L’événement festif version Génération Y


Dans cet écrit je parle de la Génération Y avec une certaine uniformisation. Je suis cependant persuadé qu’il existe différentes cibles avec un fonctionnement relativement différent. Certains cherchent de l’événement informel, alternatif voire illégal, d’autres le confort ou l’endroit dit « tendance » du moment quand les derniers chercheront simplement une programmation délirante.
Si je devais sous catégoriser les comportements de la Génération Y dans le monde de l’événement festif, je le ferais en trois sous ensembles :
Les «influenceurs: Très actifs à la fois dans la vie réelle et virtuelle, ils sont véritablement des « consom-acteurs » à leur niveau. Ils ont une connaissance assez prononcée des artistes qui marchent sur la scène internationale.
Les « followers » : S’ils sont très actifs dans la vie « réelle», ils chercheront sur les réseaux sociaux surtout de l’information sans véritable activité de « partage.» Leur niveau de connaissance sur la scène musicale est très disparate selon les profils.
Les « geeks musicaux»: hyper actifs sur soundcloud ou Youtube, ils sont en permanence à la recherche de performance musicale mais ne privilégieront pas plus d’un événement dans le moi (souvent de qualité) pour aller voir l’artiste qu’ils suivent sur ces plateformes. Ils seront néanmoins beaucoup moins présents sur les réseaux d’image ( Facebook, instagram, Tweeter ect..)
Afin de retranscrire les aspirations de ses sous-ensembles, je me suis donc efforcé de parler de parler d’un ensemble, la génération Y.

Depuis 2010, le monde de la nuit et de la fête Parisienne a connu une véritable évolution. Le clubbing « classique » qui impose une sélection et un prix fort à l’entrée, a laissé place à des évènements alternatifs. Surfant sur la tendance de l’économie de partage, l’utilisation des réseaux sociaux a permis au semi- amateurisme de créer de nouveaux évènements qui répondent aux aspirations de la génération Y. Ces collectifs sont créés par la génération Y. Ils produisent leurs propres labels d’artistes issus de la même génération. Ils utilisent le bénévolat. Ils communiquent via la page Facebook de ses membres et les événements sont partagés par le «j’aime» ou le «je participe» de sa cible. La loi du partage s’applique, celle qui définit que tout ce qui est désirable se partage et tout ce qui est partagé a de la valeur…


Un échappatoire du monde réel

Des événements créent par la Génération Y pour la Génération Y.

De plus en plus de collectifs se forment qui mêlent ambiances particulières, lieux improbables, événements en journée, tarifs abordables ( 10 euros en moyenne) et artistes locaux. Des concepts qui cassent la routine du clubbing parisien sans avoir besoin de tête d’affiche. Des événements dans des lieux toujours plus improbables que les autres, quitte à sortir du centre de Paris. La moyenne d’âge de ces créateurs frôle parfois la vingtaine.

Parmi ces collectifs on retrouve par exemple :

  • CRACKI
  • ALTER PANAME
  • LA MAMIE’S
  • OTTO 10
  • BERLINONS PARIS
  • SUPERNOVA

Comment expliquer un tel succès ?

Le prix, les lieux, la sensation d’avoir accès à de l’évènement unique et différent. Étant donné que l’existence de ces événements dépend de l’engagement de son public et de sa capacité à le partager, le public et ses créateurs se confondent. D’ailleurs les créateurs sont très souvent des anciens consommateurs de ces événements. La force de ces collectifs résident dans la proximité qu’ils ont avec leurs cibles.

Ainsi, ces événements ne donnent pas la sensation d’être organisés dans un but financier mais dans un simple but lucratif : La génération Y les créée ensemble. L’enjeu de ses collectifs est de sortir du lot pour mieux briller. L’idéal, le fantasme de créer et de briller aux yeux des autres est aujourd’hui dans le champ des possibilités de la Gen Y à travers l’autocréation d’événements qui lui ressemble, qui partage les même valeurs. Le « je consomme donc je suis » est fini. On passe à « je crée donc je suis ». La génération Y crée son propre monde.

Cette génération très uniforme sur la plan mondial à la fois dans sa façon d’agir que dans ses valeurs communes, qui vit dans un monde où l’utilisation des réseaux sociaux connecte l’ensemble de ses acteurs, créée un contexte dans le lequel la notoriété de ses collectifs ou de ses artistes peut très rapidement dépasser les frontières.

L’apogée des festivals.

Le succès de la musique électronique a boosté la naissance de nouveaux festivals, en France (le weather, la peacock, les siestes éléctroniques à Paris ou encore les nuits sonores à Lyon) et à l’international (le sonnar à Barcelone, la love box à Londres, la Kazantip en Ukraine ….ect). Des festivals qui proposent des événements aux valeurs transnationales. Malgré le prix parfois exorbitant ils sont devenus des événements ultra connus par la Gen Y mondiale ( + 23 % de fréquentation en France en 2014 ) et « si tout le monde y va alors je dois y aller ».

La mécanique est souvent la même, les premières cibles sont les early adopters. Ces early adopters sont des passionnés de musique, à la recherche de nouvelles sensations dans des lieux atypiques. L’un des points clé est la programmation. Si leurs recherches ne se focalisent pas sur des artistes mainstream, ils vont avoir tendance à chercher ceux qui sont connus dit dans « le milieux », découvert sur soundcloud ou Youtube, ces artistes qui montent mais qui sont encore méconnus par le grand public.

Si la première année, le festival touche uniquement les early adopter, le potentiel de partage sera d’autant plus grand la seconde. Le festival touchera ainsi un public de plus en plus large chaque année jusqu’au moment où il deviendra trop « mainstream » pour ses early adopters, mais sa notoriété lui permettra alors d’attirer des têtes d’affiches pour le grand public.

La dimension « utopique » des festivals

Les événements créés par les collectifs diffusent un mode de pensée optimiste propre à la Gen Y. Le nom « PEACOCK SOCIETY » illustre bien le sentiment d’appartenance à une société parallèle, une société à part entière qui diffuse des valeurs qui lui sont propres :

• L’esprit de partage

• L’amour de la musique

• La recherche de la nouveauté

• L’envie de surprise

• Le désir d’évasion

De même, le « believe » des festival « Tomorrow land», « Burning man » ou encore « Kazantip » prônent l’idée qu’ « un monde utopique est possible ». Ces festivals crééent un univers idyllique, plein de rêve et d’imaginaire et font appel à la créativité. Ce concept explique en partie l’attrait de tels événements dans un contexte social morose touché de plein fouet par la crise économique et la montée de l’individualisme dans les différentes instances d’intégration de cette génération ( la famille, le travail, l’école…).

« Déçu, il n’y avait aucun esprit festival », ce sont ces types de commentaires que l’on retrouve sur la page Facebook de la Peacock society. « L’esprit festival », c’est bien de ce mode de pensé dont nous parlons, un mode de pensé optimiste basé sur le partage « réel » entre les gens. Voilà outre la musique, ce que recherche cette génération dans ces événements. La montée en puissance de la prise de « MDMA » chez la gen Y, appelé aussi la « drogue de l’amour » appuie cette idée de la recherche du partage et du lien social dont elle a manqué.

La génération Y n’opte pas pour la révolte. Elle crée de nouvelles socialisations, alternatives, en utilisant la force de ses réseaux et les événements festifs ne dérogent pas à la règle. La création de ces nouveaux événements est une façon de prôner une idéologie pour la jeunesse et sa simple participation est un moyen d’affirmer qu’elle y adhère.


Le Network effect


Facebook : Une plateforme de communication stratégique pour l’événementiel.

Facebook est un véritable outil de communication pour l’événementiel. Plus mes amis participent à un événement (et pas forcément mes amis proches) plus je vais avoir tendance à vouloir y participer de peur de louper quelque chose de grand. Ils souffrent du FOMO ou « fear of missing out », cette peur irrationnelle de louper quelque chose. Les organisateurs l’ont bien compris. Tous les moyens sont mis à disposition dans différents scénarios.

- Obligation de mettre « je participe » sur la page Facebook pour pouvoir y rentrer

- Obligation de mettre son nom et ceux de ces amis sur la page Facebook de l’événement afin d’être sur liste ( le fameux « moi + 5 »).

- Le « like » de la page permet d’être listé automatiquement.

Les organisateurs font en sorte qu’inconsciemment ou non tu participes à la promotion de l’événement via la simple fait que ta participation s’affiche dans le file actualité de tes amis, chacun devient alors « consom-acteur ». Le bouche à oreille fait le reste du travail. Si plus de cinq amis inscrivent leurs noms sur une liste, je me dis que je devrais participer à cet événement. Plus l’événement est partagé plus il est digne d’être partagé. L ‘ énergie collectiviste de la génération Y lui donne cette capacité à la fois de créer et de partager ses propres événements.

La force de Soundcloud.

The noisy Freaks, J.A.C.K ou encore Bromance sont ces labels de musique locaux (français) qui ont entre 15K et 65 K de followers sur Soundcloud,. Cette plateforme est devenu un moyen pour les jeunes artistes et les jeunes labels (électro principalement) de se faire connaître au même tire que Youtube l’est pour les jeunes comiques de la génération Y( Norman, cyprien, mister V ect.)

Une fois que ces artistes commencent à se faire connaître, ils deviennent alors des cibles pour les collectifs de labels qui cherche à les rassembler afin de drainer l’ensemble de leurs followers. Mettre en commun ces artistes dans des collectifs permet de crée des événements à la portée considérable. Les jeunes talents de soundcloud sont des influenceurs à part entières qui draine des milliers de followers sans être considérés comme des « têtes d’affiche ». Ils deviennent alors des outils stratégiques considérables afin d’attirer du public. Deux règles sont essentielles afin d’espérer attirer ces artistes :

Il faut leur donner :

1) un lieux approprié 2) une visibilité considérable ( cf Boiler rooms)

Le cas des Boilers rooms

Le cas Boilers room est intéressant car son succès illustre parfaitement l’envie d’instantanéité, le culte du partage et la dimension internationale de la génération Y.

Les trois ingrédients qui font la réussite des boilers room chez la Gen Y :

Un intérêt artistique considérable : Si au départ le projet s’était intéressé uniquement à la scène underground Londonienne ( ces artistes locaux dont nous parlions précédemment), les artistes sont aujourd’hui plus variés puisque l’on retrouve des artistes de renommée internationale tel que Marcel Dettman, Ben klock, Ricardo Villalobos . De plus, on retrouve une diversité musicale. Le Boiler room ne « broadcast » pas seulement de la musique électro mais produit également des performances rap, hip hop ou encore électro pop.

Un buzz sélectif : Des événements dans lieux à capacité réduite, parfois même dans les lieux de vie même de l’artiste. Un cercle ultra fermé réservé à quelques privilégiés et c’est de cette façon que la mayonnaise prend. Plus un club est sélectif, moins vous avez de chance d’y rentrer plus vous aurez envie d’y accéder. Le concept ultra sélectif du Baron de Paris est un bon exemple. Sauf que dans ce cas là, il vous reste le streaming live ! Le résultat est détonant : plus de dizaine de milliers de connexions à chaque événement à travers le monde. Il devient alors possible d’assister au live de son artiste préféré même si sa performance se trouve à l’autres boût du monde.

Une mobilité internationale : Le concept se déplace aux quatre coins du monde à chaque nouvel événement afin de donner une véritable dimension internationale au projet. Les boilers sont partagés grâce à Youtube à travers le monde entier. Elles participent ainsi au processus d’uniformisation de cette génération produit par cette hyper activité de partage sur le digital.

L’importance des influenceurs

Si chacun est un acteur de la communication des événements, certains sont des pièces maitresses de cet ensemble, ce sont les influenceurs. Rp, directeur artistique, ambassadeur, ils ont différents noms, ne vivent pas de cette profession, mais celà leur permet d’avoir une place de privilégiée dans cet univers. Sans engagement, les jeunes de la générations Y adorent être considéré comme des ambassadeurs si le projet qu’ils représentent défend comme eux des valeurs de proximité et de pragmatisme. Ces influenceurs sont de véritables consom-acteurs dont l’expérience de l’événement s’apprécie uniquement si elle peut être partagée. La puissance des ces ambassadeurs vient de l’image « informel » dont ils profitent.

Leur force réside dans le fait qu’ils ne sont pas soupçonnés de travailler pour une institution. Certains d’ailleurs sont hyper actifs dans le partage et la promotion d’événements sans pour autant être sous contrat. De la même manière et principalement pour une cible féminine, ce sont ces instagrameuses par leurs articles ou leurs publications qui influence l’ensemble de leurs followers.

Le fantasme se partage

Il suffit de regarder les comptes Facebook des événements à succès comme « café barge », « le Globo », « la concrète » ou l’expert en la matière dans son genre « Tomorrow Land », pour admirer les photos et vidéos ( after movies ) d’une grande qualité de décors et de fêtes laissant rêveur. Et même si la Gen Y n’es pas dupe, ces images séduisent, comme ces instagrameuses publiant des Selfies frôlant la perfection, elles sont les armes utilisées par ces organisateurs pour nous donner l’immense désir d’assister à leurs événements!


La plateforme évenementiel de demain ?


Dans cette partie, je m’attache à travers tous ce qui a était dit précédemment de retranscrire de ce dont pourrait attendre la génération Y d’une nouvelle plateforme de partage dans l’événementiel.

Une dimension anti-institutionelle :

Il est compliqué de cibler une génération qui par nature refusera tout ce qu’on lui imposera et qui suivra uniquement ses pairs. Une plateforme de partage doit être un cadre, un modèle, un moyen, un tremplin de visibilité pour tous ceux qui ont rêvé un jour de créer leurs propres événements avec comme objectif qu’on en entende parler à l’autre bout du monde. Elle doit être SEULEMENT un espace de liberté pour cette génération. A partir du moment où il y a de l’immédiateté, de l’interactivité, et qu’elle puissent s’identifier à la plateforme, tout est possible pour cette génération puisqu’elle le veut.

Une plateforme construite par l’image :

Les connexions des jeunes de cette génération passent entre eux beaucoup plus par les images que par les mots pour communiquer, d’où le fait que le marketing à succès s’oriente plus vers des plateforme visuel :

• Instagram • Snapchat • Pinterest • Tumblr

Des événements éphémères :

Plutôt que de proposer une multiplicité d’événements, la génération Y chercher avant tout de l’exclusif, de l’unicité afin d’activer en eux le fameux FOMO ( ex boiler room)

Un besoin de gage de qualité et de confiance :

La présence de grand nom ou d’un artiste drainant une quantité importante de followers est un véritable moyen pour créer à la fois de la visibilité et de l’engagement. Si tel artiste a créer une fête sur cette plateforme alors en crée une devient prestigieux.

Les influenceurs, ambassadeurs ou instagrameuses sont un réel moyen pour appuyer le succès de la plateforme, bien plus qu’un mini reportage dans « le grand journal « par exemple ( Excuse my party). La génération Y est collée à Youtube, elle check les sets de ses artistes favoris ou suit des lives via Ustream. Publier des sets d’artistes ou des visuels laissant « rêveur » qui sont captés pendant les évènements de la plateforme est un véritable levier d’attraction qui se partage.

Une dimension internationale :

La puissance du « share vient en partie de sa dimension internationale, à l’image des boiler rooms, elle est une clés du succès qu’il faut mettre en avant.

Une raison d’être :

Une plateforme innovante doit avoir une véritable raison d’être : Permettre aux collectifs de faire connaître ses événements? Permettre à chacun de créer l’événement qui lui ressemble ? Une plateforme événementielle qui laisse à chacun la possibilité de créer des évènements qui défendent un projet ? Un idéal ? Des valeurs ? Permettre à l’ensemble de la génération Y mondiale de créer du lien en faisant la fête ensemble ? Les festivals internationaux sont finalement trop grands pour parler véritablement de lien créé et il est compliqué de connaître suffisamment les locaux d’un pays pour pouvoir s’inviter chez eux…


Dans tous les cas, créer pour la génération Y par opportunisme ne rime à rien quand on sait que la génération Y est LA génération du sens, celle qui cherchera toujours à trouver la raison des choses. Elle créé par elle même, partage par elle même de sorte à devenir une seule et même entité. Finalement, Le seul moyen de l’intéressé est de lui donner les réels moyens dont elle a besoin … pour s’exprimer.

Yohann Gouttes

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