Oui, Amoureuse du Diable, passionnément, follement

Je suis avant toute chose une littéraire… J’aime la littérature…je pense qu’elle est essentielle et que même de nos jours, il est difficile, voire impossible, lorsqu’on a besoin de transcender, de créer, d’espérer ou plutôt de ne pas désespérer de se passer d’elle.

J’aime, encore plus que tout, écrire…J’écris sans doute parce que pour moi c’est la seule façon de ne pas me contenter de survivre en faisant le choix de vivre… Je dirai que je préfère l’écriture à la vie en rendant hommage ainsi à Jorge Semprún et ayant une pensée pour ce qu’écrire a pu signifier pour des personnes aussi désespérées que Primo Levi….

Amoureuse du Diable, oui bien évidemment et sans mais, sans équivoque, passionnément et follement. C’est le titre de mon recueil de poésie et je ne l’ai pas choisi par hasard ; je sais sa force transgressive non pas véritablement à cause de son sens propre mais de sa signification littéraire et je l’accepte puisque bien sûr, Amoureuse du Diable est un des plus poèmes de la littérature française ; un poème de Paul Verlaine dédié à Stéphane Mallarmé….

J’avoue que je n’ai jamais pensé qu’il y aurait des gens qui pouvaient ne pas savoir tout cela…ne pas avoir suffisamment de culture pour connaître Verlaine, Mallarmé et comprendre le pouvoir de la poésie ou que certains pourraient tellement avoir besoin de s’offusquer et ne pas juste googler “Amoureuse du Diable” ! Je n’affirme pas que la littérature est plus importante que tout ; je refuse surtout de participer à ce petit débat stupide franco-français sur l’importance de la culture générale. Je constate simplement avec beaucoup de désespoir que notre époque est malade aussi parce que l’ignorance est persuadée d’avoir raison et que savoir, lire, écrire et oui être poète peuvent être dangereux si on ne noie pas la complexité dans la grandiloquence et le tapage…Oui, il y a de la flamboyance dans mon recueil de poésie mais il y a surtout une volonté baudelairienne d’élévation parce qu’hélas, moi-aussi j’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans !

Alors pourquoi Amoureuse du Diable ? Parce que ce poème contient la plus ingénieuse première ligne de toute l’histoire de la poésie jusqu’à maintenant : “ Il parle italien avec un accent russe”; parce que j’ai toujours préféré Verlaine à Rimbaud et enfin surtout parce que je pense que pour affirmer que les femmes sont aussi poètes, acteurs en amour et non juste des muses tour à tour maladives, vénales, cruelles, sublimes mais inhumaines, il faut pouvoir dire sans crier oui, Amoureuse du Diable…Mon recueil de poésie n’est pas féministe mais féminin, ce qui le rend plus dangereux ! Je transgresse et comme Baudelaire, je suis irrécupérable. J’ai une identité poétique, littéraire et elle est féminine mais pas que cela….Je surfe sur tout ce qui se met sur mon passage même cette journée des femmes du 8 mars tellement petite et qui n’est pas à la hauteur de la féminité.

Et le religieux dans tout cela ? Le religieux est périphérique ! Notre époque est condamnée à devenir post-religieuse si elle veut survivre et ne plus être un mauvais moment. Avec mon recueil de poésie, je contribue à cette transformation nécessaire puisque ma poésie n’attend rien de la religion, de dieu, ou du diable…..oui ils sont tous des personnages poétiques mais je pense que George Sand et Baudelaire se sont tous les deux trompés puisque dieu et le diable, s’ils existent, sont dépassés et que nous sommes donc seuls, c’est bien pour cela qu’il faut se révolter ou écrire…c’est parfois la même chose !

Donc oui, Amoureuse du Diable, passionnément, follement parce que je suis une femme qui n’a besoin d’être aimée, adorée, chosifiée pour aimer et que je n’ai pas peur de dire que j’aime la chasse et la conquête…