Exister en général, exister sur le Web

Réflexion après le cours du 13/01/2017

Après le cours, et même pendant, deux thématiques m’ont plu. Il m’est venu les réflexions suivantes.

Exister

“Qu’est-ce qui me prouve que j’existe vraiment ? Est-ce ma sensation d’être réelle, où la reconnaissance par les autres ?”
Il est clair que les réponses ici sont variées, tant cette question a torturé l’esprit humain (elle continue d’ailleurs de le faire, ne serait-ce que moi-même).

On pourrait croire que seuls nos ressentis, notre “conscience d’exister” est la preuve de notre réalité. Je tombe, j’ai mal, ce que je ressens est fort et tangible = j’existe.

“Être, c’est être là”

Heidegger explique simplement qu’être, c’est être présent, être là. D’accord. Non, justement, je ne suis pas d’accord.

  • Pourtant, les rêves que nous faisons nous semblent bien concrets, non ? 
    On y croit à ce toucher, ce bruit… alors qu’ils s’avèrent bâtis par l’imaginaire. (Les rêves lucides sont encore bien rares.)
  • Et les personnes une fois disparues, cessent-elles vraiment d’exister ? Quid des personnages de fiction, leur création par l’esprit les rend-elle inexistants?

Je pense qu’une chose, une personne existe lorsqu’elle est inscrite dans la réalité de quelqu’un d’autre.

Lorsqu’on voit tous les personnages de fictions, passant à travers plusieurs supports, plusieurs esprits, qui mobilisent des millions de personnes,

“Être, c’est être perçu”

Mon opinion rejoint celle de Berkeley, qui considère que les autres “confirment” notre existence. 
Le simple fait qu’un autre être réagisse à notre présence, pense à nous, s’adresse à nous ; nous fait exister d’une façon hors contraintes physiques ou temporelles. Certes, nous pouvons dire “Il a existé”, mais c’est une chose qui a encore des conséquences dans le présent, puisqu’on y pense à ce moment-là.

Cette notion d’exister à travers les autres peut susciter bon nombre d’angoisses. Hegel s’en est bien inspiré avec sa dialectique du maître et de l’esclave, qui suppose que la reconnaissance de soi (sa conscience) par l’autre est fondamentale. Le tuer serait un échec, puisque plus personne ne “validerait” notre existence.

L’enfer, c’est les autres

Sartre avait sûrement des problèmes de conscience et d’estime de soi…

L’idée d’exister hors des contraintes matérielles (et temporelles) m’intéresse grandement, en partie car le numérique a changé la donne.


Exister en ligne

Je suis d’accord avec le fait que ce qui est qualifié de “virtuel” existe bel et bien. Ce thème de bataille “virtuel vs réel” est assez maladroit. Je ne suis pas vraiment à l’aise avec le dualisme numérique. Probablement parce que je me sens exister aussi bien sur Internet que dans l’espace physique.

Ces messages sur le forum, quelqu’un les a bien écrits ! Ce statut Facebook, c’est bien la part d’une vraie réflexion de quelqu’un. C’est tangible.
Combien d’amis rencontrés sur Internet se sont inscrits dans le matériel par la suite ? Et combien de personnes qui ne se connaissaient qu’en surface ont-elles pu approfondir leur relation grâce aux réseaux sociaux et aux mails ?

On peut tout de même comprendre l’intention de qualifier un monde où toutes les identités peuvent être accessibles, remises en cause, débattues entre elles.
Les “qualificatifs” d’une identité en ligne sont bien différents de ceux de l’identité matérielle, car ces derniers sont tout d’abord physiques : on “perçoit” la personne dans son apparence corporelle. On l’associe à un visage. 
Or, sur Internet, on est confronté à ses messages, ses moyens d’expression. On pourrait ainsi dire que l’on est bien plus proche de sa “personnalité”. Ce que l’on voit de l’autre, c’est du contenu qui a choisi, qu’il a estimé représentatif de sa personne. Le contenu fait l’individu.

En ce qui me concerne, je me sens beaucoup plus “honnête aux autres” par le numérique. Quand je m’exprime sur les réseaux ou blogs, j’y inscrits ma pensée pure, qui me prendrait trop de temps à exprimer correctement en face des gens. Lors d’un débat engagé par exemple, mes émotions et sensations m’empêchent de prendre du recul sur le moment.
De plus, sur Internet, il y a tous les médias : dessins, photos, vidéos, GIFS, ce qui permet d’illustrer ses idées autrement qu’avec des mots.

Je fais partie des gens qui conservent une “double identité”, car j’apprécie de choisir ce que les autres vont percevoir de moi. Mon nom n’est pas forcément représentatif de qui je suis, même si c’est une tendance depuis quelque temps.

Le dualisme numérique a commencé à disparaître (en partie) à cause des réseaux sociaux Twitter et Facebook, voire même Google, qui font la chasse aux “faux-comptes”, et qui réclament même la carte d’identité lorsque le nom de famille est délicat (exemple : un ami à moi avait pour nom Prophete, il a dû prouver son identité à Facebook pour pouvoir utiliser son vrai nom). Les achats en ligne ont également obligé les particuliers et professionnels à inscrire leur vrai nom pour éviter les fraudes. C’est maintenant notre nom qui définit qui l’on est sur Internet.

C’est à mon sens assez triste, car dans les années 2000 (avant Facebook), on jugeait plus des contenus “sur le vif”, des “pensées”, comme un dialogue anonyme, deux personnes non identifiables qui débattaient ensemble. On ne savait rien de ce pseudo, mais on essayait d’imaginer la personne derrière son écran, il y avait un petit côté fascinant.

Alors que maintenant, on suit “des profils”, des “gens” en ligne. La notion traditionnelle de “cette personne = nom + photo” avec ses caractéristiques physiques s’est installée sur le Net. On a perdu là une dimension fascinante d’Internet, à mon avis. Heureusement qu’il reste des endroits anonymes.


Je me suis souvent demandé ce que penserait Platon d’Internet. 
D’un côté, Internet pourrait ressembler au monde des Idées, car il n’y a pas de notion de contact physique, il n’y a pas d’enchaînement au corps. 
Mais, de l’autre, les informations en ligne sont plurielles et la prolifération d’éléments pour une même notion est déstabilisante.

Je l’imagine bien en train de juger qu’Internet détourne l’homme du Vrai et le distrait de la dialectique. Pourtant, s’il savait tous les combats idéologiques qu’il peut y avoir dans les commentaires…

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