
Neymar, plus qu’une affaire de foot
Le mercato s’accélère au Paris Saint Germain. La rumeur Neymar encore inenvisageable il y a quelques jours serait sur le point de déboucher sur le plus gros transfert de l’histoire du football. Derrière ce prisme footballistique se cache une volonté exacerbée du Qatar, en pleine crise existentielle, de frapper un grand coup sur l’échiquier mondial. Décryptage.
La situation régionale entre le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis plonge actuellement le Qatar dans une situation complexe. Ce petit pays de la superficie de l’Ile de France veut réagir et reprendre la main. Cette volonté de s’affirmer, Jean Baptiste Guégan, auteur de l’ouvrage “Géopolitique du sport”, l’explique avec cet exemple :
“Le Qatar garde en mémoire la situation du Koweit dans les années 90, petit état, envahi par l’Irak, qui reçu l’aide des Etats Unis officiellement au nom de la démocratie mais surtout et principalement pour l’enjeu pétrolier présent derrière. Ce souvenir met en lumière un constat pour eux : si vous n’existez pas sur la carte, vous n’êtes pas défendu.”
Le meilleur moyen d’exister pour le Qatar, mis à part le gaz naturel liquéfié et l’investissement pétrolier, c’est le sport. Le seul sport arrivant à regrouper l’attention de milliards de personnes sur un même match, c’est le foot.
Nous faisons donc face à une instrumentalisation du football où Neymar ne représente ici qu’un pion, un objet. Investir 500 millions sur ce joueur en termes de montant de transfert, de prime à la signature et de salaires sur 5 ans n’est pas un problème pour le Qatar. Ils signeraient ici un coup retentissant en attirant le futur meilleur joueur du monde et les répercussions médiatiques en seraient décuplées à travers le monde. En ce sens, le fait d’avoir également réussi à chiper Dani Alves au nez et à la barbe de Manchester City, propriété des émiratis, a été perçu comme une première victoire de taille pour la famille Qatari.

D’un point de vue purement sportif, un transfert de Neymar possèderait également une vertue symbolique : celle d’effacer l’humiliation de la remontada subie en mars dernier sur la pelouse du Camp Nou. Arriver à attirer le joueur qui vous a éliminé à presque lui tout seul et de le soutirer à un club de la dimension du Barça est un véritable coup de force. Ce transfert provoquerait un effet booster incroyable sur les ambitions et la crédibilité d’un projet largement fragilisée par cette faillite printanière.
La situation actuelle est donc inédite. Le PSG est de surcroit libéré des contraintes du fair play financier pour mener une telle opération. Depuis peu, le club possède en effet le droit d’échelonner le montant d’un transfert sur le nombre d’années de la durée d’un contrat. Signer potentiellement Neymar au prix de sa clause de 222 millions sur un contrat de 5 ans rendrait donc l’investissement compatible avec les règles du FPF en déboursant environ 45 millions par annuité.
Paris s’est depuis le début du mois de juin totalement remis à l’endroit d’un point de vue interne. Cette humiliation en Ligue des Champions cumulée au titre de champion perdu au profit de Monaco a réveillé le club francilien qui prenait un bien mauvais chemin au niveau de sa gestion. Le premier étage de la fusée avait été posé de main de maitre par Leonardo durant les deux premières années du projet. Force est de constater que le PSG a réussi a vivre sur l’héritage et les fondations du directeur sportif brésilien durant les 3–4 dernières années. Mais il était désormais temps de poser le deuxième étage de cette fusée, l’étage qui doit enfin faire rentrer Paris dans la caste des plus grands clubs européens. Chose faite avec l’arrivée d’Antero Henrique, directeur sportif qui a fait ses preuves au FC Porto, et avec la nomination de Maxwell à ses côtés. Ces deux hommes ayant pour objectif de redonner de l’élan au projet tout en resserrant des fondations largement mises à mal par diverses histoires extra sportives et comportements en internes, incompatibles avec l’exigence d’un club de haut niveau.
Henrique a tout connu au FC Porto en commençant en bas de l’échelle à la fin des années 80 gérant les relations presse jusqu’à devenir le bras droit du président. Il est rompu aux négociations et connait exactement comment un club doit être structuré dans l’ensemble de ses composantes. Son travail de l’ombre auprès de Verratti désireux de quitter le PSG ou son intransigeance dans le renouvellement de contrat de Thiago Motta sont des signaux forts envoyés. Les joueurs savent désormais qu’ils auront du répondant en face d’eux. “La gestion de copinage” de Nasser El Khelaifi auprès de l’effectif avait laissé trop de liberté et d’espace aux désiderata des joueurs. En ce sens, l’arrivée d’un directeur sportif comme Henrique est la meilleure recrue possible de l’intersaison pour le PSG.

Vous l’avez compris, le PSG et le Qatar veulent donc frapper très fort sportivement et surtout diplomatiquement cet été. Les chances de voir Neymar martyriser prochainement les défenses de Dijon, d’Amiens ou d’Angers dans notre Ligue 1 ne relèvent donc pas du domaine de la fiction mais bien de la réalité. Reste à savoir si ce transfert viendra à se concrétiser officiellement dans les prochains jours car dans le foot rien n’est jamais acquis, le PSG est bien placé pour en témoigner.
