Investir sur les crypto-devises ?

Les performances des crypto-devises défraient régulièrement la chronique et posent la question de l’investissement dans ce type d’actif. Investir dans les crypto-devises, bonne ou mauvaise idée ?

Disclaimer

Pour une fois cet article sera rédigé à la première personne.

Tout d’abord, ce texte n’est pas un conseil financier et ne constitue pas un encouragement à investir dans les crypto-devises. Donc déjà, je ne répondrai pas à la question de savoir si de tels investissements sont une bonne ou une mauvaise idée. Désolé d’avoir douché les espoirs de réponse qu’a pu laisser miroiter mon sous-titre accrocheur !

Au lieu de ça, je vous propose de décrire ce que je pense et ce que je fais personnellement, et pourquoi. Libre à vous ensuite de vous en inspirer ou non.

Cet article, et à plus forte raison l’investissement dans ce type d’actif, demande une certaine connaissance des marchés financiers en général (les marchés actions par exemple), de leur mode de fonctionnement et de leurs risques. Si ce n’est pas votre cas, c’est ce que vous devriez commencer à étudier.

On n’a rien sans rien

Petit rappel enfantin mais qu’il fait toujours bon se remémorer concernant la rudesse de la vie : on n’a rien sans rien.

Il n’est pas possible de gagner de l’argent sans travailler ni sans prendre des risques. Investir dans les crypto-devises nécessite une bonne dose des deux.

Les risques

Les crypto-devises sont des investissements très risqués, d’une part dans leurs performances absolues, qui peuvent s’effondrer définitivement d’un jour à l’autre (imaginons la création d’un ordinateur quantique qui rendrait caduque la plupart des fondements cryptographiques de ce type de produit), et d’autre part dans leurs volatilités (évolution à court / moyen terme).

Si vous investissez là-dedans, attendez-vous à plusieurs tours de grand huit entre les plus hauts et les plus bas : il n’est en effet pas rare d’avoir 30% ou plus de variation en 24h sur certains actifs.

De plus, on rappelle que ce type d’instrument financier n’est basé, comme la plupart des monnaies du monde, sur aucun actif physique (à l’inverse d’une part d’entreprise, l’entreprise ayant souvent une composante physique : bureaux, usine, etc.). Donc n’espérez aucun retour en cas de liquidation.

Enfin, la technologie blockchain est relativement jeune (10 ans pour le Bitcoin), et la plupart des autres crypto-devises sont très récentes, donc potentiellement pas assez matures.

Ceci étant dit, investir dans les crypto-devises peut entraîner la perte du capital investi, mais que du capital investi, alors que ce n’est pas le cas lors de l’investissement sur des produits dérivés à effet de levier, dans lesquels il est possible de perdre plus que son capital investi (FOREX, CFD, options, etc.).

Dans le cas des crypto-devises, et si on laisse de côté le trading avec effet de levier (margin trading) qui pour moi n’a qu’un intérêt très limité (voir le chapitre sur le trading), pour perdre 100% de son capital investi il faut que la valeur des monnaies considérées tombe à 0.

Pour terminer, un petit rappel de la stratégie de base de la mitigation du risque : la diversification.

Ici comme ailleurs, diversifier ses investissements, par exemple sur plusieurs devises, est une hygiène de base.

Une bulle ?

Un grand débat anime la communauté : y a-t-il une bulle sur les crypto-devises ?

Loin de vouloir trancher le débat, voici simplement mon avis :

La blockchain, et par corollaire les crypto-devises, est une technologie d’avenir. Beaucoup d’experts le pressentent, mais bien malin qui pourra dire sous quelle forme.

Je fais donc volontiers (et je ne suis pas le seul à le faire) le parallèle avec Internet puisque dans les années 1990, la technologie « internet » commençait à sortir du bois et à se démocratiser. Tout le monde savait que cela allait changer nos vies.

Une bulle a commencé à se former, tout un chacun souhaitant avoir de l’internet dans son portefeuille. Les valorisations se sont envolées, puis finalement la bulle a explosé en 2000.

Au final, 20 ans après, Internet a effectivement changé nos vies. Certaines entreprises pré-bulle internet ont réalisé des performances boursières colossales et ont été, malgré la bulle, un très bon placement pour leurs primo investisseurs (Amazon, Ebay, Google, Apple, etc.) alors que d’autres ont été des très mauvais placements (AOL, Yahoo, Lycos, Nokia, etc.).

La destinée des crypto-devises sera certainement similaire : nous sommes encore au début des années 1990, et une bulle pourrait se former quelque part à un moment. Mais dans 30 ans, ceux qui auront investi aujourd’hui dans les bonnes valeurs s’en frotteront les mains.

Inutile de vous dire que j’espère être de ceux-là !

Dans ce contexte, la bulle est un problème pour ceux qui achètent trop tard et qui vendent au mauvais moment, à savoir ni avant l’explosion de la bulle ni longtemps après l’explosion lorsque les actifs ont repris leur valorisation normalement. Dans les autres cas, la plus-value reste possible.

Deux écoles

Maintenant que je suis résolu à en être, dans quelles valeurs investir ? Il existe en effet des dizaines de crypto-devises et de tokens différents.

Il y a deux écoles :

  • Celle des laborieux, qui consiste à réaliser des analyses très poussées sur les différents actifs, à étudier leur fonctionnement, leurs applications, leurs utilisations actuelles, leurs bénéficiaires économiques, etc. ; et au final à se forger un avis documenté et argumenté. Cela nécessite évidemment un travail long et fastidieux.
  • Celle des têtes brulées, qui consiste à investir tous azimuts sur beaucoup d’actifs différents avec un minimum d’analyse (j’ai dit un minimum, pas sans analyse). L’idée là est de se dire que les actifs les plus performants surperformeront les pertes des actifs en échec.

Personnellement, je fais les deux.

J’investis prioritairement sur l’Ether et le Bitcoin, puis le reste sur une série d’autres devises « secondaires » (Monero, Ether classique, Zcash, etc.).

L’Ether est je pense la crypto-devise la plus prometteuse, grâce à sa technologie de smart contract.

Bitcoin est la référence en matière de crypto-devise et le restera encore longtemps.

Si je peux continuer mon parallèle avec internet, Ether est le Skype des années 2000 : ils proposent une technologie révolutionnaire qui apporte une vraie plus-value aux utilisateurs.

Bitcoin de son côté est comme Windows. Il est vieillissant et offre peu de fonctionnalités, mais il est là, dans tous les foyers, et il va le rester. Il est le point de passage obligé.

Différence notable avec Windows, le Bitcoin est la plus robuste et éprouvée des crypto-devises, et avec le plus grand stock de mineurs (et on rappelle que le minage est une des clés de la sécurité des blockchains).

Donc ma répartition cible est globalement 25% de Bitcoin, 25% d’Ether, et une dizaine de devises autres à 5%.

Le marché

Comment achète-t-on des crypto-devises ?

Exactement comme on achète des actions, c’est-à-dire sur une bourse ou un marché, et au marché secondaire (le marché primaire étant constitué par le minage).

Il existe donc des plateformes, qui exactement comme la Bourse de Paris, de New York ou de n’importe quelle grande ville du monde, mettent en relation les vendeurs et les acheteurs, et leur permettent de réaliser des opérations s’ils sont fixés sur un prix.

Par exemple, Alice souhaite acheter un Bitcoin, et elle est prête à mettre 1 500 € maximum.

Bob de son côté souhaite se séparer de 1 Bitcoin, mais pas à moins de 2 000 €.

L’offre et la demande ne se rencontrant pas, aucune opération n’est passée.

Si Bob décide qu’il doit se séparer coûte que coûte de son Bitcoin, il peut décider de réaliser un ordre « au marché », c’est-à-dire au mieux offrant. En l’occurrence il s’agit d’Alice, qui devient donc propriétaire du Bitcoin de Bob en échange de 1 500 €.

Il existe donc une myriade de plateformes de marché, qui proposent l’échange de certaines devises contre une autre (Euro / Bitcoin, Bitcoin / Ether , Ether / Livre sterling, etc.), avec différents niveaux de frais et surtout de liquidité (le nombre de personnes prêtes à vendre ou à acheter).

A noter qu’il est même possible d’acquérir des crypto-devises de façon plus traditionnelle, à savoir de la main à la main. Une petite annonce, une rencontre, un échange de cash contre un compte bitcoin approvisionné. Ce mode de transmission s’est énormément développé dans les pays qui ont tenté de bloquer la propagation des crypto-devises en bloquant les plateformes de trading.

Un dernier point concerne la sécurité des plateformes de trading.

L’histoire des crypto-devises est émaillée d’attaques fameuses contre des bourses d’échanges, certains pirates ayant réussi à arracher frauduleusement des centaines de milliers de Bitcoins à certains sites internet, les mettant ainsi sur la paille.

Aucune garantie bancaire n’existant (pour l’instant) dans ce domaine, de nombreux investisseurs se sont par corollaire vus également dépouillés de toutes les sommes laissées sur la plateforme.

Certains investisseurs fuient alors les plateformes de trading comme la peste. Ils se contentent d’y passer leurs ordres, et exfiltrent immédiatement leurs crypto-devises de la plateforme après l’échange.

Le parallèle qui est souvent fait avec l’univers des crypto-devises est celui du farwest, puisqu’à cette époque les banques étaient périodiquement braquées. Si des bandits s’emparaient du coffre-fort contenant les billets, c’était les épargnants qui étaient dépossédés.

Aujourd’hui, plus personne ne rechigne à laisser ses euros dématérialisés dans une banque de peur qu’elle ne soit vidée par des brigands.

Mon avis est que nous avons fait du chemin depuis les grands braquages des premiers temps. Les processus se sont améliorés, les leçons du passé ont été prises, et la sécurité est renforcée. Nous sommes donc quelque part entre l’époque des cowboys et le monde d’aujourd’hui.

Moralité, je ne rechigne pas à laisser mes avoirs sur des plateformes, même si périodiquement je les sécurise hors plateforme lorsque les conditions suivantes sont remplies :

  • Le montant est relativement conséquent
  • J’y pense
  • J’ai le temps de le faire

Mort au trading

On voit régulièrement sur les plateformes spécialisées des histoires (voire des légendes) d’investisseurs réalisant des plus-values mirifiques grâce au trading de crypto-devises.

Pour moi il n’y a aucune gloire à faire 200% de plus-value sur un actif qui est lui-même en croissance de 195%.

Comme je crois profondément dans ces actifs et dans le fait que la plupart d’entre eux auront multiplié par 10 leur valeur, pourquoi irai-je les vendre pour gagner 3 ou 4 % en moyenne, avec des risques supérieurs ? (parce que bien sûr, les histoires de trader qui perdent de l’argent ne font pas la une des articles).

D’ailleurs, si vraiment l’objectif est de boursicoter, il est tout à fait possible de le faire sur d’autres actifs, certains même encore plus risqués que les crypto-devises (FOREX, CFD, etc.).

Donc pas de vente chez moi, pas de trading, que du buy and hold.

J’achète régulièrement, à tel point que j’ai automatisé le processus puisque j’ai créé un bot d’investissement pour la plateforme Kraken et pour la plateforme Bitstamp (nous verrons un point sur les plateformes plus loin dans l’article).

Cette stratégie s’appelle la « Dollar Cost Averaging ». Elle consiste à acheter régulièrement (2 fois par jour dans mon cas) un montant fixé (en euros) d’actif, indépendamment de son prix. L’idée principale est de limiter l’impact de la forte volatilité de cet actif pour l’acheter à un prix moyen qui n’est certainement pas le meilleur prix possible mais pas le pire non plus. Déléguer cette opération à un bot permet de le faire sans état d’âme.

Je place également des ordres à -10%, -20% et -30% du cours moyen pondéré sur les 24 dernières heures, là encore automatiquement délégué à un bot.

Cela me permet de tirer profit d’un flash crack, qui est une baisse subite et limitée dans le temps des cours due à un ordre monumental passé sur le marché ou à la défaillance d’un robot de trading.

Cette attitude me permet de profiter d’achats à bon compte, mais elle est dangereuse, puisque si le crack est justifié (annonce négative concernant le sous-jacent), alors j’achèterai au pire moment.

Enfin, dernier comportement particulièrement risqué que je dois confesser : j’investis toujours plus lorsque le sous-jacent baisse. Là encore, cela tient à ma foi inaltérable en ce type d’actif qui me laisse à penser qu’ils finiront toujours par remonter, quels que soient les menaces et les défis.

En ce sens, je ne vois donc une baisse des cours que comme une période de soldes (d’autant que, hasard du calendrier, elles interviennent en ce moment en janvier et en juillet).

Les plateformes d’échange

Dernier point, quelle plateforme utiliser ?

Loin de vous proposer la meilleure plateforme, issue d’une étude poussée du marché et d’un test exhaustif, je vais encore une fois me contenter de vous présenter mon expérience personnelle.

A noter que je n’ai aucune rémunération d’aucune sorte de la part des dites plateformes, lesquelles ne disposent à ma connaissance d’aucun programme de parrainage.

Personnellement j’utilise trois plateformes : Kraken, Bitstamp et Poloniex.

Kraken est celle que j’utilise le plus. Elle a l’avantage de proposer un très grand nombre de crypto-devises différentes et d’accepter l’euro. Elle fonctionne plutôt bien, mais il m’est arrivé d’avoir de grosses difficultés avec leur support (et à voir les commentaires sur internet, je ne suis pas le seul).

Il faut dire que du fait de l’engouement récent pour ce type d’investissement, les sites de trading sont pris d’assaut et ont tous été complément saturés à un moment ou à un autre. Il m’est ainsi régulièrement arrivé de recevoir des réponses du support pendant le week-end.

Ceci étant dit, Kraken a purgé tant bien que mal son retard en ce qui me concerne, et je suis aujourd’hui globalement satisfait de leurs délais et de leurs services, même si la plateforme est ponctuellement inaccessible, victime de son succès, et que quelques attitudes de leur part manquent clairement de professionnalisme (comme la modification de leur API sans rétrocompatibilité, sans communication et sans mise à jour de documentation de leur API).

Bitstamp est une plateforme régulée au Luxembourg, et elle a pour cela obtenu un agrément de la CSSF. En bon résident Luxembourgeois, je ne pouvais donc pas faire autrement que d’y ouvrir un compte.

Régulation oblige, le site est plus sécurisé : plus de démarches pour ouvrir un compte, plus de complexité pour s’y connecter, etc. On aime ou on n’aime pas (moi j’aime moyen).

Autre gros défaut de la régulation, le nombre de crypto-devises admissibles. Aujourd’hui 3, dont l’Ether ne fait pas partie (EDIT : Ce n’est aujourd’hui plus le cas, l’Ether étant listé sur Bitstamp depuis la rédaction de cet article). Et n’espérez jamais y voir Monero par exemple. Donc c’est pour moi un complément, mais ça ne pourra jamais remplir mon besoin seul.

Enfin Poloniex est un peu particulier, puisque c’est une bourse 100% crypto-devises. Elle offre le plus grand choix de monnaies et tokens et les plus gros volumes d’échange, mais ne permet pas d’arriver avec des euros. Il faut donc la combiner avec une autre plateforme.

Son utilisation pour moi est marginale.

Petite parenthèse sur les plateformes d’épargne.

Eh oui il est également possible d’avoir un livret d’épargne en crypto-devises ! Inutile de vous dire que le risque à y investir son argent y est notoirement plus élevé (mais le taux l’est également).

J’utilise personnellement Magnr, où je dispose d’un livret d’épargne en Bitcoins.

Attention, si j’ai relativement confiance en ce site (pas au point de lui confier de l’argent que je ne serai pas prêt à perdre), certains autres sites similaires sont des arnaques pures et simples, basées sur des pyramides de Ponzi. Une grande vigilance est donc requise, pour ça comme pour le reste.

Conclusion

Pour conclure cet article autobiographique, disons que certaines crypto-devises ont offert par le passé des performances incroyables, pour ceux qui avaient investi au bon moment sur les bonnes devises.

Mais elles demeurent un produit particulièrement risqué et très complexe.

Ceci étant dit, au-delà de l’investissement spéculatif pur et dur, ces types d’actifs sont une solution intelligente de diversification de son patrimoine. Ils ont notamment l’intérêt d’être normalement décorrélés des marchés financiers, et même corrélés négativement en période de crise (ce qui veut dire qu’ils montent lorsque tous les marchés baissent).

Ils sont donc un actif de couverture intéressant, comme peut l’être l’or, ce qui peut justifier d’en disposer pour quelques pourcents (5 ou 10) de son patrimoine financier.

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