les conditions nouvelles dans lesquels les politiques à impacts doivent s’exercer : favoriser la mobilisation de data-scientists, utiliser l’open-data, savoir porter à l’échelle d’un pays (ou plus) ce qu’ont fait quelques codeurs astucieux. Aider finalement à la diffusion accélérée des pratiques vertueuses.

Il nous faut éviter ce que nous avons observé au sein du monde des startups : un temps trop long pour structurer les filières éducatives, les politiques publiques, les réseaux qui ont enfin permis à cet univers de prospérer comme nous l’observons désormais. »

Conscients de l’opportunité que présente la Tech For Good, de son rôle stratégique dans notre société, et convaincus par la force de l’écosystème français, le mouvement FEST cherche à structurer le secteur. En portant la voix de la Tech For Good nous montrons la voie à d’autres acteurs pour s’y engouffrer à notre suite. Idéalistes et pragmatiques nous ouvrons des chemins pour concilier technologie et bien commun et faire connaître la French Tech For Good.