U2, une pute et moi

Samedi 4 juillet 1987, cela fait trois mois avec mon pote Riton que nous attendons ce concert de U2 à l’hippodrome de Vincennes près de Paris.
Il fait une chaleur écrasante.
Il est 14h.
Nous sommes devant le portail de l’entrée.
J’ai les cheveux long.
Une sacrée tignasse.
Je porte un tee-shirt blanc avec un énorme Ying et yang que j’ai acheté à Londres il y a plusieurs mois.
Je suis dans un jean 501 délavé et troué aux genoux naturellement d’usure, et pas de ceux que l’on vend aujourd’hui prêts à porter.
Aux pieds, j’ai des Converses basses noires.
Bref, j’ai le look du teen-ager de 17 ans qui se voit Pop et révolutionnaire.
Mon pote Riton a un look plus sombre, plus proche des Cure, Siouxie & the Banchees, Béruriers Noirs et autres punks que nous écoutions à l’époque.
On a des clopes, une eau de vie qu’on a dérobé à son père, des feuilles pour rouler des joints, mais pas de shit, ni de beuh.
On ne s’en fait pas.
Cela ne manquera pas pour en acheter.
On se pose en tailleur au pied d’un arbre fébrile qui nous offre peu d’ombre.
Nous sommes déjà une bonne centaine devant l’entrée, car nous voulons être parmi les premiers pour rentrer et se placer devant la scène.
“Passes-moi tes 150 balles Riton, je vais acheter du chichon. Avec les miens, nous aurons 3 parts, de quoi fumer peinardos avant, pendant et après le concert.”
Je fais à peine 20 mètres un groupe d’hommes, plus âgés que mois, entre 25 et 30 fument des pétards. Je m’approche et leur demande s’ils vendent du shit.
“Tu tombes pile-poil sur la bonne personnes l’ami.”
Le plus vieux sort de son pantalon un sachet duquel il prend une trentaine de parts en barrettes enroulées comme de la corde.
“C’est de l’Afghan.
Il arrive tout droit d’Amsterdam.
Il suinte l’huile de haschich.
Tu vas t’éclater mon gars.”
Je paye.
Je prends le matos.
Le sourire aux lèvres, je tends sa part à Riton.
“Tiens, de l’Afghan.
On va se défoncer tranquille.”
Riton fait d’entrée de jeu un 3 feuilles avec des Cord, des très longues.
Bref, ce premier joint va nous mettre dans l’ambiance tout de suite.
Outch !
Il nous met une petite claque direct.
On parle de notre dernier voyage scolaire à Londres.
On se marre comme des oufs.
On prenait une cuite tous les jours et on fumait comme des malades chaque soir où c’était fiesta.
On avait sauté les plus belles filles du lycée qui étaient du voyage.
Bref, des souvenirs qui nous rendent encore plus hilares avec l’effet de ce premier joint qui nous monte un peu à la tête.
Deux potes nous rejoignent.
Nous fumons un nouveau trois feuilles avec eux en parlant des morceaux de U2 que nous aimerions entendre.
Cela fait maintenant 3h que nous sommes là.
Les portes ouvrirons maintenant dans 1h.
Je finis l’eau de ma bouteille en plastique et propose que nous faisions un bang avec en ajoutant de l’eau de vie dedans pour augmenter les effets avec l’Afghan.
Riton et moi tirons sur 2 bangs.
Nous sommes assez défoncés.
Ça va.
Avant que les portes s’ouvrent, on boit cul-sec le reste de l’eau de vie.
18h00 pile, les portes s’ouvrent.
Nous nous élançons parmi les 500 premières personnes.
Il est attendu 80000 personnes.
Nous sommes à 50 mètres de la scène.
Le concert commence dans 2h avec les Pogues qui ouvrent le bal.
Les gens s’assoient.
On essaye de se faufiler pour rejoindre des potes que nous voyons 30 mètres devant.
Cela prend un peu de temps.
Mais nous y arrivons.
Nous fumons le reste de la deuxième part.
Ce joint nous met une plus grande gifle que les précédents.
Riton a les yeux plissés à la chinoise.
Il est mort de rire au moindre mot, au moindre mouvement, au moindre visage qu’il regarde autour de lui.
Je me marre avec lui.
Il est 20h.
Les gens se lèvent.
Il y a d’un coup un mouvement de foule.
Nous sentons la lacrymo.
Riton fait d’un coup une crise d’angoisse complètement folle qu’il n’arrive pas à contrôler.
Je le prends par le bras.
Je nous dégage vers le fond en repoussant les gens qui nous empêchent de passer.
“Il ne va pas bien.
Laissez-nous passer.»
Au bout de 10 mn, nous nous retrouvons à 50/60 mètres sur la droite face à la scène du concert.
“Je n'aurais jamais dû faire macérer des champignons dans l’eau de vie.
J’ai eu des hallus de malades d’un coup.” Me dit-il.
“Putain ! T’es grave Riton.
Avec ce que nous nous sommes mis dans le cornet, nous allons être totalement éclatés.”
Il se marre d’un coup et s’allonge.
Je m’effondre également à côté de lui.
Deux jolies filles, une brune et une blonde s’approchent de nous.
“Vous n’auriez pas un truc à fumer ?”
On se regarde et partons dans une crise de fou rire incontrôlable.
Au bout de 5 minutes, les abdominaux tordus.
Nous arrivons à peine à nous asseoir.
Je roule un gros joint.
Nous le fumons avec elles.
Les Pogues sont sur scène.
C’est la tombée de la nuit.
La très belle brune me parle, me sourit, me pose mille questions, sur mon lycée, où j’habite.
Bref, elle me drague sec.
Cela fait mourrir de rire Riton qui subi le même assaut de la jolie blonde.
Mais, nous sommes raides.
Riton et moi nous, nous allongeons aux pieds des deux filles bienveillantes qui se demandent pourquoi elles ont branché ces 2 boulets, sympas, séduisants, mais défoncés.
Les Pogues, Dirty old town.
On est allongé sur le sol.
On regarde ces putains de milliards d’étoiles qui scintillent dans le ciel.
Du moins, c’est ce que nous voyons, car il fait jour.
“Merde Riton, Dirty old town, t’entends l’armonica et la putain de voix rocailleuse de Shane MacGowan ?”
“Ouais, c’est cool avec les étoiles.”
On passe la première partie allongés.
Nous n’avons rien vu du concert.
Nous avions l’impression qu’ils ne jouaient qu’un seul titre.
“Vous ne vous levez pas ?
UB40 va commencer ?” Nous disent les deux filles.
On explose de rire.
“UB40, ils ont fait 4 tubes gnagnagna qui servent à chopper de la meuf, point barre.”
Nous, nous tordons de rire de plus belle.
UB40
Le set se termine.
Nous, nous redressons.
Nous, nous levons tant bien que mal.
La brune me sourit.
Elle me tend sa bouteille d’eau.
“Ça va mieux ?
Tu es sacrément raide.”
Je la prends par la taille et l’embrasse jusqu’aux chaussettes.
“Oui, ça va mieux.”
Elle se marre.
“Ben, toi, tu n’es pas timide.”
“C’est vrai que toi, tu es vachement farouche.”
Riton et la blonde qui le tient par la taille se marrent.
U2 commence le concert par Where the street have no name, (vidéo 1987 Los Angeles)
On fume un autre joint avec les filles qui le réclament.
On danse avec elles.
On chante.
Nous, nous déchaînons.
U2, With or without you (Paris 4 juillet 1987)
U2, Party girl (Paris 4 juillet 1987)
U2, Bad (Paris 4 juillet 1987)
U2, I Still haven’t found… (Paris 4 juillet 1987)
U2, The unforgettable fire (Paris 4 juillet 1987)
C’est la fin du concert.
Avec l’adrénaline du set de U2, nous avons une grosse remontée de champignons d’un coup.
Nous n’avons pas de crise d’angoisse.
Non, nous sautons dans tous les sens.
Nous chantons The sweetest thing qu’ils n’ont pas joué.
Nous entraînons les filles avec nous vers la sortie.
Nous sommes heureux.
Mon iris dilate mon regard, absolument noir.
Riton veut rentrer avec la blonde chez elle.
La brune, Marla, veut que je la raccompagne chez elle.
On se sépare avec Riton.
On pleure.
On est dead.
J’embarque Marla dans une longue marche vers Paris.
In extremis, nous attrapons le dernier bus plein à craquer.
On s’embrasse comme des fous, totalement stoned dans le bus, coincés entre deux balèses.
Arrivés au terminus, nous délions à peine nos langues.
On descend du bus.
“Tu nous la prêtes ta copine ?
Elle est bien bonasse.”
Je ne calcule pas.
Je mets un grand coup de pied dans les parties au plus costaud, puis une droite de toutes mes forces à l’autre.
Les deux s’effondrent.
J’attrape la main de Marla en lui criant “courons !”
Nous avons fait 100 mètres.
Je me retourne.
Ils ne sont pas derrière nous.
“Continuons à courir.
Ça va aller.” Lui dis-je.
Je sens en tenant la main de Marla qu’elle tremble comme une feuille.
200 mètres plus loin au feu rouge, Marla reconnaît son cousin dans une voiture.
Ils sont cinq dedans.
Elle monte avec eux.
“Viens me chercher lundi à la sortie du lycée à 17h. Je suis à Henri IV.”
La voiture démarre.
Je me retrouve comme un con tout seul.
Je m’assoies un peu plus loin sur le trottoir.
Je me roule un gros joint pour me remettre de mes émotions.
Je tire trois taffes.
Lorsque je reçois un énorme coup de pied dans le ventre.
J’avais complètement oublié les deux connards qui auraient bien violé Marla.
Ils me rouent de coups.
J’essaye de protéger ma bite et mon visage.
Ils se cassent en m’insultant de tous les noms les plus vils.
Je suis couvert de sang.
Je me traîne un mètre.
Une voiture s’arrête devant moi, une mini Austin blanche. La porte passagerère s’ouvre.
Une femme me crie :
“Monte ! Ses connards pourraient revenir.”
Je monte dans la voiture.
Elle démarre comme une folle.
“Tu as une serviette sur le siège arrière.
Prends-là.
J’allais bosser.
Elle est donc propre.”
Je m’essuie le visage.
Je la remercie.
“J’ai tout vu.
J’étais en train de me garer.
Je tapine le week-end de temps en temps pour payer mes études à la fac.
Ta copine est partie en voiture.
Tu fumais un joint.
Ces fumiers sont arrivés.
Ils t’ont tabassé.
Ils auraient pu te tuer, si je n’avais pas crié comme une dingue.”
“Je te remercie.
Je m’appelle Tristan, et toi ma sauveuse ?”
“Flo, je t’emmène chez moi pour te soigner.
J’habite place Monge.”
En arrivant chez elle, elle m’aide à me déshabiller.
J’ai mal partout.
Je saigne au coude et au genou.
Je prends une douche.
“Allonges-toi sur le lit.
Je vais nettoyer tes plaies et te mettre des pansements.”
“Je te remercie.
Je bousille ta soirée.”
“Ce ne n’est pas grave.
Je suis à mon compte.
Je suis une occasionnelle.
Je suis étudiante en histoire de l’art.
Mes parents m’ont coupé les vivres.
Je prendrais deux ou trois clients de plus la semaine prochaine.
Pour la peine, roules-nous un joint.”
Je m’exécute.
“Ça ne pique pas.
Mais, c’est froid.” Dit-elle
“Dis-donc.
Tu n’es pas vilain comme mec.
Tu as mon âge, non ? 22 ans ?”
“Non, j’ai 17 ans.”
Florence me caresse la cuisse puis me masse le sexe.
Elle tire une grosse bouffée sur le joint.
“On dirait qu’il n’est pas cassé.” Me dit-elle avec un grand sourire.
“Tu étais au concert de U2 avec ta copine ?”
“Oui.”
“Je vais mettre un titre d’eux que j’aime bien.
Puis, je veux qu’on fasse l’amour, pas qu’on baise.
U2, With or without you
Quelques mois plus tard, l’épilogue 🔽
Fabien VIE
Montpellier,
25 juillet 2017
