Face à la révolte des classes moyennes, rebâtir un nouveau progressisme

De l’élection de Donald Trump au Brexit, en passant par les résultats du Front National aux élections régionales de 2015, la classe moyenne a fait le choix de manifester, par son vote, sa colère contre le déclassement social, économique et culturel dont elle est victime. Et déjà cette révolte fait vaciller les bases de notre système démocratique ; qu’il s’agisse de notre bipartisme si commode ou des attitudes et politiques publiques que nous jugeons acceptables.

Que la classe moyenne ait perdu patience est peu surprenant, car la déconnexion des élites est devenue trop grande à ses yeux et trop peu de promesses ont été tenues. Et cette fois, la dénonciation de la xénophobie et de la guerre contre les pauvres menée par les droites ne sauvera pas la gauche d’une humiliante élimination dès le premier tour de la présidentielle de 2017.

Alors, que faire ? Le peuple de gauche doit faire de la reconstruction d’une civilisation de classe moyenne le fondement d’un nouveau progressisme. Remettre la classe moyenne au centre de notre action, c’est reconnaître qu’elle est, depuis plus de vingt ans, confrontée à la croissance sans fin de la précarité, à la stagnation, voire la diminution de ses revenus. C’est admettre que d’immenses batailles culturelles ont été perdues par la poursuite de politiques et de mesures de droite : appels à la modération salariale, gel du salaire et du nombre des fonctionnaires, suppression des services publics. de proximité dans les zones périphériques, etc. Que nous nous sommes condamnés à l’inaction face à l’expulsion des classes moyennes des centre-ville, à l’allongement des temps de trajet domicile-travail et au déclassement résidentiel. La victoire de François FILLON nous oblige, car elle condamne les classes moyennes françaises (avec, par exemple, plus de 3 000 euros de dépenses de santé pris en charge par un foyer et par an, si son programme venait à s’appliquer).

Face au déclassement social, économique et générationnel qui nous menace, la priorité de notre action doit être d’investir massivement pour recréer des emplois stables et bien payés ; des emplois dont la classe moyenne puisse être fière, situés à proximité des bassins de vie avec un objectif clair : 80 % des français devront travailler à moins de 30 minutes de leur domicile en 2030. L’accent devra être mis sur la reconquête du périurbain, du mon de rural, des villes moyennes et des villages qui concentrent la majorité des difficultés économiques, géographiques et du chômage. A l’inverse du discours économique dominant, l’enjeu est de reterritorialiser l’économie, de repenser nos choix en matière d’investissements, de contrat de travail ou de salaire afin de garantir à nos concitoyens de réels progrès en termes de qualité de vie et d’opportunités.

Alors que notre pays va vivre une véritable révolution autour des voitures autonomes, de la robotique, des imprimantes en 3D ou encore de la génomique, les actuelles politiques de «compétitivité» ou de «flexibilité» apparaissent comme autant d’avatars surannés de la dévaluation compétitive des années 1970 : des politiques qui visent à gagner quelques points de compétitivité sans résoudre nos problèmes de fond. Un nouveau progressisme devra assurer que le secteur public soit en pointe dans ces domaines afin d’en maitriser les conséquences sociales, mais aussi de promouvoir notre avenir économique.

Sur le plan culturel, il s’agira pour le peuple de gauche de «refaire France» autour de valeurs humanistes. En dehors de la bataille du mariage pour tous, la gauche au pouvoir a trop souvent cédé à l’hégémonie culturelle de la droite. Nous devons résolument réengager la bataille idéologique et culturelle avec les universitaires et les «Think tank» (auxquels nous devrons consacrer des moyens nettement plus substantiels). Un nouveau progressisme se donnera pour objectif d’émanciper l’individu de la tyrannie des déterminismes sociaux et des accidents de la vie. Enfin, nous devrons changer nos façon de militer et de toucher notre électorat (en étant sur le terrain, à l’entrée des usines dès 04h30 le matin, des hôpitaux, …), de lui parler et de promouvoir des représentants de la classe moyenne et de la diversité issus de nos rangs. A l’heure où notre Parlement est plus âgé que jamais, il sera important de montrer l’exemple et de livrer la bataille de la représentativité de notre personnel politique.

Face à la défaite annoncée, nous devons faire le choix de l’audace. Du peuple, car le peuple est la raison d’être du Parti Socialiste et de la gauche. Changer la vie du plus grand nombre doit, à nouveau, être l’essence de la gauche.

Fabien VERDIER (35 ans) est Conseiller régional et municipal de Châteaudun (Eure-et-Loir) et Secrétaire national du Parti Socialiste, en charge du pôle « Production et répartition des richesses ». Il est candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire.