Les relations entre le Burundi et le Rwanda s’enveniment davantage

Intahe
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Dec 8, 2018 · 4 min read
Le président burundais Pierre Nkurunziza et Paul Kagame du Rwanda ©Droits réservés

Par P-C. N

Dans une correspondance envoyée à Yoweri Museveni, président ougandais en même temps président en exercice de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC), Pierre Nkurunziza accuse le Rwanda de soutenir les mouvements armés qui déstabilisent le Burundi et demande avec insistance un sommet extraordinaire de l’EAC pour résoudre « le conflit ouvert » entre les deux pays, avant que la région ne s’embrase.

“Le Rwanda est le seul pays dans la région qui soutient la déstabilisation du Burundi et par conséquent, je ne le considère plus comme pays partenaire mais tout simplement comme un ennemi ”, c’est du moins le résumé de la correspondance de Pierre Nkurunziza à son homologue ougandais.

Nkurunziza n’y va pas par quatre chemins et parle d’aide de Kigali dans l’encadrement et l’armement des mouvements rebelles qui déstabilisent son pays. Il pointe du doigt plus de 3 attaques dirigées contre son pays en provenance ou avec l’appui du Rwanda. Il a signifié à Museveni qu’il ne considère plus son voisin du nord comme un pays partenaire mais plutôt un ennemi juré.

Reconnaissant les efforts et d’autres initiatives de l’EAC pour étouffer le putsch de mai 2015, Nkurunziza regrette toutefois la part d’un pays de l’EAC qui continuer de soutenir les criminels et des putschistes. “C’est le Rwanda” précise-t-il.

Il énumère une série d’éléments pour étayer ces accusations : “Des attaques ont été menées en janvier 2015 et en Juin 2015. Des avions militaires ont aussi violé notre espace aérien en aout 2018 sans notre autorisation”, dit-il.

“Ces attaques terroristes ont déjà causé plusieurs centaines des morts en commune Mugina et Ruhagarika de la province Cibitoke, à Kabarore en province Kayanza, dans la capitale du Burundi et ailleurs” martèle-t-il.

La correspondance de Pierre Nkurunziza va plus loin. “Le Burundi et d’autres observateurs ont démontré que des jeunes et des enfants sont recrutés dans les camps de réfugiés de Mahama au Rwanda et sont enrôlés dans les mouvements armés qui déstabilisent notre pays. Les putschistes et d’autres criminels résident sur le territoire rwandais et là ils reçoivent appui et assistance militaire, politique et diplomatique pour attaquer le Burundi”, écrit-il.

Nkurunziza signale que le Rwanda et la Belgique accordent des documents de voyage aux réfugiés burundais, qu’il considère comme criminels, pour circuler dans le monde sans s’inquiéter. Il regrette que le voisin d’outre-kanyaru ait refusé de collaborer avec une équipe conjointe de vérification de la Région des Grands Lacs qui voulait faire des enquêtes sur terrain pour vérifier la véracité de toutes ces accusations.

“Le Burundi n’a jamais cessé d’alerter la communauté de l’Afrique de l’Est que les autorités Rwandaises constituent des obstacles aux réfugiés Burundais qui veulent retourner au pays”.

Et de demander à Museveni pourquoi l’EAC fait la sourde-oreille sur toutes ces souffrances infligées par le Rwanda au peuple burundais ?

Kigali rejette en bloc toute responsabilité dans le conflit burundais

Depuis le déclenchement de la crise politique au Burundi, le Rwanda a toujours décliné sa responsabilité dans ce conflit. Kigali a indiqué qu’il n’a pas d’intérêts ni de profits dans cette crise, et rappelle que le président burundais peine à trouver des solutions à la crise semble vouloir l’endosser aux voisins.

Il y a deux semaines, Richard Sézibera, ministre de la diplomatie rwandaise, a affirmé dans une conférence de presse que les relations avec le Burundi sont toujours tendues mais que Kigali n’y est pour rien. “Vous le savez bien, les relations avec notre voisin le Burundi ne sont pas au bon fixe pour des raisons qui ne dépendent pas de nous. Ce pays continue à nous impliquer dans ses problèmes internes qui ne nous concernent pas. Mais si Bujumbura se montre coopératif, nous sommes prêt à normaliser nos relations” avait-il dit.

Parallèlement, les hautes autorités rwandaises accusent à leur tour le Burundi d’héberger des miliciens Interahamwe qui s’activent à attaquer le Rwanda.

Bujumbura s’insurge aussi contre le rapport final du dialogue inter-burundais

Le président burundais a indiqué à son homologue Ougandais qu’il rejette en bloc certains éléments principaux du contenu du rapport final sur le dialogue inter-burundais, notamment sur le déploiement des forces militaires pour sécuriser les leaders politiques, l’annulations des mandats d’arrêts internationaux émis par Bujumbura contre une trentaine de présumés auteurs du coup d’état manqué de mai 2015 et la libération des prisonniers politique et l’animiste générale. “Ces mesures portent atteinte à l’indépendance et à l’intégrité du pays” souligne-t-il.

Nkurunziza déclare qu’il ne peut jamais s’asseoir avec les criminels et les putschistes :“ Si cette situation concernait votre pays, voudriez- vous accepter de s’asseoir avec les putschistes qui ont voulu vous renverser ? Pouvaient, leurs excellences Kenyatta et Magufuli accepter violer la loi de leur pays et laisser aller les fauteurs de troubles qui ont voulu attaquer les institutions démocratiques élues de leurs pays?”

Le Burundais s’interroge pourquoi ces présidents veulent que ces putschistes ne soient pas arrêtés et punis.

Et Nkurunziza de poser une équation. “ Si c’est le cas et que la pression pèse sur le Burundi pour violer ses lois en dialoguant avec les putschistes, qu’est ce qui empêche le président Paul Kagame de négocier avec les Interahamwe et autres éléments qui menacent la sécurité et l’intégrité du Rwanda”. Pour lui, c’est la raison majeur qui a poussé le gouvernement du Burundi à jouer la carte de la chaise vide lors du 5ème round de dialogue qui s’est tenu à Arusha en Tanzanie.

Rappelons que le président burundais a refusé de prendre part au sommet des chefs d’État de l’EAC, le 30 novembre dernier, ce qui a fait que la session soit reportée illico pour le 27 décembre courant. Trois présidents avaient fait le déplacement à Arusha. Il s’agit de l’ougandais Yoweri Kaguta Museveni, le Kenyan Uhuru Kenyatta et le Tanzanien John Pombe Magufuli. Le Rwandais était représentait par son ministre de la diplomatie et le Sud soudanais par son ministre du Commerce et de l’Industrie.

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