Exposition : “Elle était une fois — acte 1”

Escapade monomaniaque à l’hôpital Sainte-Anne

Couverture du catalogue de l’exposition ©Somogy éditions d’Art

Á l’occasion de ses 150 ans, l’hôpital Sainte-Anne, ouvre ses archives et propose une exposition de peintures, dessins, et autres productions artistiques de patients ayant séjourné dans ce type d’institution au cours des 19ème et 20ème siècles.

Le Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne (MAHHSA) présentera ainsi en deux temps son exposition “Elle était une fois”, qui constitue un avant-goût de ce que sera le futur musée permanent qui sera installé dans la chapelle de l’hôpital.

Le premier acte, du 15 septembre au 26 novembre 2017, intitulé « La collection Sainte-Anne, les origines », regroupe les œuvres les plus anciennes de la collection, réalisées entre 1858 et 1949. Un second acte, du 1er décembre 2017 au 28 février 2018, intitulé « La collection Sainte-Anne, autour de 1950 », sera une évocation plus ciblée de l’Exposition internationale d’art psychopathologique ayant eu lieu à Sainte-Anne en 1950, lors du premier congrès mondial de psychiatrie.

En avant donc pour l’hôpital Sainte-Anne, au 1 Rue Cabanis (Oui. Et non, je ne ferai pas la blague), dans le 14ème arrondissement de notre bonne ville de Paris.

Folie de l’art ou art de la folie ?

Arrivé à l’adresse indiquée et après un contrôle de routine, j’entre dans le centre hospitalier et remonte l’allée Paul Verlaine. L’exposition est installée un peu plus loin sur la droite, dans deux salles souterraines aux allures de caveau, version galerie d’art, le lieu est agréable. Ça commence bien, dans ce genre d’endroit, ce n’est pas d’entrer qui m’inquiète, mais plutôt de sortir…

Le parti pris de l’exposition est de rester lacunaire en ce qui concerne l’identité et le parcours des artistes exposés. Cela permet de passer outre l’aspect « art des fous » et de se concentrer sur les œuvres présentées en tant que champ d’expression artistique à part entière. Je serais tenté d’ajouter que cela met également à distance une curiosité pas forcément tout à fait saine qui nous pousserait à en savoir plus, au détriment de l’intérêt principal : les œuvres elles-mêmes. Trouver un complément d’information reste cependant possible en consultant le catalogue, qui loin d’être un inventaire général de la psychopathologie, présente une extension pertinente à l’exposition.

Sans entraîner donc le visiteur sur les chemins hasardeux des liens entre art et folie (pour cela on pourra regarder cette conférence de la psychiatre Anne-Marie Dubois; ça ou un film de David Lynch au hasard), l’exposition présente une centaine d’œuvres. Dessins, toiles, mais également extraits de manuscrits, exécutés suivant des techniques diverses telles que pastel, fusain, gouache, huile, etc.

le MAHHSA ©Hugues Doual

Le parcours de l’exposition s’annonce rapidement être une suite de surprises dont certaines sont saisissantes. Depuis les portraits d’aliénés signés René-Ernest Brédier, professeur de dessin interné en 1942, en passant par les vifs dessins aux crayons de couleurs d’un G.Martin, jusqu’aux tableaux hallucinés et psychédéliques d’un Charles-Octave Leg, ou aux aquarelles à la fois naïves et espiègles d’Auguste Millet.

Médor subodore de la Salangane — Auguste Millet ©MAHHSA

Bon nombre des œuvres exposées sont néanmoins aujourd’hui sans paternité avérée, et la signature qui revient régulièrement est “anonyme”. Je reste rêveur devant deux dessins intitulés “auto-locomoteur aérien”, sorte de Zeppelin titanesque dont les plans semblent tout droit sortis d’un roman de Jules Verne.

auto-locomoteur aérien — anonyme ©MAHHSA

Certains travaux, outre leurs qualités techniques, représentent des moments d’une réalité quotidienne, et ont une valeur de témoignage quasi unique aujourd’hui :

sans titre — signé “H.A.R” ©MAHHSA

Des rouleaux entiers d’écriture, noircis de mots quasi indéchiffrables me font penser aux Manuscrits de la mer Morte. Le témoignage d’une psyché humaine débordante (et probablement débordée)couché sur un parchemin encore à décrypter.

Sans titre — Anonyme ©Hugues Doual

Je sors de cette exposition étonné et impressionné. Le plus frappant aura probablement été de constater (une fois de plus) à quel point l’expression artistique représentait une ouverture, une “fenêtre” vitale à tout esprit humain. Je me dirige vers la grille d’entrée en pensant que si on me laisse sortir, je me mets au dessin !

Encre de chine — Marcel de Valoy ©Hugues Doual

L’acte 1 de “Elle était une fois” dure jusqu’au 26 novembre 2017.