#FeedInterview1 : La révolution Blockchain, par Ludovic Courcelas

Cette semaine, j’ai rencontré pour toi Ludovic Courcelas, Innovation & Blockchain Assistant dans une grande banque française, auparavant organisateur de la première Blockchain Hackademy pour Microsoft.

Bref, la Blockchain, c’est son domaine.

Découvre ce qu’il a pu m’expliquer pour me faire comprendre le sujet et son point de vue personnel sur les modifications entrainées par la technologie blockchain.


Feed.Mind : Salut Ludovic, j’ai déjà parlé à mes utilisateurs du concept de base de la blockchain, on va donc essayer d’aller un peu plus loin et un peu plus dans le concret grâce à cette interview! Pour commencer, on entend souvent dire que la blockchain est une technologie qui va “supprimer les tiers de confiance”. Peux-tu nous expliquer clairement ce que cela signifie?

Ludovic C. : L’exemple le plus parlant est celui des paiements. Quand on va dans un restaurant par exemple, plusieurs intermédiaires sont impliqués : Visa ou MasterCard servent à prouver que c’est bien toi qui utilise ta carte pour payer, ta banque sert de tiers de confiance pour confirmer comme quoi tu as bien de l’argent sur ton compte, et elle s’engage à le transférer vers le compte du restaurateur. Plus généralement les banque centrales et les Etats jouent également un rôle dans ces échanges monétaires. Tous ces acteurs ont un coût et peuvent aller à l’encontre de nos intérêts comme en novembre dernier, en Inde, où le gouvernement a décidé de démonétiser du jour au lendemain certains billets. L’idée du bitcoin était donc de créer un système dans lequel ces intermédiaires sont rendus obsolètes. Ceci bouscule totalement la chaine de valeur! Et ce système existe grâce à la technologie blockchain.

Feed.Mind : Et à titre personnel, comment est-ce que tu définis la blockchain?

Ludovic C. : La blockchain c’est un registre dans lequelle tu inscris de l’information. Ce registre, ou base de données, a une structure qui est spécifique : il se présente sous la forme de blocs qui sont liés les uns aux autres, chaque nouveau bloc étant lié au bloc précédent pour former au final la chaine de blocs — ou blockchain. Concrètement, pour bitcoin, on va inscrire des transactions à l’intérieur des blocs. Par exemple : je t’ai envoyé 2 bitcoins pour acheter un objet, puis tu as utilisé ces 2 bitcoins pour acheter à ton tour un autre objet à quelqu’un d’autre, etc.

On entend aussi souvent parler de “distributed ledger technology”, qui met en avant cette idée de grand livre de comptes, mais également le fait que ce livre n’est pas situé à un seule endroit mais plutôt distribué partout au sein d’un réseau.

Feed.Mind : Mais alors, qui a finalement le pouvoir ?

Ludovic C. : Alors, plusieurs choses… C’est le créateur du « genesis block » (premier bloc) qui fixe les règles que devront respecter tous les gens qui veulent participer aux échanges sur cette chaîne. Chacun a accès aux règles fixées par le créateur du premier bloc, et accepte de son propre gré de les respecter pour en faire partie. Si une des règles n’est pas respectée (par exemple quelqu’un qui crée de la monnaie de nulle part) le bloc sera rejeté, c’est un système très puissant et sécurisé. La formule «code is law» est très juste. On peut donc dire que la personne qui définit le code initial a un certain pouvoir, tout comme les personnes qui inscrivent l’information dans les blocks, mais le système en lui même n’appartient à personne.

Feed.Mind : Selon toi, quelle est la force de la technologie blockchain?

Ludovic C. : D’abord sa robustesse, la donnée enregistrée dans une blockchain est intangible : si on la modifie cela se voit automatiquement, et les modifications sont rejetées. Ensuite, le réseau est à la fois décentralisé et distribué. Cela veut dire que des copies de la chaine, automatiquement mises à jour, sont présentes partout dans le réseau plutôt qu’à un seul endroit. Les entités connectées au réseau en question (qu’on appelle les noeuds) vont avoir un exemplaire de cette blockchain en temps réel. Le fait que le réseau soit distribué présente de très nombreux avantages : si demain une région connaît une coupure de courant, ou que des serveurs sont attaqués, il n’y aura aucune perte d’information car d’autres noeuds du réseau continueront d’être actifs ailleurs. C’est pourquoi il est aujourd’hui quasiment impossible d’interdire les systèmes fonctionnant avec la technologie blockchain, tout comme il est impossible de modifier les informations contenues dans un bloc. La blockchain est une technologie qui crée de la confiance, car toutes les transactions sont vérifiables et inaltérables.

« La blockchain, c’est un système en ébullition : des nouvelles choses apparaissent tous les jours. »

Feed.Mind : Ta vision pour les applications futures de la technologie blockchain?

Ludovic C. : La technologie blockchain aujourd’hui est de plus en plus utilisée, mais dans les années à venir elle va apporter de grands changements. La blockchain va forcer à repenser beaucoup de modèles économiques, certaines organisations qui servent aujourd’hui de tiers de confiance vont perdre leur utilité telle qu’on la connait de nos jours, au profit de systèmes où les individus peuvent échanger directement entre eux.

La blockchain permet d’envisager Uber sans Uber.

Feed.Mind : Un exemple concret de système remis en question ?

Ludovic C. : L’exemple qui parlera à tous est celui de Uber.

C’est aujourd’hui une entreprise qui agrège la ressource autour d’un service. Il se dit que la blockchain pourrait permettre “d’ubériser Uber”. En fait, la blockchain permet d’envisager Uber sans Uber. En supprimant le rôle d’intermédiaire que joue aujourd’hui l’entreprise entre les chauffeurs et les utilisateurs de son service de transport, cela permet de supprimer une partie des coûts pour les utilisateurs, ou bien d’augmenter directement les rémunérations des chauffeurs.

Feed.Mind : Les impacts actuels (et futur très, très proche) de la blockchain sont et seront dans quels secteurs à ton avis?

Ludovic C. : Déjà aujourd’hui, l’échange de valeur est très impacté. Il n’y a qu’à voir l’évolution de la valorisation et de l’utilisation des “crypto-monnaies” (bitcoin, ether, etc) depuis quelques années pour s’en convaincre. Les autres utilisations fonctionnant à l’heure actuel sont par exemple la «notarisation de documents» : tu peux d’ores et déjà stocker tes documents importants sur une blockchain (diplôme, etc) et prouver plus tard leur authenticité; tout ce qui a un lien avec la supply chain et les problématiques de traçabilité sera transformé grâce à blockchain à très court terme. Le plus excitant reste la possibilité de contractualiser directement avec d’autres personnes sur une blockchain. Ces « smart contracts » vont se généraliser dans les années à venir. Même si cette technologie est encore très récente, nous en sommes déjà à la blockchain 2.0 grâce à la possibilité d’executer du code dans une blockchain. Très bientôt, on verra de plus en plus de contrats de travail ou d’assurance dématérialisés sur des blockchain, ce qui simplifiera énormément les systèmes, réduira les coûts, les lourdeurs administratives et permettra d’éviter les nombreux litiges : c’est le futur, et ça commence dès maintenant !

La possibilité de contractualiser directement avec d’autres personnes sur une blockchain est très puissante.

Feed.Mind : Une question bonus! Que conseilles-tu aux gens de notre communauté si ils veulent en savoir plus sur la révolution blockchain ?

Ludovic C. : Beaucoup de ressources sont à disposition sur Internet, mais je leur conseille sans hésiter une vidéo de ‘Science étonnante’ qui te permet d’être un vrai expert sur la blockchain et d’en comprendre son fonctionnement en 18 minutes. La voici :

Voici aussi un site sympa pour avoir plein de cas d’usage !


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