“Mais parce que c’est trop cher !” : ces locataires qui désertent les agences

Un déménagement est souvent lié à un changement de vie comme un nouveau travail, un enfant, ou un divorce. Ces événements sont accompagnés de stress, de désagréments et de corvées qui nous forcent à sortir de notre zone de confort. Et pour la majorité d’entre eux, quand nous leur posons la question, ils préfèreraient passer par une agence plutôt que par un autre biais. Alors pourquoi ces locataires se compliquent-ils la tâche en se passant des services d’un professionnel ? Vers quel service se tournent-ils ? Et la finalité en serait-elle la fin des agences immobilières dans le secteur de la location ?

Une population très jeune avec moins de pouvoir d’achat

L’âge moyen des locataires est de 42 ans. D’une part, ce jeune âge s’explique par le résultat des politiques gouvernementales menées depuis de nombreuses années en matière d’aide à l’accession à la propriété : dispositifs de défiscalisation, prêts à taux zéro, etc. Et d’autre part, le fait que la carrière des locataires progresse, leur salaire augmente, facilitant l’accès aux crédits bancaires dont les taux sont de plus en plus bas. On constate donc logiquement que la population de locataires est jeune.

Etonnement, l’héritage n’est pas forcément un moyen d’accéder à la propriété. Dans la plupart des cas, celui-ci arrive après le premier achat, et dans le cas contraire, il n’est pas assez conséquent pour atteindre le graal de la propriété.

Répartition par âge de l’occupant principal (source Ministère du Développement Durable — 2013)

Sur l’ensemble des locataires, 30% sont étudiants, et avec un pouvoir d’achat qui ne cesse de baisser, une grosse majorité de cette population cherche à faire des économies. Et malgré la récente loi plafonnant les frais d’agence pour les locataires, ils restent beaucoup trop importants quand le budget est aussi serré.

Le décret n° 2014–890 paru 1er août 2014 fixe le plafond à 8, 10 ou 12 € du mètre carré suivant la zone où se situe le bien, et à cela s’ajoute jusqu’à 3 €/m² pour les frais d’état des lieux. Quand on sait que la surface moyenne d’un logement en France est de 48m², les nouveaux locataires payent entre 528 € et 720 € : la moitié d’un SMIC.

Des agences immobilières au déficit de réputation historique

Trop cher”, “voleurs”, “incompétents”, voici les mots violents souvent associés aux agences immobilières lorsque nous interrogeons les locataires ayant à faire à elles.

Une fois le bail signé, le sentiment reste très partagé quant à l’utilité de tels professionnels de l’immobilier. Cette amertume est liée au montant important des frais d’agence qui reste en mémoire du locataire, et qui paraît disproportionné en comparaison de l’acte effectué par l’agence. D’autant plus que le locataire sait que l’agence n’est qu’un simple intermédiaire dont il pourrait se passer : ces interventions sont payées par le propriétaire.

“Mon radiateur ne fonctionnait plus, j’ai du les appeler 3 fois pour qu’ils arrivent enfin à s’en occuper ! A chaque fois, ils me disaient qu’ils avaient oublié et moi, pendant ce temps-là, je me les caillais. Et vous croyez qu’ils se sont excusés ? Au prix où ils sont payés pour passer 2 coups de fil…”

Autre point noir : l’exigence élevée concernant les dossiers des locataires et plus particulièrement leurs revenus. L’agence filtre les meilleurs dossiers pour les proposer ensuite au propriétaire, et pour ceux qui ne rentrent pas dans les bonnes cases, cela devient difficile de se faire bien voir. Ainsi, lorsqu’un locataire est indépendant ou libéral et qu’il gagne plus de 4 fois le loyer, il peut arriver à convaincre un propriétaire. Mais c’est une autre histoire avec les agences immobilières qui demanderont au mieux des cautions solidaires et au pire renverront directement le dossier à son destinataire…

Le renouveau de l’Internet, et sa chère gratuité

Ces jeunes locataires font donc face à un commerce vieillissant, restrictif et trop cher pour leur budget, mais ils ont l’avantage d’être nés avec un ordinateur voire une tablette dans les mains, et ils sont donc prêts à utiliser les nouvelles technologies. Alors pourquoi ne pas essayer autre chose, une nouvelle méthode ?

Il s’agit là d’un cercle vertueux bien connu qui se perpétue grâce à ces plates-formes virtuelles et que l’on observe dans tous les domaines, l’immobilier n’y échappant pas : les clients veulent bénéficier d’un service moderne et moins cher, l’Internet le permettant et l’entretenant, des offres se développent pour assouvir ces besoins, attirant de nouveaux clients, et ainsi de suite.

L’Internet permet ainsi d’accéder gratuitement et plus facilement à une multitude d’informations et à de nouveaux services qui se modernisent et se sécurisent. Les offres se sont multipliées et se sont diversifiées pour répondre aux besoins nouveaux de ces clients.

Certaines méthodes ont déjà fait leurs preuves : c’est le cas de PaP ou LeBonCoin qui ont innové en leur temps en proposant un service gratuit de mise en relation entre locataires et propriétaires, répondant ainsi à la demande de réduction des coûts malgré les contraintes pour les 2 parties.

Aujourd’hui, avec l’explosion des start-up dans le numérique, de nouveaux noms se font connaître et tentent de percer en essayant de modifier le comportement des utilisateurs afin de répondre à leurs besoins :

  • LocatMe, faciliter les démarches : Le locataire dépose son dossier en ligne, et lorsqu’il fait une demande de visite d’appartement, le propriétaire valide au préalable le dossier pour éviter des déplacements inutiles, mais il doit ensuite s’occuper de tout le reste. (signature du bail, état des lieux, gestion,…)
  • Loki, un souffle nouveau chez les professionnels : Véritable agence immobilière 100% en ligne, sans frais d’agence. Le service sécurisé permet la réduction des coûts en améliorant la qualité de l’offre actuelle grâce à l’automatisation de certains processus. L’humain n’est pas oublié, Loki va chercher les clés chez le propriétaire, et réalise visite et état des lieux.
  • Flatlooker, une nouvelle expérience utilisateur : Leurs fondateurs font le pari d’utiliser des nouvelles technologies qui n’ont pas encore conquis le grand public, en proposant de faire une visite virtuelle en 3D de l’appartement.
  • Ommi, une autre approche des recherches : Certains locataires étant plus exigeants quant à leur futur logement, la plate-forme leur permet de choisir l’appartement en fonction de critères novateurs (zone à dessiner sur une carte, autour d’un métro,…)

Il y en a bien d’autres, et la grande majorité ne se sont pas encore fait un nom digne de leurs précurseurs, bientôt classés au rang d’ancêtres, vu la vitesse de l’évolution du marché.

Un phénomène durable ?

C’est la question à laquelle personne ne sait encore véritablement répondre, bien qu’on puisse penser qu’une tendance se dessine en faisant l’analogie avec d’autres secteurs.

Prenons l’exemple des banques et de leurs services en ligne : les consommateurs ont aujourd’hui massivement sauté le pas, alors que le secteur était persuadé que les clients avaient besoin d’un rapport humain, et que la sécurité des données d’un compte bancaire était primordial.

LeMonde.fr, 20 mars 2017–2 à 4 % des agences bancaires ferment chaque année depuis 2012, et la fin du déclin n’est pas encore annoncée. De nouvelles fermetures sont prévues au moins jusqu’en 2020 par la plupart des banques.

Comment s’est effectuée la transition ? Des clients jeunes, sachant se servir des nouvelles technologies et ayant confiance en elles, ont testé ces banques en ligne suite à l’image négative qu’ils avaient de leurs propre banques, devenues trop chères. L’expérience ayant été concluante, ils ont convaincu leurs parents et proches, qui ont à leur tour adhéré à cette nouvelle façon de consommer la banque. La ressemblance avec ce qui se passe dans le secteur immobilier locatif est assez forte.

Malgré tout, les agences immobilières ont un avantage de taille par rapport aux propriétaires qui souhaiteraient louer et gérer cette location eux même. En effet, elles sont soumises à la loi du 2 janvier 1970 dite loi Hoguet, et sont à ce titre des professionnels qualifiés qui connaissent les droits et devoirs des parties.

Ce manque de professionnalisme commence déjà à se faire ressentir chez les particuliers ayant tenté l’aventure sans passer par une agence. La tension est grandissante entre les locataires et les propriétaires, du fait de l’absence de connaissances juridiques, et voit augmenter le nombre de procès en conséquence.

En conclusion, “les start-ups” est la réponse à la question “Qui va gagner la bataille ?”, mais la guerre se conclura par le partage du marché entre professionnels de l’immobilier et professionnels du numérique. Les clients verront ainsi leurs nouveaux besoins satisfaits et n’auront donc que pléthore de choix : ce sont eux qui sortiront grands vainqueurs grâce à une baisse des prix et à une augmentation de la qualité des services.

Sources : Légifrance, Locservice, Logic-immo, ANIL, Ministère du développement durable et LeMonde.fr

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