Apporter le changement, apporter l’espoir

Ana Maria aide des centaines de Dominicains descendants d’Haïtiens à revendiquer leurs droits, et à résister au racisme et à la discrimination. Lorraine dirige des initiatives éducatives innovantes, afin de sensibiliser le public à la question de l’écologie dans les communautés affectées par les mines de charbon en Afrique du Sud. Nisha a, avec succès, remis en cause des lois discriminatoires à l’encontre des personnes transgenres en Malaisie, et a fondé la première organisation qui soutient la communauté trans dans son pays.

Dans le monde entier, des femmes défenseuses des droits humains (FDDH) apportent un changement radical au sein de leurs communautés. Elles font face à d’immenses risques pour faire entendre leurs voix, pour défier les gouvernements oppressifs, pour lutter en faveur de la justice et pour résister au racisme, au sexisme, à l’homophobie, à la transphobie et à toutes formes d’oppression.

Cette année, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, lisez et partager les histoires inspirantes de dix FDDH qui agissent audacieusement pour apporter des changements positifs à leurs communautés.

Credit: Aseem Trivedi

Ana Maria Belique — République Dominicaine

Ana Maria Belique est coordinatrice de Reconocido, un mouvement qui milite pour le droit à la citoyenneté et à l’égalité pour tous les Dominicains descendants d’Haïtiens, qui mobilise et autonomise les communautés marginalisées, et qui accompagne les personnes qui ont besoin d’un soutien juridique pour obtenir des papiers.

En République Dominicaine, les descendants d’Haïtiens sont largement considérés comme des citoyens de deuxième classe. En 2010, une nouvelle constitution a rendu apatride toute personne née d’un parent étranger sans papier. La décision a été appliquée rétroactivement et en une nuit, des milliers de personnes se sont retrouvées sans document d’identité valide. Depuis, beaucoup vivent dans un vide juridique: ils se voient refuser l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux services de santé et le droit de vote. En 2010, Ana n’a pas pu obtenir de certificat de naissance et n’a pas pu s’inscrire à l’université car ses parents étaient haïtiens, et ce bien qu’elle ait été déclarée en République Dominicaine à sa naissance.

Ana dit que l’une de ses plus grandes réussites est d’avoir fait descendre les jeunes dans la rue pour manifester ouvertement contre les discriminations qu’ils subissent. Les descendants d’Haïtiens des générations précédentes avaient peur d’organiser des manifestations et de sortir de l’enclave dans laquelle ils vivent. Pourtant, petit à petit, Ana et ses collègues aident les descendants d’Haïtiens à être fiers de leurs origines, et ils construisent un mouvement solide qui lutte pour une égalité réelle et une société dans laquelle la diversité est valorisée, malgré le harcèlement et l’intimidation permanents.

Angélica Choc — Guatemala

Angélica Choc est une défenseuse autochtone Maya Q’eqchi, de la région d’El Estor, dans le nord du Guatemala. Avec sa communauté, elle revendique le droit à leur terre ancestrales et manifestent contre la mine Fenix, l’une des plus grande mine de nickel du pays. Malgré les risques auxquels elle est exposée, Angélica dénonce les violations des droits humains perpétrées par la compagnie minière. Elle milite pour que la compagnie soit tenue pour responsable et pour que justice soit rendue au niveau national et international.

En 2006, la compagnie minière a expulsé les communautés autochtones locales. Les forces privées de sécurité et les policiers ont brûlé des centaines de maison, attaqué les villageois et violé plusieurs femmes de la communauté de Lote Ocho. Trois ans plus tard, le mari d’Angélica, Adolfo Ich Chamán, leader communautaire renommé, a été tué par des agents de sécurité travaillant pour la compagnie minière.

Après l’assassinat de son mari, Angélica a réclamé justice devant les tribunaux canadiens, dans le but de sans précédent que les coupables de la violente répression contre le peuple Maya Q’eqchi d’El Estor soient traduits en justice. L’affaire est toujours en cours, mais cela a déjà créé un important précédent; dans le passé, les tribunaux canadiens n’avaient accepté des affaires directement liées aux entreprises canadiennes, non leur filiales locales.

En mars 2015, Angélica a ouvert la voie à un procès pénal très médiatisé au Guatemala contre Mynor Padilla, ancien chef de la sécurité de la compagnie minière et retraité de l’armée guatémaltèque. Angélica remet en question les élites les plus riches et les plus puissantes du pays, et subit des attaques, menaces et actes d’intimidation constants à cause de cela. Pourtant Angélica reste forte et résolue dans la lutte pour la justice.

Credit: Aseem Trivedi

Anna Jones — Gambie

Anna Jones est coordinatrice nationale de réseau pour WANEP — West African Network For Peacebuilding en Gambie. L’organisation œuvre pour renforcer la démocratie et accroître la participation des jeunes et des femmes dans la consolidation de la paix et la prise de décision.

Lors des récentes élections présidentielles de décembre 2016, Anna et son organisation ont joué un rôle crucial. WANEP a déployé près de 150 personnes pour observer le processus électoral, et leur présence a permis de valider le résultat des élections. Contre toute attente, Yahya Jammed, qui était au pouvoir depuis 1994, a perdu. Après quelques semaines d’incertitude et de tensions, le 21 janvier, l’ancien président a été contraint de céder le pouvoir et la transition s’est faite pacifiquement.

Après des années de répression et d’attaques contre le mouvement des droits humains, ces élections pourraient marquer le début d’une nouvelle ère. Il reste pourtant de nombreux défis à surmonter. La Gambie est une société très patriarcale et plaider ouvertement pour les droits des femmes ou LGBTI peut être très risqué. Pour remettre en question cette mentalité, Anna a organisé des formations pour des centaines de femmes, dans le but de renforcer leur confiance et le soutien de celles qui veulent se présenter à des fonctions publiques. Actuellement, moins de 10% des parlementaires sont des femmes Cependant, certaines des femmes formées par WANEP sont candidates aux élections législatives; peu importe le résultat, leur participation est déjà une étape importante.

Lorraine Kakaza — Afrique du Sud

Lorraine Kakaza est une défenseuse de l’environnement à Carolina, une petite ville de la province sud africaine de Mpumalange, près de la frontière du Swaziland. Lorraine sensibilise le public à propos des effets néfastes des mines de charbon dans sa région.

Malgré les strictes régulations auxquelles l’industrie minière du charbon est soumise sur le papier, la protection de l’environnement est largement ignorée. Dans la région de Lorraine, il y a 12 centrales électriques à charbon et 22 mines de charbon. Cela a entrainé de fortes émissions de dioxyde de carbone et une pollution aux métaux lourds dans le sol et dans l’eau souterraine. Lorraine dit que l’eau dans sa communauté est si polluée qu’elle ne peut même pas être utilisée pour irriguer les jardins et qu’elle provoque des éruptions cutanées lorsqu’elle est utilisée pour laver le linge.

En 2013, Lorraine a lancé une série de podcasts pour parler des problèmes causés par l’exploitation du charbon dans les mines et de l’impact sur le quotidien des populations locales. Elle a plusieurs fois été menacée et harcelée en raison de ses efforts pour mobiliser la communauté. Dans le cadre de ses efforts de sensibilisation, la défenseuse se rend aussi dans d’autres communautés affectées par les mines de charbon en Afrique du Sud et à l’étranger: “Je rencontre des personnes qui ont perdu espoir, mais elles commencent à croire en moi. Elles réalisent que si je peux le faire, alors elles le peuvent aussi. Cela montre que j’ai un impact sur la vie des gens et que nous apportons des changements dans nos communautés” a indiqué Lorraine.

Farzana Jan — Pakistan

Farzana Jan, également appelée la “soldate transgenre”, milite pour les droits des trans dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord-ouest du Pakistan. Elle est présidente et cofondatrice de l’organisation Trans-Action, et elle est en première ligne de la lutte pour les droits des trans dans le pays.

Farzana et son organisation œuvrent pour défier la stigmatisation et la discrimination auxquelles la communauté transgenre doit faire face dans le pays, et qui est de plus en plus souvent la cible d’attaques — au cours des deux dernières années, au moins 46 personnes trans ont été tuées au Pakistan. Les assassinats étaient souvent précédés de menaces et d’agressions violentes, qui pour une grande majorité n’avaient pas été signalées.

Grâce aux efforts sans relâche de Farzana et de Trans-Action, en décembre 2016, l’Assemblée provinciale de Khyber Pakhtunkhwa a adopté à l’unanimité une résolution appelant le gouvernement fédéral à garantir le droit de vote aux personnes transgenres. Le gouvernement a aussi annoncé qu’il travaillera sur une politique de protection des droits des trans, et à la création d’un comité spécial pour examiner la récente vague d’attaques, ainsi que pour la mise en place de mécanismes de protection de la communauté trans.

Credit: Aseem Trivedi

Thwe Thwe — Birmanie

Thwe Thwe est une agricultrice et défenseuse des droits humains qui vit dans le village de Wethmay, dans le nord-ouest de la Birmanie. Sa communauté est profondément affectée par la construction d’une mine de cuivre, gérée par l’armée birmane et une filiale d’un fabricant d’armes chinois.

Les autorités locales avaient promis à la communauté que leurs terres ne seraient pas utilisées sans leur accord, que les déchets et résidus de la mine ne seraient pas laissés sur les fermes locales, et que toute terre acquise pour la mine serait payée au prix du marché ou au dessus. Quatre ans plus tard, des centaines de villageois ont été déplacés de force ou poussés à quitter leur terres; des centaines d’autres ont perdu leurs récoltes et les animaux de leurs fermes après que de l’eau contaminée par la mine a abimé les terres; la police a fait usage de gaz lacrymogène et de phosphore blanc contre des personnes qui manifestaient contre la mine, laissant plus de 150 moines et villageois avec des séquelles permanentes.

Thwe Thwe sensibilise et renforce la lutte de sa communauté pour la terre. Elle donne des conseils juridiques clairement formulés et des statistiques sur les expropriations de terres lorsqu’elle distribue de l’eau aux villages locaux et aide d’autres agriculteurs à accéder au réseau de soutien qu’elle a à Yangon. À cause de son activisme, elle a été arrêtée, suivie par des agents de police en civil, et elle reçoit régulièrement des appels téléphoniques du poste de police local, qui l’interroge à propos de ses activités.

En parlant de Thwe Thwe et d’une autre femme à la tête des manifestations, Aut Maung, poète birman, a dit: “La lutte a fait d’elles des femmes de fer. C’est une question de vie ou de mort pour elles — elles la défendront à n’importe quel prix”.

Credit: Aseem Trivedi

Nisha Ayub — Malaisie

Nisha Ayub est une défenseuse des droits trans en Malaisie. Elle a cofondé la SEED Foundation, une organisation qui offre un soutien aux personnes transgenres, aux travailleurs du sexe, et aux personnes atteintes du VIH, et leur permet d’accéder à des soins, des refuges et des formations sur le renforcement des capacités. Nisha dirige également le groupe Justice for Sisters (justice pour les sœurs), qui plaide pour les droits des personnes trans et organise des débats publics pour sensibiliser aux questions relatives aux trans. Grâce à son travail, Nisha a reçu plusieurs prix et, en 2016, elle est devenue la première personne trans à recevoir l’International Women of Courage Award remis par le Secrétaire d’État Américain.

La communauté transgenre en Malaisie est la cible de fortes discriminations et de crimes haineux violents. Le 25 février, Sameera Krishnan, une jeune femme trans, a été brutalement assassinée. Selon Nisha, “Nous sommes une cible facile. Ils instillent la peur envers notre communauté, et la peur génère automatiquement la haine. Les crimes haineux augmentent, mais beaucoup ont peur de les dénoncer parce qu’ils sentent que la police ne les protègera pas” a dit Nisha.

Que cela soit à cause de son activisme ou de son identité sexuelle, Nisha est victime de discriminations, menaces et attaques contre sa vie. En 2000, elle a été arrêtée en vertu d’une disposition de la Charia qui interdit le transvestisme. Elle a été emprisonnée pendant trois mois dans une prison pour hommes et a survécu à une agression sexuelle. Lorsqu’elle a été libérée, Nisha, ainsi que d’autres militantes trans, ont fait appel contre la loi de la Charia qui avait été utilisée pour les emprisonner. En novembre 2014, la Cour d’appel fédérale a jugé que la loi était discriminatoire et anticonstitutionnelle, et qu’elle privait les personnes trans de leur droit de vivre avec dignité. Bien que la cour ait renversé cette décision un an plus tard, la loi n’a toujours pas été appliquée et depuis, aucune autre personne trans n’a été arrêtée pour transverstisme.

Credit: Aseem Trivedi

Ayat Osman — Égypte

Les défenseuse des droits humains Ayat Osman et sa sœur Seham Osman sont deux des fondatrices de Genoubia Hora, le premier groupe féministe organisé à Assouan, dans le sud de l’Égypte. Elles ont fondé l’organisation en 2013, en réponse à ce qu’elles appellent “l’acceptation généralisée” des violences policières et des violences contre les femmes.

Ayat est aussi une éminente membre de la Nubian Caravan, un mouvement de protestation qui milite pour les droits du peuple nubien, une minorité autochtone en Égypte, à récupérer leurs terres. Au début des années 1900, l’Égypte a commencé à construire une série de très grands barrages près d’Assouan. Dans les années 1970, plus de 50 000 Nubiens ont été relocalisés loin de leurs maisons près du Nil. Ils ont perdu leurs maisons, leurs fermes et leurs moyens de subsistance.

En novembre 2016, Ayat et d’autres défenseur-ses des droits des Nubiens à Assouan ont organisé la Nubian Caravan (Caravane nubienne), pour conduire des douzaines de voitures vers leurs terres ancestrales. Comme la plus grande partie de leur territoire est placée sous contrôle militaire, la Nubian Caravan a été prise entre plusieurs postes de contrôle et contrainte de faire demi-tour après plus de trois jours dans le désert. Il y avait peu de femmes lors de cette manifestation. Pourtant, les femmes nubiennes comme Ayat et Seham sont en première ligne de la lutte pour le droit à la terre et le droit au retour, parce que les femmes sont celles qui sont le plus affectées par les effets du déplacement de masse.

Credit: Aseem Trivedi

Anna Makrousova — Ukraine

Anna Mokrousova est co-fondatrice de “Blue Bird”, une organisation qui piste les informations à propos des civils enlevés ou disparus dans l’est de l’Ukraine, et qui fournit une aide psychologique, juridique et humanitaire à leurs familles.

Lorsque les manifestations pro-européennes, connues sous le nom Euromaidan, ont commencé en novembre 2013, les tensions ont rapidement escaladé à Donetsk et Luhansk, où les séparatistes pro-russes et les groupes pro-ukrainiens se sont affrontés. Au milieu des combats, de nombreuses personnes ont été enlevées ou ont disparu, principalement à cause de milices soutenues par les russes. Près de la moitié des disparus sont des civils.

Native de Luhansk, Anna Mokrousova a elle même été enlevée en 2014. Peu après sa libération, elle a reçu près de 300 demandes d’amis et connaissances de personnes disparues. Depuis, Anna consacre sa vie à les aider: “L’expérience d’avoir été enlevée m’a aidé à comprendre ce que traversent les gens et quel genre d’aide ils ont besoin”.

Anna et son organisation aident les familles des disparus et des civils qui ont été libérés de différentes façons: en établissant le contact avec les milices lorsque cela est possible, en rassemblant des médicaments et de la nourriture pour les otages, ou en apportant une aide psychologique et une aide à la réhabilitation pour les personnes libérées et leurs familles.

Credit: Aseem Trivedi

Aili Kala — Estonie

Aili Kala est défenseuse des droits humains et présidente de la Fondation LGBT estonienne.

Pendant plus de cinq ans, Aili plaide pour la reconnaissance des droits des personnes LGBT, ainsi que la reconnaissance du genre des personnes transgenres en Estonie.

La fondation LGBT estonienne a joué un rôle important dans l’adoption d’une loi sur le partenariat déclaré en janvier 2016 aussi appelée loi de Cohabitation; cette loi autorise les personnes de même sexe et les couples hétérosexuels en Estonie à bénéficier de presque tous les avantages du mariage à l’exception de l’adoption. “Cela a été une plus grande coopération entre la société civile, les ONG et la population qui se soucie des droits humains et de l’égalité”.

Même s’il y a encore beaucoup de travail à faire sur les droits à l’adoption, la loi de cohabitation autorise les couples à aller plus loin avec le droit d’adoption par un second parent. Cela signifie qu’un partenaire déclaré peut adopter l’enfant d’un autre partenaire déclaré. “Naturellement c’est une énorme avancée vers l’égalité et la reconnaissance de toutes les personnes et familles”, a ajouté Aili.

Depuis l’adoption de la loi, près de 30 couples se sont déclarés et près de 10 décisions d’adoption par un second parent ont été rendues par les tribunaux”.

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