Il ne faut pas abandonner les militants de la Lucha et de Filimbi à leur sort.

Ce qui se passe sur le plan politique en République démocratique du Congo devrait nous intéresser tous, pour plusieurs raisons. La RDC est le laboratoire depuis l’assassinat de Lumumba de la répression et des combines sur le dos des peuples africains. Ces dernières années, dans de nombreux pays africains, le respect de la Constitution est devenu une exigence de la société civile. Avec ce qui a été appelé le Printemps arabe, parti de Tunisie, les jeunes ont montré leur détermination à s’engager de manière pacifique mais déterminé dans le renforcement de la démocratie et des libertés fondamentales. En 2012 au Sénégal, de nombreux jeunes se sont impliqués à travers notamment le mouvement « Y en a mare » qui a apporté une contribution non négligeable dans la chute du président Wade. Suivant cet effet, au Burkina Faso, des jeunes se sont organisés à travers plusieurs mouvements citoyens dont le plus connu est « Le Balai Citoyen ». Grace à une organisation méticuleuse, la société civile et l’opposition politique burkinabè ont réussi à faire échec au projet de révision constitutionnelle qui devait ouvrir la voie à un « 3ème mandat » au président Compaoré. Tout le monde connait la suite de l’histoire.

Au moment du coup d’Etat, à près d’un mois de la date d’anniversaire de la chute de Compaoré, c’est encore grâce à l’opposition de la population en majorité composée de jeunes que le plan du général Diendéré a été tenu en échec. Au Burundi, les jeunes se sont fortement mobilisés contre le troisième mandat du président Nkurunziza mais ils n’avaient ni l’organisation ni le soutien dont ont bénéficié les autres mouvements citoyens qui ont émergé avant eux. Il faut donc travailler à soutenir et à décloisonner tous ces mouvements pour créer une dynamique de mutualisation. L’expérience politique récente au Burkina Faso montre que lorsque les enjeux politiques nationaux trouvent un écho régional, il y a de fortes chances qu’ils épousent les aspirations réelles du peuple parce que la pression est plus forte sur les acteurs et ceux-ci se savent surveillés.

A l’heure des médias sociaux numériques nous, Africains, sommes plus que jamais à un tournant historique de parachèvement de la démocratisation du continent. Bien sûr, le débat sur le développement qui précède la démocratie ou la démocratie qui précède le développement aura toujours ses adeptes mais il n’en reste pas moins que depuis 50 ans, une grande majorité de pays africains ne pratique pas la démocratie et ne se développe pas non plus. L’autoritarisme voire la dictature ne signifie pas une discipline pour le développement. Elle est souvent, l’antichambre du chaos. A contrario des pays sans ressources ayant opté pour une ouverture démocratique voient leur économie décoller parce que la démocratie est le système qui garantit le mieux la mise en place de mécanismes d’inclusion et donc de contrôle.

Au Congo, celui dit démocratique — une ironie de l’histoire encore — des jeunes militants de “la Lucha” et du mouvement “Filimbi” sont réprimés avec beaucoup de férocité. Depuis bientôt un an, deux des leaders de ces mouvements, Fred Bauma et Yves Makwambala, ont été arrêtés lors d’une manifestation pacifique. Ils encourent la prison à vie pour avoir… exprimé un désir de respect de la Constitution de leur pays.

Certains militants ont pris le chemin de l’exil et d’autres sont dans la clandestinité. Le 06 février 2016, à 04 du matin, la police a fait irruption dans le local où des militants de la “Lucha” préparaient une journée ville morte. 6 d’entre eux ont été arrêtés et détenus en secret. La police les accusa de détenir des armes blanches. Au cours du procès, cette accusation se révéla fausse. Ces armes avaient été récupérées lors d’une autre descente de police. Tout ce que les autorités avaient contre eux, se réduit à des messages destinés à des banderoles :

- 2016 : Nous exigeons l’alternance par des élections dans les délais constitutionnels !

Le pouvoir à Kinshasa veut faire, de ces jeunes, un exemple. Pour bâillonner toute expression dans l’espace civique, il veut réduire les voix dissidentes à leur plus simple appareil ; l’opposition politique. Il maitrise et contrôle le jeu de cette opposition qui doit être cantonnée aux partis politiques. Il sait qu’elle est de la même veine que lui. Cette opposition est aussi compromise, défiée et désavouée qu’elle. En plus, il n’y a pas de risque avec le système de sécurité mis en place et affiné depuis des années qu’elle ne déborde réellement. C’est une des subtilités de la démocrature. Les rapports ne sont acceptables qu’avec les indicateurs entendus au risque de virer à l’inceste. C’est pour cela que nous croyons que ce qui joue avec Lucha et Filimbi est la question de la participation des jeunes dans la vie publique en dehors du mandarinat des partis politiques.

2016 est une année électorale cruciale pour beaucoup de pays africains. Pour ne pas donner du grain à moudre aux autres chefs d’Etat dans leur velléité de s’accrocher au pouvoir par tous les moyens, il faut absolument soutenir les mouvements Lucha et Filimbi.

Charles Vieira Sanches
Fondateur de GenerationBlog

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