Je plaque tout et je change de vie #Part 1 : j’ai recherché et j’ai (presque) rien trouvé !

Aller à l’école, apprendre, avoir de bonnes notes, poursuivre des études universitaires, cumuler les diplômes pour mettre toutes les chances de son côté et peut-être travailler pour une entreprise qui nous rémunèrera mensuellement. Finalement, je ne me rappelle pas vraiment avoir pris le temps pour véritablement réfléchir à ce que je souhaitais faire de ma vie. En fait, si. Mais sans expérience, sans exemples concrets, sans conseils, on choisit finalement la voie qui nous est accessible et qui nous ferme le moins de porte. Au moins pour moi, c’est comme ça que cela s’est passé. Spéciale dédicace à nos “conseillers d’éducation”, présent dans chaque lycée, chaque collège et censés nous conseiller sur notre carrière et futur métier alors que ce sont des personnes qui ne sont jamais sorties de l’école…

Je m’appelle Fabien, j’ai 36 ans, et je suis originaire de la région parisienne. Ma première expérience loin de chez moi, à l’étranger remonte à 2003. Je suis parti en stage à Amsterdam 6 mois dans un laboratoire de recherche dans le cadre de mes études de biochimie. J’y faisais de la cristallographie! Le principe en deux mots : obtenir le cristal d’une certaine protéine à partir d’une solution extrêmement concentrée et pure de cette protéine. Le cristal mène à la structure 3D de cette protéine et de fait, permet de mieux comprendre son mécanisme d’action au sein de la cellule. Vous avez suivi ??

Recherche Cristal Désespérément

En gros c’est de la recherche fondamentale et ça ressemble beaucoup à de la cuisine (remplacer “recette” par “protocole”) : faire se multiplier un type de cellule qui exprime en quantité la protéine que l’on cherche à analyser, les faire exploser à coup de changement de températures et de produits chimiques, et finalement en extraire cette fameuse protéine qui nous intéresse. Jusque là, ça va, les protocoles sont pour cette partie bien maitrisés et donnent de bons résultats. Où ça se complique c’est pour obtenir un cristal à partir de ce concentré de protéines. Là, c’est l’inconnu car sa formation est mal comprise et il faut essayer une multitude de conditions différentes en jouant sur des variables comme le liquide environnant, la température, le ph (taux d’acidité)…

Alors tous les matins, il faut jeter un oeil au microscope pour observer chaque gouttelette déposée dans ces différentes conditions. Le cristal peut se former (dans la gouttelette) après des années…ou juste après une seule nuit. Impossible de le savoir à l’avance. Par exemple, la nana avec qui je bossais, essayait d’obtenir le cristal d’une protéine depuis plus de 2 ans, alors qu’un étudiant qui venait d’arriver avait réussi à en obtenir un sur une autre protéine en une seule nuit…question de chance. C’était un sujet sensible, fallait pas la chauffer avec cette histoire! Vous l’aurez compris, c’était un travail de dingue, minutieux, laborieux, et plutôt rébarbatif. On devient de vrais esclaves face à certaines “manips” qui ne connaissent ni les 35h, ni les week-ends…

Entre ADN, protéines, cellules, et autres électrophorèses, cette tambouille monopolise 80 à 90% du temps que l’on passe dans le laboratoire. Les autres 10% restant servant à la réflexion et à faire marcher les méninges.

Amsterdam 2003. Des amis étaient passés me voir à Amsterdam, et m’ont accompagné au labo le temps de lancer une manip. Ca devait prendre 10 min, mais tels des chiens fous, une fois le dos tourné, ils en ont profité pour enfiler une blouse et faire les savants fous… Heureusement, c’était un samedi, et il n’y avait personne. Sans quoi, j’aurais certainement eu quelques problèmes (l’appareil derrière moi coûtait à l’époque plusieurs centaines de milliers d’euros). Photo : PRICELESS!

Finalement ce qui m’a enchanté, ce n’est pas tant l’aspect scientifique, mais clairement l’environnement international. Les chercheurs et étudiants du labo (un étage entier) venaient des 4 coins du globe… Entre un américain désabusé qui détestait la science (alors qu’il faisait un post-doctorat), un australien complètement fasciné par la charge historique du moindre km2 en Europe, une allemande vieille fille, un hollandais autiste qui ne parlait à personne, un portugais “badass”, un indien feignasse que personne ne comprenait à cause de son accent… C’était parfois un vrai cirque. N’empêche, c’était génial.

Living the American Way of Life

Piqué par le virus du voyage, je ne désirais plus qu’une chose : continuer à vivre des expériences à l’étranger. Peu importe le boulot, peu importe le salaire. Je suis donc reparti à New York, une nouvelle fois dans un laboratoire de recherche, 5 mois, toujours entre les pipettes, les cellules, les méthodes PCR (méthodes pour détecter et multiplier certaines parties d’ADN connues). L’ambiance était tout aussi sympa qu’à Amsterdam, mais avec la pression en plus. Aux Etats-Unis probablement plus qu’ailleurs, la science est soumise à une certaine demande de résultat. Les laboratoires sont priés d’atteindre THE objectif : la publication, et si possible dans la meilleure revue, Nature.

Une telle publi c’est l’assurance de gagner en notoriété et, de fait, de soulever des fonds pour le financement du laboratoire et de l’Institut. La lutte est féroce, des concurrents existent partout dans le monde. Et oui, ça peut paraître absurde, mais plusieurs laboratoires travaillent sur des projets similaires. Donc lorsque l’un d’entre eux publie un article sur le sujet, il peut coiffer au poteau tous les autres qui travaillaient sur la même chose, mais qui n’ont vraisemblablement pas été aussi performants. Le chercheur vit avec l’angoisse de voir tout son travail, ses avancées, les heures non comptées à bosser le week-end, réduits à néant avec la publication d’un autre, quelque part dans le monde…

Sur ma paillasse au Memorial Sloan Kettering Institute à New York en 2004.

A nouveau, une expérience pleine de rebondissement. En outre, je pense avoir vécu la véritable “American way of life”, vu que j’ai poursuivi en justice mon colocataire, Joseph, qui avait gardé mon mois de garantie sans raison ! En fait si, il s’était vexé car je lui avais annoncé que je souhaitais déménager. Considérant être dans son droit, il avait décidé de garder ce qui à l’époque pour moi, était une certaine somme. Longue histoire, complètement burlesque, dans laquelle je me suis retrouvé à 1 heure du matin dehors avec mon sac (en fait j’étais plus ou moins viré de chez lui), et avec dans mes mains une grosse et horrible tirelire en terre cuite en forme de chien à laquelle Joseph tenait comme à la prunelle de ses yeux. C’était mon otage, ma monnaie d’échange ! Quant à lui, il me suivait avec un oreiller dans les bras (trop long à expliquer) et me suppliait de lui rendre ses clefs et sa tirelire. Je vous laisse imaginer le spectacle et l’attitude des gens autour de nous qui y assistaient sans rien y comprendre… En 2004, les smartphones n’existaient pas encore. Si la même scène se passe aujourd’hui, on termine sur Youtube avec 1 million de vues.

New-York 2004: Fête d’Halloween avec tous les autres laboratoires de l’étage. Ici, l’équipe presque au complet (de gauche à droite) : moi-même, Milos, Pam (la chef), Sunny et Miha.

Au final, même si le juge me comprenait à peine à cause de mon accent, j’ai gagné ce petit procès appelé là-bas « small claim court ». Le principe est génial : il faut payer 30 dollars pour être confronté un mois plus tard, à la personne avec laquelle il y a le litige, face à un juge qui tranche. Le lendemain, un courrier qui confirme l’issue du procès vous est envoyé. En l’occurrence, il était en ma faveur.

Le problème c’est pour récupérer les sous… L’ami Joseph ne m’a remboursé pour l’instant que la moitié et me doit toujours aujourd’hui 350 dollars. J’étais passé à l’église dans laquelle il chantait (je n’ai jamais su comment il gagnait sa vie) pour réclamer mon dû. Et quand je le coince à l’intérieur même de l’église, que je m’attendais à en découdre un peu verbalement, ce zozo ne trouve rien de mieux à dire que « Fabien, je suis content de te voir ici. J’ai même vu que tu as ouvert la Bible… ». Tu m’étonnes, je venais de me taper les deux messes et je commençais à m’ennuyer sévère. Bref, il m’explique calmement que même s’il avait cette somme, il ne me rembourserait pas… Il n’y avait plus grand chose à faire. Du coup, on s’est quitté malgré tout en bons gentlemen, il m’a payé le déjeuner, et nous nous sommes dit adieu presque réconciliés.

Joseph, mon colocataire qui dormait sur le canapé. Chrétien pratiquant, il souhaitait me voir plus souvent à l’église car selon lui « quand on arrive dans une ville inconnue, c’est important de connaître les bonnes personnes »… Poli, j’ai rejeté sa proposition, et j’ai commencé à chercher un autre appart !

Toujours est-il que cette lettre qui atteste de ma victoire, je la garde précieusement car elle est valide 20 ans. Donc il me reste encore une petite dizaine d’années pour récupérer cette somme. Sait-on jamais, je suis plutôt du genre à ne pas lâcher l’affaire…

Ces deux expériences à l’étranger tiennent un rôle majeur pour la suite. Elles ont sans aucun doute, façonné mon attirance pour le dépaysement et la recherche de ces petites aventures et anecdotes qui rendent notre quotidien plus attrayant, plus drôle et plus intéressant…


Je plaque tout et je change de vie #Part 2, la vida latina : tacos, pharma et milonga

Suite à cette expérience américaine, je dois rentrer en France. Un peu paumé, je commence logiquement à rechercher du boulot dans les laboratoires de recherche. Premier constat : il n’y a pas grand chose et je sens qu’il va falloir lutter. Deuxième constat : je n’ai pas envie de galérer pour faire quelque chose qui finalement ne me motive pas plus que ça. La recherche c’est passionnant, parfois très stimulant, extrêmement valorisant, mais c’est juste que ça ne colle pas avec ma personnalité. Trop de routine, trop de travail solo, pas d’échanges avec le monde extérieur…

Du coup j’ai dit stop. Mais alors que faire ? Reprendre les études. Bien qu’étant un investissement important, c’était plutôt une bonne option. Puis franchement, reprendre la vie d’étudiant, l’idée ne me dérangeait pas du tout…

Je choisis donc de me réorienter en 2006, et de reprendre mes études dans une grande école pour un (blanchiment de) diplôme en marketing qui allait me permettre de rebondir dans l’industrie pharmaceutique où de nombreuses portes sont ouvertes, où les salaires sont intéressants, et surtout où les opportunités à l’étranger sont nombreuses…

Passer de la paillasse et du statut de savant fou en blouse blanche à l’open space et au costard cravate, c’est assez violent. D’ailleurs, n’ayant pas l’habitude je ne me rendais pas vraiment compte, mais je portais certains costars qui étaient davantage faits pour les cérémonies que pour aller bosser dans des bureaux… M’en suis rendu compte un soir alors que je rentrais en train, quand un ami m’a demandé si je revenais d’un mariage...

México lindo

Grâce à cette réorientation, j’ai pu travailler en marketing et en vente dans un laboratoire pharmaceutique français au Mexique pendant 2 ans. Si je devais donner une liste rapide et désordonnée de ce qui pourrait caractériser les mexicains : ils ne sont pas très fiables car ne savent pas dire non; une bonne humeur légendaire alors qu’il leur faut parfois 2 heures de voiture pour arriver au bureau (le trafic mexicain est un des pires au monde) et malgré leurs 6 jours de vacances annuels; ils dansent dès qu’il y a un peu de musique : tout est prétexte à faire la fête; ils se tutoient les uns les autres quelque soit le statut social; ils sont joueurs et curieux; ils organisent une fiesta chez eux juste pour pouvoir vous inviter… Des gens tellement attachants. Mon dernier jour de travail m’avait chamboulé…

A gauche: mon dernier jour de travail à Mexico DF après 2 ans, avec Adri et Maga (Mai 2010). A droite: préparatifs pour la réunion de cycle et les présentations marketing sur le thème des agents secrets (Fevrier 2010)…

Collectivo, Boulot, Dodo…

Des ruines aztèques omniprésentes sur tout le sud du pays; les plages de la côte Pacifique authentiques et sauvages idéales pour glander sous le soleil une Michelada à la main (= bière glacée avec du sel et du citron); Guanajuato, patrimoine mondial de l’humanité, et une des plus belles villes au monde avec ses petites places et ses rues tellement étroites qu’une seule personne peut y passer à la fois (on les appelle callejones); le Canyon del Cobre plus grand et plus profond que le canyon d’Arizona; le Chiapas avec ses montagnes, sa jungle et sa culture forte indigène. Chaque région à son style, son identité, sa musique, sa gastronomie… Le pays est une merveille, il suffit de faire 2–3 heures de route depuis la capitale pour être dans un autre univers.

Yaxchilan : ruines mayas en plein cœur de la jungle du Chiapas, juste à la frontière avec le Guatemala. Difficiles d’accès elles sont très peu fréquentées par les touristes…

Buenos Aires à l’arrache

Puis en 2011, je pars pour Buenos Aires avec ma copine. Sans plan spécial, et avec la seule idée de rester un certain temps, de quoi vivre et sentir la culture argentine dont nous avions tant entendu parler. Gros coup de bol, je commence à chercher un boulot, je toque à la bonne porte au bon moment et là, banco. Je suis rapidement engagé dans un autre laboratoire pharmaceutique français, dans lequel je resterai presque 3 ans sur un poste de responsable des ventes avec le management de 10 visiteurs médicaux sur la partie sud de Buenos Aires. Autant vous dire, que face à certains vieux de la vieille il a fallu faire ses preuves.

Les argentins… Jamais vu des gens aussi sensibles et susceptibles, une vraie expérience humaine… Souvent dans la représentation, la passion et le drama, c’est probablement aussi cela qui fait leur charme. J’ai souvent l’impression que ce sont de grands enfants avec leurs moments d’hystérie, de caprice et d’émotion.

Avec mon équipe nous étions très solidaires, je les protégeais, et ils me rendaient la pareille. Nous étions comme une famille. Et comme chef de meute, je devais donner l’exemple, exiger du travail et des résultats, mais aussi féliciter, féliciter et re-féliciter… Tellement important en Argentine.

Réunion avec mon équipe de visiteurs médicaux, à Buenos Aires en décembre 2012 (en plein été), dans un de mes endroits préférés: “Esquina Homero Manzi”, là où ça respire le tango et le vrai Buenos Aires…

Faire du business avec les argentins…

Le monde de la pharma… Ah ! Je pourrais en écrire un livre. Il serait drôle, surprenant et choquant. Je ne souhaite pas insister sur la manière de travailler de cette industrie en Argentine. Ca serait intéressant mais trop polémique, c’est pas le sujet !

Une des premières choses que j’ai apprises pour parler business en Argentine : les réunions doivent commencer en discutant de n’importe quoi sauf de business ! Véridique. Moi, en bon français, essayant d’être super pro, je ne voulais ni me mêler de la vie privée de mon interlocuteur, ni lui parler comme si c’était mon pote. Résultat, les personnes avec lesquelles je me réunissais (souvent des médecins) me prenaient pour un sauvage hautain qui n’a aucune considération pour la « personne humaine qu’il a en face » (quand je vous dis que ce sont des sensibles).

Bon, en fait c’est tout l’inverse qu’il faut faire : 90% de la discussion doit être dédiée à instaurer un climat de confiance, à parler de la pluie et du beau temps, bien évidemment du foot (en Argentine, TOUT LE MONDE soutient activement une équipe), de la France, de n’importe quoi. Faut surtout pas que ce soit lourd, l’idée de base c’est de se dé-tendre ! Lorsque la personne que vous avez en face tape des deux mains sur la table, vous sourit et vous demande pourquoi vous êtes venu la voir. C’est le feu vert, et c’est seulement à ce moment là qu’il vous faut aller droit au but, sans tourner autour du pot… Au début ça me paraissait bizarre, mais rapidement j’y ai pris goût.

Faire une réunion avec des argentins. C’est un peu comme essayer de cuisiner avec des gants de boxe : c’est faisable mais ça prendra du temps…beaucoup de temps. J’avais toujours cette désagréable impression qu’on faisait des réunions de 2–3 heures au bureau avec mes collègues pour quelque chose qui aurait pu prendre 15 min… Selon moi il y a plusieurs raisons : ils se coupent sans cesse la parole, ils se crient dessus, s’énervent, changent constamment du sujet et en profitent pour régler des vieux dossiers. Du coup, même si ça pouvait être souvent drôle comme le serait un sketch, je préférais passer le moins de temps possible au bureau, pour davantage être « sur le terrain » avec mes visiteurs médicaux et les médecins.

Une spécificité argentine dans le domaine de la visite médicale (présentation des différents médicaments aux médecins) est que la présence des chefs est interdite dans les cabinets médicaux et dans les hôpitaux ! C’est une loi qui date, obtenue par le syndicat des visiteurs médicaux. Et croyez-moi, ils essayent de la faire respecter à coup de menaces, de rayures sur la voiture, et autres méthodes mafieuses extrêmes… J’ai bien souvent joué au chat et à la souris car comment pouvais-je exercer mon métier s’il n’était pas possible de rencontrer les médecins dans leur environnement de travail ? Le plus important c’était de rentrer incognito dans l’hôpital, l’air de rien, sans prévenir qui que ce soit et en croisant les doigts pour qu’aucun visiteur médical d’un quelconque labo me voit. Car oui, ceux qui sont syndicalisés dispose d’un trombinoscope des chefs des différents labos pour pouvoir les reconnaître, et ils n’hésitent pas à prévenir les boss du syndicat pour qu’ils se pointent à plusieurs (des fois 10 personnes) et qu’ils mettent un bon coup de pression à la sortie ! Du coup, lorsque je pénétrais dans une clinique, il y avait toujours cette petite adrénaline qui rendait tout ça un peu plus excitant…

A gauche: la montagne aux 14 couleurs dans la région de Salta au nord de l’Argentine au niveau des Andes. A droite: les chutes d’Iguazu (Gorges du Diable), merveille du monde, elles se situent à la triple frontière Paraguay-Argentine-Brésil. La chaire de poule face à l’énergie dégagée par tout ce volume d’eau…

Ce boulot était exactement ce que je recherchais en arrivant en Argentine. Comme un chef d’orchestre je devais dealer à la fois avec les collègues du marketing, les médecins pour avoir leur feedback quant à la prescription des différents médicaments, l’organisation d’évènements, et bien sur chaque individu de mon équipe : sa formation, ses problèmes perso, la gestion de son territoire…

C’était intense du matin au soir et souvent je m’interrogeais. Autant d’heures et d’énergie investies dans ce travail (j’avais 10 jours de vacances par an)… Pourquoi les offrir à une entreprise qui ne me doit rien, et qui choisira de se séparer de moi ou de m’envoyer ailleurs du jour au lendemain où bon lui semblera ? Pourquoi ne pas dédier toute cette énergie à quelque chose qui m’appartient, à quelque chose qui me passionne, à un projet que je ferai grandir ? Et puis, est-ce que je veux « vendre » des médicaments toute ma vie ?


Je plaque tout et je change de vie #Part 3, je fais ce qui me plaît : Trekkings et Excursions en Amazonie

Le fait même de me poser ces questions y répond… Je dois sortir de ma zone de confort. Je démissionne en octobre 2014 pour me consacrer corps et âme à un projet qui me trottait dans la tête depuis plusieurs années et qui me permettait de concilier plusieurs choses qui me passionnent: le voyage, le trekking et la jungle ! Se retrouver en pleine nature, se reconnecter avec les éléments et cette sensations de liberté grisante où tout est possible, c’est ça que j’ai toujours aimé.

Je décide donc de proposer des trekkings et des excursions en pleine Amazonie via un site Internet, dans différents pays d’Amérique latine, au contact des communautés autochtones et dans le cadre d’un tourisme responsable.

@Guatemala, Biosphère maya. Arrivée sur le site de Tikal après 3 jours de trek. Grand moment lorsque deux trois ricains bedonnant en chaussette-claquette, bière à la main, nous voient sortir de la jungle suant, sacs sur le dos, et bâton à la main… Une fois sur le site, la visite peut commencer. La cerise sur le gâteau.
@Guatemala, Biosphère maya. Ruines maya inconnues du grand public, car accessibles seulement après plusieurs jours de marche. Un moment privilégié du trek « Sur la Route de Tikal ». Encore en fouille, ces ruines n’ont malheureusement pas échappées à divers pillages…

En y réfléchissant, mon projet n’est pas un changement de cap à 180° comme j’aime parfois le dire. En y regardant de près, c’est en fait la suite logique de toutes mes décisions et choix de vie que j’ai faits par le passé. Je fais ce que j’aime !

Donner un nom à une entreprise peut demander une longue réflexion, et même un certain investissement lorsque l’on fait appel à une agence spécialisée. Pour ma part, ça a été réglé en 3 heures, mon projet s’appelle Gayatrek. Gaïa (ou Gaya) est le nom de la déesse de la mythologie grecque incarnant la Terre. C’est aussi le nom de l’hypothèse proposée en 1970 par l’écologue anglais James Lovelock, selon laquelle la planète Terre constituerait en fait un superorganisme vivant et dynamique.

Ma vision du voyage : nature, dépaysement et challenge physique !

En résidant ces dernières années en Amérique latine, j’ai eu l’occasion de voyager dans la plupart des pays de la région. Organiser son voyage est une approche très personnelle. Certains recherchent le farniente au soleil, sur la plage, une piña colada à la main. Leur choix se portera probablement sur des destinations touristiques, mais néanmoins efficaces, comme Cancun ou la République Dominicaine (no offense, se faire dorer la pilule sur la plage j’ai déjà fait et j’ai apprécié !). D’autres s’orientent vers les grandes capitales pour les aspects culturels et festifs. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise destination, finalement tout dépend de ce qu’on en attend. Pour ma part, mon objectif est clair : l’aventure, la nature, le dépaysement et, si possible, le challenge physique. Le trekking permet de concilier ces différents ingrédients. J’ai découvert la jungle pour la première fois en Colombie sur la côte Caraïbes en 2007. Ca a été une révélation. Toutes mes expériences en forêt qui ont suivi ont été à chaque fois différentes, riches, spéciales… On en prend plein les yeux, et on en revient changé.

@Pérou, Réserve Nationale Pacaya-Samiria. Ce vieux monsieur sur son canoë à la rame, passe de maison en maison, de village en village pour vendre ses piranhas. Les poissons peuvent tout à fait être conservés plusieurs jours empilés les uns sur les autres dans ce sceau, recouverts d’une bâche le plus hermétiquement possible. C’est avec des grands yeux et un peu halluciné qu’on le regarde arriver et repartir en ramant, accroupi sur son petit canoë rempli de provision…
@Pérou, village de Nauta, région d’Iquitos. Arrivée au village de Nauta au petit matin, après 2,5 jours de bateau sur un des affluents du fleuve Amazone. Nous y sommes monté à Yurimaguas (Nord-Ouest) l’après midi 3 jours plus tôt. Nous avons eu beaucoup de chance: il est parti 2 heures après notre arrivée alors que certains attendaient son départ depuis 3 jours ! 1h30 plus tard, nous étions à Iquitos, une des « capitale » amazonienne… Je n’ai mis aucun filtre sur cette photo, les couleurs sont naturelles…

Gayatrek s’adresse autant aux vrais aventuriers qui souhaitent vivre une aventure magique et qui cherchent le défi physique en plein coeur de la jungle amazonienne, qu’aux amoureux de la nature qui souhaitent simplement plonger dans la jungle y dormir et observer une faune et une flore extraordinaire… Le trip d’une vie qu’il est possible de vivre !

Par ailleurs, c’est aussi pour moi une manière de lutter en faveur de l’Amazonie. Je pense que la conscience collective est touchée par ce qui se passe actuellement. Malheureusement, selon moi, les gens ont besoin de s’y rendre pour véritablement se sentir impliqués et réaliser l’importance de la conservation et de la protection d’un des derniers bastions de la nature sauvage et du monde animal. Une personne qui osera s’immiscer en plein coeur de la forêt, pour y découvrir la beauté de la vie sauvage et la richesse des traditions des communautés locales, est une personne qui sera prête à se battre pour la protéger.

L’Amazonie, terre de mystère qu’il est possible de découvrir

Levé du soleil sur le Parc Yasuni (Equateur) qui abrite une des plus grande biodiversité au monde.

L‘Amazonie ne laisse jamais indifférent, car elle suscite tout de suite plusieurs sentiments et un certain imaginaire : d’une part la fascination, la curiosité, l’aventure, l’exploration mais d’autre part la crainte, l’enfer vert, la sévérité du monde animal… Le seul terme « nature » est à lui seul paradoxal : à la fois un écosystème, une entité à part entière, et la somme infinie d’êtres vivants tous dépendants les uns des autres. Cette extrême végétation nous fascine et nous lui portons tous un regard tendre et protecteur, mais elle nous effraie à la fois. S’immiscer en son cœur, c’est se soumettre à ses lois, apprendre de nouvelles règles, s’exposer à la vie sauvage avec lesquels nous ne sommes plus familiers, mais c’est surtout l’assurance de s’émerveiller, et peut-être même de redécouvrir ce qu’est la vie.

@Bolivie, Parc National Madidi. Dans la jungle du Parc Madidi en Bolivie, 4eme jour de trek, chaud mais pas fatigué. Le guide s’arrête souvent pour raconter des anecdotes comme par exemple l’utilisation d’un certain type de fourmis à grosse mandibule pour effectuer des points de suture. Il me l’a montré sur son propre doigt !
@Bolivie, Parc Madidi. La mygale vit dans une petite tanière dans laquelle elle attend le passage d’une proie à l’entrée pour attaquer. Il est donc assez simple de la déloger en titillant avec une brindille les bords du trou dans lequel elle est logée. Le reste du boulot s’effectue avec une clope !!! Jetez un oeil à la video… Alors ?

Est-il dangereux de s’y aventurer ? La réponse est : pas plus que dans une grande ville. Rio de Janeiro (dans le top 10 des villes ayant la plus forte criminalité) et Mexico sont réputées être des villes dangereuses. Elles sont néanmoins des villes très touristiques et très agréables à vivre au jour le jour… En pleine forêt amazonienne, les codes et règles à respecter sont différents et il est tout à fait possible de s’y aventurer, accompagné d’un guide, sans mettre sa vie en jeu !
NON, les indiens Jivaro ne vont pas vous chasser pour diminuer votre tête et l’ajouter à leur collection. NON, il n’y aura pas un serpent venimeux sous chaque feuille d’arbre. NON, les piranhas ne vous grignoteront pas les mollets lorsque vous aurez les pieds dans l’eau. NON, le jaguar n’attaque pas l’Homme !

Quelles méthodes employaient les Jivaro pour réduire les têtes ? La réponse ici… Rassurez-vous, cette coutume du peuple Shuar est interdite par les autorités péruviennes et équatoriennes depuis les années 60.
Oser cette expérience est la meilleure manière de s’en rendre compte… Comme m’a confié un guide à Iquitos au Pérou : “La jungle, il ne faut pas en avoir peur, il faut juste la respecter” (No hay que tenerle miedo a la selva, sino respeto ).
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