L’antithèse de la productivité : dans l’esprit de Leonard de Vinci

“Moi, Leonard de Vinci” — Ralph Steadman 1983

L’autobiographie fictive de Léonard de Vinci par Ralph Steadman

Léonard de Vinci a vécu soixante-sept ans et de lui nous est parvenue une quinzaine d’oeuvres. Raphaël a vécu trente sept ans, et nous en a laissé environ quatre-vingts. Michel-Ange, en quatre-vingt-huit ans, a produit une quarantaine de sculptures, une douzaine de peintures (l’une d’entre elles étant la Chapelle Sixtine) et une douzaine de réalisations architecturales.

Pourquoi si peu d’oeuvres pour celui que l’on considère le génie de la Renaissance ?

Rien à voir ici avec une thèse d’histoire des arts — c’est du livre de Ralph Steadman que je veux parler ici. Illustrateur britannique né en 1936, il voue une fascination au symbole de la Renaissance et du génie créatif et scientifique qu’est Léonard de Vinci. Alors il est parti sur ses traces, a habité où il a vécu, a redessiné ses inventions ; et il a finalement écrit et illustré son autobiographie de fiction.

« Je suis devenu Léonard. Je n’ai pas eu besoin de lire Kenneth Clark. Je savais ; je le sentais. Alors je me suis lancé. » Ralph Steadman

Je ne sais pas si Ralph Steadman est devenu Léonard de Vinci, mais son livre est une plongée fascinante dans un esprit à l’oeuvre — ou plutôt, dans un esprit en recherche constante, et pour qui la démarche semble parfois plus importante que le résultat.

Dans cette autobiographie fictive, Léonard de Vinci est le narrateur à la première personne. Il nous raconte sa vie depuis sa naissance jusqu’à ses dernières heures, en nous entraînant auprès de ses protecteurs successifs, à Florence, à Milan, à Rome, à Paris. Ce récit en texte et en image d’un génie du XVIème siècle vu par un illustrateur contemporain au style flamboyant (le gothique est loin pourtant), est réjouissant.

“[Luca Pacioli] me donna beaucoup et en retour je dessinai pour lui des formes extraordinaires telles que la géométrie nous en fournit. Mon excitation tenait de l’ivresse.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

Durant sa vie, il tissé des liens avec certains des plus grands esprits de l’époque — le mathématicien Luca Pacioli, auteur d’un traité des Divines proportions, l’architecte Bramante, Nicolas Machiavel avec qui il entretient une correspondance et son rival Michel-Ange, de vingt ans son cadet.

Certaines de ses oeuvres ont été détruites ou ont disparu — notamment pendant la dictature destructrice qu’exerça Savonarole à Florence — , beaucoup n’ont jamais été achevées… et la plupart n’ont pas même vu le jour.

Au fil du texte, Ralph Steadman nous fait pénétrer dans l’esprit d’un homme en constante interrogation sur le monde qui l’entoure, curieux de tout, expérimentant à tout propos, analysant les règles que la nature fixe à ce qui l’entoure. Un homme semblable ne tient pour vrai que ce qu’il a pu interroger, tester et vérifier. Il est doué pour tout — le chant, le dessin, les mathématiques, l’ingénierie, et un rien le passionne.

“Je parlai longuement à Luca Pacioli, professeur de mathématiques au service de mon protecteur. […] Lui aussi s’intéressait beaucoup aux merveilles de la géométrie… ” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

La narration s’échappe donc à tout moment vers une considération mathématique ou l’observation d’un phénomène naturel. Les épisodes et anecdotes s’enchaînent, mais le narrateur est obligé de se rappeler régulièrement à l’ordre : « Trêve de digressions », s’admoneste-t-il.

Par le dessin, Ralph Steadman campe un univers surréaliste tantôt magique (quand Léonard est perdu dans les abstractions mathématiques), tantôt quasi-cauchemardesque (quand il considère les travers de ses confrères humains). Il a un style inimitable, alternant des illustrations d’un fini irréprochable et les croquis jetés en marge.

“Je construisis une machine et je demandai à tout le monde de s’écarter, car j’étais certain que d’un instant à l’autre elle allait s’envoler.” Moi Léonard de Vinci, Ralph Steadman

C’est ce mélange de fini et d’inachevé, de travail toujours en cours qui fait rentrer dans l’ébullition du travail créatif — et dans le ressenti même d’une oeuvre organique, à laquelle on ne peut jamais apposer le trait final. C’est le processus qui importe. La démarche plus que l’objet fini.

L’hétéroclite des compositions et des techniques utilisées (de l’encre au collage en passant par des morceaux en photos retouchées) fait écho à l’esprit du narrateur, qui pioche lui-même son inspiration de tout ce qu’il observe.

Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

Ralph Steadman avait commencé sa carrière dans l’aéronautique où, comme le résume la 4ème de couverture, il avait appris à « tirer des lignes droites ». Elles se retrouvent ici pour dessiner toutes les inventions de Léonard : une catapulte pour chats, une machinerie théâtrale figurant le système solaire, un réveil à eau, et évidemment toutes les constructions devant lui permettre de s’envoler.

Le dessin de ses personnages est d’une liberté réjouissante. Son Léonard fictif est extrêmement attachant : mince, dégingandée, chevelu à l’extrême et doté d’un long nez aquilin, il regarde tout avec des yeux surpris ou interrogateurs. Expressif dans toute son attitude, jusqu’à la pointe des orteils.

Et lorsqu’il est tourmenté ou concentré, les pieds de Léonard deviennent également très expressifs :)

En contraste, le reste du monde est composé de trognes, de faciès grimaçants, d’êtres caricaturaux ou défigurés. En ouverture du récit, une citation Freud qui semble faire écho à ce contexte sombre:

« Léonard de Vinci est un homme qui s’est réveillé dans le noir. » Sigmund Freud

Au fil des pages, on suit Léonard dans ses problèmes d’argent, son rapport à ses disciples, les commandes qu’il cherche à obtenir, exécute, ou, le plus souvent, n’exécute pas.

Le premier abandon auquel on assiste est motivé par une raison intime et insaisissable. Celle qui veut que seul le créateur a droit de décider de l’achèvement de son oeuvre. C’est à propos de L’Adoration des mages que lui a commandé le monastère San Donato, que Ralph Steadman met ces mots dans la bouche de Léonard :

« […] quelque chose m’empêcha d’aller jusqu’au bout. J’en arrivai à un point qui était plein de possibilités merveilleuses, et j’en restai là, au grand désespoir de mes commanditaires. »

Je trouve très beau ce « point qui était plein de possibilités merveilleuses » et le seuil de l’explication sur lequel il nous laisse. Léonard n’est pas responsable “quelque chose l’empêcha d’aller jusqu’au bout.” Après tout, pourquoi créer sinon parce qu’une force intérieure l’y pousse ? Et si elle ne l’y pousse plus ou fait obstacle à l’aboutissement de l’oeuvre, quel sens y aurait-il à la forcer ?

Évidemment, ce n’est pas un discours à tenir aux commanditaires… La confrérie de l’Immaculée Conception lui passe commande d’un maître-autel. Léonard s’ennuie à lire la liste infinie de leurs attentes, et décide d’exécuter l’oeuvre comme il l’entend. Bilan :

« […] La liste de leurs exigences était interminable et, en plus, écrite en latin, langue que je maîtrisais mal. Je décidai de ne pas tenir compte de leurs recommandations impératives et de m’y prendre comme je l’entendais. Je donnai le meilleur de moi-même et peignis une scène qui me plaisait beaucoup mais que je ne parvins pas à achever dans les délais prévus. De son côté la confrérie refusa de me payer ce qu’elle me devait, et il s’ensuivit une querelle qui, vingt-trois ans plus tard, n’était toujours pas réglée à la satisfaction des deux parties. »

(Léonard de Vinci peindra finalement une deuxième version, beaucoup plus orthodoxe, de son tableau : ce sont les deux versions de La Vierge aux rochers)

“J’avais accepté de faire le portrait d’une dame au visage céleste.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

Infortuné commanditaire encore, que le mari de la Madonna Lisa. Le Léonard de Steadman accepte la commande du portrait, parce que le visage de la modèle est si beau. Mais peu à peu, à la peindre, il s’émerveille lui-même de ce qu’il parvient à capter :

« […] les gens de ma maison m’assuraient que le visage que j’étais en train de peindre était en fait d’une grande beauté, et c’était aussi mon sentiment. Car je le voyais de mes propres yeux , et ce que je voyais était comme une apparition, et je refusais de m’en sépare et je faisais traîner mon travail, d’année en année, de peur que le mari ne décide que c’était terminé et qu’il ne me l’arrache. J’inventais des prétextes, et trouvais d’autres travaux à faire. »

Tant que l’oeuvre est inachevée, elle est sauvée pour l’artiste, qui peut la contempler encore, la garder près de lui, amoureux d’une création qui le dépasse lui-même un peu.

Qu’est-ce qui fait qu’une peinture est une oeuvre ? À propos d’une de ses dernières oeuvres, Saint-Jean Baptiste, qui le laisse insatisfait (le bras, s’interroge-t-il… comment signifier que ce bras n’est pas celui d’un gringalet, mais un bras divin ?) il condense en une phrase l’exigence qu’il conçoit pour une oeuvre d’art :

« Si l’on est capable de faire naître une image, il faut que ce soit une image dont la richesse se renouvelle. Faute de cela, on souffre chaque fois que des gens la regardent, et tout ce qu’on voit, ce sont les trucs, les maniérismes, tout ce qu’on méprise. »
Saint-Jean Baptiste, Léonard de Vinci, 1513. Huile sur bois, 69x57 cm, musée du Louvre

Procrastination, décision arbitraire, refus de respecter les consignes imposées — finalement, on a l’impression que Léonard de Vinci, passionné par les questions essentielles (comment les oiseaux volent-ils ? Pourquoi les cercles de l’eau ne se brisent-ils pas en se rencontrant ? D’où viennent les reflets arc-en-ciel des bulles d’air dans un verre d’eau ? Comment un peintre peut-il éviter de se représenter lui dans chacun des modèles qu’il peint ?…), est incapable de se plier à la contrainte extérieure d’une commande qui lui déplaît, ou pire, l’ennuie.

Et pourtant, il aura attendu toute sa vie l’occasion de faire ses preuves. Il a joué de malchance avec l’immense cheval de bronze qu’il voulait couler pour les Sforza et qui, resté à l’état d‘argile, finira émietté sous l’assaut des français ; ou encore avec la grande bataille d’Anghiari.

Il devait peindre cette dernière sur le mur de la Salle du Grand Conseil du Palazzo Vecchio à Florence. Pour le mur d’en face, on avait sollicité Michel-Ange qui devait peindre la bataille de Cascina. Les deux compositions demeurent inachevées, et l’épisode tel que narré et illustré par Ralph Steadman est un morceau d’anthologie sur la rivalité entre artistes. Léonard ayant commencé plusieurs mois en avance, Michel-Ange est pris d’une frénésie souhaitant démontrer sa supériorité non seulement stylistique mais également technique. Mais au moment où Léonard de Vinci s’apprête à poser le pinceau sur le mur pour commencer la peinture proprement dite…

« Au moment où je posais le pinceau sur le mur, les cieux s’assombrirent et le glas se mit à sonner. Le carton que je devais transférer sur le mur se détacha, et de l’eau se mit à couler. Le temps empira encore et il tomba des trombes d’eau jusqu’à la nuit, en plein jour il faisait complètement noir.
L’air était tellement humide que ma peinture s’écaillait et commençait à partir en petits morceaux. […]
J’étais saisi une fois de plus par la crainte qui me prend chaque fois que j’entreprends quelque chose de nouveau, et je fus obligé d’abandonner tout ce que j’avais commencé. Michel-Ange m’accusa d’être responsable de notre malchance, persuadé que j’étais la proie d’un mauvais sort et que c’était contagieux, mais à ce moment-là il fut appelé à Rome pour servir le nouveau pape, ce que personne ne pouvait refuser. »
Michel-Ange s’en prend à Léonard, assis dans l’échafaudage d’en face. “Nous en vînmes, je le crains, à parler l’un de l’autre en termes désobligeants, poussés par tous ceux qui voyaient en nous deux chiens affamés qui se battent pour un os.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

Et pourtant, quand le sujet, le lieu, le moment lui sont propices, Ralph Steadman nous montre un Léonard de Vinci bravant tous les doutes et adversité.

L’épisode le plus détaillé à cet égard est celui de la réalisation de la Cène. C’est celui qui permet à Ralph Steadman de s’immerger dans l’esprit de Léonard de Vinci au moment même de peindre, et de le suivre étape par étape —élaboration du sujet, excitation, partis pris de composition, première touche.

Pour une fois, la tâche semble à la hauteur de ce que Léonard peut et veut faire : décorer le mur du fond du réfectoire Santa Maria delle Grazie, conçu par Bramante. Ce projet l’exalte au point de l’empêcher presque de commencer. C’est bien pire que l’angoisse de la page blanche — l’angoisse du mur blanc !

« Mon tableau serait si vivant qu’il semblerait faire partie de la salle. Une annexe au réfectoire si criante de vérité que les moines auraient chaque soir cette expérience extraordinaire de dîner en présence même de leur Sauveur. […]
La tâche que je m’imposais était si exaltante que je craignais même de toucher le mur. Je passais par des crises de terreur panique, où je n’osais pas souiller la blancheur qui s’étendait devant mes yeux. »
“Peut-être était-ce ce pouvoir qu’avait le mur blanc de m’inspirer de la crainte qui me rendait impuissant en face de lui ?” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman (détail) — j’adore ces pinceaux colorés qui narguent la toile blanche en bas à droite

Un peu plus loin, on suit Léonard dans la tourmente de son attente, de sa vision et de son exigence quasi-paralysante :

« Je devais décrire cette scène comme si j’y assistais moi-même et que ma rétine conservait ce qu’elle venait de percevoir l’espace d’un instant, comme si le temps s’arrêtait. […] L’image que j’avais dans la tête, l’espoir fou de réaliser quelque chose qui ressemblerait un peu à la vision que je voulais exprimer, c’est ce qui m’empêchait de commencer, par crainte de l’échec. »

Par où commencer ? Quel est la première touche que pose l’artiste sur une oeuvre de cette envergure ? Une question mystérieuse et fascinante pour Ralph Steadman et le lecteur, angoissante pour le narrateur :

« La première touche, la décision de commencer par tel endroit plutôt que par tel autre, voilà ce qui déterminera la suite. Et si je me trompais ? Puis-je me tromper, ou tout est-il prédéterminé ? Ma raison m’affirmait que non mais dans mon incertitude je pensais qu’un pouvoir supérieur à moi me dictait la voie à suivre, c’était une façon de me rassurer en me disant que le sujet lui-même me servirait d’inspiration. »
“Je décidai que l’oeil droit du Christ serait le point vers lequel convergeraient tous les éléments de la scène.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

Lorsqu’il démarre enfin, c’est devant un parterre de spectateurs curieux qui l’observent comme ils feraient d’un jongleur, attendant qu’il laisse tomber sa quille.

« J’écoutais tous les commentaires de ceux qui passaient devant mon mur et me faisais à moi-même la remarque qu’un peintre devrait souhaiter entendre ce que chacun a à dire sur la progression de son travail.
En vérité, quand un homme peint un tableau, il ne devrait pas refuser d’écouter, car nous savons tous que même si une personne n’est pas peintre, elle peut être à même de juger correctement les proportions d’un autre être humain, et de voir s’il est bossu, ou s’il a une épaule plus haute que l’autre, une grande bouche, un grand news, ou tout autre défaut.
Et donc si nous reconnaissons que les hommes sont capables de porter un jugement correct quant aux ouvrages de la nature, à plus forte raison devons-nous admettre qu’ils sont en mesure de juger nos erreurs. »
“Mes visiteurs restaient derrière moi pendant de longues heures et observaient ce que je faisais comme si j’étais un jongleur qui va lâcher une de ses quilles.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman (détail)

Alors qu’il prépare ses couleurs devant ses élèves attentifs, il se prend à laisser ses pensées dériver — espérant que le caractère exceptionnel de cette oeuvre en particulier, face à laquelle il est presque démuni, puisse leur donner le goût et le sentiment des choses hors du commun :

« Mes élèves m’observaient avec recueillement, et je savais qu’ils retiendraient cette leçon […] Cette peinture, c’était différent, et je pouvais seulement m’y prendre à ma façon en espérant que ce qu’ils verraient les inciterait à aspirer à autre chose qu’à la routine, car beaucoup de choses sont en sommeil dans l’esprit des hommes et n’attendent qu’une étincelle pour se réveiller. Mais trêve de digressions. »

Léonard de Vinci achèvera la Cène — elle fait partie des oeuvres les plus connues de l’histoire de l’art. Pourtant, de son vivant même, elle subit une inondation (l’église était construite sur un marais) et devra être restaurée. Un sujet de découragement supplémentaire pour un personnage qui semble avoir tant de mal à aboutir les choses.

« Je n’avais aucune envie de me remettre à la peinture. Tout ce que j’avais accompli jusque-là avait échoué, et même la Cène avait souffert d’une inondation […] J’étais humilié. Je semblais prédestiné à ne rien faire d’autre que des châteaux de sable. »

De fait, certaines des plus belles illustrations du livres sont dédiées à des inventions par nature éphémère, automates destinés à l’amusement de la cour, dispositifs de théâtre, conception de chimères…

“Je fus chargé de créer un paradis imaginaire destiné à plonger dans le ravissement tout un groupe de nobles putains et d’hommes nantis venus de l’étranger tout exprès […]” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

Et pourtant, tout au long de sa vie, en parallèle, en filigrane du récit, Léonard de Vinci accumule les notes. Il dissèque les cadavres et prend des notes. Il analyse le vol des oiseaux et prend des notes. Il étudie la science de la peinture et prend des notes. Mais que faire de ces notes qui témoignent, par les connaissances qu’elles renferment, de l’oeuvre de toute une vie ?

« J’avais en tête de publier un jour tout ce que j’avais découvert au cours de ma vie. J’avais absolument tout gardé, ce qui n’était pas un problème, mais c’est fou ce qui s’était accumulé au cours des années, et quelquefois j’ai écrit les mêmes choses plus d’une fois pour être bien sûr que finalement rien ne sera oublié.
Quel travail compliqué que de tout remettre en ordre. Je me sentais très seul dans cette tâche. »

Les toutes dernières pages reprennent cette litanie :

« Mes papiers, il faut que je trie mes papiers. »
“Mes papiers, il faut que je trie mes papiers.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman

L’illustration qui accompagne ce texte est poignante. On y voit Léonard courbé sur les milliers de feuillets qu’il a annotés, s’y agrippant des deux mains. Sa dernière oeuvre inachevée. Son visage est représenté quatre fois, en un mouvement de tête qui se tourne. De profil, il regarde avec intensité les feuillets auxquels il se cramponne. De face, il nous fixe.

“Mes papiers, il faut que je trie mes papiers.” Moi, Léonard de Vinci, Ralph Steadman (détail)

Espère-t-il que nous pourrons prendre le relai de cette connaissance foisonnante — que nous pourrons l’aider à les trier par-delà les siècles ? Est-ce que le livre même de Steadman pourrait représenter sa contribution à cet effort — la volonté de donner de la vie foisonnante de Léonard de Vinci un aperçu unifié, tout en conservant son mystère et sa complexité ?

Sources

STEADMAN Ralph, PASQUIER Marie-Claire (trad). Moi, Léonard de Vinci. Aubier-Montaigne, 1983.