#ChangeMakers : “Changeons les habitudes qui font du mal à notre île”

Martine Lassémillante, directrice et Co — Fondatrice de Belle Verte, est une touche-à-tout qui a travaillé dans le tourisme, la santé, la décoration d’intérieure et l’enseignement. Mais c’est dans l’engagement social et écologique qu’elle s’épanouit le plus. Une citoyenne impliquée, soucieuse du bien-être de tous et de l’avenir de sa petite île Maurice.

Quelle est la cause la plus chère à vos yeux ?

Je répondrai par ce que je déteste par-dessus tout : l’injustice.

Lutter contre l’injustice, ça commence par l’éducation et l’accès à l’information. Toute personne informée peut faire des choix, se prendre en main et entraîner ses pairs — qui eux aussi doivent pouvoir faire des choix en connaissance de cause.

Il y a tellement de talents non reconnus dans ce pays. Je ne parle pas uniquement d’artistes mais de simples personnes qui ont un savoir-faire sans même s’en rendre compte. J’ai la chance d’avoir rencontré ceux qui ont permis la concrétisation du projet Belle Verte ainsi que ceux qui travaillent avec moi. A Belle Verte nous agissons en faveur de l’insertion sociale et économique en s’attaquant à problèmes environnementaux comme la gestion des déchets. C’est ensemble, chacun à notre niveau, en éduquant, qu’on sera en mesure de changer vraiment les mauvaises habitudes qui font du mal à notre île.

Quel a été le déclencheur de votre engagement ?

Je crois que c’est lié à mon engagement dans le scoutisme, qui est d’ailleurs arrivé assez tard.

Adolescente, je souhaitais rejoindre ce groupe pour servir. J’ai été initiée en tant que cheftaine de meute à l’âge de 19 ans. La promesse scoute étant faite, ces paroles et cet engagement envers les hommes et la nature ont été à l’origine de toutes les actions qui ont construit mon parcours, jusqu’aujourd’hui, avec ma place au sein de Belle Verte.

Nous avons un magnifique pays, une population tellement mélangée et intéressante, une histoire riche.

Voilà ce qui me motive, Maurice a un potentiel énorme et nous avons tous un rôle pour continuer à le développer !

Vous avez un parcours particulièrement riche. Racontez-nous les projets sur lesquels vous avez travaillé.

Plusieurs projets phares avec des citoyens engagés !

D’abord l’association T1diams que j’ai co-fondé en 2005. Un travail de fond commencé en 2002 avec une simple question « Vers qui je me tourne demain, quels sont les facilités qui m’aideront si j’ai un enfant diabétique de type1 ?». A l’époque j’étais visiteuse médicale et côtoyais tout le corps médical ainsi que les petits patients et parents, souffrant du manque de connaissance et du tabou qui entourait cette « maladie » car c’est surtout une condition de vie à laquelle chacune de ces familles avait à s’adapter. Mais comment le pouvaient-elles si aucune structure ne leur donnait un espace ? T1diams est donc né en proposant des groupes de paroles, des consultations purement orientées sur l’acceptation de cette condition souvent considérée comme handicapante, des camps d’éducation pour enfants, adolescents.

Le deuxième est le Kolektif Drwa Zenfan Morisien, dont je suis membre indépendante. Avec une dizaine d’ONG actives dans le domaine de la protection de l’enfance, nous nous réunissons régulièrement pour travailler sur un « Child Protection Protocol » et nous travaillons avec les ministères concernés pour améliorer la condition de l’enfance à Maurice.

Depuis 2014, je me suis engagée à travers Belle Verte, pour offrir une solution efficace à la gestion et au traitement des déchets. Aujourd’hui les choses se mettent doucement mais surement en place grâce à une volonté grandissante de plusieurs parties prenantes de travailler de façon conjointe pour une île Maurice durable et plus propre.

Je constate avec satisfaction une vraie et belle évolution. La recherche et le développement pour trouver des solutions au niveau national est assuré par l’Institut Bon Pasteur, Baz’Recup la compagnie sœur de Belle Verte assure le tri et la réutilisation des recyclables, ou upcycling.

Nous nous engageons ensemble avec l’aide du SEED et du projet Ecolabs de la Commission de l’océan Indien à informer, sensibiliser et engager le maximum de citoyens pour vivre une ile Maurice durable et belle ! Il reste encore beaucoup à faire, mais je suis d’un naturel optimiste et je suis convaincue qu’ensemble nous pourrons offrir une île préservée pour les générations à venir.

Quel bilan feriez-vous de votre parcours qui est loin d’être terminé ?

Aujourd’hui mon expérience me confirme que si un Homme — au sens large — se laisse aider par fatalité, il se complait dans son état et sera toute sa vie un bénéficiaire.

L’évolution est pour moi claire, les ONGs sont aujourd’hui prisonnières pour beaucoup dans cette spirale, à un autre niveau, en attendant les fonds se responsabilité sociale des entreprises (CSR).

Ainsi, si je fais le bilan de mon parcours, je dirais qu’il s’adapte à chaque fois à la situation et au contexte.

En 2012, il y avait un atelier organisé par le ministère de la Sécurité sociale, sur l’entrepreneuriat social. La graine fut plantée, la réflexion commencait quelque temps plus tôt allait germer et c’est ce qui a donné mon engagement auprès de Belle Verte, compagnie déjà existante, structure créée par Paul Olsen mais non opérationnelle jusqu’en 2014. Nous sommes passés d’une structure purement bénévole, à une structure sociale et économiquement viable à travers des actions concrètes contribuant à l’économie du pays.

Aujourd’hui je me rends compte que j’aime lire et conter des histoires à ceux qui aiment les écouter. Des histoires qui peuvent changer notre regard sur notre environnement mais aussi nous faire réagir et agir.

Alors avec le projet Ecolabs, c’est plus d’une histoire que nous écrirons. Des histoires intéressantes qui je l’espère seront le début de belles aventures avec les participants au programme.

Avez-vous un message à faire passer à propos de l’importance de préserver l’environnement et la vie sur terre?

Deux choses me viennent à l’esprit :

La citation de Gandhi : « Be the change you want to see in the world »

Et les paroles de cette chanson que j’ai toujours en tête : « T’es rien sur la terre, Terrien, rien qu’un locataire et je te le dis tout bête prend soin de ta planète. » En résumé, ne tuons pas la main qui nous nourrit. C’est à nous de décider comment nous souhaitons vivre et pourquoi.

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