Conditions sexuelles d’entrée dans le Royaume des cieux

Lepus Timidus
Aug 25, 2017 · 6 min read

Le grand problème à résoudre pour l’homme et la femme, tous deux condamnés à la mort éternelle par leur péché, c’est de revenir à la conformation génésique d’Adam-Ève, c’est-à-dire de ne faire qu’un comme avant le Serpent. Le Christ, c’était le retour à ce principe physique. D’ailleurs, sur l’androgynisme originel, tous les Juifs s’accordaient.

Ève créée par Dieu à partir d’une côte d’Adam, selon la Bible. Fresque du plafond de la chapelle Sixtine réalisée par Michel-Ange (1509)

Vous vous rappelez ce que dit la Genèse : Dieu profite du sommeil d’Adam pour lui arracher une cote ou mieux un côté avec lequel il façonne la femme. Toute la tradition juive jusqu’à Maïmonide admet qu’Adam était à la fois mâle et femelle, et que c’est son côté femelle (oui le côté, pas la cote comme le rapportent la plupart des traductions chrétiennes machistes dont le seul but est d’inféoder la femme) qui a été séparé de lui pendant qu’il dormait. Et c’est ce côté femelle, cette moitié — le mot est resté — que Dieu lui a présenté ensuite comme un être nouveau. Il en résulte que le véritable auteur du péché originel, c’est Dieu qui, au lieu de laisser Adam tel qu’il était, lui a donné, en le séparant, l’éternelle tentation de se rejoindre. L’Évangile, si profondément imprégné des Paroles du Rabbi, s’est bien gardé de les contredire sur la conformation physique du premier homme.

Les disciples ne pouvaient aller contre l’autorité de Jehoudda, et pour eux comme pour lui, le premier homme était androgyne. Eusèbe de Césarée interprète le texte biblique exactement comme Jehoudda : il connaissait le récit de Platon sur les androgynes primitifs, d’une création antérieure à la nôtre, et concluait que Platon s’accorde sur ce point avec les livres juifs (Voir Fr. Lenormant, les Origines de l’histoire d’après la Bible. 1880,in-12°.)

A Salomé qui l’interrogeait sur la question de savoir jusqu’à quand durerait la mort, le Rabbi répondait par la bouche de Jésus : Tant que vous ferez des enfants, vous autres femmes[Clément d’Alexandrie, Stromata, III.]. Réponse conséquente avec son système. Sans blâmer en rien ni sa femme ni lui-même, qui avaient largement usé de l’union des sexes, Jehoudda ne pouvait pas ne pas annoncer que la génération cesserait avec le Verseau, et les Paroles du Rabbi purent sans aucune intention restrictive du mariage enregistrer cette réplique frappée au coin du plus pur millénarisme. Jésus se l’est appropriée dans l’Évangile[Celui de Luc seulement, XX, 35, 36.] :

Les fils de ce Cycle se marient et sont donnés en mariage, mais ceux qui seront trouvés dignes du Cycle à venir et de la résurrection des morts ne se marieront pas et n’épouseront pas de femmes ; car ils ne pourront plus mourir [donc, inutile de se survivre par des enfants], parce qu’ils sont égaux aux anges et fils du Dieu de la résurrection [C’est l’ancien texte tel qu’il était dans les Évangiles au temps de l’auteur du Dialogue avec Tryphon, . On lit aujourd’hui dans le Luc du Saint-Siège : Fils de Dieu et fils de la résurrection, ce qui a un tout autre sens : la pseudo-résurrection de Bar-Jehoudda devient la garantie offerte. Le bon billet !].

Mon règne aura lieu, disait Jésus à Salomé dans l’Évangile des Millénaristes d’Egypte, le même que celui des Naziréens et le plus ancien par conséquent, mon règne aura lieu quand vous aurez foulé aux pieds le vêtement de la pudeur, quand le dehors sera vers le dedans, l’homme avec la femme, deux en un, ni homme ni femme. Est-ce à dire qu’il faille se mettre à deux par anticipation pour redevenir androgyne ? Non certes, et si beaucoup de christiens ont vu là comme une consigne, — laquelle n’était pas précisément de ronfler — le Rabbi ne l’entendait point ainsi. Il entendait que le jour où Jésus les remettrait dans la gaine de peau dont il les avait revêtus avant leur division en deux sexes, ce jour-là ils redeviendraient tels qu’Adam-Ève avant le péché. Et c’était si bien le sens de la parole que, voyant Salomé elle-même placée hors du salut par la doctrine de son mari, l’Eglise, après lui avoir enlevé tous ses enfants, sauf le jésus, lui fait dire avec un sang-froid imperturbable dans Clément d’Alexandrie interpolé : Bien m’en a pris de rester vierge ! On ne peut douter qu’il s’agisse de la mère de Bar-Jehoudda, la seule femme que, soit dans l’Évangile des Naziréens soit dans les Sagesses valentiniennes, Jehoudda et ses fils admettent aux discussions sur les dogmes qui intéressent son sexe. On en peut d’autant moins douter que, dans l’interpolation ecclésiastique de Clément d’Alexandrie, on la qualifie de vierge, et que la seule vierge de cette histoire est celle dont le bilan utérin, grâce à l’énergique intervention de Jehoudda, se solde par sept fils et deux filles. La doctrine dont elle est ici le truchement explique cette épithète d’accoupleuse de femmes que certains commentaires talmudiques donnent à Maria, et qui est restée jusqu’à présent une énigme irritante le plus souvent interprétée dans le sens ignominieux.

Bernardino Luini, « Jésus parmi les Docteurs »

Pour les christiens un hermaphrodite était un type sacré, puisqu’il échappait au péché dont était mort Adam-Ève. L’hermaphrodite sacré, né du Soleil et de la Lune, symbolise à lui seul l´enfantement, la destruction et la régénération de la Nature et de l´Homme, c’est à dire le cycle de vie et mort, des saisons…

Quel bonheur lorsqu’il en naissait un en conformité des horoscopes ! Phénomène de mauvais augure pour les païens, c’en est un de bon augure pour les christiens. Heureux auspice, gage d’un retour prochain de l’humanité à sa forme primitive, à l’édénique félicité d’avant la déchéance ! Jésus est dans l’air, il vient ! Vénus et Mercure seront-ils en conjonction, leur demande ironiquement Philopatris[Dialogue faussement attribué à Lucien de Samosate], et produiront-ils beaucoup d’hermaphrodites dont la naissance vous cause tant de joie ?

Selon les fins de Dieu, l’état de nature ne comportait point la génération : c’était une invention du Diable-Serpent à qui Iahvé avait eu le grand tort de donner la parole, un corps, des pieds, et peut-être d’autres membres, mais Iahvé n’avait admis l’enfantement qu’à titre de pénalité : d’où cet accident avait été flétri du nom de travail. Et dans le Millenium du Zib (poisson: Joseph c’est Iao Zib, le poisson de Dieu) on ne travaillait plus.

Les mères avaient commis le grand péché de génération qui faisait obstacle au Christ, car comment redevenir hermaphrodite quand on est trois et qu’on a dans l’enfant un témoin à charge ? La femme de mauvaise vie, il est vrai, a commis le petit péché de fornication, mais elle n’a point enfanté, l’herbe, comme dit Lamennais, ne poussant pas sur les grandes routes. Elle est donc plus androgynisable. Vous comprenez maintenant l’essence de Mathieu 21:31: “… En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le Royaume des Cieux

Tchoin — Kaaris

On comprend qu’atteintes dans leur fonction la plus haute, blessées dans leur sentiment le plus noble, les mères aient été si peu nombreuses autour du Christ, lors de ses baptêmes. Ce pseudo-sacrement ne semblait fait que pour avantager les monstres, volontaires ou non, de la nature. Les paillardes et les filles de mauvaise vie ont composé tout l’entourage féminin de cet homme vierge.

Hermaphrodite à la façon de Prométhée, créateur d’un androgyne dont il a le regret d’avoir fait deux moitiés que Satan a perverties, le Verbe-chair ne consent à régner que sur des êtres semblables au type originel. Toutefois on se divisa sur cette théorie. Alors que les hommes organisés attendent un Roi qu’ils croient se concilier, les uns par des croisements répétés, les autres par des chastetés obstinées, inversement les eunuques en attendent un qui leur permettra de laisser de la famille.

Ⓒ Le Mensonge chrétien — Arthur Heulhard

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Lepus Timidus

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Ne me demandez pas qui je suis, et ne me dites pas de rester le même. C'est une morale d'état-civil... Qu'elle nous laisse libre quand il s'agit de tweeter 🙄

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