Le cirque des petits soleils

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Soleil, tu t’ennuies, solitaire. Il est vrai que si peu de choses surviennent, un passage de comète, une éclipse partielle, une éruption de chaleur, presque rien, et la terre est si froide, et la lune si blanche.

Soleil solitaire, tu ne connais rien aux hommes, trop petits, trop fragiles, trop nombreux.

Toi qui sais compter les galaxies et les étoiles, as-tu vu cette myriade qui s’agite ; peux-tu dénombrer ceux qui naissent et ceux qui meurent, ceux qui restent immobiles et ceux qui voyagent, ceux qui croient et ceux qui se croient, ceux qui sont effacés et ceux qui brillent, et ceux qui voudraient briller.

Alors tu verrais ceux qui te jalousent et ceux qui veulent t’imiter, te concurrencer, et les autres qui ne sont que flamme de bougie, à la vie si brève.

Combien reconnaîtrais-tu de tes semblables, les fiers, les forts, les resplendissants, les autocentrés, le je-me-hausse, les moi-je, les génies d’eux-mêmes, les m’as-tu-vu, les égo-dilatés, les moi-d’abord.

Ceux qui tutoient la postérité, ceux qui voudraient te tutoyer, ceux qui te regardent de haut, ceux qui prennent ton nom, bref, tous ceux de la troupe du Cirque des Petits Soleils.

Entrez Mesdames et Messieurs, le spectacle est gratuit, vous verrez tous les soleils, ils vous montreront leur flammes, leurs matins lumineux et leurs crépuscules majestueux, leur chaleur irradiante sans ombre. Ils ouvriront leurs égos comme des fours, ils vous engloutiront, vous brûlerez à grand feu, et bientôt, vous serez grillés, tous grillés, charbons noirs, éteints.

Et ils chercheront d’autres proies, sans relâche, pour alimenter leur petit soleil, pour ne pas se faire brûler par un plus gros soleil et finir dans les flammes comme en enfer, oui, je vous dis, Mesdames et Messieurs, gardez-vous des petits soleils de cirque qui consument les faibles, les modestes, les humbles.

Ils se cachent dès qu’un soleil plus ardent, plus impérieux apparaît. Ils peuvent aussi vouloir si fondre, pour gagner en chaleur, en lumière, en rayonnement. Ils aiment s’engloutir dans plus forts qu’eux.

Tu t’ennuies à les contempler, Soleil, je sais, tu ne crains aucun d’eux. Et tu regardes vers les étoiles, si brillantes, si lointaines, si désirables, inaccessibles.

Tu mourras seul, Soleil, dans quelques milliards d’années. Et tous les petits soleils de cirque auront disparus depuis bien longtemps…

Ré, 4 septembre 2017.