Adrénaline 💉💉💉

Je vois bien dans vos yeux votre stupéfaction,
Quoique vous n’en ayez pas le juste motif :
Depuis longtemps ces faits sont pour vous hiéroglyphes.
Vous êtes étonnés : le peuple est en pétard –
La vraie surprise étant qu’il s’y mette si tard.
Car si le corps social est plutôt bonne pâte,
Il n’est pas pour autant d’une humeur toute plate.
Il est vrai que capable d’endurer longtemps,
Il induit en erreur tous les gouvernements
Trop pressés de le croire sans limite élastique.
Or comme tout le monde, il a ses points critiques.
Vienne l’abus de trop ou l’incrément odieux
Et le seuil est franchi, et soudain tout prend feu.
Le pouvoir sidéré qui n’y a rien compris,
Contemple interloqué et d’un air interdit
Le désastre qu’il a lui-même préparé
– L’innocence jointe à la bêtise éberluée.
La colère du peuple est comme un réservoir,
Longtemps se remplissant sans rien laisser voir,
Et puis un jour soudain vient le litre de trop
Qui fait rompre la digue et libère les eaux.
Voilà que je m’y perds dans mes analogies,
Ici le tsunami, à l’instant l’incendie,
Mais vraiment peu importe, l’essentiel est ailleurs :
Ce système périt sous trop de déshonneur.
Il a accumulé scandale et discrédit
À un point de dégoût voire d’ignominie.
Elites corrompues, possédants aveuglés
Ont été incapables de le modérer.
Il eut suffi pourtant de peu de concessions
Pour tenir en lisière les exaspérations.
…
Pour avoir tout voulu, ils risquent de tout perdre,
On les verra sous peu tel Ubu crier « merdre ! »,
Ce mot de l’avanie qui, giflant l’arrogance,
Dessille le mirage de la toute puissance,
Et laissent ceux qu’alors elle a si bien trompés
Au milieu de leurs ruines, cois et désemparés.
©️ D’un retournement l’autre, Acte IV, scène 3
