1-vote, la nouvelle expérience de démocratie 2.0

En pleine crise de la représentation politique, le site 1-Vote, lancé ce 3 octobre, fait le pari original de rapprocher citoyens et députés.

Alors que les sites politiques mettent généralement la « démocratie directe » en action, 1-vote s’inscrit dans le cadre de la démocratie représentative, en s’attachant à recréer du lien entre les citoyens et leurs élus.

Dites One-vote ou Un-vote, c’est au choix. À l’heure où certaines associations vous enjoignent sur Facebook à spammer la boîte mail de votre député pour « dénoncer telle ou telle réforme », 1-vote propose d’échanger avec lui, de manière apaisée et constructive.

Jean-Sebastien Scharf, promoteur immobilier trentenaire, est le créateur de cette plateforme où chacun peut se donner son opinion et apporter son expertise sur les lois en discussion au Parlement. Des avis regroupés et transmis par le site sur la boîte mail de votre député. À lui de vous répondre… ou pas.

« Je ne suis pas pour une dictature de la démocratie directe »

La révolution du projet de 1-Vote est… qu’il n’a rien de révolutionnaire. On pourrait même y voir un des premiers avatars « conservateurs » de la démocratie 2.0. Car, un 1-Vote veut avant tout sauver la démocratie représentative, en renouant les liens entre députés et citoyens via ce mécanisme de consultation permanente. « Qui lit les lettres d’activité parlementaire des députés ? Personne », constate Jean-Sebastien Scharf. « Alors imaginez si nous devions lire tous les projets de loi ! C’est pour ça que je ne suis pas un apôtre de la démocratie directe. Mais je ne crois pas non plus que les députés soient omniscients. La société civile a beaucoup à leur apporter ».

Pour le jeune entrepreneur, « la démocratie, ça marche, mais il faut améliorer ses outils ». Il n’a donc pas l’intention de faire la révolution, et conçoit son site comme « une amélioration, un lieu d’expression ». « Je voulais quelque chose de plus constructif qu’une pétition sur Facebook contre la loi El Khomri » explique-t-il.

Une manière simple d’appréhender la complexité de la choses publique

Le design est épuré. À chaque loi en débat son forum dédié. En quelques clics, on poste son commentaire et son vote.

La forme est simple. Mais le fond est parfois compliqué. Car seul le texte de loi brut est affiché, sans résumé ni explication, « pour ne pas influencer le lecteur ». Jean-Sébastien Scharf est conscient que cela peut dérouter paraître élitiste et en dérouter plus d’un. Mais il considère que, si son site « n’est pas vraiment adapté au débat sur les Lois de Finances, trop longues et compliquées », il fonctionne très bien avec des textes très généraux, comme la loi sur la lutte contre le terrorisme, ou plus très techniques, comme la récente réforme de la réglementation de la vente des motos.

L’austérité et la rigueur du concept, ainsi que l’obligation pour tout inscrit de valider une adresse mail et un numéro de téléphone, tiendront-elles éloignées les groupes extrémistes ou complotistes comme la fachosphère, très présents sur le web ? « Je m’autorise à modérer tout ce qui ne respecte pas la charte de modération », précise aussi Jean-Sébastien Scharf, confiant toutefois que « les gens en feront ce qu’ils voudront ».

Se donner le temps

Lancer 1-Vote à quelques mois des présidentielles, alors que l’activité parlementaire est pratiquement gelée, n’est pas une erreur stratégique. « Je veux me donner le temps », avoue l’Alsacien, prévoyant des améliorations pour dynamiser le site, comme classer les commentaires par pertinence, développer des forums régionaux et confier à des spécialistes la rédaction d’articles de vulgarisation. Mais encore devra-t-il trouver de quoi les rémunérer. « J’ai investi 25 000 euros dans ce site. C’est une sorte de contribution de service public », explique le promoteur, qui est aussi père de deux enfants. Même si le site est gratuit et le restera, il ne souhaite pas dépendre des subventions publiques et envisage, à terme, de le financer par de la publicité éthique, ainsi que des profils payants pour certains élus ou contributeurs.

Certes, il craint qu’au début, beaucoup d’élus ne snobent ses e-mails. Mais « les députés se rendent bien compte que faire le tour des marchés ne suffit pas à créer de la confiance avec les électeurs ». La confiance par la transparence, tel pourrait être le slogan du site, qui donne à voir de quelle manière les députés travaillent leurs dossiers. Il ne craint pas non plus que les élus voient son site comme une menace. « 1-Vote n’est pas un lobby, mais un outil. J’aurais atteint mon objectif quand un député me dira qu’en Commission, il a utilisé un argument trouvé sur mon site ». Rendez-vous dans un an, pour la rentrée parlementaire.

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