Fiction, auto-fiction, déréliction (part II)

Fabien Pop
Aug 8, 2017 · 15 min read

photographie, Bill Henson

Plusieurs semaines sont passées depuis que le souvenir dévastateur de l’amour éphémère pour Elise a ressurgi.

Léo s’est confié à une amie longuement.

Il est mort de trouille à l’idée de lui parler au téléphone, d’entendre sa voix comme sortie d’outre tombe de sa mémoire.

Elise et Léo se font face dans le hall de l’aéroport de Nice non loin de la porte d’embarquement.

Les larmes submergent à présent le visage de la jeune femme.

Avec l’énergie du désespoir, quelques mots arrivent à s’échapper de la gorge d’Elise.

“Je suis sans dessus dessous Léo.

Notre rencontre m’a bouleversé.

Je n’ai jamais fait entrer personne dans ma vie.

Je suis complètement déchiré à l’idée de partir, de te quitter.

Je n’ai jamais cru aux histoires d’amour.

Je ne voulais pas y croire.

J’ai toujours pensé à ma vie professionnelle et la passion que j’éprouve à donner la vie.

Aujourd’hui, c’est la mienne qui est en jeu.”

Léo est figé.

Il regarde dans les yeux, cette jeune femme.

Il voudrait lui dire de rester, de ne pas partir, de renoncer.

“Tu ne dis rien.

Pourquoi es-tu venu vers moi ?

Pourquoi m’as-tu fait rêver avec tes mots, ta douceur, ta culture ?

Pourquoi m’as-tu fait l’amour si fort ?

Pourquoi tu ne dis rien Léo ?”

Téléphoner et parler à Elise 20 après, cela a-t-il encore un sens ?

Léo repense à cette phrase, cette devise d’Elise qu’il a fait sienne.

“Tutto è possibile nella vita”.

De ce qu’il a vu sur internet, Facebook, Elise n’a pas d’enfant et n’aurait pas d’homme dans sa vie.

Elle a son cabinet à Cannes non loin de chez elle où Léo l’a rencontré lors d’une soirée, et dans cet appartement où ils firent l’amour si fort.

Est-ce possible qu’une passion puisse revivre 20 ans après ?

Léo écrit aujourd’hui des textes pour les catalogues d’oeuvres d’art de plusieurs maisons de ventes aux enchères.

Il n’a personne dans sa vie depuis deux ans.

De nombreuses jeunes femmes s’étaient glissées dans le tourbillon de sa vie, la nuit lorsqu’il n’avait pas ses enfants.

Ses relations n’avaient pas duré. plus de deux mois.

L’embarquement pour le vol d’Abidjan commence.

Les larmes ruissellent toujours sur le fin visage d’Elise.

Ses yeux gris sont plus foncés à présent.

Mais, l’intensité du regard est toujours aussi fort.

“Je commence mon travail dans une semaine.

Que faisons-nous Léo ?

Quand dois-tu être à Paris pour ton travail ?

Nous n’en n’avons pas parlé.

Pourrais-tu me rejoindre dans l’été ?

Est-ce possible ?”

Léo a envie de la serrer très fort contre lui.

Il voudrait lui dire de tout laisser tomber, de le suivre à Paris.

Il ne se s’en pas le courage de lui demander tant.

Pourquoi, l’un ou l’autre devrait-il se sacrifier ?

Pourquoi dans sa vie, ses relations amoureuses sont-elles toujours si compliquées ?

“Dis quelque chose Léo !

Parle-moi !

Donnes-moi le courage de t’attendre !”

“Tu me plais Elise.

Je n’ai plus envie de te quitter.

Tu as ravagé mon âme.

Nous sommes là.

Tu embarques dans moins de 10 minutes pour le bout du monde.

Je ne peux pas venir cet été te rejoindre.

J’ai des engagements professionnels.”

Elise écoute en sanglot.

Son regard gris s’enfonce en Léo.

“Prends-moi dans tes bras Léo.

Je veux sentir ton cœur battre.”

Une hôtesse s’approche d’eux.

“Excusez-moi.

Nous allons clore l’embarquement.

Vous êtes sur ce vol ?”

Elise n’entend plus rien.

Elle est sourde au monde qui l’entoure.

“Ma compagne est sur ce vol.

Vous nous donnez encore 5mn ?”

L’hôtesse discrète opine de la tête.

“Je n’ai aucune de tes coordonnées Elise.

Tu n’as pas les miennes non plus.

Voici ma carte avec les numéros du bureau et de chez moi. Tu as aussi le fax au cas où.”

“C’est tout ?”

“J’ai envie de t’embrasser à la folie.

Mais, après tu vas rater ton avion.

On se parle dès que tu peux.

Donnes moi ton numéro de Médecin du monde que je puisse te téléphoner également.”

Léo prend Elise par sa fine taille et l’accompagne jusqu’à l’embarquement.

Elise craque complètement.

Plusieurs semaines se sont écoulées.

Depuis que la mémoire de Léo s’est fracassée sur ce titre de Radiohead

Fitter Happier

Léo pense tous les jours à elle depuis.

Il n’a pas eu le courage de lui téléphoner 20 ans après.

Léo s’est donné mille bonnes raisons pour ne pas le faire.

Elise boit son café sur son canapé face à la porte fenêtre qui donne sur le vieux port de Cannes.

Elle ne travaille pas ce lundi.

Elle va aller jusqu’à l’île St Honorat qu’elle aime tant en paddle.

Elise prend son smartphone pour se faire une nouvelle playlist qu’elle écoutera sur le trajet.

Elle ne peut se passer d’entendre de la musique depuis de très longues années.

Elle a une notification de son application.

Elle clique sur l’icône.

L’album re-masterisé de Radiohead “Ok Computer” lui est proposé.

Un léger frisson parcourt son corps.

Elise n’a plus écouté cet album depuis 20 ans.

Elle ne pouvait pas.

Elle ne pouvait plus.

Elle avait eu trop mal.

Le visage de Léo traverse à présent son esprit.

Sa voix résonne dans sa tête.

Les doigts de Léo glisse sur son corps.

Elle se souvient de chaque seconde.

Ces 24h, il y a 20 ans ont marqué son coeur, son âme au fer rouge.

Léo fut le grand amour de sa vie.

Elise a refermé le chapitre Léo il y a 10 ans grâce à une longue thérapie pour enfin vivre sa vie, pour essayer d’être heureuse avec un autre homme.

Elle s’élance vers l’île St Honorat depuis la plage aux pieds de chez elle qui jouxte le quai du large.

La mer est d’huile, cristalline, ce matin.

Fitter Happier

Ce titre passe inlassablement.

Elise pense à Léo.

Il doit vivre avec une très belle femme aujourd’hui.

Elle a dû lui donner de magnifiques enfants.

Vit-il toujours à Paris ou en Italie où il travaillait parfois ?

Il n’y a pratiquement pas d’embarcations en mer.

Seules les navettes pour les îles de Lérins, St Marguerite et St Honorat chargées de touristes passent à distance.

Elise pense à cette après-midi sur cette île monastique de toute beauté avec Léo à nager, parler, se regarder, s’embrasser tendrement.

Elise arrête ce titre.

Elle a besoin de légèreté.

Elle étouffe à nouveau comme ce fut le cas pendant 10 ans de sa vie.

Son travail de gynécologue obstétricienne qui la passionne, l’avait sauvé de mourir d’amour pour cette passion éphémère dévastatrice.

Elise met le dernier album “I see you” de The XX qu’elle aime bien.

Elle pense encore plus à lui à chacun des titres.

De retour chez elle après cette matinée paradoxale où elle ne fit que sentir, toucher, entendre, parler, rêver Léo, Elise tout en se préparant une vrai salade niçoise accompagnée de toasts avec de la tapenade noire et verte, sent l’irrémédiable envie de faire des recherches sur Léo.

Elle tape son prénom et son nom dans le moteur de recherche…

À peine une seconde s’est écoulée.

Tremblement de terre, tout s’affiche sur lui, réseaux sociaux, site web, blogs, articles de presse…

Elise clique sur image.

Sa respiration est suspendue.

Les photos s’affichent en mosaïque sur l’écran de son smartphone.

Le regard noir intense, puis doux, bienveillant, quelques rides barrent son front, à présent.

C’est bien son Léo.

Sa curiosité n’a pas de limite.

Elise n’a pas tout ces comptes sociaux comme lui, juste un Facebook comme une grande partie de la planète.

Elle le trouve immédiatement.

Son compte n’est pas ouvert.

Il y a juste quelques informations, coordonnées et peu de posts accessibles.

Elle va sur son blog qui est accessible.

Des photos de son travail, des œuvres d’art contemporaines, et des articles.

Elise est d’un seul coup pétrifiée en lisant le titre et un article écrit un mois plus tôt.

“Fiction, auto-fiction, rupture des sens”.

Sa gorge se noue chaque seconde un peu plus à la lecture des mots de Léo, de l’écriture de ces 24h qui bouleversèrent leur vie.

Ce fut un moment totalement magique.

Un coup de foudre mutuel instantané dès lors qu’elle lui mis le casque sur les oreilles avec la musique du nouvel album de Radiohead.

Leurs regards, leurs sourires échangés lièrent leur destin.

Elise et Léo étaient dans leur bulle, complètement absents de cette soirée.

Il n’y avait qu’eux au monde.

Leurs passions étaient communes, totales.

Elise lit à de multiples reprises l’article de Léo.

Mais, surtout la fin de celui-ci qu’elle lit plus de 100 fois.

Il cherche son téléphone.

Voilà, le 06 d’Elise est sous ses yeux.

Il appelle.

Il n’appelle pas.

20 ans après, est-ce que cela a encore un sens ?

“Tutto è possibile nella vita”

Léo se souvient.

Fitter Happier

“Léo, Léo, Léo…”

Elise prononce à voix haute, doucement ce prénom.

Ce n’était donc pas une chimère, un rêve.

Elle n’avait pas été folle.

Il s’étaient aimé au-delà de l’entendement.

Le vertige la secoue de tremblements.

Elise appelle sa meilleure amie Annie.

Elles avaient fait toutes leurs études de médecine ensemble à l’université de Montpellier.

Annie est pédiatre.

Elle partagent depuis 10 ans un cabinet ensemble à Cannes.

“Bonjour Annie,

Je ne te dérange pas ?”

“Non, nous avons fini le repas. Paul se baigne avec les enfants dans la piscine.”

Elise avait accouché Déa et Jean, les deux enfants de son amie.

Leur amitié est très forte.

“Tu ne vas pas me croire.”

“Ah ? De quoi s’agit-il ?”

“Je viens de tomber sur Léo.”

“Comment ?

Léo, le Léo d’il y a 20 ans ? Celui dont le souvenir t’as fait souffrir toutes ces années ?”

“Oui…”

“Tu l’as rencontré quand, comment ?”

“Non, je ne l’ai pas vu.

Je suis allé faire du paddle ce matin.

J’ai écouté ces titres de Radiohead que tu connais, qui sont liés à notre histoire.

En rentrant, une curiosité folle m’a poussé à faire des recherches sur internet.”

“Je comprends ma toute belle.

Mais cette histoire ne t’as pas déjà fait trop de mal toutes ces années ?”

“Avant de chercher, je pensais que Léo était heureux dans sa vie avec femme et enfants.

Ma curiosité fut trop forte.”

“Toutes tes histoires d’amour ces dernières années ont malheureusement échoué en partie consciemment ou inconsciemment à cause de cette passion éphémère.

Tu vas te faire souffrir inutilement en ressassant le passé.

Tu en es où avec Richard ?”

“Richard, s’est définitivement terminé.

Je suis bien avec lui.

Il est tendre, prévenant.

Mais, il ne me fait pas rêver, vibrer.

L’histoire dure depuis 6 ans, avec des ruptures, des retrouvailles.

Il a 3 enfants de son ex-femme.

Il n’a jamais voulu que je porte un enfant de lui.

J’ai donné la vie a beaucoup d’enfants depuis 20 ans.

J’aurai la frustration d’en avoir été privé toute ma vie.

Je ne t’appelle pas pour parler de Richard.

J’ai eu accès à beaucoup d’infos sur Léo.

J’ai surtout lu un article sur son blog où il relate notre histoire.

Je suis totalement bouleversé.

Je te l’envoie.”

“Ok, tu ne veux pas passer à la maison. Paul va accompagner les enfants chez mes parents cet après-midi.

Il ne rentreras que demain en fin de matinée.

On sera tranquille pour parler au bord de la piscine.”

“Je range un peu mon appart.

Je serai chez toi en fin d’après-midi.”

Annie est mariée à Paul le cousin d’Elise, le frère de Filipo.

Ils habitent dans la grande dépendance de la maison des parents de Paul.

C’est là qu’Elise avait rencontré Léo 20 ans plus tôt lors d’une énorme fiesta.

Les deux amies s’embrassent.

“C’est juste énorme.

J’ai lu le texte 10 fois et les dernières lignes 100 fois.”

“Tu crois que je dois lui téléphoner ?

Je ne vais pas y arriver.

Je suis sans dessus dessous.”

“Tu m’as raconté très souvent cette soirée, tout les moments que vous avez passé ensemble le lendemain.

Écrit de sa main, cela donne encore plus de sensations.

J’ai maintenant les deux faces de cette même histoire d’amour.”

“Il m’a aimé très fort.

Mais, je ne comprend toujours pas comment il n’y pas eu de suite à notre histoire.

Je me suis refait le film des milliards de fois.”

“Oui, son texte ne suffit pas pour comprendre.

Il n’y a rien après votre séparation à l’aéroport.

Il a été fou amoureux.

C’est certain.

J’avais fini par croire que ce n’était qu’un de ces salopards de beaux parleur, dragueur.

Tu avais succombé.

Il était passé à la suivante.

Il t’avait brisé en mille morceaux.”

“Tu as lu la fin ?”

“Oui,

il ne t’as pas téléphoner ?”

“Non.”

“Tu vas l’appeler ?”

“Il y a 20 ans, j’avais laisser un message sur le répondeur de son mobile.

Son numéro pro ne répondait plus.

Il avait disparu.”

“Tu devrais l’appeler.

Vous n’avez rien à perdre.

C’est totalement incroyable.”

“Je ne sais pas.

Je voulais t’en parler.”

“A minima cela éclaircira toute cette zone d’ombre.

Qui sait ?

Peut-être que vous pouvez être amoureux à nouveau tous les deux ?”

“Alalalalalalala… rien qu’à l’idée d’entendre sa voix, j’ai une frousse incommensurable.”

“Tu l’as demandé en ami sur Facebook ?”

“Ce fut ma première intention.

Puis, je me suis retenue.”

Annie éclate de rire.

“Allez ! Fonce !”

Elise sort son smartphone de son sac caba en cuir.

Elle compose le numéro.

Au bout de trois sonneries, Léo décroche.

“Bonjour Elise”

“Bonjour Léo, comment sais-tu qu’il s’agit de moi ?”

“J’ai découvert ton numéro de téléphone après une recherche sur internet.

J’ai enregistré ton nom et prénom.

Il s’est tout simplement affiché lorsque tu m’a appelé.”

“J’ai également fait une recherche ce matin.

J’ai lu ton article de notre histoire sur ton blog.”

Léo ne répond pas.

Why did you do it ?

La musique, les paroles de cette chanson de Stretch résonne dans la tête d’Elise.

Elise ne se retient pas.

Elle pose les questions, toutes les questions qu’elle s’était posée 20 ans plus tôt.

Des questions qui furent inlassables, sans réponses.

“Pourquoi Léo ne m’as-tu jamais appelé comme tu me l’avais promis à l’aéroport de Nice lors de mon départ pour la Côte d’Ivoire ?

Je t’ai laissé un message sur ton répondeur.

Tu ne m’as jamais rappelé ?”

Léo essaie de répondre mais Elise est flot de questions.

“Pourquoi as-tu disparue après m’avoir aimé ?

Dans ton texte, tu déclares que tu étais fou amoureux de moi.

Tu n’assumes pas de m’avoir laissé tombé.

Maintenant, tu voudrais que notre histoire puisse reprendre comme s’il ne s’était rien passé ?

C’est cela ?”

Annie secoue le bras d’Elise.

“Laisses-le parler, te répondre.”

“Je tombe des nues Elise.”

“Ne me racontes pas n’importe quoi Léo.

Tu habites Marseille aujourd’hui.

C’est cela ?.”

“Oui, pourquoi ?”

“Rejoins-moi ce soir.

Viens me dire les choses en face si tu n’as pas honte.

Si, tu en as le courage.”

“J’ai téléphoné aux bureaux de Médecins du monde dès le lendemain matin.

Et…”

Elise le coupe.

“Je t’attend.

Tu viens comment ?”

“J’ai une vieille Mini.

Mais, elle ne va pas supporter l’aller/retour.

Je regarde les trains.

Je te dis dans 2 mn.”

“Ok, j’attend ton appel.

J’espère que tu ne mettra pas 20 ans.”

Annie, l’amie d’Elise est ébahie.

“Tu n’y as pas été de main morte avec lui.

Tu aurais pu le laisser s’expliquer.

Tu crois que tu vas supporter de le voir ?

Tu vas le laisser s’exprimer et l’écouter ?”

“Je n’ai pas réfléchi.

Tout est sorti d’un coup.

J’ai trop eu mal.

Cette histoire m’a trop pesé toutes ces années.

Cela m’a empêché de vivre pleinement ma vie et passer vraiment à autre chose.”

Le smartphone d’Elise sonne.

“C’est lui.” Lui dit Annie avec un sourire bienveillant.

“Je saute dans le prochain train de 18h29.

J’arrive à Cannes à 20h37.

Tu seras à la gare ?

Tu veux que je te rejoignes chez toi, ailleurs ?”

“Je serai là.

À tout à l’heure, Léo.”

Elise raccroche.

Elle prend une grande respiration.

“Voilà, c’est fait.” Dit-elle à son amie.

“Whaou !”

“Comme tu dis.

Ça va beaucoup mieux d’un coup.”

“Tu m’as coupé le souffle.

Tu es crazy ma belle.

C’est aussi pour cela que je t’aime.”

“Merci Annie,

Maintenant, je vais être morte de trouille jusqu’à son arrivée.

J’y arriverai.

C’est ce que j’ai voulu.”

“Je ne sais pas pour toi.

Mais, j’ai envie de prendre un grand verre de vin avec toutes ces émotions.”

“Tu as un truc pour l’accompagner ?

Sans, je vais être saoule et ce n’est pas le moment.”

J’ai de la mozzarella que nous as ramené ta tante de Naples, du Figatelli, et plein d’autres bonnes choses.”

“Après, je passerai chez moi pour me changer avant de le voir.”

“Tu vas te faire toute belle ?”

“Quoi qu’il arrive.

Je veux lui faire tourner la tête pour lui montrer ce qu’il manqué toutes ces années.”

Léo attrape le train pour Cannes au vol.

Why did you do it ?

Léo pense à toutes les questions d’Elise.

Why did you do it ?

“Cannes 5 minutes d’arrêt.”

“Maintenant, j’y suis.” Pense Léo.

Il descend de son train.

Comme il y a 20 ans lors de leur rencontre,

Léo n’a aucune affaires avec lui.

Il marche le long du quai.

Il rentre dans la gare.

Elise lui fait face.

Elle écoute de la musique comme il y a 20 ans lors de leur première rencontre.

Elle porte une longue robe dos nu blanche avec des coutures en broderie or.

Léo a le souffle coupé.

Sa salive se fait rare.

Il a envie de tirer de grosses goulées sur une clope.

Il s’approche doucement avec un léger sourire en coin.

Le regard gris d’Elise plonge profondément en lui.

Elle ne sourit pas.

Son coeur frappe très fort dans sa poitrine.

Elise ne laisse rien transparaître de son émotion.

Elle va enfin avoir les réponses à toutes ses questions, espère-t-elle.

Elise détaille chaque millimètre de Léo.

Il n’est pas habillé de blanc comme il y a 20 ans pense-t-elle.

Léo porte un pantalon slim gris, une chemise noire en lin près du corps et des mocassins en daim clair.

Il a 20 ans de plus.

Mais, il ne fait pas son âge.

Son regard noir, sa façon de marcher, son charme lui fait toujours de l’effet.

Léo prend sa respiration.

“Bonjour Elise.”

Elle enlève ses écouteurs, s’approche tout près de lui.

“Bonsoir” lui dit-elle.

Puis, elle lui donne ses écouteurs pour qu’il les mette au creux de ses oreilles.

Why did you do it ?

Why did you do it ?

Léo adore ce tube de Stretch de 1975 sur lequel il a toujours envie de danser.

“Whaou ! Quelle entrée en matière après 20 ans.”

Léo prend Elise par la taille avec ses deux mains pour l’atirer contre lui.

Elle est réticente.

Il l’a colle contre lui presque avec force sans détacher son regard du sien.

Léo lui caresse le visage.

Il lui prend d’autorité la bouche.

Leur langue se mélange sans finir.

Léo serre toujours plus fort le bassin d’Elise contre son sexe gonflé de désir animal.

De longues minutes passent ainsi.

Ils sont dans l’entrée de la gare.

Ils se retrouvent comme s’ils avaient seulement été séparés depuis une semaine.

Une semaine, cela pourrait leur sembler une éternité.

Elise ouvre les yeux.

Léo la regarde.

“Je ne pouvais que t’embrasser éperdument.”

“Tu étais où Léo ?

Je t’ai cherché partout.”

Une larme s’échappe des yeux gris d’Elise.

Léo embrasse délicatement avec amour ses larmes pour les sécher.

Il n’a jamais autant aimer le goût du sel qu’en ce moment.

“Viens Elise.

Partons.”

“J’ai téléphoné à ton bureau dès le lendemain matin pour avoir le numéro de ton hôtel.

Le directeur m’a dit que cette semaine-là tu partais avec ton ami.

Cela m’a anéanti et brisé le coeur en mille morceaux.

Tu as hanté mon subconscient. J’avais tout effacé de ma mémoire pour croire ne plus souffrir.

Ma mémoire s’est fracassée en écoutant Fitter Happier le 21 juin.

Tout a ressurgi d’un coup.

Je me suis souvenu de ton regard gris qui m’a transpercé le coeur, du goût de ta bouche, de douceur de ta peau, de la finesse de tes caresses, de l’allégresse de nos corps, de ton rire, de la joie d’être ensemble, de notre déchirement à l’aéroport, du rythme effréné des battements dans ma poitrine.

J’ai été amoureux de toi dès le lendemain matin de notre rencontre.”

Elise écoute. Toujours avec son regard gris si ardent.

“Cet amour fou qui fut impossible a conditionné mes relations avec toutes les femmes dans ma vie ces 20 dernières années.”

Ils marchent.

“Tu es en scooter ?”

“Tu t’en souviens ?’

“Je me souviens de chaque seconde à présent.”

“Ce n’est plus le même.

Mais il est gris métallisé comme celui que j’avais.”

“Je n’étais pas capable de te téléphoner 20 ans après.

J’écoutais ce morceau d’Archive “Lights” qui dure 18 mn et me bouleversait aux larmes pensant à toi.”

“Je comprends en partie.

Le directeur t’a menti.

Je n’avais personne dans ma vie.

Il me faisait la cour depuis des mois à chacun de ses passages au CHU de Nice où il était rattaché.”

“Montes derrière mois.

Je te propose de boire un verre chez moi.

Je vis dans l’ancien appartement de mes parents.”

En moins de 5 minutes ils arrivent chez elle.

Ils s’installent sur le grand canapé qu’elle a positionné comme ses parents autrefois face à la porte fenêtre et la vue sur le vieux port de Cannes et ses îles de Lérins au loin.

“Ce salaud est devenu mon amant quelques mois après.

Je voulais t’oublier.

J’ai essayé de t’appeler sur ton téléphone, au bureau, rien.

Deux mois après, j’ai même contacté la production du film “La treva” pour lequel tu avais travaillé.

Ils n’avait plus ton numéro.

J’ai cru devenir folle.

Je me suis littéralement brisé sur mon premier et unique grand amour de ma vie.

Cela m’a pris 10 ans de thérapie.

Mon travail m’a également sauvé de la folie, du désespoir.”

Ils s’expliquent doucement pour comprendre.

Elise a le sourire.

Léo s’approche d’elle pour l’embrasser.

“Quoi qu’il arrive désormais entre nous.

Je veux te faire l’amour encore et encore.

Je veux être en toi.

Je veux t’aimer très fort, même

si c’est la dernière fois.”

Elise caresse doucement le visage aux joues creusées de Léo.

Des rides sont apparues marquant son front de deux grandes failles et des traces forte au coin de son regard noir.

“Je ne sais pas si cela sera possible entre nous.

J’en ai très envie maintenant.

Même si 20 ans sont passés.

J’ai vu une très belle œuvre du street-l’artiste SUNRA à Montpellier lorsque je suis venu faire un séminaire à l’université de médecine.

Fabien VIE

Montpellier,

6 août 2017

Fabien Pop

Written by

I write stories for media & entertainment http://fabienvie.com

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