ZOOM SUR LE CAS DES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS

Précédemment, sur notre compte Medium, nous avons retracé l’histoire des pesticides et pris la mesure de leur impact sur notre santé. Nous terminons cette série d’articles en abordant la question des perturbateurs endocriniens :

#1 L’origine des pesticides 📜

#2 Les pesticides et la santé font-ils bon ménage ? 🚑

#3 Zoom sur le cas des perturbateurs endocriniens ✨


#Episode 3

Du triclosan dans le dentifrice, des retardateurs de flammes dans les vêtements, des pesticides dans nos assiettes… il paraît que les perturbateurs endocriniens seraient devenus nos nouveaux compagnons du quotidien. Si c’est vraiment le cas, doit-on les accueillir à bras ouverts ou les jeter à coup de pieds ? Voilà la question à laquelle nous avons cherché à répondre.

Le fonctionnement du système endocrinien

Avant de s’agiter et de débattre de quoi que ce soit, commençons par le commencement. Quel est ce fameux système endocrinien qui serait perturbé par les produits chimiques que nous côtoyons quotidiennement ? 🔎

Le système endocrinien humain est un moyen de communication interne de notre organisme. C’est un ensemble d’organes et de tissus qui travaillent en étroite collaboration avec le système nerveux. Il libère des hormones qui circulent dans le sang jusqu’à atteindre leurs cibles, des tissus ou des organes spécifiques.

Notre métabolisme étant régulé par notre système hormonal, les actions de ces hormones ont un impact considérable. Elles régulent la croissance, le développement et la fonction de nombreuses cellules et tissus y compris la fonction de reproduction. Elles coordonnent également les processus métaboliques à l’intérieur de l’organisme.

👉 En d’autres mots, le système endocrinien régule et coordonne l’activité de nos diverses cellules (reproductrices, nerveuses, digestives, immunitaires etc.).

Jusque là, rien d’alarmant. Oui, modifier ne veut pas forcément dire altérer de façon négative. Penchons-nous un peu plus sur les agressions que peut subir notre système endocrinien afin de comprendre l’impact qu’elles peuvent avoir.

Un système bien rodé et imperturbable ?

Il semblerait que ce système puisse être perturbé, par ce que l’on appelle tout simplement des perturbateurs endocriniens. Pour mieux comprendre leur fonctionnement, reprenons la définition proposée par l’Endocrine Society. 🏣 Bien loin d’être la version moderne du cercle des poètes disparus, l’endocrine society est une société savante qui rassemble quelques 18 000 chercheurs et cliniciens spécialistes du système endocrinien.

Selon eux, les perturbateurs endocriniens sont des 👉 substances chimiques non naturelles, ou un mélange de substances chimiques, qui interfèrent avec n’importe quel aspect de l’action hormonale 👈

Les perturbateurs endocriniens viennent donc modifier l’action physiologique des hormones. Comment ? Généralement par leur similarité qui leurre la cible des hormones, ils viennent ainsi soit stimuler leur récepteur soit le bloquer. Il existe deux types de perturbateurs endocriniens :

👉 Ceux qui sont naturels : les phyto oestrogènes. Dans le cadre de l’agriculture, des plantes en ont et peuvent par exemple affecter les herbivores qui les consomment. Les aliments comme le soja, le pois chiche ou le froment peuvent également contenir des phyto oestrogènes.

👉 Ceux qui viennent de l’industrie : les substances anthropiques. On les retrouve sous des formes et noms variés dans les médicaments, les cosmétiques, les plastiques, les insecticides, les fongicides, la chimie, les détergents ou encore les peintures…

⚠️ Selon l’Endocrine Society, «près de 100 % de la population a des niveaux détectables de perturbateurs endocriniens dans son organisme !».

Une étude française publiée récemment vient renforcer ces propos. L’objectif ? Mesurer la présence de divers polluants organiques dans les urines de plus de 4.000 françaises ayant accouché en 2011. Le bisphénol A était présent chez plus de 70 % des participantes, les phtalates chez 99,6 % d’entre elles, les dioxines, furanes et PCB ont été détectés chez… 100 % des femmes. Toutes ces substances sont des perturbateurs endocriniens qui de plus vont ainsi passer chez les foetus ! 🚑

Le mode d’action des perturbateurs endocriniens

Nous sommes largement exposés aux perturbateurs endocriniens. Faisons un zoom sur le cas de ceux du secteur agricole, c’est-à-dire ceux présents dans les pesticides.

✅ Il est important ici de ne pas faire d’amalgame, certains pesticides sont des perturbateurs endocriniens mais tous ne le sont pas. Voici quelques exemples de ceux qui le sont (attention, mots incompréhensibles en perspective) :

🐜 Les insecticides (carbaryl, chlordécone, DDT, endosulfan, heptachlore, lindane, méthomyl, methoxychlore, mirex, parathion, pyrethrinoïdes, toxaphène) vont contrôler le développement des insectes en interférant sur leur système nerveux ou en empêchant leur mue. En somme, on les asperge d’insecticides pour empêcher qu’ils y laissent leur peau. Vous suivez toujours?

🌿 Les herbicides (bénomyl, hexachlorobenzème, mancozèbe, manèbe, pentachlorophénol, tributyl étain, vinchlozoline, zinèbe) vont contrôler les plantes en freinant par exemple leur photosynthèse. Cela signifie qu’ils vont ralentir le processus par lequel la plante se nourrit à travers ses feuilles (en captant la lumière du soleil ou le gaz carbonique) ou ses racines (absorbe l’eau et les nutriments). Terminé le temps ou les herbes se doraient paisiblement la pilule au soleil.

🍄 Les fongicides (2,4-D, 2,4,5-T, alachlore, amitrole, atrazine, linuron, metribuzin, nitroféne, trufluraline) vont ralentir la synthèse des acides aminés des champignons et ainsi interférer sur leur développement. Autrement dit, cela va tout simplement les empêcher de pousser.

Si tous les perturbateurs endocriniens ont une fonction bien précise, il n’existe pas de perturbateur endocrinien totalement spécifique à un nuisible. Petite explication. Les organismes vivants partagent des processus et mécanismes physiologiques partiellement communs. Sur certains aspects, notre corps fonctionne donc un peu (mais alors vraiment juste un peu) comme ceux des insectes et/ou des plantes. De ce fait, un perturbateur endocrinien, destiné à lutter contre un nuisible (insecte, plante…), peut présenter un potentiel toxique plus ou moins étendu pour d’autres organismes qu’il ne cible pas (#nous) .

En agriculture, les perturbateurs endocriniens sont généralement utilisés en circuit ouvert. Ils peuvent ainsi se disperser au-delà de la cible visée. Ils entrent alors dans l’environnement par le ruissellement des terres agricoles, la dispersion des produits dans l’air, l’incinération des déchets… Forcément, au bout d’un moment ça finit par arriver jusqu’à nous. Nous pouvons donc y être exposés lors de l’ingestion de nourriture, de poussière, d’eau, de l’inhalation de gaz et de particules présents dans l’air ou encore par contact cutané. Bref, il y a de fortes chances que vous y ayez déjà été exposés au cours de votre vie.

Pour complexifier la chose, une précision s’impose. Pour ces produits, ce n’est pas uniquement la dose d’exposition qui fait sa toxicité, mais la période d’exposition relative. Les périodes les plus problématiques du cycle de vie, que l’on peut qualifier de fenêtres de vulnérabilité, sont la vie prénatale (dès les premières heures de conception jusqu’à la naissance), la petite enfance et la période de la puberté. Pas de raison de paniquer, nous allons d’abord voir quels sont les impacts que peuvent avoir ces produits quand nous y sommes exposés à des périodes clés de nos vies.

L’impact sur la santé

Sujet épineux, bien le bonjour. Commençons par noter que les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé dépendent avant tout du bon fonctionnement du système endocrinien de la personne. Si celui-ci est dans une forme olympique, elle sera moins susceptible d’être touchée que si il est fragilisé 🏆

Reprenons. Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets toxiques sur un organisme mais aussi sur sa descendance. En tant que substances externes ils viennent perturber subtilement le bon fonctionnement interne de l’organisme. Comment ? Ils interfèrent de multiples façons sur le processus de régulation, déséquilibrant ainsi le maintien des différentes constantes. Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’être à l’origine de malformations génitales des garçons nouveaux nés, de pubertés précoces chez des petites filles, de stérilité, de cancers hormono-dépendants (sein, prostate)… Certaines de ces maladies vont même être transmises à la descendance.

La première fois que ce constat a été fait, c’était pour un médicament tristement connu : le Distrilbène ou le Diéthylstilbestrol (DES). Revenons sur son histoire. En 1938, Charles Dodds aux Etats Unis met au point une synthèse du DES qui sera ensuite proposée dans le traitement des menaces d’avortement spontané (fausses couches) et des complications de la grossesse. En 1953, les essais comparatifs concluent à son inefficacité et soulignent ses dangers. Presque 20 ans plus tard, on découvre aux USA plusieurs cancers du vagin chez des jeunes filles de 15 à 22 ans dont les mères avaient été traitées par le DES durant leur grossesse et on interdit son utilisation obstétricale. En 1975–76, des observations similaires sont faites en France sur près de 200 000 femmes traitées. Les conséquences sont encore visibles aujourd’hui, 4 générations plus tard.

L’impact des perturbateurs endocriniens sur la santé est donc bien réel. Et l’exemple du Distilbène n’est que le premier d’une longue série.

En 1977, on découvrait les effets sur la fertilité masculine d’un insecticide : la Chlordécone de son petit nom. Une centaine d’ouvriers fabriquant cette molécule aux États-Unis ont présenté, à divers degrés, un syndrome toxique associant des symptômes neurologiques et une atteinte de leur fertilité. La chlordécone semble donc altérer le système endocrinien masculin.

Dans la même série, le dibromochloropropane (DBCP pour les intimes) est venu se distinguer très rapidement. Ce produit développé à la fin des années 1950, a été employé jusqu’à la fin des années 1980 dans les cultures bananières d’Amérique centrale, d’Asie du Sud-Est et des Caraïbes. Malgré les données toxicologiques montrant qu’il réduisait la production de spermatozoïdes, le DBCP a reçu l’autorisation de commercialisation en 1964. C’est en 1977, parmi les ouvriers travaillant dans les usines de production du DBCP aux États-Unis, que furent signalés les premiers cas d’infertilité. La mise en cause du DBCP fut sans équivoque. Il a été banni du marché aux Etats Unis dans la foulée. Mais son exportation dans les pays producteurs de bananes s’est poursuivie et ce n’est que quelques années plus tard que les conséquences dramatiques sur la fertilité des ouvriers agricoles furent mises en évidence. À ce jour, ce sont plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers agricoles de sexe masculin dont l’infertilité a été attribuée, sans aucune ambiguïté, à l’utilisation du DBCP.

Il est donc avéré que la reproduction est impactée par l’utilisation de perturbateurs endocriniens. D’ailleurs, de nouvelles études montrent que pour un homme en France de 35 ans, la concentration de sperme a diminué de 32,2% en 16 ans. Résultat, les couples ont de plus en plus de mal à avoir des enfants. Le taux de couples n’ayant pas pu concevoir après 12 mois sans contraception était de 14% en 1991 alors qu’il est de 24% en 2012.

L’impact des perturbateurs endocriniens va plus loin. Comme nous le disions plus haut, ils sont suspectés d’influencer de nombreuses pathologies : prématurité, fausses couches, puberté précoce, troubles immunitaires, cancer du sein/testicules/prostate, obésité, diabète… Mais à ce jour aucune étude n’a permis d’attribuer de façon certaine l’augmentation de l’incidence de certaines pathologies (cancer du sein, cancer du testicule) ou d’anomalies fonctionnelles (diminution de la qualité du sperme) à l’utilisation de ces perturbateurs endocriniens.

La raison est simple. Les données pour une exposition élevée aux perturbateurs endocriniens (DBCP, Distilbène…) sont plus faciles à identifier que pour des niveaux d’exposition plus bas. Or, ce sont ces niveaux d’exposition moins élevés qui soulèvent les questions de santé publique les plus importantes. Et oui… ce sont en effet ceux qui concernent la majorité de la population et qui pourraient ainsi avoir un impact considérable sur plusieurs générations.

Au quotidien, je change quoi ?

Le sujet des perturbateurs endocriniens prend de plus de place dans le débat public. Les niveaux d’expositions augmentent et presque aucune étude n’est capable à ce jour d’évaluer l’ampleur de l’impact potentiel sur les populations. Alors dans le doute, autant éviter au maximum de les côtoyer ! Voici quelques astuces proposées par We Demain. Allez savoir pourquoi, il y a un petit conseil qui nous aurions rajouté : “penser à manger des fruits et légumes sains qui ont été cultivés sans aucun pesticide …”