La vente de Noirs Africains en Libye : partie émergée d’un géant iceberg qui a conduit à la création #dionyakèlè

«Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.»

Article 4, de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948

Depuis quelques jours, sur la toile, une indignation collective gagne du terrain. Plusieurs personnalités Noires notamment le footballer Samuel Éto’o, l’animateur Claudy Siar et l’activiste Kemi Seba ont manifesté leur colère via des vidéos et des textes . Hommes et femmes de la communauté subsaharienne et afro-descendante ont participé à de larges manifestions. La cause ? Des migrants subsahariens sont vendus aux enchères comme des esclaves en Libye. En effet, dans une vidéo publiée par le journal américain CNN, on découvre une scène impressionnante de barbarie et d’ignominie. Dans un marché organisé à cet effet, des arabes libyens proposent des sommes allant de 400 à 700 euros pour «acheter un homme noir. »

Ce marché aux esclaves selon la journaliste de CNN est organisé tous les mois en Libye. Une fois “vendus”, Ces migrants subsahariens sont contraints d’effectuer des travaux forcés et subissent moult maltraitantes physiques.

Le trafic des Noir. e. s dans les pays arabes

Les subsahariens esclavagisés en Libye constituent la partie émergée d’un phénomène transnational, qui perdure sur le lit d’un business tristement lucratif :l’esclavage moderne. Il touche majoritairement les femmes et les enfants.

Selon le Bureau International du Travail, 40 millions de personnes sont en ce moment en situation d’esclavage moderne.

En Mauritanie, en Arabie Saoudite, au Koweït et autres Pays du golfe des Noir.e.s sont exploité.e.s, et réduit.e.s en esclavage.

Certain.e.s arrivent à s’enfuir et à briser leurs chaînes.

En tant qu’activiste des Droits Humains, j’ai été amenée à interagir, parler avec des femmes et filles maliennes vendues comme domestiques par des trafiquants d’êtres humains en Arabie Saoudite et au Koweït. On leur fait croire qu’elles travailleront dans de bonnes conditions, chez de richissimes arabes et pourront ainsi, aider financièrement leurs famille au pays.

Une fois sur place, elles se rendent compte qu’elles ont été des objets d’un trafic inhumain. C’est la descente aux enfers.

Elles travaillent sans aucun jour de repos, sont réduites à manger les restes de repas de leurs «patrons arabes », subissent des humiliations et maltraitantes physiques de la part de ces mêmes «patrons» qui rappellent qu’elles ont été achetées depuis leur pays d’origine :le Mali. Et qu’ils ont des droits sur elles.

Les ressortissantes de nombreux autres pays de l’Afrique subsaharienne vivent la même situation de servitude.

Je fus choquée la première fois, que j’ai interagi avec certaines de ces domestiques esclavagisées en Terre arabe. Leur témoignage, leur douleur m’ont glacée le sang.

Mon premier réflexe : Alerter les plus hautes autorités Maliennes

Par l’intermédiaire, d’un ami résidant au Mali, président d’une association humanitaire, j’ai informé les autorités maliennes, avec à l’appui les enregistrements audio des femmes maliennes esclavagisées, leurs photos, copies de leur passeport, les contrats de vente.

Oui vous avez bien, lu. Contrat de vente d’êtres humains.

Quand les domestiques manifestent leur volonté de partir, beaucoup des patrons arabes prennent le soin de fermer systématiquement les portes à clef, afin qu’elles ne puissent s’échapper. Et c’est tout un parcours du combattant pour elles, de réussir à s’enfuir.

J’ai perdu foi aux Dirigeants de mon pays

“ Les documents que vous tenez en votre possession font froid dans le dos, les faits sont très graves. Mais nous sommes impuissants. L’Etat malien ne peut pas faire grand chose. “

Dixit de hauts responsables de l’appareil étatique malien.

L’Ambassade du Mali se dit impuissante, ne disposant pas de fonds d’aide sociale ni de moyens de poursuivre judiciairement les Arabes. Et de hauts responsables de deux importants Ministères de l’État disent à leur tour ,qu’ils sont impuissants, que leurs Ministères sont impuissants.

Blessure patriotique. Déception.

«Sauf qu’il y a vraiment une urgence. Elles doivent rentrer au Mali. Nous voulons les faire évacuer. On veut juste des billets d’avion. »

« Ce combat, vous devez le mener à travers les Médias et la société civile. Nous, on pourrait éventuellement suivre. »

Incrédulité. J’ai pleuré.

Des citoyennes maliennes sont esclavagisées. Certaines ont été défigurées à coups de violence physiques de la part de leurs patrons. Nous avons toute une série de preuves qui corroborent cet état de fait. Mais les personnes censées avoir le pouvoir d’agir, disent qu’ils ne peuvent rien faire.

Que faire donc ? Il faut bien faire quelque chose. Me suis-je interrogée.

Que faire ?

Créer une ONG pour aider, sauver les domestiques vendues et esclavagisees dans les Pays du Golfe sans oublier certaines domestiques qui sont au Mali, qui subissent clairement une forme d’esclavage. Me suis-je dite.

J’en parle à Fofana, mon compagnon de lutte contre ce fléau, résidant en Arabie Saoudite. Celui qui m’amène les dossiers des maliennes esclavagisées. Il est tout de suite partant pour l’idée. Camara, celui chez qui, les maliennes esclavagisées transitent avant que de généreuses âmes veuillent prendre en charge leurs billets d’avion. Lui aussi, il est pour.

Auto-interrogation: Comment ça pourrait s’appeler ?

Association de lutte contre l’esclavage moderne ? Non.

Une dénomination dans une langue africaine, plutôt.

Dionya Kèlè ! Oui.

Le combat est résumé.

«Dionya» signifie esclavage et «kèlè» signifie «Lutte.» en langue bambara.

Capture d’écran/Page Facebook Dionya Kèlè

Nous sommes 11 hommes et femmes de 20 à 59 ans , éparpillés au quatre coins du Monde. Nous venons en aide aux domestiques vendues, esclavagisées dans les pays arabes au sein du bureau exécutif de Dionya Kèlè.

Logo de Dionya Kèlè

Les Ambassades du Mali dans les pays où nous agissons principalement (Arabie Saoudite, Koweït) ne nous aident pas, « par manque de moyens mis à leur disposition. » disent-elles.

Et les autorités Ministérielles maliennes, se disent également impuissantes.

Parce qu’ils ne peuvent pas ‘’prendre le risque d’offusquer la sensibilité des autorités des pays du golfe, importants bailleurs de fonds pour le Mali, pour certaines vies maliennes au détriment de millions de vies maliennes.”

Fausses excuses ? Fausse sincérité, fuite de responsabilités ? Politique de l’autruche ? Ou réelle impuissance des dirigeants maliens ?

Pour l’heure. Des personnes sont dénuées de toute humanité, subissent des formes de cruauté inouïe parce qu’elles ont la peau noire.

Seuls les moyens d’agir, de les sauver, des propositions de juguler les racines du fléau , comptent. Agir est un devoir.

Grâce au concours de philantrophes et particuliers issus de nos cercles de connaissance beaucoup de maliennes esclavagisées ont pu rentrer au Mali, et essaient de se reconstruire.

‘’Certains pleurnichent piteusement, d’autres blasphèment avec obscénité, mais personne ou peu de personnes se demandent : si j’avais moi aussi fait mon devoir, si j’avais cherché à faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il advenu ce qui est advenu ? Mais personne ou peu de personnes se sentent responsables de leur indifférence, de leur scepticisme, du fait de ne pas avoir offert leurs bras et leur activité à ces petits groupes de citoyens qui luttaient justement pour éviter tel mal et procurer tel bien.’’

Antonio Gramsci

Notre travail consiste à soutenir psychologiquement les domestiques esclavagisées, leur parler, les rassurer, chercher des billets d’avion pour celles qui réussissent à s’enfuir et venir jusqu’aux Ambassades.

Quid des patron.e.s arabes esclavagistes? Ils ont généralement le même discours : ‘’Nous voulons notre argent. On a payé cher.’’ (Les patron.e.s payent aux trafiquants des sommes allant de 2 à plusieurs millions de Fcfa pour une domestique)

Nous ambitionnons d’articuler la lutte autour de 4 axes

-La sensibilisation des familles au Mali à travers notamment les témoignages des victimes

-La répression judiciaire des mafieux, trafiquants

-Le soutien psychologique, matériel des domestiques esclavagisées

-Des formations pour la réinsertion socio-professionnelle des domestiques

Vos idées, suggestions, propositions sont les bienvenues.

Vous pouvez aussi nous rejoindre en remplissant ce formulaire d’adhésion.

Halimatou Soucko