E. Macron propose un programme ambitieux pour une économie durable.

Dans un numéro récent, le journal en ligne « Bastamag » donne la parole à l’économiste Maxime Combe pour commenter le programme Environnement d’Emmanuel Macron.
L’article s’apparentant beaucoup plus à un réquisitoire à charge qu’à une analyse objective, il me semble nécessaire d’apporter une réponse argumentée basée sur le programme du candidat d’En Marche. Je précise que je m’exprime ici à titre personnel et que je ne suis pas un porte parole officiel d’En Marche ni d’Emmanuel Macron.
Maxime Combe : « Emmanuel Macron a enfin dévoilé son programme. Généreux en mots grandiloquents supposés incarner le changement, Emmanuel Macron affirme vouloir « changer de logiciel » et opérer une « transformation radicale », notamment en matière de transition écologique. Son « nouveau modèle de croissance » ressemble pourtant à ce qui se pratique depuis plusieurs décennies. Un modèle saupoudré de quelques apparentes mesures écologiques, sur la pollution atmosphérique ou les gaz de schiste, qui contredisent les politiques menées par le candidat lorsqu’il était ministre, à peine quelques mois plus tôt. Une analyse pour ouvrir le débat. »
Frédéric Mailhos : « Jugé coupable dès l’introduction, on devine déjà quel sera le verdict. Un économiste qui se respecte pourrait aborder son sujet avec un esprit ouvert et en regardant l’intégralité des propositions. Ce n’est visiblement pas le cas. »
MC : Lui qui a longtemps moqué les catalogues de mesures des candidats à la présidentielle est désormais doté d’un programme d’une trentaine de pages regroupant plus d’une centaine de mesures, plus ou moins détaillées, auquel il faut ajouter quarante fiches thématiques en ligne. Soit plus de 150 pages pour un programme qui est ordonné en six grands chantiers, chacun étant « essentiel pour l’avenir de notre pays ». La transition écologique — ou énergétique — ne constitue pas un chantier à part entière.
FM : Dans la présentation de son programme, Emmanuel Macron a clairement annoncé qu’il se pliait à un exercice obligé de la campagne présidentielle, alors même que l’essentiel de ses mesures avait déjà été annoncé lors de différents meetings et interviews, et qu’il a toujours mis l’accent sur les valeurs de son mouvement (progressisme, protection sociale, libéralisme économique modéré, vision pro-européenne).
La transition écologique, ou énergétique, ne constitue en effet pas un chantier à part entière parce qu’elle est beaucoup plus que cela, elle représente un changement de paradigme complet dans la manière d’appréhender l’économie du XXIème siècle. La transition écologique est l’axe principal du projet, c’est une thématique transversale et qui imprègne l’ensemble de ce qui est proposé. Cette position a été affirmée par Emmanuel Macron à de nombreuses reprises lors de ses interventions publiques (discours et médias).
La transition de l’économie et de la société vers un modèle durable et dé carboné est à la fois une contrainte, un objectif et une volonté transverse à toute l’action de l’état et de la nouvelle économie vers laquelle la France et l’Europe doivent s’orienter.
MC : La transition écologique conditionnée à la croissance
Si le candidat affirme que « le changement climatique nous oblige à repenser notre organisation et nos modes de vie », la transition écologique reste subordonnée à « la modernisation de l’économie », qu’il faudrait libérer « des carcans et des blocages » pour enclencher un « nouveau modèle de croissance ». La double page de mesures consacrée à ce nouveau modèle de croissance est éclairant : aux « dégâts que nous faisons collectivement au climat et à la biodiversité » et à la mise en question de « notre modèle de développement et de production » correspondent une série de mesures qui visent d’abord à améliorer la compétitivité des entreprises, soutenir l’investissement privé, lancer des plans d’investissement et un fonds pour l’industrie et l’innovation.
FM : Absolument pas, vous faites un contre-sens. Qu’il est pratique de renverser la dialectique pour aller dans le sens de vos préjugés !
Nous disons au contraire que la croissance économique au XXIème siècle ne peut se concevoir que durable et respectueuse de l’environnement. Nous disons également que ce nouveau modèle de croissance, avec des contraintes et des priorités nouvelles, pourra être créateur d’emploi, à l’inverse de certains candidats qui ont jeté l’éponge et proclament la fin du travail face à la double contrainte d’un monde globalisé et d’une économie nécessairement durable. Notre ambition à En Marche ! est de concilier croissance soutenable, bénéficiant au plus grand nombre, et protection de l’environnement.
MC : Sans même être qualifié de « soutenable », « durable » ou « climato-compatible », ce « modèle de croissance » doit simplement être « nouveau ». Les secteurs économiques existants, qu’ils soient innovants ou nocifs, doivent croître, sans que cette croissance ne soit conditionnée à aucun objectif climatique, écologique ou même sanitaire. On retrouve la philosophie de la commission Attali, « pour la libération de la croissance », installée en 2008 par Nicolas Sarkozy dont Emmanuel Macron était rapporteur général adjoint, ou encore celle de la Loi Macron, votée en juillet 2015, qui visait déjà à « accélérer les grands projets » ou « simplifier le droit de l’environnement ».
FM : C’est factuellement faux. Nous prévoyons explicitement des mesures d’accompagnement pour les secteurs amenés à se restructurer, à décroitre et (éventuellement) à disparaitre dans ce nouvel environnement d’économie durable. La dimension sociale de notre programme prend en compte cette mutation, et c’est absolument nécessaire pour ne pas abandonner les salariés de ces secteurs. Mais clairement l’économie doit se transformer, de nouveaux secteurs émerger et se développer, et d’autres disparaitre. Faciliter et accompagner cette transition sera un des enjeux du plan d’investissement de 50 Milliards d’Euros qui a été annoncé.
MC : Améliorer la compétitivité des entreprises
De la commission Attali à Bercy, en passant par le secrétariat général de l’Élysée, Emmanuel Macron baigne donc dans ce monde politique et économique qui n’est pas prêt à renoncer à la sacro-sainte croissance du PIB, seule juge selon eux du bienfondé d’une politique. C’est d’ailleurs le seul candidat de la présidentielle à soutenir l’accord de libéralisation du commerce et d’investissement entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), alors qu’un récent rapport du ministère de l’Environnement confirme qu’il n’est pas compatible avec l’Accord de Paris sur le climat. Ses principaux conseillers économiques, les économistes Philippe Aghion, Elie Cohen et Jean-Hervé Lorenzi, sont d’ailleurs des économistes orthodoxes dont les recettes libérales conduisent à sacrifier le social et l’écologie sur l’autel de la compétitivité des entreprises et du désiré retour de la croissance.
FM : Pourquoi ne citez-vos pas Jean Pisani Ferry, un des principaux artisans du programme économique ? parce que son nom serait moins « entaché » de pseudo ultra libéralisme ?
Concernant le PIB, il n’a nulle part été écrit que nous considérons cette mesure comme l’alpha et l’oméga de la bonne santé d’une société et d’une économie, c’est simplement une mesure pratique pour évaluer un niveau futur de recettes fiscales, n’en faites pas ce qu’il n’a jamais été.
Concernant les efforts de redressement de la compétitivité des entreprises françaises, c’est tout simplement nécessaire pour rétablir la situation de l’emploi (ne pensez-vous qu’il y a trop de chômeurs en France ? seules les entreprises profitables embauchent), du commerce extérieur (45 Mds d’euros de déficit annuel, seules les entreprises profitables peuvent faire face à la concurrence internationale) et aux déficits des comptes publiques (il ne vous a pas échappé que les entreprises profitables payent plus d’impôts, et que les salariés payent également plus d’impôts que les chômeurs ?). Les efforts de l’actuel gouvernement commencent seulement à porter leurs fruits, le secteur privé a créé 200.000 emplois l’an dernier, au plus haut depuis 2007).
Enfin, et en cohérence avec notre vision économique, le programme comporte des objectifs chiffrés d’évolution du prix du carbone, composante essentielle pour piloter l’évolution des comportements tant il est vrai que les acteurs économiques réagissent aux incitations (pour traduire une maxime bien connue dans la langue de Shakespear, « people react to incentives »).
Extrait du programme : « Nous ferons évoluer les comportements en augmentant le prix du carbone.Nous intégrerons le coût écologique dans le prix du carbone, en faisant monter en puissance la taxe carbone pour atteindre 100 €/tCO2 en 2030. »
MC : Il n’est pas étonnant qu’Emmanuel Macron, qui se présente comme l’un des inspirateurs du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), envisage alors de pérenniser le dispositif en le transformant en « allègements de charges pérennes ». Pas étonnant non plus que cette mesure se trouve aux côtés de la réduction de l’imposition des entreprises privées — l’impôt sur les sociétés passerait de 33,3 % à 25 % — comme deux des mesures clefs de ce « nouveau modèle de croissance ». Si le CICE a peut-être amélioré la compétitivité des entreprises — le CAC40 a versé en 2016 un montant record de dividendes –, rien n’indique comment ces mesures pourraient contribuer à relever les défis écologiques et sociaux.
FM : A part tout ce que je viens d’écrire plus haut, mais sur les défis écologiques je vais ajouter qu’il est nécessaire d’aider l’économie à se moderniser pour évoluer. Une économie en dépression reste bloquée sur ses schémas et processus, une économie qui se renouvelle et où les entreprises investissent est en capacité d’évoluer.
MC : Le nucléaire, un horizon indépassable ?
A ces deux mesures chiffrées s’ajoute bien la volonté de consacrer 30 % du « grand Plan d’investissement de 50 milliards d’euros » à la transition écologique. Mais aucune précision n’est apportée sur ce qui doit être financé, et comment. Aucune des cent mesures du programme « grand public » n’explicite d’ailleurs comment le candidat souhaiterait donner plus d’ambition aux insuffisants objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre au niveau européen et mettre en œuvre la transition énergétique à l’échelon national. L’avenir du secteur énergétique français, qu’il soit nucléaire, fossile ou renouvelable, n’apparait pas être un des éléments structurants du programme quinquennal d’Emmanuel Macron.
FM : Il est assez étonnant de lire qu’Emmanuel Macron n’explicite pas suffisamment ses objectifs de réduction de GES alors qu’il est le seul candidat à afficher un objectif chiffré de prix d’émission de CO² (100 Eur / T en 2030). Vous n’ignorez pas (j’espère) qu’une négociation européenne vient de se conclure sur la réforme des mécanismes de régulation des ETS (Emission Trading Scheme) et qu’il sera difficile au prochain gouvernement d’en modifier totalement le contenu. Cependant il est évident et cela a été dit à plusieurs reprises qu’il faudra aller bien au-delà du mécanisme actuel.
Le premier objectif du programme proclame explicitement « Sortir la France des énergies fossiles » avec la fermeture des dernières centrales à charbon, alors que l’objectif numéro 2 s’intitule : « Accélérer nos mutations vers une production d’énergie équilibrée et sans carbone » et en particulier met l’accent sur le développement des énergies renouvelables en augmentant les financements et en réduisant les délais de réalisation des projets. Deux axes essentiel si nous voulons une transition réelle et efficace.
MC : Sur le nucléaire, l’ancien locataire de Bercy, qui a toujours soutenu l’EPR d’Hinckley Point et les stratégies ruineuses d’EDF et Areva en mobilisant 6 milliards d’euros d’argent public pour les recapitaliser, manie d’ailleurs l’ambiguïté. « Je n’ai jamais considéré que le nucléaire était une maladie », vient-il de déclarer lors d’un meeting à Caen, refusant d’envisager une sortie progressive de l’atome [1]. Le site du candidat reprend pourtant l’objectif fixé par la loi de transition énergétique (LTE) d’un maximum de 50 % de nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2025, contre 75 % aujourd’hui.
FM : Nous avons clairement affiché que l’objectif de sortie du nucléaire était conditionné à la capacité des énergies renouvelables à prendre totalement le relais ce qui implique des investissements en terme de production, de stockage et d’économies d’énergies. Prétendez-vous que le réchauffement climatique ne soit pas une urgence suffisamment grave pour la traiter en priorité ?
Donc objectif numéro 1 : réduire nos émissions de gaz à effets de serre à un niveau compatible avec les accords de la COP21, et objectif numéro 2, conditionné au premier, sortir progressivement du nucléaire en assurant l’accompagnement et la reconversion des salariés du secteur.
MC : Selon Greenpeace, un tel objectif impliquerait de fermer 21 à 23 réacteurs d’ici à 2023 [2]. Hormis la fermeture de Fessenheim qui doit être « confirmée », le programme — papier et web — du candidat ne donne aucun échéancier. Comme s’il était possible d’atteindre l’objectif d’un maximum de 50 % de nucléaire sans fermer de réacteurs. Et comme si fermer de si nombreux réacteurs, et les emplois qui les accompagnent, n’impliquait pas un vaste plan de reconversion industrielle, des financements adéquats et quelques précisions d’un candidat à la plus haute fonction de l’État.
FM : Cf mon commentaire ci-dessus, les financements seront pour partie issus du plan d’investissement mais également des provisions constituées par EDF pour le démantèlement. Concernant le rythme de fermeture des centrales, Emmanuel Macron a dit qu’il le déterminerai au vu des conclusions du rapport de l’ASN prévu en 2018, organisme dont le programme prévoit explicitement un renforcement des moyens.
MC : Quand Macron le candidat contredit Macron le ministre
Du côté des énergies renouvelables, dont le déploiement massif nécessite d’ailleurs une planification organisée de la fermeture des centrales nucléaires, Macron prévoit de tenir les objectifs de la loi LTE (32 % du mix électrique en 2022 contre à peine 15 % aujourd’hui) en encourageant « l’investissement privé pour mobiliser 30 milliards d’euros d’investissements ». Pour cela, l’État se limitera donc à « raccourcir et simplifier les procédures », et à « focaliser les efforts de recherche et d’investissement des opérateurs sur le stockage de l’énergie et les réseaux électriques intelligents ». Un peu court.
FM : Non ce n’est pas « un peu court ». On ne peut pas être complètement schyzophréne. Aujourd’hui 100% des projets d’implantations d’éoliennes font l’objet d’un recours, simplifier les procédures et réduire les délais est un point essentiel pour accélérer leur déploiement. Par ailleurs, sur la question cruciale du stockage et des réseaux électriques intelligents (car l’éolien comme le solaire photo-voltaïque sont par nature des sources intermittentes), un effort de recherche et d’investissement est essentiel et il ne pourra pas être uniquement réalisé par l’état. Tous ces axes sont cités et détaillés explicitement dans le programme.
MC : Évoquée sur le seul site du candidat, la « sortie des énergies fossiles », lesquelles représentent toujours plus de 65 % de la consommation d’énergie finale française (et non la moitié comme il est écrit) se traduit en trois mesures concrètes : la fermeture des dernières centrales à charbon (à peine 2 à 3 % de la consommation d’énergie finale), « l’interdiction de l’exploration des gaz de schiste » et le refus de délivrer de nouveaux permis d’exploration d’hydrocarbures. Mais qui faut-il croire ? Le candidat ou le ministre qui, en septembre 2015, avait obtenu que cinq permis de recherche d’hydrocarbures soient signés (Champfolie en Seine-et-Marne, Herbsheim dans le Bas-Rhin et d’Estheria dans la Marne) ou prolongés (Bleue Lorraine en Moselle et de Juan de Nova dans les terres australes et antarctiques françaises) à la veille de la COP 21 ? D’autre part, pourquoi vouloir continuer à financer la recherche sur le sujet [3] pour des hydrocarbures qu’il ne faudrait pas exploiter ?
FM : Le programme est clair : fermeture des dernières centrales à charbon. Déjà mentionné plus haut.
Par ailleurs, les deux autres secteurs qui consomment le plus d’énergie fossile étant l’habitat et le transport, des mesures spécifique sont prévues, pour encourager les économies d’énergie, réduire la part du diesel, favoriser les véhicules électriques (vérifier) et surtout, comme déjà évoqué, faire converger le prix du carbone vers un niveau élevé compatible avec les objectifs de la COP21.
MC : Pollutions, Diesel, Notre-Dame-des-Landes : tout et son contraire
De même, faut-il faire confiance au ministre qui affirmait que le diesel devait « rester au cœur de la politique industrielle française », ou bien au candidat qui veut « réduire massivement la pollution liée aux particules fines » ? Par un coup de baguette magique, le programme annonce une division par deux (pourquoi deux ?) du nombre de jours de pollution atmosphérique. A Bercy, Emmanuel Macron avait signé un accord très favorable aux sociétés autoroutières en avril 2015 et préféré libéraliser le transport par autocar là où un ministre préoccupé par la santé de ses concitoyens et les défis climatiques aurait mis tout son poids pour appuyer le développement de transports en commun locaux et une desserte ferroviaire adaptée, modernisée et moins chère.
FM : Pourquoi annoncer un objectif de division par 2 du nombre de jours de pollution atmosphérique : parce qu’il faut se donner des objectifs chiffrés de résultat et non pas des intentions de mise en œuvre de moyens (cf : obligation de résultat vs obligation de moyens). Visez haut, soyez ambitieux, ne vous contentez pas de mesurettes qui seront contournées aussitôt promulguées.
Cependant, et pour citer un certain nombre de mesures figurant explicitement dans le programme, voici un certain nombre de moyens que nous mettrons en œuvre pour parvenir à cet objectif :
o Encourager la sortie du diesel pour accélérer la reconversion du parc automobile français :
Ø 1/Aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence durant le quinquennat
Ø 2 /Prime de conversion de 1000 euros pour remplacement des vieux véhicules diesels, les plus polluants, y compris pour l’achat d’un véhicule d’occasion propre.
o Développer des alternatives
Ø Accélérer le déploiement des véhicules électriques en maintenant le bonus-malus à l’achat et en accélérant le déploiement des bornes de recharge.
Ø Développer le covoiturage grâce à la mise en place des voies dédiées aux bus, VTC et covoiturages sur les autoroutes urbaines et d’une modulation des péages en fonction de l’occupation des véhicules.
Ø Accélérer la transformation digitale des routes et des trains pour accroître le débit et la fiabilité des infrastructures existantes. Cette action, combinée à la modernisation des réseaux, devra permettre de relancer le fret ferroviaire qui souffre de circulations dégradées.
Ø Mener une action résolue au niveau Européen pour durcir les normes de pollution des véhicules neufs.
MC : Du flou persiste également à propos d’un des conflits emblématiques du quinquennat Hollande : l’aéroport de Notre-Dame des Landes. « Le peuple s’est exprimé, je suis pour respecter cette décision », déclare-t-il tout en précisant le lendemain qu’il souhaite nommer un médiateur qui aurait six mois pour trouver une solution. D’autres grands projets d’infrastructures de transports, bien que fortement controversés pour leurs coûts et leurs impacts sur les territoires, tels que la LGV Bordeaux-Toulouse et le Lyon-Turin seront menés à bien. Tandis que le programme du candidat ne permet pas de savoir si « le renouveau minier » qu’il promettait quand il était à Bercy, l’ayant conduit à autoriser l’extraction de sable marin en baie de Lannion en dépit de l’opposition locale, sera poursuivi.
FM : Les LGV sont un moyen bas carbone de voyager vite et loin. Vous préférez des voyages en avion pour les courtes distances ? Soyons honnêtes et responsables. Etonnant d’ailleurs que ce type de critiques vienne des mêmes milieux qui ont critiqué Emmanuel Macron pour la libéralisation des autocars. Ou alors peut être préférez-vous que les transports moyennes et longues distances soient réservés à une élite qui peut se payer l’avion ?
Concernant Notre Dame des Landes, la position a effectivement été nuancée, ce qui est cohérent avec l’affirmation (lors du Panda Live du 9/02/17) selon laquelle « ce projet repose sur des fondamentaux, des bases qui économiquement n’étaient plus conformes à ce qu’on ferait aujourd’hui ». C’est un point sur lequel nous revendiquons une évolution qui nuance l’affirmation qu’il faut respecter l’expression démocratique issue du référendum local.
Oui, nous avons un programme trop complet pour tenir intégralement sur un simple document de quelques pages, par nature destiné à être distribué largement. Mais pour les spécialistes et les journalistes, le site d’En Marche offre effectivement nombre de précisions utiles.
Ou comment se faire critiquer pour tout et son contraire (absence de programme puis programme trop long…)
MC : Aie confiance…
Si le programme de 18 pages indique vouloir « placer la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens », c’est en fouillant sur le site du candidat qu’on obtient des précisions : l’interdiction des perturbateurs endocriniens est conditionnée à « l’existence de solutions scientifiquement reconnues comme moins toxiques ». Autrement dit, les lobbies industriels, dont on connaît les capacités à instrumentaliser des recherches scientifiques pour faire douter de la pertinence des solutions alternatives, pourront manœuvrer en coulisses pour maintenir un statu quo injustifiable. Ce n’est guère étonnant de la part d’un candidat plus enclin à défendre les intérêts des industriels que le principe de précaution (voir notre enquête), qui souhaite poursuivre la recherche sur les OGM plutôt que fixer un objectif vraiment ambitieux de produits bio et locaux pour la restauration collective.
FM : Ce sont des affirmations gratuites, non étayées par des faits quelconques et à la limite de l’insulte ou de la diffamation pour tous les militants d’En Marche impliqués sur ces sujets. Nous avons porté une attention permanente à éviter toute forme de conflit d’intérêt.
Concernant l’autorisation de recherche publique sur les OGM, parlez-en donc avec des universitaires ou des chercheurs du CNRS, il s’agit essentiellement de ne pas couper la France du progrès scientifique, pas de revenir sur la réglementation actuellement en vigueur. La position adoptée consistant à ne pas interdire la recherche (ce qui est différent d’allouer un financement public ou d’autoriser la culture par exemple, ce qu’Emmanuel Macron ne propose évidemment pas) afin de ne pas laisser tout un pan de la recherche scientifique sur le vivant uniquement aux mains de multinationales telles que Monsanto. C’est un enjeu d’indépendance nationale et de maintien d’une position de force (à savoir une expertise française dans ce cas) vis-à-vis d’intérêts privés étrangers.
Enfin quand vous abordez la question du principe de précaution, vous devriez prendre la peine de citer Emmanuel Macron car il s’est exprimé sur le sujet :
« (…)il faut qu’on sorte de cette idée que le principe de précaution empêche l’innovation ; cela n’est pas vrai, et là, c’est un aspect pour moi qui est très culturel, très organisationnel »
Explication de texte, sa position est claire : il ne propose pas de remise en cause du principe de précaution tel qu’il existe actuellement en droit français et tel qu’il est appliqué aujourd’hui. Et il réfute la thèse d’une partie des lobbies industriels qui voient dans ce principe un frein insupportable à l’innovation.
MC : Difficile donc de voir dans le programme d’Emmanuel Macron ce qui pourrait justifier de présenter la transition écologique comme une priorité tant les mesures semblent manquer de précision, de cohérence entre elles et ne pas s’inscrire dans une perspective de véritable transformation. Au moment où la transition écologique s’inscrit au cœur des logiciels et des débats à gauche, comme le montrent les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon, Emmanuel Macron et son aréopage de soutiens disparates semblent accuser un retard de plusieurs longueurs.
MC : Avez-vous réellement étudié le programme écologique des candidats que vous semblez soutenir ? Pour avoir un semblant de sérieux un programme doit avant tout être applicable et réaliste. Nous avons d’un coté (JLM) une collection disparate d’injonctions et d’interdictions qui ne dépassent pas le niveau de la déclaration d’intention, sans possibilité de mise en œuvre réaliste car reposant soit sur une négation liberticide de la nature humaine, et d’un autre coté un programme certes en apparence très ambitieux mais ne reposant sur aucun scénario économique ou technologique réaliste et qui ne présage qu’une série de renoncements futurs si par une conjonction d’évènements improbables son auteur devait jamais être en position de devoir l’appliquer.
En écologie comme en économie, la base essentielle de tout projet est le principe de réalité, ce que nombre de candidats n’aspirant pas réellement à exercer le pouvoir peuvent se permettre d’oublier.
Quinquennat après quinquennat, les renoncements et les fausses promesses creusent le lit des extrêmes.
Maxime Combes, économiste, auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! [4]
Maxime Combes, économiste, est membre d’ATTAC, tient un blog sur Mediapart et publie régulièrement des tribunes dans Libération.
Frédéric Mailhos : Animateur d’un comité local d’En Marche dans les Yvelines, j’ai co-fondé avec Anne Roubet le projet Transition Ecologique En Marche qui regroupe les adhérents du mouvement qui entendent placer les questions d’économie durable et de transition écologique et environnementale au cœur du débat politique.
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