“Ces dix start-up symbolisent le mouvement d’ubérisation des ressources humaines”

Par Christian Boghos, Président de la Fondation ManpowerGroup

Après tant d’autres secteurs, c’est au tour du monde des ressources humaines de faire sa révolution. A travers un nouveau livre, “La Conjuration des innovateurs”, la Fondation ManpowerGroup est allée à la rencontre d’une génération d’entrepreneurs qui incarnent cette “conjuration positive”, ce désir d’impulser, et d’être, le changement. En tout, ce sont 11 portraits d’entrepreneurs du secteur des ressources humaines qui sont à découvrir, tous réalisés par de jeunes journalistes : “Une génération de journalistes qui raconte une génération d’entrepreneurs”, résume Christian Boghos, directeur de la collection “L’instant qui suit” (Editions Eyrolles) et coordinateur de ce nouvel ouvrage.

Une Renaissance ? Peut-être.

Une conjuration ? Sans doute.

Une promesse ? À l’évidence.

Ce que je trouve inspirant dans l’idée de la Renaissance, c’est l’optimisme qui naît des cendres. Vit-on l’âge d’une Renaissance ? Après avoir longtemps, et encore aujourd’hui comme une longue traîne, respiré l’air du déclinisme, pour ainsi dire d’une fin de siècle dont le terme n’est pourtant toujours pas échu, nous sentons poindre comme une parallèle lumineuse l’avènement d’une Renaissance de l’entrepreneuriat. Et pour une raison essentielle : la technologie désormais démocratisée permet de donner vie à toutes les ambitions et à toutes les visions.

Cette Renaissance est bien sûr un espoir pour notre pays et aussi pour toutes nos jeunesses, même si elle met en ruine des pans entiers de notre économie, trop attachée à ses privilèges, ses monopoles et ses certitudes. Ce qui est désintermédié aujourd’hui ne l’est que parce que les individus-consommateurs l’ont voulu et parce qu’ils ont choisi de changer leurs usages. La technologie et les individus (la fameuse « multitude ») deviennent un tsunami. La technologie a redonné de l’importance aux individus en leur redonnant le pouvoir du choix, en particulier celui de partir ou de dire non, reconnaissant ainsi leur unicité. Ce qui fait donc la force d’une entreprise aujourd’hui, c’est moins son produit que son public. Ce public qui la suit, qui l’apprécie, qui la consomme. Un public qui peut décider dans la minute de la quitter parce qu’une autre entreprise, une autre application, aura proposé une nouvelle expérience, plus proche, plus simple, plus efficace. La technologie, ce n’est pas seulement l’hyper-choix, c’est surtout l’hyper-infidélité. Ce nouveau paradigme instaure l’incertitude comme règle et la fragilité comme force. Puisque rien ne peut se prévoir, les efforts d’attention et de séduction deviennent constants. Il n’y a que des preuves d’amour… on y revient.

Raconter cette Renaissance par ceux qui la font, qui l’imaginent, qui la conçoivent, qui veulent en vivre, qui espèrent changer l’économie, changer le monde, transgresser les certitudes, fut notre parti pris. Nous l’entendons souvent, par- tout, avec une insistance qui force l’optimisme, cette Renaissance de l’entrepreneuriat a la saveur du futur.

Une génération qui se rebelle contre l’ordre établi en déclin. Qui se lève pour oser, pour tenter, pour essayer, pour se lancer, pour se projeter, et faire fi de toutes les mises en garde, de toutes les peurs inculquées depuis… depuis toujours finalement, autrement dit depuis leur naissance. Que leur a-t-on dit ? Un monde de peurs, de frayeurs, frappé par la mondialisation qui fait le lit d’un monde glorieux aux frontières étanches, à l’emploi à vie, aux menaces identifiées et à la monnaie nationale. Et puis leurs parents, héritiers des souvenirs et de la nostalgie d’une France glorieuse, heurtés par le chômage, le déclassement ou la perte d’un sens supérieur que leur emploi eût pu leur fournir. La vie de leurs parents de moins en moins comme modèle mais comme un défi à dépasser, une histoire pour faire mentir le déclin, en chevauchant le progrès avec enthousiasme et insouciance.

Eux, sortis d’un système scolaire qui leur a enseigné le passé et les a si peu préparés à vivre et à naviguer dans un futur instable et assoiffé d’audaces. Eux, curieux du monde et de la liberté, reprenant finalement un vieux flambeau que les révoltes estudiantines de leurs frères avaient un peu éteint, celui de la création d’entreprise et de l’envie de devenir riche, du moins suffisamment indépendant des conjonctures extérieures. Eux, que rien ne rassemble avec conscience, et qui se retrouvent autour d’une idée : créer des modèles d’entreprises en ruptures avec les usages de leurs pères.

Alors, une galerie de portraits ? Au-delà des apparences, plutôt un plan séquence sur cette nouvelle génération d’entrepreneurs français. Un panoramique de personnalités remarquables qui ont décidé de faire et non plus de suivre, d’agir pour eux et pour les autres, et non plus de salarier leur expertise et leur talent. Un seul sujet, pourtant, pour resserrer ce plan et le rendre plus précis : les ressources humaines. Nos 11 entrepreneurs œuvrent tous pour changer la gestion des ressources avec cette idée forte : une entre- prise n’a de valeur et de possibilités de croissance que par ses talents et leur implication. Mais ces talents, où sont-ils ? Qui sont-ils ? Comment les attirer ? Comment les intégrer ? Comment les garder ? Comment les développer ? Comment les laisser partir ? Autant de questions à l’origine de leurs solutions, de leurs plateformes.

Retour sur eux : des parcours, des histoires, des envies, des rêves ; les voici, énoncés, étirés, décrits, racontés sans aucune concertation, sans aucun plan écrit, sans aucune conjonction d’intérêt ou de vision planificatrice. Ce qu’ils sont a donné naissance à ce qu’ils font. Les frontières n’existent plus. Aimer faire, et faire aimer. Avec eux, il n’y a plus de carrière, au sens où nous l’entendions comme une parallèle à la vie privée. Non, il y a une vie, une seule vie faite de tout et nourrie de l’ensemble, sans compartiments ni jeux de rôle. Leur vie est destinée à imprimer un acte sur le monde, ils en ont la conviction. Mieux, l’inspiration. C’est une promesse. Sans céder aux grandes conclusions, c’est la promesse de cette génération.

Et c’est le plus remarquable : comme une conjuration non dite, dynamique et informelle, qui a résolument l’ambition de faire basculer le système d’aujourd’hui pour le remplacer par des approches multiples où la technologie tient lieu de pivot. La Conjuration des innovateurs, ai-je titré cet ouvrage pour exprimer ce mouvement de fond, uni sans le décider, convergent sans le planifier, quasi cohérent dans l’origine de ses créateurs et par son approche, sans pour autant détecter la moindre source unique d’inspiration ou de catalyse, la moindre étincelle de départ, qu’elle fut un lieu, une université, une expérience, un gourou, un mentor, rien de tout de cela. Une seule idée pourtant : faire pour ne pas se laisser faire. Une conjuration positive pour une vie impliquée, active au sens littéral, une vie en main, un destin choisi. Une conjuration qui fait un bien fou, sauf aux institutions qui pensaient que le temps était éternité et que les remises en question étaient l’apanage des faibles. Raté. Les certitudes vacillent enfin et les arrogants sentent l’ombre s’approcher. N’est-ce pas réjouissant ?

Dix start-up, symbole de ce mouvement d’ubérisation des ressources humaines. Dix start-up comme il pourrait y en avoir cent. Elles représentent ici un bel échantillon des valeurs et des actes de bouleversement de ce mouvement. Elles en ont le sens, le rythme, la marche, la volonté, le storytelling, l’enthousiasme, la gaîté. Dix start-up et onze entrepreneurs. Que nous dit la symbolique de ce nombre ? Rien de tangible, de scientifique, mais la symbolique ne fait-elle pas une part de ces mondes cachés ? Connexion sur un site de numérologie. Écoutez plutôt :

Le chiffre 11 est une force en soi qui n’a pas de limites, seulement celles que l’on s’impose à soi-même. Il est exigeant car il tente de nous pousser toujours de l’avant en se servant d’une seule boussole : la confiance en soi, celle qui permet de recentrer ses énergies pour créer une force, une motivation, une détermination à toute épreuve.

C’est donc un changement heureux de conception du futur qui s’annonce. Plutôt que d’en voir les menaces, plutôt que d’y rechercher les régressions, c’est une nouvelle construction qui s’évoque et se profile. Imaginez un monde qui se conduit avec d’autres critères, d’autres horizons, d’autres conceptions de l’échec, de la réussite, de l’ouverture, de la frontière, de l’épanouissement. Ils ne sont plus dans la reproduction, mais dans l’envie de faire autre. Plus dans le respect des préceptes passés, mais dans l’attention à l’autre et à ses mouvements d’humeur. Plus dans le recul face à la coopération, à l’échange, à la gratuité, mais dans cet esprit bien compris que dans la coopération, il y a tous les ingrédients de la réussite personnelle. Réussir soi-même, c’est aussi faire réussir le groupe, les autres, que l’on emmène, que l’on éclaire, que l’on motive. Un embryon d’humanité qui se décolle et provoque un arc vers autre chose encore. Y a-t-il trop d’emphase dans ces mots ? Trop d’espoir dans ce changement ? Toute époque cherche sa suite. Certains dans le silence, d’autres dans la flamme, d’autres dans la déduction.

Pour raconter ce mouvement, il fallait enfin des plumes qui se baignent dans ce même bain : actuel, connecté, ouvert au futur, débranché de toute certitude ancienne et irrigué d’une curiosité multicanale.

Six jeunes journalistes ont œuvré, repérés par le concours créé par l’Association pour l’aide aux jeunes auteurs (Apaj) et accompagnés par le quotidien Libération, qui a pour ambition de les mettre en lumière selon le souhait de son fondateur Benedict Donnelly.

Léa, Marine, Clémence, Cerise, Ségolène et Guillaume, une génération de journalistes qui raconte une génération d’entrepreneurs. En étant eux-mêmes impliqués dans l’histoire. Beau voyage. Leurs mots se sont compris.

Ubérisation des ressources humaines : la conjuration des innovateurs

Dirigé par le président de la Fondation ManpowerGroup, Christian Boghos, et écrit par un collectif d’importance, cet essai destiné aux managers et dirigeants dresse le portrait stratégique de la nouvelle génération d’entrepreneurs.

>> Pour le commander sur le site de l’éditeur