L’Acropole d’Athènes, par Leo von Klenze

Penser local sur internet

Penser local sur internet, cette grande toile qui diminue les distances et rassemble les individus partout autour de la planète ? C’est une idée qui paraît farfelue d’un premier abord.

Depuis l’apparition du Web 2.0, c’est-à-dire depuis que le Web s’ouvre à plus de participation dans son fonctionnement technique même, de nouveaux outils ont été pris en main par les internautes, en même temps que se développe une “culture numérique” qui s’appuie sur l’activité participative des individus. Les internautes partagent alors leurs opinions plus rapidement, plus facilement. La multiplication des contacts et des supports dont on dispose permet de nous créer à terme une identité propre : on observe une forme d’empowerment des citoyens grâce à ces nouvelles pratiques. Autrement dit, le Web 2.0 permet une expression créative de l’émancipation individuelle.

Pour autant, la participation des internautes dans le Web 2.0 se déroule dans les vastes champs des réseaux sociaux, des forums, de la messagerie instantanée, des blogs… qui sont centrés majoritairement autour de centres d’intérêts et de passions, parfois autour de la famille et des amis, proches et lointains, et moins autour d’une contribution locale et politique. Pourquoi penser local lorsque l’on pense participation des citoyens à la vie politique ?

Le citoyen : l’essence de la cité

“Le local apparait ainsi comme la première étape d’une revitalisation de la politique. Il est à la fois le dépositaire de l’authenticité politique et le creuset de toute rénovation politique.” […] “Le local ; c’est la communauté de base, les rapports sociaux simplifiés ; la fin de la complexité. On se retrouve ainsi à l’échelle humaine, sans la distance du pouvoir et l’opacité de l’opinion publique. A l’échelle locale on se connaît, on se comprend. C’est authentique.”
D. Wolton (2000)

La participation au niveau local amène à parler du citoyen. Le citoyen s’exprime localement sur la cité ( πόλις/pólis en grec ancien), il exprime donc une opinion politique. Cette opinion ou action politique est dirigée, dans notre système, soit vers les élus de la ville, soit vers des structures associatives ou encore directement vers d’autres habitants de la ville. Nous sommes tous plus ou moins actifs dans la vie politique (c’est comme ça !)… Mais nous sommes tous bien actifs dans notre ville, et même dans notre quartier !

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Mais c’est quoi, finalement, la “participation” ? Traditionnellement, elle désigne les tentatives faites pour donner un rôle aux individus dans la prise de décision politique, mais elle peut également être le résultat d’initiatives des citoyens eux-mêmes : elle est donc en général ce qui permet au citoyen de prendre part. Grâce aux processus de participation mis en place, les citoyens peuvent s’intégrer au processus décisionnel, et plus particulièrement prendre part à la réflexion autour de leur ville quand ces processus concernent les espaces urbains. Sauf que prendre part et s’impliquer ne va pas toujours de soi lorsque les moments et les lieux de la participation sont limités ! Comment faire pour participer quand je n’ai pas le temps ?

Comme on l’a vu ensemble juste avant, les possibilités ouvertes par les nouvelles technologies permettent aux citoyens de s’émanciper des moyens de participation plus traditionnels et officiels, et peuvent créer des liens, des moyens de communiquer leur avis plus facilement aux décideurs politiques. La teneur et les frontières de la notion de “démocratie électronique” sont donc repensées, et s’élargissent pour comprendre toute la multiplicité et la complexité des formes de prises de parole en ligne. Une prise de parole que la civictech souhaite guider et aider à se développer.

La civictech : des technologies au service de la démocratie

L’application Fluicity en test à Vernon

La civictech — civic technology, littéralement “technologie civique” — est née après un constat : les citoyens se détournent des moyens traditionnels de participation, et des raisons sont avancées pour expliquer cette chute de la participation notamment à travers le vote (par exemple, seulement 50% des citoyens français sont allés voter aux dernières élections régionales). Fluicity et l’écosystème de la civictech (voir par exemple la suite d’articles de Valentin Chaput pour en savoir plus) veulent redonner du souffle à la démocratie, et la mettre en adéquation avec les nouveaux usages numériques, notamment à travers des solutions web et mobiles qui permettent à chacun de s’exprimer.

Chez Fluicity, nous parlons du local, car la ville est bien l’endroit où l’on vit, dort, mange, là où l’on fait des rencontres, où l’on va emprunter des livres à la bibliothèque, là où les enfants vont à l’école. C’est dans sa ville que l’on s’implique dans une association, que l’on va manifester, que l’on rencontre ses élus sur le marché. Le niveau local nous semble essentiel pour toutes ces raisons, et c’est également

le terrain privilégié pour expérimenter les nouvelles techniques de communication ; un terreau qui résiste à la crise des idéologies. 
D. Wolton (2000)

Nous voulons remettre le citoyen au centre, et resserrer les liens entre élus et citoyens, pour une démocratie plus saine et aller toujours davantage vers la co-construction de l’espace public.

Article écrit par Louise Rigollier


Pour aller plus loin :

  • CARDON Dominique, 2009, « Vertus démocratiques de l’Internet », La vie des idées ;
  • MONNOYER-SMITH Laurence, 2011, « La participation en ligne, révélateur d’une évolution des pratiques politiques ? », Participations 1, Numéro 1, pp. 156–185 ;
  • O’REILLY Tim, 2005, « What Is Web 2.0. Design Patterns and Business Models for the Next Generation of Software. », Web 2.0 Conference 2005 ;
  • WOLTON Dominique, 2000, « Présentation. Le local, la petite madeleine de la démocratie », Hermès, La Revue 1 (n° 26–27), p. 83–97.