Paris a-t-elle besoin de Paris-plages ?

Choisir entre le divertissement et l’aide sociale.


Paris-plages commence dans deux jours. Du 19 juillet au 17 août 2014, vous aurez peut-être le plaisir de vous prélasser sur les berges de la Seine ; des activités ludiques et sportives vous attendent dans un environnement exotique à souhait : sable, transat et palmiers seront au rendez-vous.


Aux origines

Paris-plages est une opération estivale menée par la mairie de Paris depuis 2002, et volant son nom à la station balnéaire vedette du Touquet que les amoureux du lieu surnommaient précisément “Paris plage”.

L’évènement a lieu tous les étés, se déployant sur plus de 3,5 km de berges (rive droite de la Seine), mais également sur des sites annexes tels que la place de l’Hôtel-de-Ville ou le bassin de la Villette depuis 2007.

C’est la mairie socialiste de Paris qui a mis en place l’opération (mairie élue en 2001 et dirigée par Bertrand Delanoë et reconduite par la mairie d’Anne Hidalgo).

Combien ça coûte ?

Gratuit pour les visiteurs.

A hauteur de 2,5 millions d’euros, l’opération est largement financée par des sponsors (partenaires publics et privés), par les redevances des cafés, restaurants, kiosques installés sur la berge et par la mairie pour les dépenses restantes.


Objectifs annoncés (d’après Wikipédia)

  • “donner l’occasion aux habitants de la région ne partant pas en vacances de profiter d’activités qui sont habituellement pratiquées sur les plages littorales”
  • “la période de moindre activité économique estivale permet de couper la circulation sur un axe très emprunté de la capitale” La circulation automobile est en effet interrompue sur cette portion de la voie rapide Georges-Pompidou pendant la durée de l’opération, de son installation et son démontage.

Une décentralisation nécessaire

Paris-plages n’est pas nécessairement adressée aux Parisiens, mais aussi aux autres “habitants de la région qui ne partent pas en vacances”. Très bien, mais alors pourquoi ne pas décentraliser ? Certes, le cadre serait moins attractif et ne développerait pas systématiquement l’implantation de nouveaux commerces (cafés, restaurants..), mais les opérations seraient plus profitables aux utilisateurs ; la Région Ile-de-France pourrait ainsi se substituer à la mairie de Paris en matière de financement et on ne risquerait pas de confondre une action sociale avec une stratégie de communication.

Paris l’asthmatique

Quelque chose m’échappe... En quoi Paris-plages est nécessaire pour couper, réguler la circulation ? Je rappelle que tous les dimanches (et jours fériés) à Paris, se déroule l’opération “Paris respire” (voir la liste des quartiers concernés ici).

Pendant l’été, cette mesure tend à s’étendre à de nouveaux recoins de la capitale. Ne pourrait-on pas persister dans une voie similaire ? D’autant plus que le réseau de transports en commun dont Paris dispose se montre plutôt efficace.


L’installation ne réussit pas à se distinguer de l’anecdote.

Paris-plages créée par et pour les Parisiens, et pourtant…

Pauvres petits Parisiens qui, l’été, n’ont rien à faire dans la ville dont les musées sont blindés de touristes et dont les monuments ne sont que trop familiers. Le soleil arrivé, chacun a envie de se reposer, de se prélasser. On dit souvent des grandes villes qu’elles se métamorphosent à cette saison. Les autochtones partent en vacances, les touristes débarquent en trombe. Tout est sens dessus-dessous.


Mais en réalité, les Parisiens, même ceux qui restent, sont rares à aimer ou profiter de Paris-plages :

  • parce qu’il y a trop de monde et que l’installation leur rappelle trop bien la marée humaine dans laquelle ils se noient quotidiennement
  • parce que justement il y a trop de monde et que ça n’est pas assez underground (mention spéciale hipsters-youngsters)
  • parce qu’on ne peut toujours pas se baigner dans la Seine
  • parce que les gosses bruyants en font leur royaume
  • parce qu’il faut attendre des heures pour obtenir un transat éclairé par la lumière divine, et qu’être accompagné peut mener à des situations délicates (je prends ce transat ou je le prends pas ? je le prends ? je le prends pas ? oh zut c’était quand même une belle occasion…)
  • parce qu’une fois le précieux conquis, l’endroit n’est pas calme et incite largement au voyeurisme (et si on ne se dénude pas on a bien chaud quand même).

Still successful

Les enfants et quelques chanceux sont les principaux intéressés. Il est rare qu’un tel passe l’été entier sur le site. Fatiguant de devoir se battre pour trouver de la place, isn’t it ? Le cadre, en réalité, reste bien sympathique pour une balade, et dévoile un côté grotesque qu’on ne connaissait pas à la capitale : autrement dit, on va à Paris-plages pour l’anecdote.

Par ailleurs, l’opération a été reconduite dans plusieurs capitales européennes (Berlin, Prague…) et autres villes françaises (Toulouse, Metz…). Même si ce type de manifestations trouvera toujours un public enjoué (surtout dans les grandes villes, le nombre d’habitants étant important), son coût n’en reste pas moins élevé et peut mener à son abandon (comme dans certaines des villes évoquées).


C’est à peu près l’idée.

Je persiste à croire, en définitive, que Paris-plages n’attire que ceux qui s’imaginent une carte postale ensoleillée où on peine à envisager qu’un palmier planté dans le sable puisse côtoyer la Tour Eiffel.


Et bien que l’intention soit tout à fait bonne, l’évènement ne rallie qu’un public injustement restreint.

Jane Esis


Sources : Wikipédia, Site web de la Mairie de Paris