Member preview

Toulouse, Saint Saxo Alto et Synthé Sacré

Pierre Jodlowski

JODLOWSKI ET ÉOLE À TOULOUSE LA ROSE

CITÉ DES VIOLETTES

Le violet la couleur des princes

Mignonne allons voir si la rose

Qui se matin avait desclose . . .

Desclose ce matin, fanée ce soir

Pierre Jodlowski est un compositeur magnétique autant qu’aimanté (qui aime comme la Mante Religieuse, j’imagine) à Toulouse qui attire à lui d’autres tant compositeurs qu’interprètes pour une musique electronisée qui défriserait un grizzly des Montagnes Rocheuses, sans parler d’un Yéti de l’Himalaya. Il ne le fait pas exprès mais il le fait bel et bien. Il croise de nombreuses traditions, en particulier dans la galaxie jazz, avec la musique minimaliste américaine et une électronique déphasée, déjantée et même dévoyée pour produire un monde musical qui dérange les méninges, un peu, mais surtout déstabilise les hormones de quiconque en a encore quelques-unes en réserve. Il faut toujours avoir quelques hormones chez soi.

C’est une musique lascive, endiablée, érotique pour sûr, perverse même diront certains en souriant, car c’est tout ce qu’ils cherchent. Ils veulent une musique qui mette leurs endocrines en fureur et cette musique tire tant sur la bride des endocrines qu’elles se mettent à ruer dans les brancards, tels des chevaux de labour sauvages. Cachez bien ce sein que je ne saurais voir. Et des seins jusques aux pieds il y a tant de zones érogènes.

La musique a toujours été une force érotisante car elle tient d’abord et avant tout au plaisir des zones sensorielles et sensitives sensibles et sans la moindre ambiguïté. Musicien de mon âme donne-moi le plaisir que ma chair demande et que mon esprit savoure. Et dans cette musique sensuelle la musique sacrée est de loin la plus puissante car elle vous marie à Dieu, son Fils et son Saint Esprit en un ménage à quatre qui n’a rien à envier au plus libertin des marquis. Voyez combien les auditeurs d’un Dies Irae de Mozart se trémoussent de jubilation et de jouissance dans leurs fauteuils de velours qu’ils humidifient, dirons-nous, de leur sueur excessive.

La nouveauté et la force de cette musique qui allie les instruments réels et l’instrument virtuel qu’est le synthétiseur, raison de plus sur bande, aujourd’hui sur clé USB, c’est que cette musique nous interpelle dans l’horreur quotidienne qui est la nôtre. Depuis 1945 on a appris à ne faire que les guerres locales qui coûtent beaucoup sur place mais nous coûtent, à nous les guerriers occidentaux, que peu. Alors on nous dit que les cinquante millions de victimes de 1939 à 1945 ne sont pas près d’être égalés même sur une période de cinquante ans. Et ils vous disent que la violence guerrière a donc baissé.

Contre cette tartufferie, cette hypocrisie, cette monstruosité mentale il n’y a que la musique qui peut nous faire remonter dans l’illogisme, reconstruire avec nos ruines quotidiennes un monde mental qui ne soit pas plus schizophrénique que nécessaire. Mais nous sommes tous schizophrénique depuis que Jacques Lacan l’a écrit dans sa thèse des années 30. Et cette musique est une musique schizophrénique puisqu’elle nous parle. Si elle ne nous parlait pas, nous serions simplement des sous-développés mentaux, on aurait dit atteints de débilité il y a encore vingt ans, ou simplement caractériel pour ne pas dire bien sûr autiste.

Toute personne normale est en phase avec cette musique car ces personnes normales et cette musique partagent ensemble la schizophrénie moderne qui est de règle dans toute société développée. C’est d’ailleurs cette schizophrénie galopante qui explique que certains élus du peuple — dans un instant de total contre-balancement mental de ce peuple en élection, j’ai failli dire en érection — peuvent se permettre de menacer le monde d’un conflit nucléaire pour détruire un pays cent fois plus petit que le leur. Et le pire c’est qu’ils sont capables de le faire car ils ne sont pas schizophréniques, ces élus là, mais paranoïaques jusqu’au bout extrême de leurs ongles des pieds. Gardons nos orteils croisés pour ne pas développer de tels pieds de tels ci-devant cités guerriers perclus de mycoses.

Jodlowski compose de ses mains

Cette musique devrait vous guérir de cette paranoïa car elle va vous remettre en phase avec la société dans sa dynamique de développement qui veut qu’à chaque instant toute personne qui envisage d’accepter l’instant suivant se trouve schizophrénétiquement en porte à faux justifié entre le moment d’avant et le moment d’après. On voit combien toute religion n’est qu’une médiation de cette schizophrénique humaine indispensable pour affronter les lendemains qui ne chantent pas toujours, loin de là, mais qui toujours sont différents des jours d’avant, même du jour d’avant la chute de Grenade.

Alors, laissez-vous porter par cette musique et dites-vous qu’elle est pour votre pure et personnelle jouissance onaniste mentale, culturelle et définitivement spirituelle, ce qui inclut l’hormonal et la crampe pénienne qui suinte et sécrète l’extase.

Dr. Jacques COULARDEAU

Olliergues, 1er Janvier 2018

PIERREJODLOWSKI — DIRECT MUSIC — 2013

« Collapsed » donne au saxophone soprano un rôle à jouer qui n’est pas de la musique mais une aventure dans le son et les sonorités qui se veulent à la fois discordantes et charmantes. Nous sommes le cobra que ces notes veulent envoûter et Pierre Jodlowski réussit parfaitement sa gageure et son exploit ? Nous commençons à osciller et tanguer sur notre corps enroulé en torsade au sol légèrement granitique et nucléaire qui nous rend littéralement atomiques et ce saxophone nous atomise en une myriade de voies lactées qui peuplent notre univers cosmique. Et comme pour enfoncer ce clou de l’explosion universelle quelques percussions ajoutent quelques coups de marteau, parfois pillons ou réverbérant dans l’immensité du vide stellaire, interstellaire et intra stellaire. Nous tombons ou descendons dans les entrailles des étoiles et nous sentons le feu du soleil nous brûler l’âme et l’esprit d’une sanité nouvelle, d’une insanité sans limite qui débouche sur un autre concept que celui d’équilibre, le concept de désordre nécessaire à l’établissement d’un ordre sans limite et sans mise en file ou ordonnancement militaire ou uniformisé. Et dans les interstices de cet espace interplanétaire quelques voix distantes disent des mots et des phrases incompréhensibles et que nous ne devons surtout pas comprendre car c’est le discours du dieu de la musique et ce dieu là n’est qu’une seule chose sur terre : le dieu de la vision perverse d’un impossible que nous nous mourons de ne pouvoir atteindre.

« Série C » qui vient en second, et en désordre, nous martèle le cerveau de ses notes de piano et de sa bande son. Fini le charme du fakir. Tout est dans ce martèlement infini qui fait de nous un vase de résonnance en cuivre venu des terres berbères. Y a-t-il une vie quelconque au-delà de ce vase de résonnance ? Quelques voix qui parlent une sorte d’anglais qui n’est peut-être pas de l’anglais, « Thank you », s’éraillent entre quelques tiraillements sonores et frappants. Laissez tirer quelques notes qui filent pour mieux servir de basse continue à des marteaux de pianos qui triturent et malmènent leurs cordes. Mais avez-vous vraiment envie de pousser cette porte vers un au-delà indécis ? J’hésite plutôt car à chaque tentative comme un effluve surgit et me repousse dans mon décor arrière. Je ne suis pas le/la bienvenue (qui sait encore son genre, ou devrais-je dire sexe, dans notre monde transhumain ?) dans l’au-delà de cette façade frappante. Viens ici petit et joue l’enclume. Mais je ne sais pas résonner, je ne sais pas raisonner, je ne sais que subir et recevoir. Et bien reçois donc ce que mon intersidérale vision me donne à voir et que tu ne peux partager que si tu acceptes ma domination. Abandonne ta résistance. Couche-toi sur ce divan et commence par te taire et écoute l’infini écho de l’infini sans fin.

« Dialog/No Dialog » commence dans le désordre à nouveau avec « Écoute » qu’elle me dit une voix de femme. Mais qu’y a-t-il à écouter ? Un brouillon brouhaha qui ouvre sur une longue plainte qui est peut-être une flûte ou peut-être une bande sonore, une plainte qui n’en finit pas de se réverbérer en discordante et discordée fuite en avant et de côté, en recul soudain pour repartir et affronter quelques extra-terrestres musicaux hésitants et dubitatifs. Peut-on faire son dans le vide de la mémoire effacée. Et quand on perd la mémoire il ne reste que l’insondable Alzheimer qui tire et retire tout sens au désordre incongru de je ne sais quelle langue qui n’a pas de sens, signifiant sans signifié, harmonie sans tempo, disharmonie sans désordre et pourtant sans le moindre once d’ordre et d’ordonnancement. On frétille, on butine, on volète, on va et vient d’un coin à un autre dans cette sphère musicale qui a plus de recoins que n’importe quelle odyssée de l’espace. A la recherche du trou noir perdu de je ne sais quel auteur ancien qui se projette dans un avenir incertain. Avancez pas à pas, l’ordinateur schizophrénique vous aidera à survivre à l’expérience et à retrouver la renaissance dont certains présidents parlent sans rancœur ni retenue. Pour dialoguer, encore faut-il être deux, mais ici je suis seul, seul face à la musique qui essaie de me parler ou du moins que j’essaie d’entendre comme un discours à moi adressé dans un soliloque situationnellement interloqué dans une jungle surnaturellement surréaliste.

Revenons alors à la « Série Rose » à petit pas qui veulent être « very very nice » et qui essaient d’apprivoiser le piano qui résiste un peu avant qu’un souffle de femme réponde à l’attente du pianiste. Très rose que cette série, « My God », qui veut nous faire croire à une sorte d’orgasme musical sur un clavier de piano. Ne rêvons pas, voulez-vous et emportez-nous dans un tourbillon de nuances sonores qui ne nous laissent pas le soin de penser, encore moins de jouir de je ne sais quelle basse manœuvre en-dessous du clavier, à coups de pédales pianistiques. Vous pouvez toujours rêver et croire que « hello » est un appel à votre compréhension et à votre désir de plaisir, mais la musique est là pour vous érailler les oreilles et pour vous étriper la panse à coup de couteau de boucher de je ne sais quel éventreur. Le plaisir de l’éventrement sur folie pianistiquement programmée pour vous mettre à plat dos sur une planche à clous. Demandez à je ne sais quel magicien le charme du durcissement de la peau. Rien ne sert de geindre ou de gémir, le châtiment est au rendez-vous et c’est ce que vous attendez de cette aventure en chute libre dans le grand piano à queue en forme de vulve d’où suintent quelques lamentations lascives. Et d’un baiser en une requête vous finirez bien par céder et par vous laisser aller au plaisir de l’inconnue, une inconnue qui vous tient par le bout du plaisir et par les cheveux ou les poils hérissés hirsutes sur tout votre corps. Vous avez dit plaisir ? Laissez-moi rire ! Le plaisir exquis de la douleur en souffrance saupoudrée de sucre candie comme une neige légère en éparpillement de flocons dans le vent qui brise le silence immobile entre les notes dérangeantes. Encore un coup de rein, mon frère, et la tâche sera accomplie, la carte de France comme on disait au temps de Louis XIV. Et ce sera une France sans frontière qui courra de l’Atlantique au Pacifique en, passant par l’Indien. Ecoutez les longs sanglots pâles de ce piano au faîte de l’Everest en plein Himalaya. Il ne reste plus qu’à voir venir une yétie sauvage qui vous prendra d’une seule main et de dix griffes. Sentez-les pénétrer dans vos chairs ! Souvenez-vous de cette rencontre déstabilisante et défrisante pour pouvoir la raconter à vos petits-enfants, du moins si vous en avez et quand vous en aurez. Il est plus difficile de faire un petit fils qu’une bûche de Noël. There is no « I’ll catch you » possible dans cet univers de neiges éternelles.

« Time and Money » viendra vous dire clairement que « there is no time left » et espérer qu’il restera un peu d’argent malgré le fait que « le temps c’est de l’argent » et que sans temps il n’y a pas d’argent. « Whatever you want, whatever you do… » il n’y a aucune chance de pouvoir vivre ou survivre sans musique et sans ces percussions qui vous pilonnent les tympans comme si c’était autant de tympanons ou bien de

cymbales. Et ne vous préoccupez pas du « gross national product ». Ce n’est fait que pour les naïfs qui croient que l’argent se récolte à la bourse et que la bourse est un arbre à fric, plutôt qu’un sac à testicule. Pensez plutôt à acheter de la sauce tomate pour mettre sur votre riz et de la margarine pour fondre sur vos nouilles à l’eau. Et un tambour de cantonnier, garde-chasse ou garde-frontière vous roule dans les oreilles comme un appel à vous terrer sous la table de votre cave au plus profond du sous-sol. Ne savez-vous donc pas qu’il n’y a plus d’espoir dans un monde qui a perdu la boule du temps et le citron du fric, qui se tourneboule les méninges pour essayer de savoir ce qui est arrivé hier et d’imaginer ce qui va arriver demain. Et comme les atouts sont des trump cards, ne vous y trompez pas : il n’y a pas d’avenir au poker menteur de je ne sais quel politicien, qui ne pense qu’à ne pas mouiller ses chaussettes en pissant dans ses bottes. Et vous entendrez comme la résonnance de quelques bombes atomiques qui laissera le vide sidéral étoffé de cris étouffés et sans fin des âmes qui fuient les corps démantibulés de cette guerre nucléaire que seuls « Pray, Pray, Pray » peut encore sauver de l’holocauste, le vrai, celui de l’humanité tout entière. Il est grand temps que vous jetiez le poker aux orties et les atouts maîtres à la fosse à purin de Mar-a-lago en Floride. Et comme le temps c’est de l’argent soyez sûr qu’il vous en coûtera une sérieuse somme de dollars pour simplement un bœuf bourguignon à l’américaine. Mais tous les tambours ne sont pas faits de peau d’âne comme au temps des « old timers ». Le temps file et l’argent nous coule entre les doigts comme si nos mains étaient des passoires. Ecoutez le flux constant de nos pertes en fuites urinaires de tuyaux explosés par le gel. A quand la fin de notre folie et le début de notre sagesse ? Le tambour sera-t-il donc le signal et l’accompagnement de notre enterrement dans les terres nucléarisées par les éjaculations vulvaires et atomiques de quelques fous sans bornes ? « Please, no please, do not tell me nothing about no money, no thanks. »

Dr Jacques COULARDEAU

AURELIO EDLER-COPES — TERRY RILEY — IN C+50–2017

« In Resonance » de Aurélio Edler-Copes est une pièce musicale qui vous permettra de planer au plus haut de vos cieux quel que soit le temps et le climat. C’est une musique idéale pour les optimistes aveugles qui ne veulent pas voir que le monde est en danger de survie ou plutôt d’extinction et donc de survie dans l’apocalyptique, la seule survie imaginable de toute façon, une survie qui n’a rien à voir avec ni à envier à la vie.

Sur cette musique ondulante comme des voiles de soie dans une brise printanière on attend un discours fort, un discours puissant, un discours profond mais le discours ne vient pas. Il ne reste alors qu’une résonance dans notre mémoire d’un discours de l’extrême, un discours de l’extermination, que ce soit de Munich ou de n’importe quelle ville de ce monde où un président peut annoncer sans sourciller — il est vrai qu’il est bien trop vieux pour sourciller — qu’il va détruite tel ou tel pays, tel ou tel état, islamique ou pas, qu’importe pourvu que lui le président ne puisse pas le sentir, puisqu’il a perdu l’odorat depuis longtemps et qu’il ne peut plus sentir qui que ce soit.

La musique planante dite psychédélique en une autre époque historique était la marque de l’opposition à une certaine guerre et la demande de pouvoir rêver, aimer, sans fin et sans bornes comme si Zabriskie Point était le monde entier. Aujourd’hui c’est devenu la marque d’un monde cynique que ne laisse au citoyen (singulier car individualisé à l’extrême de l’isolation) que la sortie de l’oubli, la sortie de l’overdose, la sortie du suicide par opioïdes médicaux ou non. Planer au-dessus des ruines du Moyen Orient n’est rien d’autre qu’un vol en surplomb sans visibilité de quoi que ce soit qui ne soit pas un squelette ou un cadavre.

Terry Riley et son « In C » qui devrait être du do majeur, mais c’est peut-être autre chose, est entre les mains de Aurelio Edler-Coopes à la guitare électrique une longue pérégrination dans le désert du Nouveau Mexique où seuls des scorpions et des serpents à sonnettes réussissent à survivre, surtout aux humains imprudents qui viennent sans bottes et sans scaphandre de plongée. Route 66 traverse ce long désert du Nouveau Mexique, du Nevada et puis la vallée de la mort vers Los Angeles, mais à ce paysage minimaliste, à cette zone de vie encore plus que minimaliste puisqu’elle est plutôt une zone de mort par morsure ou de mort par overdose casino-tique, mordu par les tiques des casinos qui ne sont là que pour vous sucer votre sang dollardique. Zone de mort en survie, la mort survit à elle-même et attend avec impatience les prochains candidats au voyage final.

Aurélio tout en sourire

Vers six minutes se lève une lamentation en syncopée, une mélopée probablement pas vocale du tout de je ne sais quel rite rendu aux morts et aux morsures mortelles, un chant de remerciement d’avoir mis fin à ce périple qui n’en finit pas de commencer et encore moins de finir. Peu à peu des nouvelles sonorités tout aussi syncopée et minimalistes viennent ajouter leurs tempos avec quelques modifications du tempo de base, mais si peu qu’on peut plutôt croire que chaque nouvelle coloration sonore n’est qu’un écho distorté et déformé, légèrement décalé des couleurs antérieures. Il ne reste plus qu’à se laisser porter par cette lancinante rengaine qui est comme une balade sur trois notes sans la moindre parole. Un boléro mortuaire que Ravel n’a jamais osé écrire.

Et ne vous y trompez pas on peut danser sur cette musique qui est si proche des musiques traditionnelles des rites funéraires indiens, des danses du feu, de la mort, du soleil, de guerre ou autres. Une rythmique inchangée, inchangeable qui fait trembler le monde de sa propre rythmique qui n’en finit pas de trembler, de vibrer, d’ululer comme autant de hiboux annonçant la fin de la nuit, la mort de son prochain, la fin du début du jugement dernier. On attend la venue de quelque juge suprême, de quelque esprit suprême qui soit capable de jeter en enfer 60 % des hommes et de condamner le reste à vivre à jamais dans la Jérusalem messianique où le seul plaisir est de simplement ne pas mourir puisqu’il n’y a ni bouffe, ni alcool, simplement l’eau de la rivière et les fruits des arbres de cette pure Jérusalem messianique, et ne parlons pas de plaisir, que ce soit le plaisir du corps, de l’âme ou de l’esprit. Le seul sentiment accepté est de communier avec l’esprit saint de dieu et de se contenter de cette saturation de sainteté.

On se prend de rêver que cette rythmique est perverse et qu’elle dicte nos mouvements manuels sur nos organes sensibles en vue de produire une jouissance sans fin, et qui ne peut être que sans fin vue l’infinie mélopée rythmique que nous entendons. Nos doigts vont et viennent et nos corps se raidissent de plaisir et nous recommençons toujours seul à seul et seul tout seul car ce plaisir onaniste est nécessairement solitaire. Mais que dis-je ? Ai-je ainsi pu pervertir le verbe de Dieu qui veut que je jouisse de l’infinie solitude humaine dans la communion sans fin avec l’immatériel Dieu, sans corps et sans chair, simplement esprit, saint qui plus est. Faire l’amour avec l’esprit saint, voilà l’objectif d’une telle musique. Ou bien délirer que l’on fait l’amour avec Dieu lui-même, même si sans corps et sans âme. Et nous n’en sommes qu’à dix-sept minutes.

Une musique à vous en désemboiter le crâne

Et dans cette Jérusalem messianique, dans ce coryphée divin il n’y a aucune femme, simplement le père, le fils et le saint esprit. Comme quoi la communion de l’homme ne peut être qu’avec ce dieu mâle, son fils ou son esprit. Plus gay que moi tu meurs. Heureuses les femmes non pécheresses. Elles peuvent s’unir avec un des trois mâles de ce paradis divin. Elles au moins sauront ce qu’est l’hétéro-banalité. Nous les hommes non pécheurs nous n’avons pour nous que l’homo-banalité. Mais faute de grives on se contente de vermisseaux, enfin espérons des vermisseaux de taille raisonnablement importante et follement juteux.

Et ainsi va le bateau de Charon, d’une berge quittée à une autre berge qui ne semble pas vouloir venir et par les temps qui courent de niveau des eaux qui montent, avec une sonorité instrumentale supplémentaire, la berge attendue se fait toujours plus lointaine, l’enfer est toujours plus éloigné, le Léthé est toujours plus vaste. Charon, Charon, mon ami Charon, pressons les rames et faisons venir des rameurs de métier, comme ceux de Warwick, pour activer le bateau qui nous mène à la terre promise après la mort. C’est bien beau de mourir mais passons vite de l’autre côté pour avoir cette autre vie en espérant l’enfer qui semble plus appétissant que la Jérusalem messianique.

Dans cet enfer de Dante il y a tellement de plaisirs exquis dans la souffrance de la jouissance que l’on ne saurait s’ennuyer un seul instant en passant de salle en salle, de niveau en niveau, des voleurs au violeurs, des menteurs aux mendiants, des arpenteuses aux trottineuses de la place de Clichy. Par pitié Charon, hâtons le pas et rejoignons Cythère qui nous attend avec impatience pour quelque déjeuner sur l’herbe avec quelques Demoiselles d’Avignon. J’en sens déjà les parfums et les dentelles à la minute 28.15 et cette nouvelle sonorité de boîte à musique enfantine. Cythère est juste là devant nous mais les rames de Charon sont aussi nulles qu’une turbine sans palles. Avançons que diable, c’est bien le cas de le dire, et commencez déjà, jeunes et moins jeunes gens à vous détrousser pour être prêts à être reçus par tous ces beaux corps qui nous attendent condamnés à nous servir et à redemander un service de plus tous les jours.

Mais rien ne sert de partir à point quand on n’a qu’à attendre le bon gré de Charon et de son bon dieu ou bon diable. Et de bon gré il n’avance pas. De mauvais gré il n’avance pas plus. Il est aussi paresseux et mollasson que je ne sais quel vers de terre alangui par le poison. La torture est dans l’attente. La torture est dans la jouissance miroitante qui ne viendra jamais. La torture est dans le plaisir à jamais produit et pour toujours hors d’atteinte. Seigneur dieu ou roi de l’enfer, donnez-nous le plaisir quotidien et arrêter de rationner le pain de la survie sentimentale et corporelle. Nous finirons bien par mourir à la trente-quatrième minute avec la mélopée qui monte de Cythère, même si nous sommes déjà morts. Il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour mourir à nouveau. Qu’importe la mort et le nombre de fois qu’on mourra pourvu qu’on ait l’ivresse du corps désiré, des froufrous de dentelle et des sous-vêtements en pur coton américain sentant l’eucalyptus et la sueur.

La radio, le média de la musique

Et ne voilà-t-il pas qu’il en rajoute une dose, notre compositeur à la trente-sixième minute avec une espèce de carillon nonchalant et ritournellant comme un rossignol enroué qui n’en finit pas de faire et de répéter son premier trille, même si dans ma langue occitane on dirait sa première trille. Que diable ! Bon Dieu de Bon Dieu ! Libérez-nous de nos désirs en satisfaisant nos pêchés qui sont mignons comme nos amants et mignonnes comme nos petites amies. Mais la cloche de l’enfer de Clive Barker nous rappelle que nous ne sommes qu’un cœur condamné à l’enfer et donc à la souffrance jusqu’à ce que l’infini finisse par trouver une fin dans ses poches, les poches qu’il a sous les yeux faute de sommeil. Et c’est Pin Head qui nous salue de loin et nous promet bien des heures de délicieuses et exquises souffrance entre ses mains et celles de ses sbires.

Si vous avez survécu à ce long morceau de musique minimaliste extrême et à couches successives et hiérarchiques vous pouvez alors souffler, remonter vos braies et rezipper votre privauté et dire merci à Terry Riley qui vous a permis de faire en quarante-six minutes ce que la plupart du temps vous ne faites qu’en cinq ou dix, sauf si vous avez plus de soixante-cinq ans car alors quarante-six minutes, c’est parfois un peu court.

Dr. Jacques COULARDEAU

Un opéra tout en circularité

Contredire l’Aire du Dire

PIERRE JODLOWSKI — THÉÂTRE DU CAPITOLE — TOULOUSE — L’AIRE DU DIRE — 2011–2013

Cet opéra en définitive plus que surprenant et rare ouvre des espaces de réflexion sur le monde moderne, sur l’homme, sur l’histoire et la destinée de l’humanité, et plus encore sans le dire sur les religions sémitiques (Judaïsme, Christianisme, Islam, dans l’ordre chronologique) car entièrement centré sur le verbe d’une part, et le verbe est nécessairement le verbe de Dieu, et sur l’oméga d’autre part, la fin du temps, la fin de la vie végétale et animale, donc humaine, la fin du monde que l’on ne peut appeler que l’apocalypse.

L’auteur et compositeur de cet opéra ne vous dira pas cela car il s’appuie essentiellement sur l’œuvre de Christophe Tarkos, un immense inconnu de génie ignoré qui n’a vécu que peu du fait d’une tumeur cérébrale qui l’emportera de l’autre côté de la route à l’âge de quarante-et-un ans. Et je vais partir des longs textes lus de cet auteur extraits de son recueil Anachronisme. Sept ans après sa mort, Pierre Jodlowski veut lui rendre hommage et probablement donner de la densité artistique à ce cri de Tarkos : « Tue-moi tue-moi ne me laisse pas crever de rien ne me laisse pas mourir sans que personne ne me touche par simple flocalisation ne me laisse pas finir à cause de rien je ne suis pas rien. » L’absence de ponctuation révèle ici un fait essentiel que nous allons devoir explorer : la maladie impose au poète de simplement vomir, rejeter en un flot continu les mots, les phrases, les sens comme un simple jet de fontaine à je ne sais quelle pissoire de Marcel Duchamp. La scatologie éruptive et littéralement insurrectionnelle de Christophe Tarkos est une marque de fabrique. Mais le poète et tellement plus que cet « homme de m…[excrément] » qu’il a rencontré un jour, exploré de fond en comble et exposé au monde entier.

Ce poète permet à Pierre Jodlowski d’explorer une forme, un pattern une Gestalt existentielle absolument morbide et mortifère. Tout tient dans la venue de l’hiver qui vous enferme, vous écrase, vous ensevelit, vous asservit de façon absolue et incontournable. Vous êtes seul enfermé dans cet écrin, ce cocon, ce carcan, ce cercueil glacé et froid de neige, de nuages, de solitude, et en plus vous vous enfermez dans un parc, un parc dont la limite est à l’intérieur. Quand vous êtes dans ce parc dans cet hiver vous êtes entièrement encerclé, enfermé et ligoté dans une camisole de force qui s’appelle l’hiver éternel capable de nier le temps. L’hiver est capable d’étirer son propre temps pour ne jamais finir. Et la fin sonnera comme le glas du monde, de la vie, de l’univers : « un seule hiver . . . va pouvoir survivre en battant le temps et étant fréquemment, avec une fréquence que l’on peut suivre ni trop rapide ni ultra rapide ni excessive ni frénétique ni tendue ni affolée, ni ambivalente, ni hystérique ni agitée ni symptomatique ni troublée ni cassée ni martelée ni fuyante ni vidée ni disparaissante. » L’hiver devient l’oméga de la vie, le passage gelé, dans la plus pure simplicité de la congélation de la vie à la mort. Dieu est nié par cet hiver ultime qui étant cyclique est donc inscrit dans son ultimité dans la matrice de l’univers. La vie finira dans un congélateur d’outre-cosmos.

Pierre Jodlowski emprunte alors à Christophe Tarkos la logorrhée dont ce poète fait une preuve permanente et excessive comme si d’un syndrome de Tourette. Ainsi il jette à la page de son opéra des suites, des accumulations, des tas de mots qui s’enchevêtrent, se concassent et même se pulvérise les uns les autres comme pour produire une purée linguistique qui est trop souvent simplement un vomissement verbal. Il y a les deux séries de Haïkus à douze syllabes explosés à la dynamite et recomposés à la super glue. Le premier est énigmatique : « Il n’y a pas de neige sans qu’il n’y ait de traces » qui devient une hantise quasi hystérique sinon épileptique : « Je n’ai pas peur de laisser une trace qui dit que je n’ai pas peur de laisser une trace qui dit que je n’ai pas peur de laisser une trace qui dit que je n’ai pas peur de laisser une trace qui dit que… » C’est le mouvement universel et éternel des mots qui s’enchainent sans sens et sans logique, le ronron d’un moulin à prière, les mantras diaboliques de la fin de tous les temps et de la raison.

Le second est : « Cela se sait si tu sais ce que sont ces sons. » Et cela résonne trop pour moi comme une phrase d’enfants : « Combien sont ces six saucissons-ci ? Si ces six saucissons-ci sont six sous, ils sont trop chers. » C’est facile mais il faudra parler de la musique plus tard. Ces haïkus explosés en mots isolés, séparés, accumulés et dont un sens émerge lentement et de façon plus obscure que la nuit, créent à eux seuls des moments de totale perdition dans un monde de bruit et de paroles explosées qui vous noient tous les jours où que vous soyez. Le langage perd son sens car il n’est que des bribes de langues multiples entrecroisées. C’est bien ce que Christophe Tarkos penserait. Ne dit-il pas quelque part : « le sens a vidé les mots de toute signification. . . mis en tas. . . » Et de chanter les cinq mélanges respectables que sont « la compote, la neige, les nuages, la m… [excréments] et la confiture » tous mis en tas sans la moindre architecture. Le langage n’est qu’un sixième de ces mélanges qu’il appelle le « pâtemot. » Ces haïkus sont d’excellents exemples de ce « pâtemot » informe et insensé, j’entends sans sens. Et les serpents du sens qui sifflent sur nos têtes sont autant de cerbères de la société où nous ne sommes que des survivants isolés, exploités, enfermés dans quelque cage, boîte, cercueil, nus comme des vers dans la camisole de force de la raison et du contrat social. Il ira jusqu’à dire « l’argent est la seule valeur universelle. »

Et c’est dans ce délire fulgurant que Pierre Jodlowski injecte des éléments de logorrhée qui bousculent tout sens de l’histoire postcoloniale, précoloniale ou simplement atemporelle. Une série de dates dans le désordre de Charlemagne à Martin Luther King, chacune annonçant une citation qui ne sera jamais spécifiée, et les dates sont dans le désordre, sont commencées, puis plus tard continuées, puis plus tard encore recommencées mais d’ailleurs jamais terminées. Sacco et Vanzetti et Louis Aragon restent silencieux, sont mis sur la touche.

Mais cette liste de citations béquillantes annoncées mais non données laisse cependant la place à de vraies citations, toutes ayant trait à des moments historiques occidentaux particulièrement dramatiques. Les cités sont Franklin Roosevelt, Theodore Roosevelt, Jimmy Carter, Diderot-Voltaire, Jean Jaurès et cela ne mène qu’à une guerre après l’autre et l’assertion impérialiste exécrable de l’ouest qui prétend détenir la vérité éternelle et universelle comme le dit si explicitement Jimmy Carter : « We must adjust to changing times and still hold to unchanging principles. » Trump est juste derrière le rideau : vous pouvez voir ses souliers qui dépassent. Et les souliers de Pierre Jodlowski sont un long vomissement égocentré sur un « je » omniprésent portant cinquante-quatre verbes déclaratifs (six fois neuf, s’il vous plait, le six de la sagesse de Salomon et le neuf de l’Apocalypse et de la Bête), une suite donc de verbes emphatiquement phatiques et martelant les interlocuteurs de la vérité absolue de ce que « JE » dit. L’ouest dans toute sa beauté, sa dictature, son incapacité de comprendre que le reste finira par le bouffer et que la marge est la seule zone de liberté.

Et il ajoute ensuite un conte qui n’a de conte que le « Il était une fois… » mais dont la valeur est de raconter une histoire dans un passé inexistant, mythique, hors du temps et que cette histoire a commencé dans le passé mais une assertion qui attire tout de suite une référence au temps recommencé, un mystérieux désordre dans l’alpha et l’oméga comme si le temps ayant finalement atteint l’oméga de la fin pouvait recommencer à zéro. Il faut prendre l’univers ou Dieu pour des imbéciles.

Et cela mène naturellement à une prière. Notons que la première incantation à Maria, la seule incantation féminine est non mentionnée dans le texte du livret d’accompagnement. Après cette Maria unique, toutes les autres incantations s’adressent à onze personnages masculins puis Dieu en douzième larron, répété deux fois pour atteindre treize masculins j’imagine. Cette longue litanie en forme de prière est en allemand et c’est l’appel de douze personnes (Marie incluse) qui sont nommées et ensuite disent « Komm ! » (Viens). Le treizième, Dieu, double, dit à son tour « Komm ! » deux fois.

On se demande alors de quoi nous parlons surtout que Christophe Tarkos nous emmène dans le parc de Montsouris, ou un autre, où nous nous retrouvons enfermés, dans le parc et dans le froid de l’hiver, ce qui nous fait immédiatement passer à l’évocation de la folie avec un rapport sur le jugement en cour de justice des fous au 19ème siècle. La forêt de ce parc mêle plusieurs essences : extraits de ce rapport, des séries de mots capitalisés évoquant d’abord la dictature de la hiérarchie formelle de la justice, puis la dictature de la fin d’un procès ne menant qu’à une condamnation et un enfermement, puis encore la dictature globale de cette justice qui ne mène du début à la fin qu’à l’enfermement, l’aliénation, la camisole de force et finalement le camp de concentration, qu’il soit politique, ethnique, raciste, psychiatrique ou autre.

Et pour enfoncer ce clou que la société, la maladie, la justice ne sont que des camisoles de force dans lesquelles nous devons nous calfeutrer et nous retirer, Pierre Jodlowski finalement égrène une comptine en anglais qui bétonne l’enfermement.

One: close your eyes

Two: give a smile

Three: sleep a while . . .

Four: ring the bells

Five: you are mine

Six: care to the witch. . .

Seven: spoons into the moon

Eight: clocks open the box

Nine: tell him it’s mine. . .

Ten: clicks open your lips

Eleven: hands hide in the sand

Twelve: look at the elves.

Nous connaissons tous de telles comptines et berceuses et à quoi elles servent : faire dormir un bébé et ici nous endormons les malades mentaux — y a-t-il des gens qui ne le sont pas ? — dans leurs camisoles de force, dans leurs cellules et dans leurs camps de concentration.

Et la fin approche avec une dernière citation de Christophe Tarkos qui retourne l’extérieur sur l’intérieur, le cocon sur lui-même. Il n’y a alors plus d’évasion possible puisque la seule échappatoire est au centre du parc ouvrant sur l’intérieur de ce parc lui-même. Dormez, gens de mauvaise augure, dormez bien ferme et sagement dans les courroies qui vous empêchent de même simplement lever le bout du petit doigt

Un tas de mots vient alors avec le second haïku : « Cela se sait si tu sais ce que sont ces sons. » Et ce tas de mot est suivi d’une longue citation d’un chef indien, Chef Seattle, au moment de sa soumission au grand chef blanc de Washington et il prédit ainsi que les hommes rouges un jour auront disparu et alors « The White Man will never be alone. Let him be just and deal kindly with my people, for the dead are not powerless. Dead, did I say? There is no death, only a change of worlds.”

Et l’hiver gèle le temps et amène l’oméga final de la fin de ce monde : “L’hiver . . . va pouvoir survivre en battant le temps et étant fréquemment, avec une fréquence que l’on peut suivre ni trop rapide ni ultra rapide ni excessive ni frénétique ni tendue ni affolée, ni ambivalente, ni hystérique ni agitée ni symptomatique ni troublée ni cassée ni martelée ni fuyante ni vidée ni disparaissante. »

Que reste-t-il alors après cette logorrhée de l’hiver sinon le gel final, total, absolu du temps, la fin du monde et tous les hommes pris dans la camisole de force de cet hiver devenu éternel s’endormiront gentiment comme si de rien n’était.

One two buckle my shoe

Three, four, knock at the door

Five, six, pick up sticks

Seven, eight, lay them straight

Nine, ten, a big fat hen

Eleven, twelve, dig and delve

Thirteen, fourteen, maids a-courting

Fifteen, sixteen, maids in the kitchen

Seventeen, eighteen, maids in waiting

Nineteen, twenty, my plate’s empty.

Demandez-vous alors ce que dire veut dire et vous saurez que l’aire de ce dire n’est que le vent de brise hivernale qui gèle le monde dans un éparpillement entrecroisé.

C’est alors qu’on découvre vraiment la musique. C’est elle qui met en perspective l’impossible description de l’inaudible, du non-visible, de l’incohérent et de la soumission. Les voix chantantes sont très expressives car le plus souvent elles ne chantent que des sons, même pas des mots, encore moins des phrases. Elles créent un univers sonore vocal qui a la puissance évocatrice de l’inénarrable et inéchappable destin final apocalyptique pour folie, ou tout autre dérangement mental, sans compter la guerre, le mal, la cupidité, la perte du sens de l’autre. Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire mais ce sont les vaincus qui ont toujours le dernier mot devant l’histoire.

Nous devons bien comprendre que la musique électronique, électro-acoustique, concrète ou de simple noise est plus que toute autre musique régénérante pour notre fascination musicale. De tous temps l’harmonie, la rythmique, le tempo, et bien sûr les voix et les registres instrumentaux ont été notre mesmérisation musicale. Cette musique « moderne » qui suspend les tempos, les rythmes, les harmonies et tous les registres vocaux ou instrumentaux pour chercher des architectures jusque-là inconnues nous prend alors non plus à la reconnaissance mentale de ce que nous avons appris à aimer mais nous surprend à la tripe profonde qui gargouille et se noue à ces patterns, formes, Gestalten et autres figures qui ont toutes comme point commun de n’être ni régulières ni reconnaissables. Nous nous perdons avec plaisir si nous savons aimer le non normalisé occidental dans l’eau profonde de l’inconnu dans la marge de l’européocentrisme mentalement colonialiste. Il est sûr ici que cette musique colle comme un gant à son livret. L’opéra devient alors un œuvre mythique qui ouvre la porte à des inspirations mystiques autant que poétiques.

Dr. Jacques COULARDEAU

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.

Responses
Only members of Medium may see responses to this story.