Début de brouillon de manuscrit S.F. oubliable

Commando Fierté-03 du mouvement contestataire nommé « égalisme ». Membres : Fanny David, 1m63, cheveux bruns rasés, peau blanche, jeune, dite Fanfan — Gustav Afanassiev, 1m83, cheveux blonds courts, peau blanche, âge mûr, dit Gus — Egnaldo Dos Santos, 1m78, cheveux rasés, peau mate, jeune, dit l’hispanique — Momo (nom véritable inconnu), sexe féminin, 1m70, cheveux châtains mi-longs, peau blanche, âge mûr.

An 7017, gloriôse 12.
 Entrée 3954 piste 43

Ceci est le premier enregistrement concernant l’avènement futur de l’égalisme, rendu possible par notre glorieux combat, mené à ce jour dans l’ombre. Notre lutte ne sombrera pas dans l’oubli, et nous enregistrerons aussi souvent que possible les avancées du Commando Fierté-03. Moi, Fanny David, fidèle porte-parole de notre cause, remplace à ce jour Emile Duchêne, tombé il y a 35 jours et douze heures. Je me trouve actuellement en compagnie de trois dissidents dans l’entrée ouest du métro souterrain de City-23, quartier historique. La pluie acide nous a pris de court, nous sommes bloqués pour un moment. Nous n’avons plus de masques, plus de combinaisons, plus d’armes. Notre escouade a été attaquée la nuit dernière par une troupe des gardiens de l’Ordre, ils ont presque tout pris les salauds… Où est l’Etat providentiel lorsque ses valets assassinent son peuple ?

Nous faisons face aux chiens de garde de l’étatisme absolu qui s’emploient à détruire notre groupement libre, unique faisceau de lumière dans l’obscurité où s’engouffre complaisamment chaque esprit contrôlé par l’Etat. Nombre camarades sont tombés, mais l’Idée elle, ne tombera pas ! L’Egalisme ne choira point ! Le soulèvement sera violent, dans les faits comme dans les mots. Nous, les dissidents, les brebis galeuses d’une cité prétendument absolue, sommes la réminiscence d’une révolte qui sommeille en son sein. Tels les anarchistes de l’Ancien Monde, nous déconstruirons pièce par pièce la machine infernale qui corrompt la pensée.

L’Etat sent sa fin, il transpire d’angoisse et, se croyant intouchable, continue d’abreuver un peuple décadent de lois absconses, de fallacieux projets, de menaces pathétiques et de squalides présents ! Nous sommes le dernier rempart de l’intolérance face au comportement mensonger de votre Etat. Et lorsque notre voix s’est élevée, libre et consciente, il a voulu faire taire l’écho libertaire. Il a craché au visage de chacun de nous des menaces, des objurgations, des insultes. Il a volé nos familles, nos amis, nos pensées. Dissidents, nous le sommes par Colère ! L’Etat barbare vous bride, courbe et dompte vos pensées ; et quand il sent que vous avez fléchi sous le poids de son contrôle, il vous jette en pâture aux sauvages décomplexés.

Il est 21 heures. L’appel de détresse a été lancé il y a maintenant trois heures mais la base ne répond toujours pas. Nous avons assez d’eau potable pour tenir encore deux jours, cependant nos réserves alimentaires sont faibles. Gus a vérifié nos lampes ; nos batteries sont pleines et le caveau semble mener à une galerie… Si nous restons ici, c’est la mort assurée. Nous avons fabriqué des armes de fortune avec des pieds de chaise et quelques débris de ferraille. Dans une heure, nous partons explorer les lieux. Puisse la chance nous sourire dans ce coupe-gorge. L’hispanique a proposé de laisser des dessins à la craie pour que les secours puissent nous pister… Ou les gardiens… Ou pire.

An 7017, gloriôse 13
 Entrée 3954 piste 44

Ici Fanfan, porte-parole de Fierté-03 et de l’égalisme. Nous avons réussi à nous enfoncer dans les étages inférieurs du métro. Il fait plus frais que dehors, on y respire mieux. Nous avons marché de longues heures dans la pénombre, nos pas résonnant dans les boyaux interminables du métro. Contrairement au soleil de plomb qui brûle la peau au-dehors, c’est le noir absolu qui règne ici. A ma montre, il est cinq heures, nous avons lancé l’appel il y a huit heures. Les secours devraient arriver d’ici quelques heures. Le moral tient bon malgré l’ambiance qui règne entre ces murs. Il ne fait pas chaud, mais l’atmosphère est lourde, moite, l’air nauséabond. Les parois des tunnels sont poisseuses mais surtout, le silence nous écrase comme une massue. Pas âme qui vive n’anime ces lieux. Après huit heures à déambuler le long des voies du métro, nous n’avons pas même croisé une souris ; c’est un huis-clos angoissant et obsédant. L’hispanique a trouvé un plan près d’ici, d’après lui la sortie la moins risquée se trouve à côté de l’entrée nord. De là, nous traverserons le parc du no man’s land pour rejoindre le marché de City-23. Ce qui fait environ trois heures de marche pour sortir du métro, puis deux heures pour atteindre le marché, sans encombre ni pause. Lorsque mes camarades se réveilleront, nous choisirons soit d’attendre les secours, soit d’avancer vers le nord.

Notre révolution aura lieu, coûte que coûte. Même si le souterrain devient notre tombeau –quoi de plus normal pour des rats- nous ne sommes que les humbles messagers de l’égalisme ; l’Idée ne mourra pas avec nous. Elle existait avant nous et nous survivra !

An 7017, gloriôse 13
 Entrée 3954 piste 45

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