Énergie et climat : les enjeux de la transition française

Energies renouvelables, place du nucléaire, poursuite de la mise en oeuvre de l’accord de Paris, Marie-Claire AOUN, directrice du Centre énergie de l’Ifri, analyse les grands enjeux de politique énergétique qui attendent le prochain président de la République.

L’engagement en faveur du climat a été une priorité du président François Hollande. L’accord historique adopté par 195 pays à Paris en décembre 2015 pour contenir la trajectoire du réchauffement climatique en dessous de deux degrés est un succès indéniable pour la diplomatie française. Pour pouvoir défendre une action globale de lutte contre le changement climatique, la France a voulu donner l’exemple sur son territoire en adoptant une loi ambitieuse de transition énergétique en juillet 2015. Bien qu’elle bénéficie d’un bilan carbone particulièrement favorable par rapport aux pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) grâce à la part prépondérante du nucléaire dans sa production électrique (76 % en 2016), la France a défini une trajectoire pour accélérer la transition vers une économie bas-carbone avec un objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030, et une réduction de sa consommation énergétique de 50 % en 2050 par rapport à 2012. Le pays entend aussi porter la part des énergies renouvelables à 35 % de la consommation finale d’énergie en 2030 et réduire la part du nucléaire à 50 % de la production électrique en 2025. La Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) couvre de nombreux secteurs — bâtiment, transport, gestion des déchets ou encore économie circulaire –, introduit une fiscalité carbone et instaure un nouveau cadre de gouvernance aux niveaux national et local pour conduire et accompagner la transition.

Malgré cet édifice institutionnel complet, Paris doit faire face aujourd’hui à de nombreux défis de mise en œuvre tant l’incertitude est grande sur le coût et le financement de cette transition. La programmation pluriannuelle de l’énergie, principal outil de pilotage, précise les trajectoires de baisse d’ici 2023 de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz, ainsi que les objectifs des filières renouvelables productrices d’électricité. Cependant, l’objectif de réduire d’un tiers la contribution du nucléaire en 2025, fruit de l’accord politique conclu entre les partis écologiste et socialiste durant la campagne de 2012, n’a pas pu être clarifié par le gouvernement actuel. Les décisions de fermeture et de prolongation de l’exploitation au-delà de 40 ans de certains réacteurs devront ainsi être prises après 2018, en fonction de l’évolution de la consommation et des exportations d’électricité, du développement des énergies renouvelables, de la sécurité d’approvisionnement et des décisions de l’Autorité de sûreté nucléaire. Or, la programmation des fermetures de centrales doit être soigneusement préparée et anticipée, d’autant plus qu’EDF est engagé dans le programme d’investissement « Grand carénage » (4,2 milliards d’euros par an d’ici 2025) pour poursuivre l’exploitation du parc nucléaire en toute sûreté. Ainsi, le principal défi du prochain quinquennat sera de donner de la visibilité sur le long terme à la politique énergétique française pour attirer les financements nécessaires à la réalisation de cette transition qui conjugue efficacité énergétique, déploiement à grande échelle des renouvelables et exploitation sûre du parc nucléaire.

Le prochain président devra aussi se prononcer sur le soutien des entreprises énergétiques françaises à l’étranger, notamment dans le domaine nucléaire, fer de lance de la politique énergétique extérieure depuis plusieurs décennies. Il devra également déterminer sa stratégie d’accompagnement des énergéticiens français dans le développement de nouvelles filières technologiques dans un paysage mondial en mutation, en particulier avec la montée en puissance des entreprises chinoises. Forte de son engagement pour le succès de la COP21, la France a toute sa légitimité pour porter une voie alternative de transition énergétique, fondée sur une complémentarité entre les énergies renouvelables et le nucléaire pour la production électrique. De plus, dans un contexte marqué par des incertitudes géopolitiques et une forte imprévisibilité des prix de l’énergie, l’appui de la diplomatie française aux entreprises pétrolières et gazières sera un facteur clé dans leur rayonnement international.

Face à une dynamique politique européenne essoufflée, peser sur les orientations de la politique énergétique communautaire sera un autre chantier, qui devra composer avec un marché électrique européen dysfonctionnel et une Union de l’énergie fracturée, en quête d’un meilleur équilibre entre les objectifs de sécurité d’approvisionnement, soutenabilité et compétitivité. Outil clé pour le financement de la transition énergétique, la promotion de la tarification du CO2 sera également essentielle pour favoriser les investissements sobres en carbone.

Enfin, sur la scène internationale, ces dernières années, la France a défendu avec fermeté la cause climatique en lançant avec l’Inde l’Alliance solaire internationale, en plaidant pour l’arrêt des soutiens publics à l’export aux centrales à charbon par les pays de l’OCDE en 2015, ou en soutenant les initiatives de l’Afrique sur les énergies renouvelables et sur l’accès à l’énergie. Face à une action climatique mondiale fragilisée par l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’impulsion politique française sera plus que jamais nécessaire à la mise en œuvre de l’accord de Paris.

Papier publié dans notre nouvelle étude collective : L’agenda diplomatique du nouveau président.

Les programmes des principaux candidats sur l’énergie :