La Grande Machine à Laver

Maelstrom

C’est en faisant n’importe quoi que l’on devient n’importe qui. La mémorable punchline qui concluait les vidéos de Rémi Gaillard, souvenez-vous… Sans le savoir, ce garçon avait touché l’époque du doigt, à la façon de ces gens un peu simples qui un jour articulent avec leur bouche une vérité définitive, accouchent d’une montagne de sagesse en un éclair, un détour inopiné sur leurs trajets neuronaux habituels, sans même s’en rendre compte, avant de replonger dans leur état normal…

Depuis plusieurs années déjà ça parle un peu partout de perte de repères, de déracinement, de perte de sens, au travail comme dans la vie, bullshit jobs, affaiblissement du socle républicain, voire d’effondrement des valeurs morales, pour les plus réactionnaires… Dès les 70’s, Jean Baudrillard et Guy Debord s’étaient mis à critiquer la Société du Spectacle, l’univers de Simulacres et Simulations dans lequel nous baignons toujours. Ils tentèrent de décrire la déréalisation aliénante du capitalisme postmoderne. Ils étaient loin du compte. Très loin du compte.

Qu’est-ce qu’une Civilisation ? Qu’est-ce que le processus de Civilisation ? Ce gigantesque cycle fait d’ascensions et de décadences, de barbaries et et de renaissances ? Ce gros échafaudage qui nous extrait du sauvage tribal au forceps pour faire de nous des citoyens Mayas, Khmères ou Grecs ?

Une civilisation, c’est une entreprise de codage du réel, un processus fondé sur un concept fort (religion, idéologie, force brute), pour permettre à ses ressortissants d’appréhender le monde. Un mythe fondateur fabrique des totems et des tabous, un inconscient collectif, qui se répand comme une peste, de tribus en tribus, de villages en villages, reliant les gens entre eux, leur offrant un avenir commun. Une machine s’auto-répliquant en fractales, pleine d’évènements non maîtrisés. Dans Sapiens, Yuval Noah Harari décrit la culture comme une sorte de virus cognitif. Regardez des vidéos en timelapse de plantes qui poussent, grimpent, s’effondrent, remontent, pulsent, tâtonnent, respirent, et vous saisirez l’idée. Quelque chose de très organique. Nous sommes des animaux sociaux, agis collectivement par des mécaniques qui nous dépassent largement. Vues du Ciel, les civilisations humaines, avec leurs peuplent qui se rentrent dedans, s’envahissent, se reproduisent, changent, disparaissent, doivent ressembler à des fourmilières, des volées d’oiseaux, des bancs de poissons, des champignons poussant le long des arbres, dans le chaos le plus total, et il est impossible de lutter contre les vagues, contre les ondes, à l’échelle individuelle…

Une civilisation, c’est un masque, une structure, un calque Photoshop posé sur un réel insaisissable pour les cinq sens simplistes d’Homo Sapiens… Un exo-squelette, une combinaison d’astronaute qui permet à la tribu de se déplacer dans le vide spatial du réel sans sombrer. Nous avons toujours été dans le Spectaculaire. Le Réel n’a jamais eu lieu. Ou s’il a eu lieu, nous n’en saurons jamais rien. L’Homme est passé d’un délire religieux, à un délire idéologique, puis délire consommateur, puis délire tout court, et puis voilà. Et retour au délire religieux. Tant qu’on se reproduit, tant que les Hommes continuent, notre race n’a pas besoin de mieux percevoir son environnement. Effort inutile. La Nature est paresseuse.

Aucune différence entre un serf du Moyen-Âge, un communiste convaincu et une instagrameuse. Les trois ne voient le monde qu’au travers d’épais filtres: théologie pour le premier, idéologie marxiste pour le second, et pour la dernière, un vague sentiment d’une tolérance universelle et d’une envie de paix mondiale/chaussures Louboutin…

Les masques et les calques ont souvent évolué, avec la chute des Empires. Mais soit progressivement, tartiné sur des siècles (Chute de Rome), soit si soudainement qu’on effaçait tout ce qu’il y a derrière (Chute de Carthage). Depuis la Révolution Industrielle, le mouvement s’accélère, le temps et les distances s’envolent, et nous voilà pris dans un cyclone de sens, un ouragan de valeurs, les symboles se décomposent, se fragmentent, en mosaïques abstraites. En Occident, toutes les Civilisations du temps et de l’espace ont dorénavant lieu en même temps. Selon Elon Musk, il y a environ 20% de chances que nous vivions dans une simulation immersive futuriste en 4D. Je pense que cette simulation s’est détraquée.

Sur Twitter, fosse hurlante où tous les inadaptés, les paumés, les cas psychiatriques trouvent un exutoire, chacun grapille des morceaux de symboles ou de sens au vol… j’y ai croisé des musulmans intégristes qui vivent à Médine en 750, de petites gothiques de province perdues dans les 80’s, des transhumanistes délirant sur Mars en 2050, des LGBTQIA+ ayant « changé » trois fois de genre au fil de différents traitements hormonaux, des nazis homosexuels fantasmant la Grèce Antique, des Bretons chrétiens de gauche naïfs, des otakus égarés dans un Japon de carnaval, des réactionnaires fans de la France de Brigitte Bardot et des films d’Audiard, des sapologues congolais vêtus de costumes trois-pièces anglais du XIXème siècle mais fluos… La liste est longue, des Hommes qui vivent en France dans une époque et un lieu aléatoires, comme s’ils étaient montés dans une DeLorean volante déréglée.

Maintenant que la religion s’est effondrée, le monde est désenchanté. Maintenant que les idéologies sont mortes, le monde est doublement désenchanté. Toutes les lumières sont éteintes. Nous voilà tous plongés dans le noir complet. Chacun a allumé sa petite bougie personnelle pour essayer d’y voir quelque chose. Il n’y a plus de cadres pour nous faire rentrer le réel dans le crâne à l’entonnoir comme des oies à la veille de Noël. Il n’y a plus que des cris incohérents, comme les discours creux d’Anne Hidalgo (« La perception de la propreté à Paris se fonde en négatif sur des constats relatifs à la malpropreté »), les gémissements de Twitter, ou les terreurs de comptoir d’Eric Zemmour… Cette époque est une machine à laver en surchauffe perdue au coeur d’un cyclone.

Tout se remixe, la pub et le cinéma, les influenceurs, la musique et le divertissement. Entermercial, infotainment, infomercial… L’extrême-gauche laïcarde et féministe défend l’islamisme et la misogynie et l’homophobie, l’extrême-droite anti-démocrate devient citoyenne et républicaine, les socialistes sont libéraux, la Start-up Nation est à deux doigts de faire tirer sur la foule, la droite défend l’impôt et l’état, les musulmans défendent les gays et les trans, les ouvriers communistes votent Le Pen… Les frontières sont abolies, le spectacle est partout, n’importe qui peut devenir n’importe quoi, Rémi Gaillard symbole du monde ! Gothique dans le Larzac, gangsta californien en Normandie, piercé, tatoué de phrases vides de sens et pleines de fautes, citations latines, idéogrammes chinois signifiant « vaisselle poulet », ancre de marin, motif maori, tacos trois viandes cordon bleu/kebab, randomisation général du monde connu.

On peut, au gré de ses fantasmes du moment devenir un astronaute, un homme, une femme, un blanc, un noir, un lézard, un lion, une tasse de café… Enfin, on peut prendre l’apparence de ce qu’on veut.

C’est le comportement d’un siècle qui a définitivement sombré dans la psychose et la dissociation… Le sens, le signe et le symbolique ont disparu, seuls comptent le vernis, l’image, la façade, la photographie. Instagramisation de l’existence. C’est la grande mystique de l’époque, qui nous dicte que nous ne sommes que de purs esprits déposés dans des corps, indépendants de ces derniers. Que nos viandes ne sont que des idées malléables et transformables au gré des pulsations de la Grande Machine à Laver, et des caprices de nos esprits…. qui nous fait nier que nos esprits ne sont qu’une stricte émanation de nos biologies. Nous nions les corps, pire que le pire des Cathares ou des moines hindous recouvert de clous.

Je peux devenir une femme, il me suffit pour cela d’en mimer les attributs culturels et biologiques: porter une robe, du maquillage, m’injecter des hormones et mutiler mes organes génitaux. Photoshoppage chirurgical. La forme devient le fond. Et tant pis si après ma mort, on découvrira un misérable squelette d’homme, avec un crâne d’homme, des dents d’homme et un bassin d’homme, comme le carrosse qui redevient citrouille. Un déguisement. Ariana Grande, née en Floride et d’origine italienne, se fait passer pour une afro-américaine à grands renforts d’UV, de twerk et de tresses. Idem pour Kim K. l’Arménienne. Michael Jackson a cru qu’il suffisait de se tailler le nez en pointe, de toucher des gosses et se délaver la peau pour devenir blanc. Dans un recoin abominable d’internet, j’ai découvert la communauté des « Extreme Body Modifications ». Des gens qui ne sentent complets, qui ne se sentent eux-mêmes, qui ne trouvent de paix qu’en se coupant un bras ou une jambe, en se sectionnant le pénis dans le sens de la longueur pour en faire une espèce de banana split (ce qui permet d’éjaculer par la base, directement sur les couilles). Des femmes qui se filment en train de se couper un sein avec un couteau à sushi. Il y a les transhandis, qui se brisent la colonne et se cassent les genoux car ils se sentent profondément paraplégiques en leur for intérieur. On pensera aussi ces fameux hommes-tigres et hommes-lézards modifiés à coups d’implants dentaires, sous-cutanés, modification de la pupille, tatouages. Il y a enfin ce gros homme chauve et barbu qui se revendique dragon polysexuel et qui ne boit que du sang menstruel. Toutes ces personnes existent, et résument l’époque. L’époque où il suffit de s’accroupir pour se revendiquer pygmée. Au fond des abysses, les poissons ne ressemblent plus à rien. C’est en faisant n’importe quoi que l’on devient n’importe qui.

Le fossé entre le réel et sa perception n’a jamais été aussi large, aussi aliénant. Twitter est le symptôme de cet âge d’angoisse, cet âge d’hystérie semblable à celui où le Christ est apparu sur Terre, où n’importe qui se revendiquait prophète en hurlant, juché sur quelques cartons dans la rue… On vénère le Verbe, on vénère les mots, on vénères les wordings impactants et inspirationnels… Regardez tous ces nouveaux fanatiques qui s’attaquent à l’empirisme scientifique, à la méthode scientifique même, en expliquant doctement que si un homme blanc de 35 ans en surpoids et vivant chez sa mère dit suffisamment fort qu’il est un lézard, alors il l’est, car qui sommes-nous pour le juger ? En le répétant assez fort comme un mantra ça finira par se réaliser. Ils sont comme les Moineaux de Game of Thrones. Ils sont là pour achever un monde dont les cadres s’effilochent par tous les bouts.

Petit à petit, le Moi se dissout, dans ce monde où plus rien ne fait sens, où une vessie peut devenir une lanterne, littéralement… Combien de fois, dans le métro rempli d’une foule bariolée et abstraite, ai-je regardé mes mains, ahuri, et eu soudain l’impression qu’elles appartenaient à tout le monde, au décor même, qu’elles s’émiettaient dans l’air, comme après avoir pris des psychédéliques…

Parce que la Machine à Coder s’effondre, elle accélère, elle surcode, elle boucle, elle bugge comme une page web prise au piège d’une infinité de redirections, dans un effort désespéré pour éviter l’erreur 404. Les citoyens des sociétés occidentales post-modernes ne sont que des singes-robots pris au piège d’une toile d’araignée de symboles, d’ un nuage de simulacres pop culturels aléatoires générateur de névroses collectives. Hier matin dans le métro, j’ai croisé une jeune fille voilée qui portait des Nike TN rose fluo et une veste en jean noir couverte de patchs de groupes de métal…

Face à tout ça, certains développent une certaine résilience. Ainsi le hipster contemporain prend toute son existence au second degré (la rendant par conséquent absurde): on porte de grosses lunettes de pédophile belge, des pulls de Noël moches, des moustaches à la Magnum, on regarde des nanars, on écoute PNL, Franky Vincent, Patrick Sébastien. Toute l’existence devient ironique, dérisoire, conceptuelle, maline, art contemporain. Le Monde comme Palais de Tokyo et comme représentation. Après l’homo festivus, après la fête perpétuelle, il y a l’homo ricanus, qui se moque de tout. Mais se vautrer dans cette posture de ricanement n’est une fuite en avant pour conjurer une peur énorme, celle de ne plus rien comprendre.

Car oui, les gens autour de moi ont peur. Les vingtenaires et trentenaires, hipsters ou non, que je fréquente se divisent en trois catégories: soit ils se butent tous les week-ends à toutes les drogues du monde qu’ils font passer avec des quantités astronomiques de shots d’alcools forts… soit ils s’oublient au travail, workaholics anxieux obsédés par le healthy et les perturbateurs endocriniens, pesant leurs portions de nourriture, ne consommant ni tabac, ni alcool, ni produits laitiers, ni légumineuses, ni sucres simples, ni viande rouge, ni rien du tout, allant à la salle trois fois par semaine, et vivant leur vie sous cellophane… ou soit des geeks régressifs réfugiés dans une enfance permanente, qui se construisent un mausolée de jouets pour adultes issus de la pop-culture de ces 50 dernières années, enterrés sous les figurines DBZ, les cassettes vidéo du Retour du Jedi, les casquettes Yoshi et leur PC double-écran doté d’une configuration de gamer.

Tous ont cela dit un point commun: ils sont terrifiés, et leurs solutions sont bien dérisoires. Rire de tout, s’autodétruire, s’interdire de vivre ou stagner dans la nostalgie sont de bien maigres pansements face à cette situation inouïe où nous sommes tous tellement tétanisés par notre condition dénuée de sens que nous cherchons tous inconsciemment à nous zombifier, à nous suicider, par tous les moyens possibles. Se droguer, taffer 70 h/semaine, avoir 150 jeux sur son compte Steam, ne sont rien d’autres que l’aveu qu’on cherche désespérément à s’oublier. Crise spirituelle et civilisationnelle énorme, jamais vue. Absolument TOUS les gens, tous autour de moi, sont littéralement obsédés par la mort. Terrorisés. Cancer, collapsologie, climat, Grand Remplacement, transhumanisme, Corée du Nord, Islam… Ils expriment tous une angoisse diffuse et réprimée. Ils sentent de manière diffuse que l’Europe touche à sa fin, mais ne peuvent mettre de mots dessus. Ils sombrent tous dans le millénarisme, dans la pensée magique, dans une pseudo-religion apocalyptique bricolée, spectateurs mi-ricanants mi-dépressifs, mi-hystériques mi-complotistes de l’effondrement de tous les cadres anthropologiques autour d’eux.

Bien rares sont ceux en capacités physiques, matérielles ou mentales pour fonder un foyer. Ou pour simplement construire quelque chose. Comment le pourraient-ils, dans une société en perpétuelle disruption ? Une société où l’on est embarqué de force dans le TGV du présent perpétuel, en mode survie…On peut surfer sur le chaos, si l’on est assez fort, mais pas s’y implanter. Généralisation des maladies du stress, nous sommes comme des animaux de laboratoires qui grattent leurs croûtes nerveusement. On sent bien qu’il y a un truc pas normal, mais on n’a jamais de réponses claires.

Ma génération Y, dernières cellules sociales produites par le corps d’une vieille dame de 95 ans en unité de soins palliatifs, respirateur artificiel et couche pleine.

C’est sans doute comme ça que les Mayas ont disparus, vite détruits par des Espagnols qui eux, étaient plein de sens, la machine à coder le réel chrétienne battant son plein à l’époque. Les Conquistadores bien cons, bien remplis d’absence de doute, bien persuadés de faire le travail de Dieu en foutant en feu à Cuzco comme de gros enculés, sentant bien que le vent était dans leur dos, rien à perdre.

Avoir brisé les cadres religieux, puis politiques, puis nationaux, puis tout, être en permanence dans le « post » et le « méta » peut être un avantage, si comme moi vous avez la chance d’être doté d’un QI à trois chiffres et d’avoir grandi dans une famille stable et pas trop pauvre. J’ai le minimum d’équilibre nécessaire pour faire face à l’absurde et au vide sereinement. Je n’ai aucune obligation, je peux surfer sur le monde, me perdre dans une exploration introspective totale, voyager partout, je suis libre. Pas de religion, pas d’idéologie politique, pas de contraintes sociales pour me faire chier. Je peux être n’importe qui. Pour tous les autres, ceux qui n’ont pas de socle, c’est l’assurance de la folie, de l’angoisse, du déracinement. Car les repères, aussi oppressifs soient-ils, créent un socle, des branches auxquelles de rattraper lorsque le réel devient trop complexe, lorsque l’ Abîme se fait trop obscur. J’ai moi aussi contemplé l’Abîme, plusieurs fois… Lorsque je me suis retrouvé à patauger dans le sang et la fumée de Kalachnikov un soir de novembre 2015, parmi les sirènes, les hurlements et les pleurs… Ce que j’y ai vu m’aurait rendu fou si je n’avais pas eu une enfance stable, dans un foyer stable, élevé par des parents stables et aimants. Le dernier espace de collectif. Le dernier espace de construction. Un ami psy, travaillant en H.P. me disait récemment que le nombre de psychoses a littéralement explosé ses quarante dernières années. Dans la France à Papa, où un ouvrier est un ouvrier, un cadre un cadre, un homme un homme, un machin un machin, où tout le monde est bien à sa place, on étouffe, mais on a un filet de protection. Si on a pas la chance de venir d’une famille fonctionnelle, on trouve des poutres sur lesquelles s’appuyer. L’Eglise, la Patrie, la classe ouvrière, toutes ces conneries. Des hochets, certes, mais qui évitent de devenir dingue, lorsque soudain on se retrouve seul dans le noir, face à soi-même et ses pensées. Aujourd’hui, le prolo, il lui reste plus qu’internet pour se construire, et en 5 clics il se fait une “solide formation politique” à base d’Illuminatis, de complots du Mossad, de Terre plate et de chemtrails

Et sinon le seul ciment social disponible, le seul dénominateur commun vecteur de cohésion, c’est “Les Ch’tis à Mykonos”… Regardez les Gilets Jaunes sur BFM, tout en Kaporal 5 et en Kiabi qui écoutent JUL… Vêtus de ces sweats à capuches dégueulasses avec têtes de mort et slogans américains sans queue ni tête genre « Georgetown High School — Class of 1985 — Surf Spirit »… Les beaufs en bout de chaîne de la domination, coercisés de toutes parts, qui dansent sur Gangnam Style en faisant la chenille sur un rond-point cerné par un Gemo et un Distri-Center… Baisés de partout, paumés intégraux, sans aucun début d’indice pour comprendre quoi que ce soit à l’ouragan qui les dévaste, regardant des films en VF ou « Joséphine Ange Gardien » sur TF1 à 20h50 juste après « Leroy-Merlin Du Côté de Chez Vous »…

En discutant avec un ami l’autre soir, pendant que nous nous soulions jusqu’à en avoir le visage qui pendouille, on s’est découvert un sentiment commun, celui d’errer dans des ruines… Cette intuition étrange d’être orphelins de quelque chose. Un quelque chose qui avait la forme d’un socle, d’une pierre angulaire commune. Cette intuition que nous avons tous consenti à ça et que ce n’est pas très agréable. Cette intuition que tout cela comporte une dimension irréversible.

Car perdre le courage d’être ce que l’on est, c’est un acte par trop « contre la vie » pour qu’il puisse un jour être excusé. Au regard de la morale de la vie, il y a là quelque chose d’impardonnable. Mais il n’y a aucune raison d’être nostalgique. Il y a un deuil à faire. On ne s’appuie pas sur un cadavre. Il faut apprendre à n’être agrippé à rien. J’espère simplement qu’à l’avenir, il existera de nouvelles manières, différentes, de se définir.