Monte Cristo est une histoire mélodramatique

1961, Oublions la Guerre d’Algérie

CLAUDE AUTANT-LARA — LE COMTE DE MONTE CRISTO — 1961

Long métrage double, le film familial type pour un dimanche après-midi ou pour une soirée longue le samedi en 1961 quand l’école fonctionnait à fond le samedi toute la journée, quand les usines tournaient de même et la semaine ouvrière était de 48 heures. Dans mon pensionnat nous avions un samedi sur quatre libre l’après-midi pour que les internes puissent rentrer chez eux.

Ce film doit donc être éblouissant — à l’époque — avec des costumes, des accessoires, un château, des scènes de fêtes, bals, etc., y compris une scène de chasse à courre, du moins le départ de la chasse. Et un peu d’action, y compris violente, mais surtout beaucoup de sentimentalité un peu larmoyante mais réjouissante. Tout est bien qui finit mal pour les méchants et bien pour les bons, et pas trop mal pour les entre-deux. Alexandre Dumas était la littérature en épisodes dans la presse ou en diffusion en petit fascicules. Un tel feuilleton pouvait durer une année complète ou plus. Le public était le public qui savait lire et le public collectif pour lequel celui ou ceux qui savaient lire faisaient la lecture des feuilletons comme ceux de la revue « Les Veillées des Chaumières » que l’on trouvait aussi en ville, il est vrai un peu plus tard puisqu’elle fut créée en 1877.

Le concurrent principal était en 1961 le roman photo et ses magazines comme « Nous Deux ».

Affiche alternative

Certes on montre l’hypocrisie de cette société du 19ème siècle avec Napoléon et son million de morts, la Restauration et ses trois rois, l’argent plus royaliste que le roi, la corruption partout et les aventures militaires et policières permettant aux hommes les plus pourris de réussir quand le chef de la police est un ancien bagnard et le procureur général un père qui a abandonné son enfant conçu hors des liens matrimoniaux, ou encore un pair de France ancien général qui s’enrichit en Turquie en vendant ses prisonniers ou plutôt prisonnières de guerre comme esclaves au harem le plus offrant.

Alors écoutons l’histoire d’Edmond Dantès emprisonné au château d’If et qui réussit à s’évader de façon morbidement spectaculaire, de récupérer un trésor de pirates et de revenir se venger en Comte Monte Cristo et qui réussit parfaitement bien mais se doit de fuir la Mercédès qui l’a trahi une fois qu’il fut emprisonné pour revenir peut-être un jour purifié et inconnu, mais riche bien sûr.

C’est donc distrayant mais cela ne fera pas bouger les montagnes. Et n’oubliez pas l’entracte et l’ouvreuse « Bonbons, Caramels, Eskimos, Chocolats ! » Et en ce temps-là on jetait les papiers et les cornets sous les sièges. Ce bon vieux temps avait du bon pour la paresse polluante qui vous aurait dit « Mais il faut bien que ceux qui balaient les salles aient du travail ! » Mais bien sûr.

Dans ma jeunesse nous avions deux cinémas, le Moderne et le Rialto, et c’était à qui le samedi soir proposait le film le plus alléchant. Beaucoup de ces films ont perdu tout charme et ont disparu, sauf quand un acteur comme Fernandel, plus tard Bourvil et Louis de Funès, perçait l’écran dans des comédies à mourir de banalité, mais l’acteur, ma chère, l’acteur, c’est tout ce qui compte.

Une alternative de plus

Alors prenez du plaisir avec Louis Jourdan, et si vous ne le connaissez pas, profitez-en pour le découvrir. C’est un acteur digne de ces films et qui est pour l’essentiel oublié. Jeu guindé, raide sans presque d’émotion, sans expressivité du visage ou si peu. Bref un bon acteur pour divertissement familial et pendant qu’il fait le beau ou le juste à l’écran les petits garçons s’intéressent aux petites filles à gauche, à droite, devant ou derrière, et les petites filles ne sont pas en reste. Et il y a toujours un garçon qui se trompe de cible et s’intéresse au petit garçon à côté de lui (les toilettes étaient faites pour cela pendant le film dont on manquait cinq minutes mais on gagnait tout le reste). C’était le bon vieux temps où le cinéma était l’école de l’apprentissage de comment créer des familles le plus vite possible. Familles parfois disparates.

Bonne soirée dans vos chaumières.

Dr. Jacques COULARDEAU